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	<title>Lien Social</title>
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	<description>76 rue Garance
31670 Lab&#232;ge
T&#233;l. : 05 62 73 34 40
Fax : 05 62 73 00 29</description>
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		<title>Lien Social</title>
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		<title>Conf&#233;rence de la famille : des mesures en faveur des aidants familiaux</title>
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		<dc:subject>805-806</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#194;g&#233;e de 55 &#224; 70 ans, une g&#233;n&#233;ration pivot s'occupe simultan&#233;ment de ses parents vieillissants et de ses enfants tardant &#224; devenir adultes. &#192; travers la gestion du vieillissement et le renforcement des liens entre g&#233;n&#233;rations, le soutien aux aidants familiaux est &#224; l'ordre du jour : tout cela a fait l'essentiel de la dixi&#232;me conf&#233;rence de la famille &lt;br class='autobr' /&gt;
Le vieillissement de la population a bien s&#251;r boulevers&#233; la donne et les effets de la canicule 2003 rappellent de mauvais souvenirs &#224; nos politiques. (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lien-social.com/Decryptage" rel="directory"&gt;D&#233;cryptage&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.lien-social.com/805-806" rel="tag"&gt;805-806&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#194;g&#233;e de 55 &#224; 70 ans, une g&#233;n&#233;ration pivot s'occupe simultan&#233;ment de ses parents vieillissants et de ses enfants tardant &#224; devenir adultes. &#192; travers la gestion du vieillissement et le renforcement des liens entre g&#233;n&#233;rations, le soutien aux aidants familiaux est &#224; l'ordre du jour : tout cela a fait l'essentiel de la dixi&#232;me conf&#233;rence de la famille&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le vieillissement de la population a bien s&#251;r boulevers&#233; la donne et les effets de la canicule 2003 rappellent de mauvais souvenirs &#224; nos politiques. Aujourd'hui, pr&#232;s de 75 % des b&#233;n&#233;ficiaires de l'allocation personnalis&#233;e d'autonomie (APA) restent aid&#233;s par leurs proches, &#233;value le minist&#232;re concern&#233;. On estime actuellement &#224; 300 000 le nombre de ces &#171; aidants familiaux &#187;, &#224; qui il faudra imp&#233;rativement am&#233;nager de temps &#224; autre quelque r&#233;pit : le r&#233;cent plan solidarit&#233; grand &#226;ge a d'ailleurs pr&#233;vu la cr&#233;ation annuelle, sur cinq ans, de 1100 places d'h&#233;bergement temporaire&#8230; Mais qui sont-ils, ces aidants familiaux ? Un conjoint dans pr&#232;s de la moiti&#233; des cas et un fils ou une fille &#226;g&#233;(e) d'en moyenne 55 ans dans un tiers des situations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En amont de cette conf&#233;rence de la famille 2006, deux rapports pr&#233;paratoires, respectivement intitul&#233;s La famille, espace de solidarit&#233; entre g&#233;n&#233;rations et La soci&#233;t&#233; interg&#233;n&#233;rationnelle au service de la famille, avaient pr&#233;conis&#233; le renforcement de l'accueil temporaire, la cr&#233;ation d'un cong&#233; de pr&#233;sence familiale pour les salari&#233;s s'occupant d'un proche d&#233;pendant et la validation des acquis de leur exp&#233;rience (VAE).