N° 1048 | du 2 février 2012

Faits de société

Le 2 février 2012

Éternelle, la crise du logement ?

Joël Plantet

La massification des problèmes, l’impact sociétal de la crise du logement et des inégalités rendent la fondation Abbé Pierre encore plus pessimiste que d’ordinaire. Son 17e rapport appelle à un changement radical.

D’abord un constat : la situation empire. Depuis plus de dix ans, la crise du logement « fragilise une société déjà déstabilisée ». Facteur d’insécurité sociale aujourd’hui profondément enraciné, le mal logement prend une ampleur nouvelle et préoccupante : 3,6 millions de personnes sont non ou très mal logées et plus de cinq autres millions se trouvent en « réelle fragilité de logement à court ou moyen terme ». En additionnant toutes les situations de fragilité, au moins dix millions de personnes sont touchées par la crise du logement. Pour une majorité de ménages, celui-ci « ne permet plus de se projeter dans l’avenir » : fin 2011, une étude indiquait que le logement constituait à 89 % une source de difficulté plus importante que pour la génération précédente…

Les politiques actuelles en prennent pour leur grade : « sans volonté ni moyens », « ni justes ni solidaires », « décalées, segmentées », « incohérentes », « fondées sur une croyance excessive dans les vertus du marché », « mettant à mal la cohésion sociale »… La fondation a approfondi quatre axes de changement.

Il s’agit d’abord de « produire suffisamment de logements accessibles partout où les besoins existent ». La programmation pluriannuelle de 500 000 logements est préconisée, nécessitant des « moyens calibrés à hauteur des enjeux » : redéploiement des moyens de la politique du logement, outils à renforcer ou à créer, mobilisation du stock de logements existants…

Deuxième axe d’intervention : « réguler les marchés et maîtriser le coût du logement », réguler les marchés immobiliers, renforcer le soutien financier aux ménages fragiles (aides personnelles au logement, amélioration de la performance énergétique…) et prévoir un observatoire des loyers.

Tertio, introduire « plus de justice et de solidarité » : instaurer « un véritable système de protection sociale du logement », développer la prévention, « revisiter l’ensemble de l’édifice des politiques sociales du logement », redimensionner les dispositifs existants pour répondre aux besoins identifiés sur les territoires… Parallèlement, la réaffirmation de l’importance de l’hébergement et du logement « avec les moyens d’un accompagnement à la hauteur de leurs besoins » ne doit pas être négligée. Enfin, la lutte contre les 600 000 logements indignes, dans lesquels vivent plus d’un million de personnes, réclame une mobilisation autrement plus importante, avec « désignation d’une autorité responsable clairement identifiée (l’intercommunalité, par exemple »).

Quatrième et dernier axe : construire une ville « équitable et durable » est un impératif. Plus à l’ordre du jour que jamais : renforcer la mixité urbaine et sociale par le logement – avec instauration systématique de « secteurs de mixité sociale » –, et faire passer l’obligation imposée aux communes de logements sociaux de 20 à 25 %… Actuellement, 37 % des 940 communes sont en dessous des objectifs légaux : les prélèvements financiers, propose la FAP, sont à multiplier « a minima par trois » et des sanctions « réellement dissuasives » – comme la mise en œuvre du droit de préemption urbain – doivent être décidées. Enfin, la fondation insiste sur la nécessité de redynamiser la politique de la Ville, de « permettre aux quartiers populaires de rester les moteurs de la promotion sociale », ainsi que d’installer un autre plan de rénovation urbaine (PNRU 2).

Nombre de ces propositions sont formulées « à l’interface du droit au logement et du droit à la ville »… Même si la situation globale annonce une « tendance à l’affaiblissement du centre de gravité de notre système social »…