N° 1185 | du 12 mai 2016

Faits de société

Le 12 mai 2016 | Marianne Langlet

Éducs en voie de disparition

Yvelines

Deuxième vague de suppression de postes pour les éducateurs de rue des Yvelines. Ils avaient déjà vu leur champ d’intervention considérablement réduit en janvier dernier. Cette nouvelle baisse d’effectifs assombrit l’avenir de leur mission dans le département.

Le 31 mai, l’association Plaisir Jeunesse fermera ses portes après quarante années de prévention spécialisée dans les rues de cette ville. À l’image de ce que la profession subit dans plusieurs autres départements (la Drôme et la Côte d’Or notamment), la prévention spécialisée des Yvelines connait une profonde remise en cause.

Fin 2015, les conventions d’une durée de cinq ans passées avec les neuf associations de prévention arrivaient à leur terme. Le département annonce alors un appel à projet, qui paraît le 7 janvier. Deux territoires d’intervention sont définis : Seine Aval, au nord, et Saint-Quentin-en-Yvelines, à l’est. Pour chacun, un seul « opérateur » est attendu, qui coordonnerait deux équipes : 46 éducs de rue sur le territoire de Seine Aval et 29 à Saint-Quentin, appelés à intervenir dans les quartiers relevant de la politique de la ville. La réduction des postes est drastique. « L’absence brutale et durable des éducateurs dans les quartiers populaires créerait une « béance » éducative très difficile à combler et viendrait anéantir le travail de longue haleine engagé depuis de nombreuses années », alertent alors les éducateurs de rue dans une lettre ouverte aux élus, écrite par le collectif de soutien à la prévention spécialisée 78.

À Plaisir Jeunesse, l’équipe planche malgré tout sur un projet de fusion avec une petite association comme elle qui intervient à la Verrière, ville voisine. Ils s’inscrivent dans l’appel à projet puisque Plaisir compte des quartiers classés Politique de la ville. La date limite de dépôt des projets est fixée au 8 mars. « Quelques heures avant que nous le déposions, une responsable du département m’informe que la ville de Plaisir se retire de l’appel à projet et qu’un rectificatif allait sortir » se souvient Lionel Kalaï, directeur de Plaisir jeunesse, qui tombe alors des nues. La violence de l’annonce abat l’équipe. Lionel Kalaï appelle en vain la maire de Plaisir, une mère de famille lance une pétition pour soutenir l’association, quelques éducateurs accompagnés de jeunes de la ville interpellent l’édile lors d’une réunion publique.

« Les associations de prévention spécialisée ont une indépendance qui peut déplaire. »

Finalement, elle reçoit Lionel Kalaï début avril. « Elle m’indique avoir développé un pôle médiation sur la ville de Plaisir et ne voit pas l’intérêt de maintenir la prévention spécialisée. Nous avons essayé de lui expliquer que ce ne sont pas les mêmes métiers, pas les même formations ou les mêmes approches et que nous pouvions parfaitement travailler en complémentarité. » Rien n’y fait. L’affaire semble réglée et, avec elle, le sort de l’association qui doit présenter un budget de clôture au 31 mai. Plaisir n’est pas la seule ville concernée, Vernouillet et Mantes-la-Ville sortent également de l’appel à projet rectificatif.

Les considérations budgétaires n’expliquent pas tout. « Aujourd’hui, il est plus simple pour une ville d’avoir un service qu’elle maîtrise. Or, les associations de prévention spécialisée ont une indépendance qui peut déplaire », analyse un membre du collectif de soutien à la Prév 78. La médiation, en régie municipale directe, s’avère souvent bien plus docile. Pour Catherine Arenou, vice-présidente du conseil départemental chargée de la rénovation urbaine, quartier politique de la ville et insertion, il ne s’agit pas d’éliminer la Prév mais de la concentrer « là où les problèmes sont les plus importants ». Selon elle, le rôle de la prévention spécialisée a changé : « Au-delà de la prévention de la délinquance, un de ses savoirs-faire doit être la prévention de la radicalisation. » Le reste est à ses yeux de la « prévention générale », à la charge des municipalités.

La fin de l’appel à projet deuxième version est fixée au 9 mai. Pour Jean Orio, président du comité départemental de liaison des associations de prévention spécialisée, « le président du département veut démanteler la prévention spécialisée parce que ce sont des modes d’intervention qu’il critique ». La division par deux des sites d’intervention et des postes est pour lui « une chronique de mort annoncée de la prévention spécialisée dans les Yvelines ».