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, parmi les douze propositions du premier &#233;crit, six concernaient directement le soutien &#224; apporter aux aidants familiaux. Les propositions du second rapport &#233;taient, elles, articul&#233;es autour de deux axes : rendre plus visible l'interg&#233;n&#233;rationnel et le faciliter au quotidien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='appendix' title='Les rapports complets sont disponibles sur : www.famille.gouv.fr' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Concernant cette rubrique, les initiatives interg&#233;n&#233;rationnelles devraient se voir (enfin) encourag&#233;es, de m&#234;me que les recherches sur les repr&#233;sentations des &#226;ges ou les transmissions entre g&#233;n&#233;rations. Une charte de l'interg&#233;n&#233;rationnel est &#224; l'ordre du jour. Enfin, l'&#233;mission de ch&#232;ques emploi-service universels (Cesu) pour les b&#233;n&#233;voles retrait&#233;s ou encore l'appui au logement interg&#233;n&#233;rationnel avaient &#233;galement &#233;t&#233; &#233;voqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;unie le 3 juillet &#224; Matignon, cette dixi&#232;me conf&#233;rence de la famille a donc accouch&#233; de quelques d&#233;cisions longuement m&#251;ries par les associations, telle la cr&#233;ation d'un cong&#233; de soutien familial de trois mois pour les personnes interrompant leur activit&#233; professionnelle afin de s'occuper d'un parent &#226;g&#233; ou handicap&#233; : un &#171; cadre juridique protecteur pour s'occuper d'un proche d&#233;pendant &#187;, selon le Premier ministre. Renouvelable dans la limite d'un an, ce cong&#233; ne pourra pas &#234;tre refus&#233; par l'employeur, mais ne sera cependant pas r&#233;mun&#233;r&#233; (tout en permettant de continuer &#224; acqu&#233;rir ses droits &#224; la retraite).&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un carnet de l'aidant familial&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le minist&#232;re d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; la Famille &#233;ditera d&#233;but 2007 un &#171; carnet de l'aidant familial &#187;, avec des informations pour ses diff&#233;rentes d&#233;marches&#8230; Le fascicule servira &#233;galement &#224; recenser aide apport&#233;e et formations re&#231;ues, afin de faire valoir ses comp&#233;tences en tant qu'aidant familial dans le cadre d'un projet professionnel dans le domaine m&#233;dico-social, voire de b&#233;n&#233;ficier d'une validation des acquis de l'exp&#233;rience (VAE) pour celles et ceux qui souhaiteraient s'engager dans une carri&#232;re m&#233;dico-sociale&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon les services du Premier ministre, environ 534 000 personnes pourraient &#234;tre int&#233;ress&#233;es par ce carnet. Au final, les aidants familiaux pourront donc b&#233;n&#233;ficier de soutiens personnalis&#233;s, avoir acc&#232;s &#224; des formules de r&#233;pit, interrompre plus ais&#233;ment leur parcours professionnel, pouvoir disposer de formations appropri&#233;es, b&#233;n&#233;ficier de la VAE tout en ne perdant pas leurs droits &#224; la retraite pour cause d'accompagnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs et &#224; l'autre bout de la cha&#238;ne, un pr&#234;t &#224; taux z&#233;ro, d'un montant maximal de 5000 e remboursables sur cinq ans, sera destin&#233;, &#224; partir de 2007, aux jeunes de 18 &#224; 25 ans entrant dans la vie active. Enfin, la cr&#233;ation d'un compte &#233;pargne-services a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233;e en faveur des retrait&#233;s engag&#233;s aupr&#232;s de la collectivit&#233;. Plus largement, les familles devraient &#234;tre mieux inform&#233;es de leurs droits (via, par exemple, les points info famille), le r&#244;le des grands-parents pourrait &#234;tre autrement reconnu (tout cela reste vague), de nouvelles formes d'&#233;pargne solidaire seraient imagin&#233;es&#8230; et la fameuse r&#233;forme des tutelles serait m&#234;me un jour enfin vot&#233;e !