N° 1165 | du 11 juin 2015

Faits de société

Le 11 juin 2015 | Marianne Langlet

Accompagnement au rabais pour les mineurs isolés étrangers

La fermeture du centre éducatif et de formation professionnelle de Pontourny, qui accueille des mineurs isolés étrangers, est annoncée. Cette fermeture s’inscrit dans une refonte du dispositif d’accueil parisien des MIE. Une refonte où la logique financière semble primer.

« J’en ai marre d’être baladé partout. Je veux rester ici et pas retourner à l’hôtel où on s’occupe pas de nous.  » Cette parole d’un adolescent accueilli au centre éducatif et de formation professionnelle (CEFP) de Pontourny, en Indre-et-Loire, a été déposée sur le parvis de l’hôtel de ville de Paris. Ce 27 mai, les 47 salariés de l’établissement ont fait entendre leur indignation et celle des jeunes qu’ils accompagnent. Ils manifestent contre la fermeture annoncée de leur établissement en juin 2016.

Le CEFP accueille 42 mineurs placés par l’Aide sociale à l’enfance, majoritairement des mineurs isolés étrangers (MIE). Il les héberge, les scolarise, les forme, les régularise. La grande majorité en sort insérée. La structure dépend de la Direction de l’action sociale, de l’enfance et de la santé (DASES) de Paris. C’est le directeur de la DASES qui, le 15 avril dernier, a annoncé à l’équipe, sa fermeture. Trois jours après que Dominique Versini, en charge de la protection de l’enfance à la mairie de Paris, ait présenté son nouveau plan d’amélioration des conditions de prise en charge des mineurs isolés étrangers. La raison de la fermeture : la prévision d’une diminution du nombre de mineurs pris en charge à Paris en raison de l’application de la circulaire Taubira répartissant les mineurs sur le territoire national.

Du 1er juillet 2013 au 30 juin 2014, l’ASE de Paris a admis 208 MIE contre 575 l’année précédente. Mais combien de mineurs, rejetés comme majeurs, restent sur les trottoirs de Paris ? Autre argument : l’établissement est trop loin de Paris. La DASES veut rapprocher ses dispositifs de la capitale. Les CEFP de Benerville dans le Calvados et Le Nôtre à Sonchamp s’inquiètent : serons-nous les prochains sur la liste des fermetures ? Leurs salariés manifestent également le 27 mai.

À Pontourny, l’avenir professionnel est sombre : « On devrait nous faire trois propositions de travail mais certainement toutes à Paris, or nous avons construit nos vies loin de la capitale. Il s’agit donc d’un licenciement déguisé car si nous n’acceptons aucun des trois postes, nous serons radiés  », explique Denis Mongault, éducateur spécialisé depuis 15 ans à Pontourny. La situation est très mal vécue par les jeunes accueillis. « On nous demande aujourd’hui de les orienter vers d’autres établissements et de ne garder que ceux qui sont en fin de formation. C’est extrêmement violent. Les jeunes ont appris la nouvelle de la fermeture en même temps que nous, au mépris complet de la relation de confiance que nous avions établie », témoigne Jean-Louis Salvaing, éducateur spécialisé et représentant syndical FSU-SUD à Pontourny. À ses yeux, le choix politique est clair : réduire le budget de prise en charge des mineurs isolés étrangers.

Le nouveau dispositif prévoit d’augmenter le nombre de places en amont de la prise en charge ASE, avant l’évaluation de la minorité. L’appel d’offre annonce 170 places, pour un prix de journée calculé entre 70 à 110 euros contre 220 euros pour Pontourny. Dans le nouveau dispositif parisien, pas de création de places en CEFP, mais lancement d’un appel à projet pour la mise en place « d’une plateforme d’accompagnement des jeunes en voie d’autonomisation ». « Il s’agit de proposer à ces jeunes un accueil de jour d’une soixantaine de places et un plateau technique de formation et d’accompagnement menant à une autonomie rapide », détaille le plan. « Pontourny assurait un accompagnement global de grande qualité, témoigne Renaud Mandel de l’association pour la défense des mineurs isolés étrangers (ADMIE). Le nouveau plan parisien tend, pour des raisons économique évidentes, vers un allègement de cet accompagnement ».