N° 1064 | du 31 mai 2012

Faits de société

Le 31 mai 2012

Cohésion sociale : d’innombrables attentes

Joël Plantet

Le gouvernement précédent s’est caractérisé par une telle efficacité pour détricoter la cohésion sociale que les attentes des professionnels sont aujourd’hui immenses. Quelques signes ont été donnés, plutôt encourageants.

Assez vite, quelques signaux ont été émis du côté Justice, Éducation, Culture, Cohésion sociale. Les annonces de la suppression des tribunaux correctionnels pour mineurs, un changement de logique par rapport à l’hébergement d’urgence ou la loi SRU ont été bien accueillis, de même que, le 22 mai, le prolongement de la trêve hivernale. Reçue la veille au ministère du Logement, la fondation Abbé Pierre s’était félicitée du constat partagé… Changement d’ambiance.

L’économie sociale et solidaire (ESS) a désormais son ministre délégué (Benoît Hamon), de même que l’Éducation populaire, associée pour le moment aux Sports, à la Jeunesse et à la Vie associative (Valérie Fourneyron). Le ministère de l’Égalité des territoires et du Logement (Cécile Duflot) s’appuie logiquement sur le ministère délégué à la Ville (François Lamy). Le ministère des Affaires sociales et de la Santé, géré par Marisol Touraine (fille du sociologue Alain Touraine) s’entoure d’une ministre déléguée aux Personnes handicapées (Marie-Arlette Carlotti), d’une autre pour les Personnes âgées et la Dépendance (Michèle Delaunay, qui a su s’opposer au gouvernement sortant sur le report des débats concernant le 5e risque) et Dominique Bertinotti, chargée de la Famille.

Mais les attentes sont absolument énormes. La question du handicap en est, parmi de nombreuses autres, une illustration emblématique. L’association des paralysés de France (APF) a ainsi dressé une « feuille de route » pour le président de la République : la création d’une agence nationale de l’accessibilité et de la conception universelle devrait tendre, à l’échéance du 1er janvier 2015, à la mise en accessibilité de tous les bâtiments et des moyens de transports. En outre, l’APF réclame l’indexation de l’allocation adulte handicapé (AAH) et des pensions d’invalidité sur l’évolution du SMIC, une concertation pour la création d’un revenu d’existence, une meilleure couverture territoriale en matière d’offres de services médico-sociaux, et la suppression de toute franchise médicale.

Enfin, les jeunes en situation de handicap, selon l’APF, devraient bénéficier dès la rentrée de septembre d’un « dispositif de soutien à tout enseignant qui accueille un enfant ou un jeune ayant des besoins spécifiques ». Du côté du handicap mental, l’Unapei milite pour une mise en œuvre rapide des engagements de François Hollande : citoyenneté, accessibilité, vieillissement, éducation, droit à la santé, travail, financement des établissements sont autant de rubriques appelant à de nouvelles mesures. Autre item : la santé publique, dont la lutte contre les addictions, a été une des grandes oubliées de la campagne présidentielle… Les professionnels du soin demandent que l’accent soit autrement mis sur le repérage, l’intervention précoce et l’accès aux soins.

Côté immigration, enfin, le chantier est également impressionnant : rappelant que l’accueil et l’intégration des étrangers ne pouvaient se confondre avec la gestion des flux migratoires, les associations demandent leur rattachement au ministère de l’Intérieur. Trois grands réseaux – France Terre d’asile, la Fnars et Coallia – préconisent « la création d’instances nationales et régionales de coordination de la politique d’accueil et d’intégration regroupant tous les acteurs du secteur », sous réserve d’un « statu quo [qui] ne pourrait être compris que comme la volonté de poursuivre la politique du précédent gouvernement en dépit des engagements pris pendant la campagne électorale ».

En somme, un chantier de reconstruction s’ouvre, porteur d’espoir.