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un d&#233;cret devrait parachever cet ensemble &#224; l'automne, en fournissant une &#171; d&#233;finition pr&#233;cise &#187; de l'aidant de personnes &#226;g&#233;es, &#171; en coh&#233;rence avec celui des personnes handicap&#233;es &#187;. Une autre proposition a &#233;t&#233; faite par la caisse nationale des allocations familiales (Cnaf), celle de la cr&#233;ation d'un conseil d'orientation sur la famille, &#224; l'image de celui pour l'emploi ou les retraites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si certaines organisations &#8212; telles l'Union nationale des associations familiales (Unaf) &#8212; se r&#233;jouissent de voir prises en compte leurs propositions, d'autres en revanche consid&#232;rent la cr&#233;ation du cong&#233; de soutien familial comme un pas en arri&#232;re : &#171; apr&#232;s s'&#234;tre occup&#233; des enfants, les femmes vont s'occuper de leurs parents &#187;, d&#233;nonce l'Union des familles la&#239;ques, qui stigmatise le manque de structures ad&#233;quates et rappelle que l'aide aux personnes d&#233;pendantes est du ressort de l'&#201;tat. Une autre lacune est point&#233;e, celle des financements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, la mesure de cong&#233; de soutien familial s'inscrit sous le signe de la rigueur budg&#233;taire, malgr&#233; son co&#251;t annuel de 10,5 millions d'euros par an. Une grande majorit&#233; des familles ne peuvent &#233;videmment se passer d'un salaire pendant plusieurs mois, limitant ipso facto l'acc&#232;s &#224; cette mesure aux familles les plus ais&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les rapports complets sont disponibles sur : &lt;a href=&#034;http://www.famille.gouv.fr/doss_pr/conf_famille2006/sommaire.htm&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;www.famille.gouv.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>L'art en prison</title>
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		<title>L'exercice de la danse improvis&#233;e </title>
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		<dc:subject>Prison</dc:subject>
		<dc:subject>805-806</dc:subject>

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&lt;p&gt;Lien Social consacre le num&#233;ro de l'&#233;t&#233; &#224; l'Art en prison. Il ne s'agit pas seulement de pr&#233;senter des activit&#233;s mais de s'interroger sur le sens m&#234;me de ces pratiques et ce qu'elles apportent aux d&#233;tenus. Des artistes racontent leur exp&#233;rience, leur engagement, leur &#233;motion et d&#233;crivent les conditions, pas toujours faciles, dans lesquelles se sont d&#233;roul&#233;es leurs interventions. Les voix convergent pour rappeler que l'art a partout sa place et particuli&#232;rement en prison o&#249; il aide l'individu &#224; retrouver sa (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Lien Social consacre le num&#233;ro de l'&#233;t&#233; &#224; l'Art en prison. Il ne s'agit pas seulement de pr&#233;senter des activit&#233;s mais de s'interroger sur le sens m&#234;me de ces pratiques et ce qu'elles apportent aux d&#233;tenus. Des artistes racontent leur exp&#233;rience, leur engagement, leur &#233;motion et d&#233;crivent les conditions, pas toujours faciles, dans lesquelles se sont d&#233;roul&#233;es leurs interventions. Les voix convergent pour rappeler que l'art a partout sa place et particuli&#232;rement en prison o&#249; il aide l'individu &#224; retrouver sa part d'humanit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Besan&#231;on&#8230; maison d'arr&#234;t. mise en activit&#233; : 1896&#8230; en 2005 : 317 d&#233;tenus pour 232 places. Stage de danse improvis&#233;e&#8230; intervenant : Franck Esn&#233;e, danseur et metteur en sc&#232;ne de th&#233;&#226;tre&#8230; stage de 17 heures, une semaine par mois&#8230; huit d&#233;tenus&#8230; la danse improvis&#233;e, c'est un truc de p&#233;d&#233;s&#8230; on a l'air con&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas croire, cela ne s'est pas fait du jour au lendemain ! C'est d'abord pour un atelier th&#233;&#226;tre avec des hommes que Franck Esn&#233;e a &#233;t&#233; sollicit&#233; par l'association et le service socio-&#233;ducatif qui g&#233;raient les activit&#233;s &#224; la maison d'arr&#234;t. Le hasard a fait que, parall&#232;lement, il suivait une formation en danse improvis&#233;e. Il lui est alors apparu, au contact des d&#233;tenus, qu'il