N° 1182 | du 31 mars 2016

Faits de société

Le 31 mars 2016 | Joël Plantet

Croix-Rouge : SOS salariés

Malaise dans une des plus grosses associations françaises, la Croix-Rouge. Plans sociaux, fermetures, regroupement en pôles et cessions diverses visent nombre de ses établissements. Et inquiètent les salariés.

Grosse machine : 18 000 salariés, 60 000 bénévoles, plus de 600 établissements. Devant les restructurations, les menaces sur l’emploi, les regroupements, les personnels restent dans l’angoisse. La direction invoque, face à la baisse des financements publics, « un contexte économique de plus en plus tendu » et l’impérieuse nécessité de s’y adapter.

Ainsi, à Hendaye (Pyrénées-Atlantiques), dans une importante structure IME + MAS, la Croix-Rouge a fait appel fin décembre à une association pour cogérer ce qui ressemble fort à une réorganisation drastique des services. L’exemple mis en avant par une responsable syndicale est emblématique : désormais, l’éducateur devra, outre ses tâches, s’occuper du ménage et des poubelles… L’ambiance déjà délétère (huit directions s’y sont succédé depuis 2010), s’est encore dégradée avec l’anxiété des personnels, qui attendent de connaître leur sort fin mai : le lieu étant coté – vue imprenable sur la mer –, la nouvelle association redoute que la Croix-Rouge lui impose un bail renouvelable. De quoi nourrir les inquiétudes des salariés qui, eux, espèrent un bail emphytéotique.

Il en va de même pour le secteur de l’aide à domicile : à Gisors (Eure), vingt-cinq salariés d’une moyenne d’âge de cinquante ans se demandent à quelle sauce ils vont être aménagés. Leur service doit être transféré, peut-être début avril, à l’association société de service à la personne Bien à la maison. Avec changements de convention collective possibles à la clé. Fin février, une information syndicale était délivrée aux salariés, et une forme de résistance n’est pas exclue. Début mars, les comités d’hygiène et de sécurité – conditions de travail (CHS-CT) des neuf services d’aide à domicile, soit plus de mille cent salariés concernés, se sont réunis. Le secteur vit dans l’angoisse : en janvier, la direction générale avait annoncé la cession de sept de ces services, signifiant une quasi-disparition de l’activité.

Toutes les solutions n’ont pas été examinées »

Depuis quelques années, Joël Saint-Viteux, représentant du personnel de douze établissements Croix-Rouge du Sud-Ouest, tire la sonnette d’alarme sur les déficits cumulés des établissements, la dégradation des conditions de travail et les problèmes de ressources humaines. Le 25 juin 2015, les salariés de l’association étaient en grève contre « l’absence de moyens adaptés, la maltraitance faite aux équipes et aux salariés qui les conduit à quitter nos établissements ».

Certains établissements sont purement menacés de fermeture : service d’accueil de jour pour mineurs isolés, PMI, pouponnière, un des services d’aide à domicile… La formation aux premiers secours, délivrée par l’association lors des journées Défense et citoyenneté va disparaître. Ils seraient plus de cent salariés à être concernés par les plans de sauvegarde de l’emploi (PSE). « Nous sommes opposés à ces cessions, toutes les solutions n’ont pas été examinées », explique Anne Taquet, déléguée syndicale CGT de l’association. Et d’insister : «  Certes, la situation économique est délicate, mais le déficit ne représente que 1 % du chiffre d’affaires global de la Croix-Rouge.  »

Le 3 mars, comité central d’entreprise : trois PSE sont ouverts, deux autres doivent l’être fin mars et fin avril. Une procédure d’alerte a été engagée à l’unanimité par les membres du CCE, qui réclament un débat « orienté autour du paradoxe existant entre l’absence d’orientations stratégiques et les décisions prises ». L’intersyndicale prévoyait une conférence de presse devant le siège de la Croix-Rouge le 30 mars, ainsi que des actions à venir.
Début mars, Lien Social publiait un dossier sur la souffrance dans le travail social (n° 1180). Une question « hautement politique » de plus en plus d’actualité.