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	<title>Lien Social</title>
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	<description>76 rue Garance
31670 Lab&#232;ge
T&#233;l. : 05 62 73 34 40
Fax : 05 62 73 00 29</description>
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		<title>Lien Social</title>
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		<title>L'&#201;conomie sociale peut-elle transformer la soci&#233;t&#233; ?</title>
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		<dc:subject>&#201;conomie sociale</dc:subject>
		<dc:subject>475</dc:subject>

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&lt;p&gt;&#171; Pour un travailleur social, il est important de comprendre qu'une banque coop&#233;rative est beaucoup plus proche du terrain parce qu'elle est administr&#233;e par des gens du cru, des locaux, des r&#233;gionaux. Elle est, avec les coop&#233;ratives et les mutuelles, un &#233;l&#233;ment de lien social &#187; dit Jacques Moreau . Pour saisir le raisonnement de cet ancien pr&#233;sident du Comit&#233; national de liaison des activit&#233;s mutualistes, coop&#233;ratives et associatives, il faut expliquer un minimum les politiques &#233;conomiques et les (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lien-social.com/-475-" rel="tag"&gt;475&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Pour un travailleur social, il est important de comprendre qu'une banque coop&#233;rative est beaucoup plus proche du terrain parce qu'elle est administr&#233;e par des gens du cru, des locaux, des r&#233;gionaux. Elle est, avec les coop&#233;ratives et les mutuelles, un &#233;l&#233;ment de lien social &#187; dit Jacques Moreau&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='appendix' title='Jacques Moreau, ancien sous-directeur au Tr&#233;sor, ancien PDG de la Banque (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour saisir le raisonnement de cet ancien pr&#233;sident du Comit&#233; national de liaison des activit&#233;s mutualistes, coop&#233;ratives et associatives, il faut expliquer un minimum les politiques &#233;conomiques et les m&#233;canismes financiers qu'elles ont mis en &#339;uvre. Jean-Marie Servin tente de le faire en s'entretenant avec celui qui est aussi l'auteur de L'&#233;conomie sociale face &#224; l'ultra lib&#233;ralisme&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jacques Moreau vous avez publi&#233; en 1994 &#171; L'&#233;conomie sociale face &#224; l'ultra-lib&#233;ralisme &#187;. Aujourd'hui, &#224; quel titre parlez-vous de l'&#233;conomie sociale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; pendant quatorze ans pr&#233;sident du Groupement national de la coop&#233;ration qui rassemble toutes les coop&#233;ratives fran&#231;aises &#8211; des coop&#233;ratives artisanales au Cr&#233;dit Agricole &#8211; et, ce qui &#224; mes yeux est plus important, c'est la pr&#233;sidence du Comit&#233; national de liaison des activit&#233;s mutualistes, coop&#233;ratives et associatives que j'ai exerc&#233;e pendant dix ans. C'est surtout &#224; ce titre que je peux parler de l'&#233;conomie sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Travailleurs sociaux, les lecteurs de Lien Social sont au centre de la tourmente &#233;conomique et de ses cons&#233;quences humaines et sociales. Pour autant, la majorit&#233; des travailleurs sociaux ne sont pas familiers de la science &#233;conomique. Chez eux, l'ultra-lib&#233;ralisme appelle des repr&#233;sentations de comp&#233;titions et de sp&#233;culations sauvages. Quelles en sont les caract&#233;ristiques principales ? De quelle fa&#231;on l'ultra-lib&#233;ralisme affecte-t-il le lien social ? Enfin, pouvez-vous nous dire ce que recouvre cette expression &#233;nigmatique de &#171; main invisible &#187; selon cette id&#233;e d'Adam Smith (1723-1790) qu'un ordre &#233;conomique &#171; naturel &#187; existerait, l&#233;gitimant les int&#233;r&#234;ts individuels et passant outre l'intervention de l'&#201;tat ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je veux dire &#224; propos de la &#171; main invisible &#187; c'est que, &#224; partir du moment o&#249; on a admis un peu partout dans le monde, que les m&#233;thodes de planification administrative centralis&#233;e ne constituaient pas un bon proc&#233;d&#233; de gestion &#233;conomique, il n'y avait