serait &lt;i&gt;&#171; plus int&#233;ressant p&#233;dagogiquement &#187;&lt;/i&gt; d'aller avec eux sur ce terrain-l&#224;. Petit &#224; petit. Il sentait en effet qu'il y avait un besoin &lt;i&gt;&#171; de travail libre autour de l'expression du corps. &#187;&lt;/i&gt; Ce qui pour lui n'est en rien surprenant dans la mesure o&#249;, dit-il : &lt;i&gt;&#171; La prison r&#233;duit les corps, modifie le sch&#233;ma psycho-corporel &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit, identifier le besoin est une chose, proposer &lt;i&gt;&#171; des machins de d&#233;biles &#187;&lt;/i&gt; comme le dira un d&#233;tenu en est une autre. Franck Esn&#233;e en a bien conscience qui reconna&#238;t : &lt;i&gt;&#171; Si j'avais parl&#233; de danse improvis&#233;e je n'aurais eu absolument personne &#187;&lt;/i&gt;. C'est donc la d&#233;nomination th&#233;&#226;tre physique qui est retenue. Accompagn&#233; par le th&#233;&#226;tre de l'Espace de Besan&#231;on qui se charge de la convention Drac-Drsp et qui donc recueillera les subventions et r&#233;tribuera l'intervenant, Franck Esn&#233;e se lance dans l'aventure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il va donc s'agir pour l'artiste d'animer &#224; nouveau ces corps annul&#233;s par la prison, de permettre aux d&#233;tenus de retrouver un corps sensible.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Lib&#233;ratrice d'&#233;motions&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'improvisation n'est pas la facilit&#233; que le mot pourrait sugg&#233;rer, c'est un vrai travail &#187;&lt;/i&gt;, d&#233;clare Franck Esn&#233;e. Pour autant c'est une discipline qu'il juge totalement adapt&#233;e au public carc&#233;ral. En effet, elle permet &#224; chacun &lt;i&gt;&#171; d'aller vers une expression spontan&#233;e facile &#224; lib&#233;rer &#187;&lt;/i&gt;. Elle ne n&#233;cessite pas d'apprentissage. Et &lt;i&gt;&#171; chacun peut &#234;tre participant de la chor&#233;graphie qui s'&#233;crit &#187;&lt;/i&gt;. En outre elle n'appelle pas les notions de &lt;i&gt;&#171; bien, mal, beau, pas beau, savoir, r&#233;ussir, pas r&#233;ussir. Le moindre geste est pertinent &#187;&lt;/i&gt;. Une dimension pr&#233;cieuse pour des hommes &lt;i&gt;&#171; en difficult&#233; avec l'oralit&#233;, l'expression, qui souffrent de complexes lourds &#187;&lt;/i&gt;. En fait l'int&#233;r&#234;t c'est &lt;i&gt;&#171; d'&#234;tre en danse plut&#244;t que d'apprendre &#187;&lt;/i&gt;. Ceci dit c'est aussi &lt;i&gt;&#171; une d&#233;marche qui suppose l'adh&#233;sion de tous les participants et une mise en p&#233;ril constante de tous &#187;&lt;/i&gt;. On mesure l&#224; l'ampleur de la gageure !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils participaient parce que la prison est un lieu o&#249; &lt;i&gt;&#171; au-del&#224; de la demande culturelle il y a une vraie demande d'&#233;change, d'exp&#233;rience. Il y a un d&#233;sir d'apprendre, de se d&#233;velopper, de faire de nouvelles rencontres &#187;&lt;/i&gt;. Fuir l'ennui de la cellule est parfois aussi une motivation. Et puis se produit un ph&#233;nom&#232;ne particulier : &lt;i&gt;&#171; Dans un cadre simple d'expression, chacun est riche de plein de choses, y compris riche de sensibilit&#233; que lui-m&#234;me ne se soup&#231;onnait pas &#187;&lt;/i&gt;. D&#233;couverte cr&#233;atrice et lib&#233;ratrice d'&#233;motions pour le d&#233;tenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour toutes ces raisons, l'atelier a fonctionn&#233; une fois par mois pendant cinq ans &#224; raison d'un stage de 17 heures r&#233;parties sur une semaine. Huit d&#233;tenus par stage, diff&#233;rents chaque mois, turn-over des maisons d'arr&#234;t oblige. &lt;i&gt;&#171; Tous les volontaires &#233;taient accept&#233;s, tous les &#226;ges &#233;taient l&#224; &#187;&lt;/i&gt;. Tr&#232;s peu de d&#233;fections. M&#234;me si parfois certains disaient : &lt;i&gt;&#171; &#199;a veut rien dire tout &#231;a, ils revenaient le lendemain &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Refuser de faire le psychiatre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ils &#233;taient donc l&#224;, assidus&#8230; et ils dansaient. Comme en t&#233;moigne le film Intra-muros mouvements, une &#339;uvre cin&#233;matographique &#224; part enti&#232;re r&#233;alis&#233;e par Fran&#231;ois Royet qui a film&#233; cet atelier pendant sept mois. Gr&#226;ce &#224; ce support, on a la chance de mesurer le chemin parcouru par ces hommes. Les attitudes fig&#233;es du d&#233;but, l'un d'eux par exemple n'arrive pas &#224; faire le geste simple de laisser tomber ses bras le long du corps. Les premi&#232;res esquisses o&#249; ils se sentent gauches : &lt;i&gt;&#171; On a l'air con &#187;&lt;/i&gt;, dit l'un d'eux en abandonnant un geste. Les rires g&#234;n&#233;s : &lt;i&gt;&#171; C'est un truc de p&#233;d&#233;s &#187;&lt;/i&gt;, dit un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis les corps qui se d&#233;lient, les improvisations en duo puis collectives qui se forment, l'inventivit&#233; des gestes et des mouvements, le tout surprenant plus d'un participant. &lt;i&gt;&#171; C'est beau ! &#187;&lt;/i&gt;, dit un d&#233;tenu pour un temps spectateur. Le film fait comprendre &#233;galement ce que l'artiste intervenant a permis : &lt;i&gt;&#171; Que chacun d&#233;veloppe une gestuelle qui le touche, qui lui est propre, qui lui pla&#238;t &#187;&lt;/i&gt;. On est &#233;berlu&#233;s de voir que dans ce milieu o&#249; la notion de contact physique est taboue, ces hommes ont r&#233;ussi &#224; &lt;i&gt;&#171; aller envelopper l'autre, l'entourer, aller vers ses espaces &#224; lui sans qu'il y ait d'allusions intimes, sexuelles &#187;&lt;/i&gt;. On est troubl&#233;s de voir combien &lt;i&gt;&#171; ils jouent inconsciemment avec les murs, avec les bords de l'espace &#187;&lt;/i&gt;, comme le fait remarquer Fran&#231;ois Royet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour obtenir un tel r&#233;sultat on imagine que cette &lt;i&gt;&#171; rencontre avec un art, une pratique exigeante &#187;&lt;/i&gt; n&#233;cessite que l'intervenant respecte lui-m&#234;me certaines exigences : un professionnalisme de formateur p&#233;dagogue, donc une forte exigence de qualit&#233; dans le travail propos&#233; et dans le travail accompli. Pertinence totale en ce sens que les d&#233;tenus sont &lt;i&gt;&#171; tr&#232;s curieux et, dans la mesure o&#249; ils ne sont plus sous le regard des autres d&#233;tenus, en petit groupe, on peut vraiment proposer des choses de qualit&#233;, exigeantes, on peut aller tr&#232;s loin &#187;&lt;/i&gt;. En restant bien s&#251;r dans les limites du possible. &lt;i&gt;&#171; Ce que je vous demande c'est pas d'&#234;tre des danseurs, c'est de d&#233;velopper une qualit&#233; de danseur. La qualit&#233; c'est par exemple je sais o&#249; sont mes pieds, je sais o&#249; sont mes coudes, je sais o&#249; est ma t&#234;te &#187;&lt;/i&gt;, entend-on dire l'artiste dans le film.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#234;tre professionnel c'est aussi &lt;i&gt;&#171; rester &#224; ma place et &#234;tre reconnu pour cette place &#187;&lt;/i&gt;. C'est donc refuser de faire &lt;i&gt;&#171; le psychiatre, le cur&#233;, l'assistante sociale, l'&#233;ducateur &#187;&lt;/i&gt;. &#234;tre professionnel c'est encore &#234;tre coh&#233;rent, respecter les r&#232;gles strictes de la prison. Pas d'&#233;change de cadeaux, refus de rendre des petits services, &#233;viter de se faire manipuler. &#234;tre p&#233;dagogue c'est faire preuve d'un &lt;i&gt;&#171; minimum de temp&#233;rament &#187;&lt;/i&gt; de fa&#231;on &#224; &#234;tre entendu et respect&#233; avec ce quelque chose qui rel&#232;ve de la fraternit&#233; et qui va faire que &#231;a va passer, &lt;i&gt;&#171; que vous allez &#234;tre reconnu comme respectable &#187;&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ne pas fuir non plus la confrontation avec le d&#233;tenu pour