N° 941 | du 17 septembre 2009 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 17 septembre 2009 | Jacques Trémintin

Dolto, si tu reviens, j’annule tout !

Patrick Ben Soussan


éd. érès, 2009 (188 p. ; 10 €) | Commander ce livre

Thème : Psychanalyse

Il n’y a pas de date limite de consommation à ce que Françoise Dolto nous a légué, affirme d’emblée l’auteur. Parce que c’était périmé d’emblée ? Pas du tout. Parce que dans une époque marquée par la haine de la pensée libre et de ceux qui font réfléchir, la célèbre psychanalyste apparaît pour l’auteur, comme une sainte ou une sorcière qui frisait le génie. Certes, il reste sceptique sur les félicitations que Dolto adressa, en tant que maman, à sa fille Catherine quand, âgée de cinq ans, l’enfant avait écrit à la craie « merde » sur les murs de l’école maternelle : « Tu sais écrire, c’est merveilleux », réagit-elle alors, en toute sincérité. Patrick Ben Soussan se souvient de ses propres réactions de père quand l’un de ses enfants fut surpris à taguer un abribus et que l’autre oublia de fermer le congélateur. Ce ne fut pas pour les féliciter de leur créativité. Mais cette contradiction est vite résolue par l’admiration qu’il voue à une mère qui « faisait comme elle disait » (p.74).

Car Françoise Dolto constitue l’une des références essentielles dans le combat mené contre les créationnistes, les comportementalistes et les néo-libéraux. Quand ceux-ci attaquent aujourd’hui la parole et ses effets, on peut leur opposer que tout est langage, pas seulement les paroles ou les mots dits, mais aussi les mimiques, les gestes… qu’il faut savoir décoder. Quand ils ne savent qu’objectiver les faits et gestes de l’enfant, érigés en bonne ou mauvaise conduite, on peut leur répondre combien il est difficile de naître humain et de le rester. Quand, face au moindre comportement dérangeant des enfants, on a recours au Prozac, à la Ritaline ou aux anxiolytiques, on peut se rappeler comment elle savait rassurer les enfants, en leur rendant leur part de vérité et leur place dans la société.

L’auteur raconte le lancement en 2004, par le président Bush, d’un plan de santé mentale, conçu pour remercier le large soutien financier dont il avait bénéficié de la part des puissants trusts pharmaceutiques américains. Depuis, le diagnostic d’hyperactivité est passé d’un million d’enfants concernés en 1990 à cinq millions aujourd’hui, les ventes de psycho stimulants bondissant dans le même temps de 387 millions de dollars à deux milliards.


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