qu'une chose &#224; faire : revenir &#224; l'&#233;conomie de march&#233;. Cette &#233;conomie remonte aux origines du monde quand on est sorti de l'autoconsommation familiale. La question est de savoir comment l'&#201;tat intervient dans le fonctionnement de cette &#233;conomie de march&#233;. Au centre du lib&#233;ralisme, il y a cette id&#233;e qui &#233;tait celle d'Adam Smith (pas uniquement de lui) et illustr&#233;e par cette expression tr&#232;s vivante de &#171; main invisible &#187;. Elle veut dire, au fond, que si l'&#201;tat ne s'occupe de rien, tout va pour le mieux. C'est comme si une main invisible dirigeait chacun des acteurs de l'&#233;conomie cherchant son bien personnel, la combinaison de ces volont&#233;s individuelles aboutissant au bien collectif. En gros, c'est &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi A. Smith a-t-il &#233;nonc&#233; cette id&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas une id&#233;e en l'air. Il y a certainement des explications qui tiennent &#224; l'histoire des id&#233;es mais le fait est que c'est une &#233;poque o&#249; l'on sortait d'un contr&#244;le de l'&#233;conomie par les autorit&#233;s publiques. &#192; l'&#233;poque d'Adam Smith, c'est-&#224;-dire au milieu du XVIIIe si&#232;cle, il y avait des quantit&#233;s de r&#232;gles &#224; tous les niveaux, que ce soient des r&#232;gles corporatistes, des r&#232;gles des &#233;tats, des r&#232;gles provinciales, tout un ensemble de r&#232;gles qui r&#233;gissaient l'&#233;conomie, &#224; commencer par le droit d'exercer une fonction. Il fallait &#234;tre admis dans des corporations et autres organismes similaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adam Smith a d&#233;fendu une id&#233;ologie lib&#233;rale qui s'est r&#233;pandue petit &#224; petit en Europe. En France elle est apparue &#224; la fin du XVIII&#176; avec des gens comme Turgot. Si elle garde sa coh&#233;rence logique, cette id&#233;ologie reste, dans une large mesure, une chim&#232;re, parce qu'il n'a jamais exist&#233; de soci&#233;t&#233; o&#249; tout soit totalement libre. En effet il y a des facteurs de production qui ne sont pas &#171; libres &#187;, par exemple la terre puisque la quantit&#233; de terre disponible est limit&#233;e, parce qu'il y a des h&#233;ritages etc, bref parce qu'il y a une quantit&#233; de facteurs qui emp&#234;chent &#171; la main invisible &#187; de fonctionner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette croyance en la &#171; main invisible &#187; a toujours &#233;t&#233; temp&#233;r&#233;e par un certain interventionnisme, interventionnisme qui ne remonte pas &#224; Keynes. Il remonte &#224; des &#233;poques beaucoup plus anciennes. Interventionnisme pour l'organisation optimale du march&#233; comme les lois antitrust aux &#201;tats-Unis&#8230; interventionnisme social aussi car son principal objet c'est de maintenir le lien social&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce syst&#232;me d'intervention dure jusqu'&#224; la grande crise de 1929 apr&#232;s laquelle sont adopt&#233;es, petit &#224; petit, des politiques &#171; keyn&#233;siennes &#187;. Ces politiques tendaient &#224; d&#233;montrer que le march&#233; libre n'aboutissait pas &#224; l'optimum &#233;conomique, et conduisait &#224; l'adoption de politiques &#233;conomiques jouant sur la demande. Ce qui s'est pass&#233;, surtout &#224; partir de la guerre, c'est que tout le monde dans tous les pays, y compris aux &#201;tats-Unis a &#233;t&#233; &#224; la fois interventionniste et keyn&#233;sien. Ce que je crois vrai c'est que beaucoup de m&#233;thodes d'intervention adopt&#233;es dans les ann&#233;es 60-70 ont vieilli, et il n'&#233;tait pas anormal qu'on songe &#224; les modifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines industries avaient &#233;volu&#233;, on ne pouvait plus consid&#233;rer que le transport a&#233;rien, par exemple, &#233;tait un &#171; service public &#187; etc. Mais, l'ultra lib&#233;ralisme qui est apparu &#224; cette &#233;poque-l&#224; a profit&#233; des lourdeurs des syst&#232;mes de r&#233;gulation int&#233;rieure pour r&#233;affirmer un lib&#233;ralisme auquel Adam Smith lui-m&#234;me n'avait jamais pens&#233;. Et, &#224; l'extr&#234;me, les &#171; libertariens &#187; estimaient que tout doit &#234;tre marchand et qu'il ne fallait donc pas contr&#244;ler le trafic d'organes humains !