faire accepter les r&#232;gles de fonctionnement de l'atelier, aller jusqu'&#224; exclure le stagiaire violent ou celui qui ne veut pas participer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#234;tre &#224; sa place de p&#233;dagogue, et ceci transpara&#238;t nettement dans le film, c'est &#233;galement &#234;tre humain, respectueux, &#224; l'&#233;coute, en recherche avec les autres, se remettre en cause. C'est apporter une pr&#233;sence contenante, g&#233;n&#233;reuse, c'est &#234;tre tr&#232;s impliqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Comme une mission humanitaire&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;S'agissant de l'impact des actions artistiques en milieu carc&#233;ral, Franck Esn&#233;e revendique &lt;i&gt;&#171; un point de vue personnel et tr&#232;s dur &#187;&lt;/i&gt;. &#192; savoir que &lt;i&gt;&#171; la prison absorbe tout, on ne laisse pas de trace &#187;&lt;/i&gt;. Il va m&#234;me plus loin : &lt;i&gt;&#171; Si l'artiste intervenant a le d&#233;sir de provoquer quelque chose, de laisser une trace, il se trompe car il enl&#232;ve la libert&#233; au d&#233;tenu. Le p&#233;dagogue trop d&#233;termin&#233; va se cogner au mur. Il faut laisser une part de flou pour qu'il y ait cr&#233;ativit&#233; &#187;&lt;/i&gt;. Pour lui le culturel en prison, contrairement &#224; ce qu'on aimerait qu'il soit, ne contribue pas &#224; l'insertion. Il rel&#232;ve de quelque chose ayant &#224; voir avec une &lt;i&gt;&#171; mission humanitaire &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dehors de ce temps d'art de qualit&#233; qu'il apporte, &lt;i&gt;&#171; la seule chose importante c'est la vie qu'on am&#232;ne, on est des porteurs de vie &#187;&lt;/i&gt;. Franck Esn&#233;e est persuad&#233; par exemple, contrairement &#224; l'id&#233;e souvent &#233;mise, que les d&#233;tenus qui ont particip&#233; &#224; ses ateliers, quand ils seront sortis, &lt;i&gt;&#171; n'iront pas au th&#233;&#226;tre, ne feront pas de danse. Ils ne les regarderont pas de la m&#234;me mani&#232;re, c'est tout &#187;&lt;/i&gt;. Aucune trace vraiment ? Pas m&#234;me de minuscules gouttes d'eau qui contribuent &#224; faire que chaque individu devient ce qu'il est ? Peut-&#234;tre, conc&#232;de-t-il. Car sait-on jamais &lt;i&gt;&#171; ce qui nous a permis de grandir ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Montrer la prison &#224; l'ext&#233;rieur&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Mais attention, m&#234;me si Franck Esn&#233;e est persuad&#233; que son intervention ne laissera pas de trace chez les d&#233;tenus, que ce qu'elle apporte est tr&#232;s fugitif, ne serait-ce que pour &#231;a &lt;i&gt;&#171; il faut y aller &#187;&lt;/i&gt; ! Pour r&#233;pondre &#224; l'impr&#233;cation de l'adage culture pour tous et partout, ou mieux qualit&#233; pour tous et partout. Y aller surtout pour donner &#224; l'intervention artistique en milieu carc&#233;ral une dimension autrement plus importante que toutes les autres : celle de t&#233;moigner &#224; l'ext&#233;rieur. Et &#224; cette trace-l&#224; il tient beaucoup. Car : &lt;i&gt;&#171; Le fait que les prisons soient un monde dans notre monde, sans aucune transparence m'insupporte. Toutes les mani&#232;res d'amener de la lumi&#232;re sur le monde carc&#233;ral sont les bienvenues tant il y a urgence &#224; r&#233;former les prisons dans notre soci&#233;t&#233; &#187;&lt;/i&gt;. D'o&#249; l'importance du film de Fran&#231;ois Royet qui &lt;i&gt;&#171; ouvre une fen&#234;tre sur la prison pour redonner une humanit&#233; au d&#233;tenu &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;span class='spip_document_515 spip_documents spip_documents_left'&gt;
&lt;img src='https://www.lien-social.com/local/cache-vignettes/L50xH50/picto-film-5512d.png?1693464279' width='50' height='50' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://vimeo.com/40284481&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Intra-muros Mouvements&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, film de Fran&#231;ois ROYET&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>L'art en prison &#8226; Comment &#231;a marche ?</title>
