N° 821 | du 14 décembre 2006 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 14 décembre 2006

Comment développer l’engagement associatif ?

Joël Plantet

Inquiétudes dans le monde associatif : difficultés de financement et rigidités administratives gênent encore trop fréquemment l’action des associations. Comment empêcher l’usure de quelques militants fondateurs et favoriser le renouvellement de ce tissu ? Quoi de neuf depuis la célébration du centenaire de la loi 1901 ? Les associations ont des propositions qu’elles soumettent maintenant aux candidats à l’élection présidentielle

Elles sont un million d’associations actives en France et il s’en crée environ 70 000 par an, essentiellement à l’initiative de jeunes seniors de 50-60 ans. Le secteur est un acteur économique incontournable : 1,6 millions de salariés, 48 milliards d’euros de budget… Présentes dans tous les domaines de la vie quotidienne (sport, culture, éducation, tourisme, loisirs, associations de quartiers, d’immeuble…), les associations se composent de 80 % de bénévoles (soit environ 12 millions de personnes). Toutefois, seul un bénévole sur cinq y a des activités régulières. Or, ces structures associatives voient actuellement « leur charge de travail croître pour répondre aux besoins sociaux et aux politiques publiques ».

À l’occasion de la journée mondiale du bénévolat le 5 décembre et de la campagne nationale qui lui est liée — Que serait la vie sans les associations ? —, la Conférence permanente des coordinations associatives (CPCA) a rappelé l’importance des enjeux du bénévolat associatif. Regroupant la bagatelle de 500 000 associations, la CPCA se fait « porte-parole de l’insatisfaction croissante » de ses responsables : lourdeurs et rigidité administratives, responsabilités pénales et civiles allant s’accroissant, absence de coordination des politiques publiques, incertitudes dues à la décentralisation… Pour améliorer la situation, plusieurs propositions ont été avancées : augmentation des crédits de l’État en matière de développement de la vie associative (soit 30 millions d’euros dès 2007), soutien spécifique au dispositif de validation des acquis de l’expérience (VAE) pour les bénévoles, formation et congés de représentation pour les dirigeants associatifs, et « soutien des dispositifs spécifiques des associations en faveur de l’accueil des populations en situation d’exclusion ou de handicap »…

Enfin, la coordination État/collectivités/associations doit être autrement favorisée et plus généralement, une information dans la scolarité sur le bénévolat associatif pourrait être formalisée. Mais certaines de ces propositions avaient déjà été présentées en juin 2005 dans le cadre de la préparation de la Conférence nationale de la vie associative (CNVA)… Certes, quelques mesures ont déjà été mises en œuvre : extension des centres de ressources et d’informations des bénévoles (CRIB), création d’un label national pour France Bénévolat, lancement d’un site Internet de mise en relation des compétences en ligne, création du chèque-repas des bénévoles…

Entre le candidat et le citoyen il y a la société civile

« Que serait la démocratie participative sans le bénévolat associatif ? », s’interroge plus que jamais la CPCA qui publie une brochure dédiée au bénévolat dans les associations [1]. Le 20 janvier 2007, la Conférence nationale rendra publique les propositions du monde associatif en vue des élections de 2007 et invitera les partis politiques à y réagir. En effet, deux visions plus ou moins idéologiques continuent de s’affronter : d’une part l’image du bénévole habité par la « culture du don de soi », d’autre part un bénévolat associatif, produit de l’engagement d’un individu au service d’un projet collectif…

De plus en plus cruciaux, les enjeux sont là : défi du renouvellement face au choc démographique, parité homme - femme, diversité, jeunesse, exclusion sociale… La CPCA demande aux pouvoirs publics de définir un « cadre pérenne d’aide significative des formations » tout au long de la vie pour les bénévoles, mais aussi d’engager une réflexion sur la réforme et l’extension du congé de représentation.

Une charte d’engagements réciproques entre l’État et les associations regroupées au sein de la CPCA avait été signée le 1er juillet 2001 à l’occasion du centième anniversaire de la loi 1901 : les principes d’approfondissement de la vie démocratique et du dialogue civique et social, et le souci que « l’économie de marché ne dégénère pas en société de marché » y étaient soulignés. La nécessité d’un cadre de financement public pluriannuel était, une fois de plus, pointée. Non-discrimination, accès à la citoyenneté, complémentarité des ressources humaines et meilleur équilibre entre hommes et femmes étaient les valeurs affichées.

Parce que « entre le candidat et le citoyen il y a la société civile », les postulants à la magistrature suprême sont interpellés sur les aspects d’un « contrat social associatif » intégrant plusieurs rubriques : bénévolat et volontariat, économie sociale, dialogue civil, citoyenneté active… Un site Internet dédié à la campagne nationale est d’ores et déjà mis en ligne <www.queseraitlaviesanslesassociatio...>. Le 20 janvier 2007, à l’initiative de la CPCA, les grands partis — PCF, Verts, UDF, UMP et PS — devraient se prononcer sur toutes ces questions.


[1La publication peut être commandée sur : www.cpca.asso.fr