N° 856 | du 11 octobre 2007

Faits de société

Le 11 octobre 2007

Alzheimer : un plan quinquennal, des initiatives

Joël Plantet

La maladie gagne du terrain et les prévisions sont alarmantes. Les annonces gouvernementales
se multiplient dont un plan quinquennal en projet. Par ailleurs, des initiatives visant à sensibiliser
la population sont de plus en plus nombreuses

C’est « un film sur la défaite des systèmes humains », avait commenté son réalisateur : au mois de novembre sortira sur nos écrans une œuvre sombre, Les toits de Paris, dans lequel Michel Piccoli campe admirablement un vieillard absolument oublié dans sa mansarde [1]. Le niveau de civilisation d’une société se mesure aussi à la manière dont elle traite ses vieux.

La maladie d’Alzheimer avait été déclarée grande cause nationale au début de l’année 2007. Environ 850 000 personnes en sont atteintes. Mais selon l’Insee, elle touchera 1,3 million d’entre nous d’ici à 2020, soit un Français de plus de 65 ans sur quatre : chaque année, 225 000 nouveaux cas de cette maladie neurodégénérative sont en effet déclarés en France. De fait, l’augmentation de dix ans de notre espérance de vie quadruplerait le risque d’Alzheimer.

Le 3 septembre, une commission était installée par le gouvernement, avec mission d’élaborer un plan d’envergure. Composée de onze scientifiques et médecins, elle rendra ses recommandations au début du mois de novembre. Quinquennal (2008-2012), le plan sera financé en principe et en partie par les franchises médicales. Lancé début janvier prochain, il fera suite à deux autres plans, décidés en 2001 (Kouchner), puis en 2004 (Douste-Blazy). Une évaluation publique de ses avancées aura lieu en 2011, après trois années d’application.

Le 21 septembre, à l’occasion de la 14ème journée mondiale de la maladie d’Alzheimer, Sarkozy demandait à la commission de travailler à la création d’une structure nationale de recherche. Celle-ci aurait pour objectif de développer la prospection en attirant « les meilleures équipes au plan international, dans une approche pluridisciplinaire », pour davantage de résultats.

Forfait Alzheimer

Les associations, encore sceptiques, attendent des précisions sur les moyens financiers qui lui seront alloués, ainsi, d’ailleurs, qu’au plan dans son ensemble. Pour l’heure, quatre pistes de réflexion sont approfondies : l’amélioration de la prise en charge (le 3 octobre, un octogénaire était condamné à un an de prison avec sursis pour avoir tué sa femme malade qui n’avait trouvé de place nulle part), l’engagement d’une réflexion éthique sur les malades, la stimulation de la recherche, et la simplification du parcours de la personne atteinte d’Alzheimer. Quelques idées concrètes sont d’ores et déjà évoquées : « forfait Alzheimer » pour les médecins, carte fournissant à l’entourage l’information nécessaire en cas de crise, plates-formes territoriales dépendant des conseils généraux… Les métiers médico-sociaux concernés pourraient se voir revalorisés, et des passerelles créées entre différentes formations.

Une récente enquête de la Mutualité française a souligné la mobilisation des mutuelles en termes d’offres spécifiques : unités consacrées à l’Alzheimer, accueil temporaire (70 % des malades vivent chez leurs proches), prestations ayant trait à la perte d’autonomie due au vieillissement (remboursement de la téléassistance, par exemple), ateliers mémoire, ateliers pour les aidants, etc. Les collectivités locales commencent à mesurer l’ampleur du phénomène : le 18 septembre, le maire de Paris, Bertrand Delanoë, visitait ainsi un centre d’accueil de jour recevant des personnes atteintes d’Alzheimer, un des huit lieux spécifiques installés dans la capitale.

Tous concernés

Mais force est de constater que l’effort ne fait que commencer : 400 malades actuellement concernés, un schéma 2006-2011 envisageant la création de 300 places supplémentaires, alors que le nombre de Parisiens atteints par l’Alzheimer ou ses troubles apparentés est estimé aujourd’hui à 30 000. Pensée avec quelques associations, une initiative de la mairie de Paris va probablement aider à changer le regard sur cette maladie, en même temps qu’à former les personnels et soutenir les familles : une bande dessinée, Le jour où il a oublié mon nom, décrit avec sensibilité et réalisme les atteintes de la maladie au travers de la relation d’un grand-père et de son petit-fils. Diffusée auprès des professionnels et des structures en charge des personnes âgées ainsi que dans les bibliothèques, elle sera prochainement disponible dans les écoles primaires, permettant l’échange et éloignant la peur. D’autres outils existent, tel cet ouvrage récent questionnant lui aussi le poids du regard, et émettant quelques pistes sur la façon d’intégrer un projet de vie pour ces malades dans l’institution [2]. Nul ne peut prétendre ne pas être concerné.


[1Les toits de Paris, film de Hiner Saleem, avec Michel Piccoli (prix d’interprétation masculine au festival de Locarno 2007), Mylène Demongeot, Maurice Bénichou. Sortie le 21 novembre

[2Démence et projet de vie - Accompagner les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ou apparentée, Cécile Delamarre, Dunod