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		<dc:subject>Prison</dc:subject>
		<dc:subject>805-806</dc:subject>

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&lt;p&gt;Lien Social consacre le num&#233;ro de l'&#233;t&#233; &#224; l'Art en prison. Il ne s'agit pas seulement de pr&#233;senter des activit&#233;s mais de s'interroger sur le sens m&#234;me de ces pratiques et ce qu'elles apportent aux d&#233;tenus. Des artistes racontent leur exp&#233;rience, leur engagement, leur &#233;motion et d&#233;crivent les conditions, pas toujours faciles, dans lesquelles se sont d&#233;roul&#233;es leurs interventions. Les voix convergent pour rappeler que l'art a partout sa place et particuli&#232;rement en prison o&#249; il aide l'individu &#224; retrouver sa (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lien-social.com/Dossiers" rel="directory"&gt;Dossiers&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Lien Social consacre le num&#233;ro de l'&#233;t&#233; &#224; l'Art en prison. Il ne s'agit pas seulement de pr&#233;senter des activit&#233;s mais de s'interroger sur le sens m&#234;me de ces pratiques et ce qu'elles apportent aux d&#233;tenus. Des artistes racontent leur exp&#233;rience, leur engagement, leur &#233;motion et d&#233;crivent les conditions, pas toujours faciles, dans lesquelles se sont d&#233;roul&#233;es leurs interventions. Les voix convergent pour rappeler que l'art a partout sa place et particuli&#232;rement en prison o&#249; il aide l'individu &#224; retrouver sa part d'humanit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Actions artistiques et culturelles en milieu p&#233;nitentiaire&#8230; qui fait quoi&#8230; avec qui&#8230; exemple en Rh&#244;nes-Alpes o&#249; existent depuis 6 ans partenariat et co-financement&#8230; efficace mais fragile&#8230; La direction r&#233;gionale des services p&#233;nitentiaires finance 0,11 euro par journ&#233;e de d&#233;tention et par d&#233;tenu pour des actions socio-&#233;ducatives, culturelles et sportives&#8230; chiffre provisoire&#8230; gel budg&#233;taire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Au d&#233;part, on est parti d'&#233;ducateurs qui connaissaient un groupe de rock pour venir faire un concert, il n'y avait pas d'organisation globale, pas d'implication des structures culturelles&lt;/i&gt;, se souvient Beno&#238;t Guillemont, conseiller de l'action culturelle de la Drac Rh&#244;ne-Alpes. &lt;i&gt;C'&#233;tait souvent un engagement individuel et des projets mont&#233;s avec des bouts de ficelle. Depuis 2000, nous sommes pass&#233;s de la bonne volont&#233; &#224; une action structur&#233;e. En impliquant les institutions culturelles, celles-ci ont inscrit les actions en prison dans leur propre programmation. C'est au final tout le sens de notre mission de service public dont l'objectif est de porter la culture &#224; ceux qui ne viennent pas &#224; elle &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1998, la Drac et la Drsp ont confi&#233; &#224; l'Arald (agence Rh&#244;nes-Alpes pour le livre et la documentation) la r&#233;alisation d'un &#233;tat des lieux de l'action culturelle en prison sur le territoire de Rh&#244;ne-Alpes. Le rapport constatait que pour d&#233;velopper les actions culturelles et artistiques, il faut des budgets r&#233;guliers, des professionnels et une programmation inscrite dans la dur&#233;e. La cr&#233;ation des Spip, par le d&#233;cret du 13 avril 1999, issus de la fusion entre les services socio-&#233;ducatifs des &#233;tablissements p&#233;nitentiaires et les services intervenants en milieu ouvert (comit&#233; de probation et d'assistance aux lib&#233;r&#233;s), fut une aubaine. Elle a permis de mettre en place au niveau d&#233;partemental un interlocuteur qui a pour mission de d&#233;finir et d'organiser la programmation culturelle de l'&#233;tablissement &#224; partir des projets propos&#233;s par les organismes ou les op&#233;rateurs culturels avec l'appui des services comp&#233;tents de l'&#201;tat et des collectivit&#233;s territoriales.