N° 1043 | du 15 décembre 2011

Faits de société

Le 15 décembre 2011

Enfance, l’insupportable pauvreté

Joël Plantet

Les organismes les plus officiels demandent instamment au gouvernement de lutter contre des inégalités croissantes par une redistribution des richesses et par le simple accès aux droits fondamentaux.

Une étude interrégionale a récemment rendu compte de l’ampleur de la pauvreté des enfants et de son impact sur leurs conditions de vie. Selon l’Insee, 23,5 % de la population de moins de 18 ans — soit plus de trois millions cent mille enfants — se trouvaient en situation de pauvreté au 31 décembre 2009. Avec de fortes disparités territoriales : ce taux s’élevait à 21, 5 % en Ile-de-France, et à 29,1 % en région PACA… En Seine-Saint-Denis, 37 % des enfants sont en situation de pauvreté contre 13 % de ceux qui résident dans les Yvelines.

Plusieurs marqueurs de la pauvreté sont identifiés : trop faible accessibilité au parc social (qui « ne bénéficie pas prioritairement aux familles pauvres », selon les auteurs), absence d’emploi, habitat en zone urbaine sensible (ZUS), monoparentalité, forte dépendance aux prestations CAF (c’est-à-dire lorsque celles-ci dépassent 75 % du revenu), origine étrangère de l’un des parents… Plus de quatre enfants pauvres sur dix vivent dans une famille percevant un minimum social versé par la CAF. Menés auprès d’enfants, quatre-vingts entretiens ont démontré que la conscience de la pauvreté venait avec l’âge, que les enfants « n’en voulaient pas à leurs parents » mais intégraient cette pauvreté à leur vie.

Leurs conditions de vie sont considérées comme « difficiles », dues principalement à des logements privés de confort et surpeuplés (cf. le rapport 2010 de la FAP). L’avenir est envisagé comme « rétréci », car la panne de l’ascenseur social « semble suffisamment intégrée dans les milieux modestes pour que l’avancée en âge s’accompagne d’un rétrécissement des perspectives envisagées par les enfants ». Le rapport à l’école est décrit comme « paradoxal » : lieu de sociabilité, mais aussi doutes sur ses propres capacités.

Une action globale pour lutter contre les inégalités sociales

Il y a un mois, le Secours Catholique avait consacré son rapport à l’évolution de la pauvreté. Le réseau en soulignait la progression chez les 18 – 25 ans, classe d’âge la plus pauvre de France. Pourtant plus diplômés, plus qualifiés que les générations précédentes, les jeunes sont peu accompagnés par l’État. En avril 2011, une enquête avait posé la question : « Que souhaitez-vous le plus dans l’avenir ? », à laquelle 42 % d’entre eux avaient répondu « trouver un travail ».

Parallèlement, le conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (CNLE) et l’observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (ONPES) ont transmis au gouvernement leurs recommandations. Pour espérer atteindre l’objectif gouvernemental de baisse d’un tiers de la pauvreté en cinq ans, les institutions ont réclamé « une action globale pour lutter contre les inégalités sociales ». L’écrit surligne la persistance de la pauvreté des enfants, en lien avec leurs difficultés d’intégration quelques années plus tard. Plusieurs points forts sont avancés : l’effectivité de l’accès aux droits ne peut qu’être améliorée, particulièrement pour ce qui concerne l’hébergement ou les soins (une fusion de la CMU et de l’AME est préconisée).

La revalorisation rapide de 25 % du RSA « socle » est recommandée, de même qu’un accès sans condition à un RSA jeunes. Enfin, le manque de moyens du travail social a été d’une certaine manière interrogé : le CNLE et l’ONPES ont appelé de leurs vœux un accompagnement adapté produit par un « travail social de qualité », en liant ces données à la question des financements. « Les questions sociales étant omniprésentes en cette période de crise, il semble primordial de rendre ces éléments publics à quelques mois d’une échéance électorale majeure », ont conclu les rapporteurs.