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu co&#239;ncidence, et ce n'est pas par hasard, entre l'ultra-lib&#233;ralisme et deux r&#233;alit&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Aux &#201;tats-Unis, il y a eu l'arriv&#233;e de l'&#201;cole de Chicago et le remplacement des th&#233;ories de la demande par les th&#233;ories de l'offre. C'est la pens&#233;e de Milton Friedman et de quelques autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Il y a eu au m&#234;me moment ce qu'on appelle la mondialisation qui n'est pas un fait nouveau mais qui s'est m&#233;tamorphos&#233;e du fait qu'il fallait des march&#233;s de plus en plus grands compte tenu de la productivit&#233;, du d&#233;veloppement des moyens de transmission etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est-&#224;-dire que la production, dop&#233;e par la technique et d&#233;passant la demande int&#233;rieure, il fallait que les exportations tirent l'&#233;conomie&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, techniquement l'unit&#233; de production rentable &#233;tant de plus en plus grande, il lui faut un march&#233; de plus en plus vaste. Il y a donc n&#233;cessit&#233; de d&#233;velopper les &#233;changes internationaux au plan commercial, et, par cons&#233;quent, au plan financier. A de nombreux facteurs, dans les &#233;changes internationaux, se conjugue le renouveau du lib&#233;ralisme extr&#234;me aux &#201;tats-Unis et cette conjugaison donne l'ultra-lib&#233;ralisme. Dans la mesure o&#249; la puissance &#233;conomique leader veut imposer le syst&#232;me au reste du monde on arrive &#224; une situation o&#249; tout entre dans le domaine marchand, y compris ce qui est du domaine de l'&#201;tat ou des syst&#232;mes sociaux. Aux &#201;tats-Unis, la croyance dans la supr&#233;matie du march&#233; fait qu'un certain nombre d'institutions porteuses du lien social ont pratiquement disparu, notamment le syst&#232;me mutualiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas surprenant car, au fond, tout le syst&#232;me lib&#233;ral con&#231;u par Adam Smith ignore la soci&#233;t&#233; : il ne conna&#238;t que les individus et les contrats entre les individus. Et tout ce qui constitue un groupement d'individus est presque suspect !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, un ph&#233;nom&#232;ne ultra-lib&#233;ral se r&#233;pand dans le monde par de multiples canaux qui peut aboutir &#224; l'extr&#234;me &#224; supprimer tous les syst&#232;mes sociaux : les coop&#233;ratives, les mutuelles, les retraites par r&#233;partition&#8230; On ne laisserait subsister que les syst&#232;mes caritatifs en consid&#233;rant qu'ils ne sont pas dans l'&#233;conomie. Toutefois, &#224; l'ultra-lib&#233;ralisme s'opposent certaines r&#233;alit&#233;s d&#233;sagr&#233;ables pour lui et qu'il voudrait bien supprimer : droit du travail, droits sociaux, mutuelles&#8230; Cette offensive ultra-lib&#233;rale, qui est n&#233;e d'une n&#233;cessit&#233; objective de d&#233;r&#233;gulation due &#224; l'&#233;volution &#233;conomique, commence &#224; s'essouffler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Compte tenu de l'&#233;volution d&#233;mographique les retraites par r&#233;partition co&#251;tent cher. Les retraites par capitalisation sont-elles devenues in&#233;vitables ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis pas contre un syst&#232;me compl&#233;mentaire, mais les retraites par capitalisation pr&#233;sentent plusieurs inconv&#233;nients dont surtout celui de ne pas instituer un lien entre les g&#233;n&#233;rations, et par-dessus le march&#233; elles entra&#238;nent dans la gestion des entreprises des effets particuli&#232;rement pervers. Notamment dans le cadre des fonds de pension dont les g&#233;rants sont pay&#233;s, et largement, pour que ces fonds, qui constituent des sommes colossales, soient les mieux g&#233;r&#233;s possibles puisqu'il s'agit de garantir les pensions des int&#233;ress&#233;s. Le r&#233;sultat c'est que ces gestionnaires des fonds de pension dominent les march&#233;s boursiers, et, ce qu'ils demandent aux entreprises preneuses de ces fonds c'est que &#231;a rapporte le plus t&#244;t possible. On en revient &#224; &#171; la main myope &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourtant, ces fonds de pension