N° 987 | du 30 septembre 2010

Faits de société

Le 30 septembre 2010

Absentéisme scolaire : à quand les travaux forcés ?

Joël Plantet

Le gouvernement vote les mêmes lois, en les rendant plus répressives. Peu à peu, s’installe un paysage de stigmatisation des familles, inefficace et parfois contraire au droit. Pourtant d’autres réponses existent.

Le 15 septembre, le Parlement adoptait la loi prévoyant la suspension des allocations familiales pour les parents d’élèves absentéistes, dans les écoles, collèges, lycées ou centres de formation des apprentis. À partir de quatre demi-journées d’absence non justifiées, ou si les motifs s’en révèlent non valides, l’inspecteur d’académie pourra saisir le président du conseil général, pour que soit mis en place un contrat de responsabilité parentale (CRP) ; mais, en cas de nouvel épisode d’absentéisme, la CAF sera dans l’obligation de suspendre, puis de supprimer les allocations familiales. Pourquoi pas les travaux forcés ? Il est vrai que si l’assiduité était alors de nouveau constatée, le versement des allocations pourrait être rétabli. Mais cette loi fait peur, à juste titre.

Malgré le tollé du secteur éducatif et social – l’assemblée des départements de France (ADF) s’y est également opposée –, la proposition du député ultra-sécuritaire Éric Ciotti, a donc été adoptée. Le conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (CNLE) avait exprimé sa crainte d’une « stigmatisation des parents concernés ». L’union nationale des familles (UNAF) avait souligné la spécificité de chaque situation et l’inadaptation d’une réponse répressive. Pour sa part, le réseau DEI France dénonce une loi « perverse et contraire aux principes du droit » : discrimination entre les familles, sape de l’autorité des parents, punition collective subie par l’ensemble d’une famille, mesures frappant les plus fragiles alors que « deux millions d’enfants vivent en France sous le seuil de pauvreté »…

La France classée 22ème sur 25 en termes de qualité de vie à l’école

Certes présentée comme « ultime recours » par le ministre de l’Éducation Luc Chatel, la mesure risque fort d’être aussi inefficace qu’elle est populiste, tout en représentant une sorte de double peine pour les familles les plus précaires, à propos d’un phénomène somme toute relativement marginal. Ce à quoi le gouvernement répond que la part d’allocations suspendue restant prise en compte dans l’estimation des ressources du foyer, le montant du RSA sera inchangé. Reste que ce texte s’inscrit dans la longue liste des décisions démagogiques et autoritaires de ces derniers temps. De plus, la disposition était déjà inscrite dans la loi du 31 mars 2006 relative à l’égalité des chances : la seule différence étant qu’elle dépendait auparavant du président de conseil général, et aujourd’hui de l’inspecteur d’académie.

D’autres réponses existent. Le 22 septembre était ainsi décrété par une vingtaine d’organisations, dont l’association de la fondation étudiante pour la ville (AFEV), journée de mobilisation contre l’échec scolaire. Rappelant que la France était classée par l’organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) 22ème sur 25 en termes de qualité de vie à l’école, les participants, à Paris – d’autres débats ont eu lieu dans une trentaine de villes –, ont souligné que la question de l’échec scolaire était fortement liée à celle des inégalités.

À partir de 760 enfants interrogés, un baromètre du rapport à l’école des enfants des quartiers populaires a établi que plus de la moitié des élèves souffraient d’un sentiment d’échec scolaire et de manque de confiance en soi. D’autres moyens, affirment les organisateurs, sont à trouver pour l’épanouissement de l’enfant, telle l’évaluation, plutôt que la notation… Un portail Internet a été lancé par la « webtv éducative » de France Télévisions, proposant aux éducateurs, parents, enseignants, médiateurs, des informations pratiques pour répondre à l’échec scolaire.