N° 877 | du 20 mars 2008 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 20 mars 2008

Être femme et rom en France en 2008

Joël Plantet

Difficultés d’accès aux soins, discriminations, expulsions et précarité forment le quotidien de la plupart des femmes roms. Nombre de préjugés institutionnels persistent… L’association Médecins du monde a fait le bilan de son intervention auprès d’elles en 2007. Édifiant !

Inquiétant bilan : seule une grossesse sur deux des femmes roms prises en charge aboutit à une naissance. Or, celles-ci consultent de plus en plus souvent pour des questions gynécologiques, fréquemment dans les centres d’accueil, de soins et d’orientation (CASO) de Médecins du Monde (MdM). À l’occasion de la dernière journée de la femme, l’association alertait sur l’incapacité flagrante des structures de soin en France à accueillir les femmes de cette communauté [1].

Le constat pour l’année 2007 est spectaculaire : 17 ans pour l’âge moyen de la première grossesse, près d’une femme sur deux (43 %) ayant déjà connu une interruption de grossesse à 22 ans. Le manque de suivi de soins post-IVG a de graves conséquences sur la santé des femmes : hémorragies, infections, voire stérilité et fausses couches à répétition. Elles ne sont que 10 % à recourir à la contraception… Seules 8,3 % des femmes enceintes étaient suivies pendant leur grossesse : les difficultés d’accès aux soins, les complexités administratives, les expulsions à répétition et le manque d’informations adaptées les en empêchent. Il faut ajouter à cela un grand dénuement économique et socio-éducatif et un certain nombre de discriminations, par exemple celles de structures de santé non adaptées aux populations précaires (protocoles rigides, absence d’interprètes…).

En outre, l’ouverture aux droits à une couverture maladie est difficile, en particulier en l’absence d’un domicile… Les centres de protection maternelle et infantile (PMI) étant sectorisés, le maintien du lien après une expulsion devient complexe. Les centres communaux d’action sociale (CCAS) assurent en principe les domiciliations administratives (indispensables pour l’ouverture des droits à la couverture maladie universelle ou à l’aide médicale d’État – CMU ou AME) pour les personnes ne pouvant pas apporter de justificatif de domicile mais, selon l’association, tous ne le font pas.

MdM dénonce de graves préjugés institutionnels – certaines structures ont visiblement du mal à améliorer leur communication avec les femmes roms, qui « ne seraient finalement pas si rétives à un suivi médical » –, et déplore même des placements d’enfants abusifs. Pour lutter contre la discrimination et les stéréotypes, l’association développe des rencontres avec les acteurs sanitaires et sociaux pour les sensibiliser à ces problématiques spécifiques. Organisées sur les lieux de vie même des Roms, ces formations de terrain développent une meilleure prise de conscience.

Médecins du monde liste quelques revendications : développer une communication spécifique en tenant compte de la langue, adapter le fonctionnement des structures de soins (par exemple systématiser la mise en place de plages horaires sans rendez-vous, ou assurer des suivis à domicile), permettre le maintien sur un même lieu de vie… Mais à la veille du premier tour des élections municipales, alors que la loi Besson oblige depuis 2000 les communes à réaliser des aires de stationnement, une enquête de la Ligue des droits de l’homme révélait que 59 % des maires sortants se déclaraient défavorables à l’accueil des gens du voyage chez eux. En huit ans, un quart des places d’accueil prévues ont été ouvertes, contraignant les voyageurs à des stationnements irréguliers.

Enfin, l’accueil doit, d’urgence, être amélioré dans les services publics, les déplacements des personnes facilités, et l’accès aux droits préservé. Une aide sociale spécifique aux jeunes mères en situation de grande précarité pourrait, selon MdM, être fournie, en donnant accès à des couches et du lait pour bébé, gratuitement ou à très bas coût, et en ne criminalisant pas la mendicité avec bébé des mères allaitantes.


[1La mission « périnatalité » de MdM
Médecins du Monde intervient depuis 1992 auprès des populations roms à Lyon, Marseille, Nantes, Strasbourg et en région parisienne. Devant l’ampleur des besoins rencontrés, l’association a développé des activités périnatales ciblant les plus vulnérables : enfants et femmes enceintes. Les équipes périnatalité se concentrent sur l’accès à la contraception, le suivi de grossesse et la prise en charge médicale des bébés et des enfants en bas âge. L’objectif de cette mission n’est pas de créer un système de prise en charge parallèle, mais d’informer les femmes enceintes et de les accompagner vers les structures de soins. Créant un climat de confiance au moyen d’une relation régulière, les équipes parviennent à aborder « les questions de santé sexuelle et reproductive ». Mais, déplore MdM, le nombre croissant d’expulsions rend de plus en plus difficile le suivi régulier de ces femmes et de ces enfants. En Seine-Saint-Denis, par exemple, les équipes ont effectué l’an dernier soixante sorties obstétriques et quarante sorties pédiatriques auprès de 115 enfants ; 36 entretiens auprès de femmes ont été suivis d’une orientation pour une contraception, 30 entretiens avec des femmes enceintes ont été suivis d’une orientation vers un service de PMI ou un service de maternité.