peuvent irriguer l'&#233;conomie par des apports de capitaux consid&#233;rables&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, mais avec cet inconv&#233;nient que des d&#233;cisions lourdes de risques sont prises au quotidien en fonction d'anticipations tr&#232;s al&#233;atoires sur l'&#233;volution des &#233;conomies des diverses branches. Bien s&#251;r, ces fonds de pension s'investissent le plus souvent &#224; long terme sous forme d'actions, mais les gestionnaires sont pr&#234;ts &#224; les abandonner rapidement, comme des titres &#224; court terme. Et ils fonctionnent tous avec les m&#234;mes logiciels, au m&#234;me moment, et selon un ph&#233;nom&#232;ne qui accomplit leurs propres proph&#233;ties&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un mot sur la relance par la consommation int&#233;rieure : la consommation doit-elle suivre constamment une courbe ascendante pour soutenir l'&#233;conomie. Autrement dit, pour ne pas mourir de faim faut-il mourir de consommer ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde n'a pas acc&#232;s de la m&#234;me fa&#231;on &#224; la consommation, et surtout les modes de consommation changent en fonction des &#233;volutions technologiques (informatique, t&#233;l&#233;phone portable&#8230;). L'innovation technologique a certes d&#233;truit beaucoup d'emplois dans l'agriculture mais d'autres emplois se sont cr&#233;&#233;s dans des activit&#233;s nouvelles. &#192; l'heure actuelle il doit y avoir plus d'informaticiens que de sid&#233;rurgistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais pourquoi les nouveaux emplois n'&#233;pongent-ils pas la main d'&#339;uvre d&#233;bauch&#233;e par l'&#233;volution technologique ? Cette question int&#233;resse au plus haut point les travailleurs sociaux.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'essentiel, nous avons une d&#233;mographie qui a chang&#233;. Notons toutefois que, jusqu'&#224; il y a une quinzaine d'ann&#233;es, l'&#233;volution technologique a permis d&#8216;&#233;ponger la main d'&#339;uvre vacante. Mais il y a d&#233;s&#233;quilibre dans les pays occidentaux li&#233; &#224; la grande ouverture des march&#233;s ext&#233;rieurs dans une &#233;poque de r&#233;cession, ce qui a conduit les entreprises &#224; limiter leurs co&#251;ts de production en d&#233;localisant parfois leurs activit&#233;s. Donc : r&#233;duction des effectifs, pr&#233;carisation accentu&#233;e, recours &#224; l'int&#233;rim, externalisation par l'int&#233;rim, peur panique des contraintes li&#233;es &#224; d'&#233;ventuels licenciements. Mais on ne peut pas dire pour autant que la modernisation n'est pas cr&#233;atrice d'emplois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Venons-en &#224; la seconde partie de notre entretien : Comment sur ce tableau assez effrayant de l'ultra-lib&#233;ralisme s'inscrit l'&#233;conomie sociale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut d'abord dire que l'&#233;conomie sociale est un concept nouveau, il a eu des pr&#233;c&#233;dents, dans le catholicisme notamment qu'on appelait le &#171; catholicisme social &#187;, mais sur des bases tr&#232;s diff&#233;rentes ! Les id&#233;es nouvelles sont venues de Charles Gide, un protestant, un des fondateurs de la Ligue des droits de l'homme, dreyfusard, &#233;conomiste, qui a fini professeur au Coll&#232;ge de France. Ce fut un militant actif du monde coop&#233;ratif. Pour lui, la coop&#233;ration se limitait un peu &#224; la coop&#233;ration de consommation, au d&#233;but du si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terme d'&#233;conomie sociale a &#233;t&#233; repris dans les ann&#233;es 60-70, lorsqu'il a fallu trouver un vocable pour donner une sorte de raison sociale &#224; l'ensemble constitu&#233; par les coop&#233;rations, associations et mutuelles, qui du fait de l'&#233;volution de l'&#233;conomie commen&#231;aient &#224; ressentir qu'on mettait en cause leur existence. Elles n'&#233;taient plus &#224; la mode. Il faut dire que, au XIXe ces coop&#233;ratives et mutuelles avaient souvent &#233;t&#233; utilis&#233;es par les gouvernements lib&#233;raux comme instruments d'intervention sociale. Dans les ann&#233;es 60-70, on commen&#231;ait, d&#233;j&#224;, &#224; dire qu'il fallait les transformer en soci&#233;t&#233;s anonymes. L'id&#233;e de base de l'&#233;conomie sociale a &#233;t&#233; que l'&#233;conomie a droit &#224; la diversit&#233; des esp&#232;ces. &#192; c&#244;t&#233; des formes habituelles d'entreprises pourquoi n'y aurait-il pas des entreprises fond&#233;es sur des soci&#233;t&#233;s de personnes ? La base de l'&#233;conomie sociale est qu'il s'agit de groupements de personnes et non pas de groupements de capitaux. C'est-&#224;-dire que dans ces structures ce n'est pas le capital qui tient le pouvoir, ce sont les personnes sur la base de : une personne, une voix. Dans la mesure o&#249; une structure coop&#233;rative poss&#232;de un capital, il est r&#233;mun&#233;r&#233; &#224; un taux convenable mais on ne peut pas faire de sp&#233;culation dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par cons&#233;quent, on peut r&#233;injecter les profits dans le d&#233;veloppement de l'entreprise (CAMIF etc.).&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, et, par la suite, on a constat&#233; un aspect important des entreprises de l'&#233;conomie sociale : c'est la diffusion du pouvoir de d&#233;cision. Comparez, par exemple, la Soci&#233;t&#233; G&#233;n&#233;rale et le Cr&#233;dit Mutuel. Dans le premier cas tout fonctionne par voie hi&#233;rarchique descendante ; dans le second, compte tenu de l'aspect f&#233;d&#233;raliste du syst&#232;me, de nombreuses personnes se trouvent d&#233;tenir une parcelle de responsabilit&#233;. C'est un moyen de rendre l'&#233;conomie &#224; la soci&#233;t&#233;. Ensuite, c'est un instrument d'exp&#233;rimentation : on peut faire face &#224; des situations nouvelles par des moyens in&#233;dits sans &#234;tre oblig&#233; de rentrer dans le cadre. Par exemple, tout le tourisme populaire est n&#233; de l'exp&#233;rience associative de terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, l'&#233;conomie sociale n'a pas de projet unique, il y a autant de projets qu'il y a de groupes : activit&#233; bancaire, assurance, coop&#233;rative d'approvisionnement, mutuelle de pr&#233;voyance etc. Ce qu'il y a de commun c'est d'organiser une activit&#233; qui est sur le march&#233;, qu'on le veuille ou non, mais sur la base d'une soci&#233;t&#233; de personnes.&lt;br class='manualbr' /&gt;Est-ce que ces structures de l'&#233;conomie sociale r&#233;pondent aux probl&#232;mes de notre &#233;poque ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En effet ! Quelles sont les promesses, ou du moins quelles sont les esp&#233;rances que l'&#233;conomie sociale peut faire na&#238;tre chez les personnes dont s'occupent actuellement les travailleurs sociaux, par rapport notamment &#224; la grande pauvret&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du fait de son mode d'organisation, l'&#233;conomie sociale, qui est loin d'&#234;tre parfaite, poss&#232;de une grande qualit&#233; qui est d'&#233;chapper au moins aux fluctuations boursi&#232;res puisqu'elle n'est pas en bourse. Elle d&#233;pend de la confiance de ses associ&#233;s mais pas du tout de ce qui est d&#233;cid&#233; ailleurs (par exemple les d&#233;localisations). Ces choses ne sont pas dans la culture de l'&#233;conomie sociale. D'autre part, si les banques coop&#233;ratives sont prosp&#232;res c'est que, contrairement aux autres banques, elles ont fait tr&#232;s peu d'op&#233;rations de promotion immobili&#232;re parce que &#231;a ne rentre pas dans leur culture, surtout au niveau des conseils d'administration. Du fait de leurs structures, les organismes coop&#233;ratifs ont un enracinement de terrain qui les conduit &#224; s'int&#233;resser en priorit&#233; au d&#233;veloppement local. Pour un travailleur social, il est important de comprendre qu'une banque coop&#233;rative est beaucoup plus proche du terrain parce qu'elle est administr&#233;e par des gens du cru, des locaux, des r&#233;gionaux. Elle est, avec les coop&#233;ratives et les mutuelles, un &#233;l&#233;ment de lien social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais comment une importante structure de l'&#233;conomie sociale (banque, mutuelle etc) peut-elle se capitaliser pour rester dans l'&#233;conomie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; qu'on est attendu au tournant par les lib&#233;raux qui nous disent &#171; si vous n'allez pas en bourse vous ne pourrez pas vous procurer de fonds ! &#187;. Alors, on r&#233;pond que gr&#226;ce &#224; notre m&#233;canisme de non-distribution