N° 644 | du 28 novembre 2002 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 28 novembre 2002 | Jacques Trémintin

Changements dans la violence

Yves Michaud


éd. Odile Jacob, 2002 (276 p. ; 22,50 €) | Commander ce livre

Thème : Violence

La violence n’est pas nouvelle : elle a toujours accompagné les hommes. Elle est même consubstantielle à leur histoire, leur technique et leur culture. Il y a en l’homme de la noirceur : celle de la cruauté et de la sauvagerie, celle du plaisir pris au meurtre et à la douleur d’autrui, celle plus hypocrite de la fascination pour le spectacle de la violence. Mais toutes ces considérations importent peu à celui qui vit au milieu des trafics de dealers, des bagarres entre bandes et des agressions : il se sent en insécurité en plein milieu d’un État réputé de droit et ne sera ni soulagé, ni calmé d’apprendre qu’en Colombie son sort serait bien pire. Un immense appareillage de contrôle enserre l’existence. Mais son impuissance à réduire la violence affaiblit sa crédibilité.

Le paradoxe fait que le monde est à la fois plus facile à vivre et plus impitoyable, la bienveillance est une loi universelle mais la haine se porte bien. La violence n’est plus repoussée aux marges : elle est partout et nulle part. C’est au cas par cas qu’elle est évaluée sans que jamais une valeur définitive puisse lui être attribuée tant la pensée est désorientée et vouée au malaise. Longtemps validés au nom d’une bonne cause ou d’une dignité bafouée, les moyens violents ne servent plus qu’à pervertir les combats les plus nobles. Mais, en même temps, dans un monde d’individus isolés, d’ego discontinu et d’abondance profuse, la prédation est un moyen qui en vaut bien d’autres : « il y a ceux qui se débrouillent, ceux qui fraudent, ceux qui s’abstiennent et ceux qui essaient de casser le jeu et qui souvent le cassent tout court » (p. 235).

L’agression se banalise en même temps que s’atomise le lien social et que l’abondance règne. L’un des traits marquants de la violence contemporaine est sa mondialisation médiatique instantanée. Les médias diffusent sans interruption affects et émotions proposant successivement des reportages qui jouent sur la commisération des spectateurs et des films d’action qui, à quelques minutes d’intervalle, satisfont les appétits de destruction et de pulsions sadiques. « On a beau dénoncer mensonges, désinformations, matraquages affectifs, désinformation, surinformations, stéréotypes et ainsi de suite, cela marche et continue de marcher. Avec, il faut bien le dire, la complicité de notre intérêt morbide et malsain pour la pornographie du désastre, de notre besoin aussi de divertissement et d’évasion, fussent-ils macabres et odieux » (p.101).

Quels scénarios de sortie ? L’auteur en distingue deux : soit la création d’îlots de sécurité dans une mer de menace (ce à quoi mènent la mondialisation et la libéralisation actuelle), soit l’édification d’un État transnational et cosmopolite permettant un retour à la règle de droit.


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