N° 809 | du 21 septembre 2006 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 21 septembre 2006 | Jacques Trémintin

Au secours, on veut m’aider ! (tome 1)

Claude Seron


éd. Fabert, 2006 (482 p. ; 25 €) | Commander ce livre

Thème : Adolescence

Chacun l’a compris, à l’adolescence, la transformation physique met à l’épreuve le corps du jeune qui, à son tour, met à l’épreuve à la fois son corps et le corps social. Mais ce moment crucial de la vie est aussi l’occasion de réaménagements psychiques qui nécessitent de la part des adultes des attitudes adaptées, au risque de voir l’adolescent être lui-même troublé du trouble qu’il suscite. Les parents ou les d’éducateurs qui choisissent la voie de la séduction et essaient de passer pour la bonne mère afin d’éviter le conflit ou d’apaiser leurs angoisses face à leurs responsabilités, cultivent un terrain fertile pour la manipulation, l’agressivité ou le rejet. Tout au contraire, doivent-ils beaucoup payer de leur personne en se montrant capables de combler, mais aussi de frustrer, d’être à la fois fermes, exigeants et cohérents. C’est encore plus vrai pour ces adolescents, anthropophages d’un amour qu’ils n’arrivent pas à digérer, quand notamment toutes les tentatives d’attachement se sont soldées par des échecs.

Face à ces jeunes qui ne réussissent pas à distinguer clairement les sources de leur mal de vivre et qui font payer à autrui toute la souffrance qu’ils traînent depuis tant d’années, les adultes doivent montrer que l’adolescent est suffisamment digne d’amour et de sollicitude pour qu’ils ne le réduisent pas à l’image négative dans laquelle il se complaît : « Seuls les jeunes qui ont noué une relation forte avec un adulte significatif et solide peuvent prendre le risque du changement » (p.68). Cette relation thérapeutique n’est pas à sens unique, loin de là. Se donner ainsi à des ados qui ne semblent rien avoir à faire de ce qu’on leur apporte n’est pas du masochisme, mais une identification à des êtres capables de faire ce qu’on n’a soi-même jamais réussi à accomplir jusqu’au bout : s’opposer radicalement et hurler sa colère ! Nombreuses sont toutefois les formes réactives de l’adulte placé face à une telle confrontation. Blindage, tentative de connivence avec le jeune, surinvestissement ou psychologisation permettant de rationaliser…

Ce que nous propose Claude Seron, c’est justement au travers de son parcours de vie professionnel (qui l’a fait passer du rôle d’éducateur de groupe de vie à psychologue de l’association Parole d’enfants), le regard qu’il porte sur l’adolescence en difficulté et l’action psychosociale pour lui venir en aide. Sa pratique, largement inspirée par la systémie, cherche surtout à ébranler les convictions, fissurer l’armure cognitive et comportementale, en changeant de contexte et d’angle de vue de la réalité. Que ce soit face à des nourrissons géants maltraitant leurs parents ou face à des enfants adultisés pour prendre en charge leurs parents défaillants, que ce soit face à la maltraitance ou face à l’inceste dont sont victimes des adolescent(e)s, l’auteur rétablit la complexité des situations en se posant la question éthique : jusqu’où sommes-nous autorisés à trouver du sens aux comportements et aux ressentis de ceux que nous voulons aider, au risque de faire parfois plus de mal que de bien ?


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