des r&#233;serves on r&#233;ussit &#224; s'autofinancer. Ensuite, les coop&#233;ratives commencent &#224; pouvoir &#233;mettre des titres assortis de cette particularit&#233; : ils ne donnent pas de pouvoirs. (Ou des pouvoirs tr&#232;s limit&#233;s.) Ces titres sont les certificats coop&#233;ratifs d'investissement, titres participatifs etc. On a cherch&#233; &#224; inventer des produits financiers qui assurent au souscripteur des revenus convenables sans pour autant donner des pouvoirs dans la gestion de l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi, dans votre livre, &#233;voquez-vous l'&#233;conomie sociale comme outil possible d'une transformation de la soci&#233;t&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une vision utopiste. Cette fa&#231;on de travailler est porteuse d'un certain nombre de valeurs. Dans la mesure o&#249; elle se r&#233;pand, elle peut sortir des secteurs o&#249; elle est n&#233;e. Elle peut contribuer &#224; modifier la soci&#233;t&#233;. Encore faut-il qu'elle soit pr&#233;serv&#233;e dans son secteur d'origine, qu'elle r&#233;siste suffisamment &#224; l'ultralib&#233;ralisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le tout r&#233;cent rapport Lambert pr&#233;conise la d&#233;mutualisation de l'assurance. Est-ce l'exemple d'une menace ultra-lib&#233;rale pour l'&#233;conomie sociale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un pr&#233;c&#233;dent, en Angleterre, consiste dans l'affaire des &#171; Building societies &#187;, structures d'&#233;conomie sociale transform&#233;es en soci&#233;t&#233;s anonymes et qui se sont alors mises &#224; consentir des pr&#234;ts au logement &#224; des taux&#8230; plus &#233;lev&#233;s qu'auparavant ! De m&#234;me, actuellement, des soci&#233;t&#233;s de conseil font le si&#232;ge de banques mutualistes pour les inciter &#224; se d&#233;mutualiser. Il y a &#224; ce niveau une pression tr&#232;s forte soutenue par le groupement des banques classiques. Pour l'instant, en France, on r&#233;siste. En France, actuellement, l'&#233;conomie sociale est plut&#244;t en expansion. Si on prend chacun des groupes, la part de march&#233; des banques coop&#233;ratives s'accro&#238;t. Elles ont m&#234;me rachet&#233; des banques priv&#233;es. La coop&#233;ration agricole se tient bien, la mutualit&#233; d'assurance se tient tr&#232;s bien, le monde associatif est tout &#224; fait foisonnant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votre livre &#233;voque, pour la d&#233;noncer non sans ironie, une &#171; id&#233;ologie de l'entreprise &#187; Dans le travail social on pr&#233;tend de plus en plus g&#233;rer les associations, les &#233;tablissements ou les services de fa&#231;on manag&#233;riale. Qu'est-ce qui fait actuellement qu'un modeste directeur d'&#233;tablissement ou de service pr&#233;tende diriger en &#171; manager &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un peu une grande mode. Comme tous les termes de ce genre il est confus. Toutefois, il y a une part qui n'est pas discutable &#224; savoir qu'il faut &#234;tre rigoureux dans la gestion. Il est m&#234;me indispensable d'emprunter &#224; l'entreprise classique des outils de gestion modernes. Mais, se r&#233;f&#233;rer abusivement &#224; la gestion manag&#233;riale dans un IME ou un IR c'est confondre les outils et leurs finalit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un conseil tr&#232;s pratique pour mieux comprendre l'&#233;conomie sociale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs sociaux connaissent sur leur secteur des entreprises de l'&#233;conomie sociale : banques, mutuelles, coop&#233;ratives, entreprises d'insertion&#8230; Si, dans le cadre de leur activit&#233; ils rencontrent des probl&#232;mes, ils peuvent s'adresser aux Groupements r&#233;gionaux de la coop&#233;ration, de la Mutualit&#233; et des associations qui existent dans presque toutes les r&#233;gions. Ces groupements ont pour mission de coordonner et de stimuler l'&#233;conomie sociale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Moreau, ancien sous-directeur au Tr&#233;sor, ancien PDG de la Banque Fran&#231;aise de Cr&#233;dit coop&#233;ratif&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>L'&#233;conomie sociale peut-elle transformer&#8230; la soci&#233;t&#233; ? </title>
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