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;marche artistique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le du Spip est de mettre en lien les institutions culturelles avec le public incarc&#233;r&#233;, &lt;i&gt;&#171; et non pas d'essayer d'adapter le culturel au milieu carc&#233;ral&lt;/i&gt;, pr&#233;cise Alain Pompigne, directeur du Spip du Rh&#244;ne. &lt;i&gt;On fait largement confiance aux structures culturelles qui choisissent les artistes et les projets. Nous ne sommes pas en train de piocher ce qui serait facilement adaptable &#224; la prison. La d&#233;marche est inverse, c&#8216;est &#224; nous de nous adapter au projet culturel&#8230; Nous sommes des facilitateurs &#187;&lt;/i&gt;. Le Spip n'ayant pas de comp&#233;tence territoriale, rien ne se fait cependant dans un &#233;tablissement sans l'accord de sa direction. &lt;i&gt;&#171; Toute la partie logistique nous incombe&lt;/i&gt;, rappelle Philippe Peyron, directeur de la maison d'arr&#234;t de Lyon, &lt;i&gt;de la mise &#224; disposition d'une salle, aux contr&#244;les des autorisations des intervenants, aux v&#233;rifications d'entr&#233;e et de sortie du mat&#233;riel &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Drsp pour sa part r&#233;partie les financements et &#233;value les actions men&#233;es. &lt;i&gt;&#171; J'ai un r&#244;le d'alerte si certaines choses ne sont pas coh&#233;rentes&lt;/i&gt;, explique Laurence Marliot, responsable de l'action sociale et culturelle &#224; la Drsp Rh&#244;ne-Alpes-Auvergne. &lt;i&gt;Mon r&#244;le est de permettre que malgr&#233; les difficult&#233;s, les projets se montent. &#201;tant travailleur social, ayant exerc&#233; dans diff&#233;rents services des &#233;tablissements p&#233;nitentiaires, il m'arrive aussi de faire de la m&#233;diation &#187;&lt;/i&gt;. La charg&#233;e de mission d&#233;veloppement culturel en milieu p&#233;nitentiaire, salari&#233;e de l'Arald, accompagne les diff&#233;rents interlocuteurs pour apporter m&#233;thodes, informations et partage d'exp&#233;riences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'appartenir ni &#224; une administration, ni &#224; l'autre apporte de la souplesse, de la neutralit&#233; aupr&#232;s des interlocuteurs. &lt;i&gt;&#171; Cela positionne bien cette mission culture/justice, comme transversale &#187;&lt;/i&gt;, explique Odile Cramard, charg&#233;e de mission d&#233;veloppement culturel en milieu p&#233;nitentiaire &#224; l'Arald. M&#234;me si en contrepartie, la mission est fragile car le renouvellement par la Drac et la Drsp n'est pas automatique ni garanti. Certaines r&#233;gions ne disposent pas de cette mission. En Rh&#244;ne-Alpes, le financement sans discontinuit&#233; depuis la cr&#233;ation de la mission en 1998 a permis d'ancrer et d'enraciner un fonctionnement transversal et partenarial. Les signatures de conventions entre &#233;tablissement p&#233;nitentiaire, op&#233;rateur culturel (mus&#233;e, th&#233;&#226;tre, biblioth&#232;que, association&#8230;) et administration p&#233;nitentiaire se multiplient. Apr&#232;s quelques ann&#233;es d'exp&#233;rimentation, cette formalisation permet de baliser et cadrer le r&#244;le de chacun. &lt;i&gt;&#171; C'est tout un maillage qui s'est construit au fur et &#224; mesure des projets men&#233;s&lt;/i&gt;, constate Laurence Marliot. &lt;i&gt;Le travail partenarial permet de d&#233;passer les rigidit&#233;s. Il semble que l'on ait abattu les barri&#232;res de territoire. L'int&#233;r&#234;t c'est l'action culturelle pour les d&#233;tenus &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pas d'atelier &#171; gagne-pain &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1999, la Drsp d&#233;cide de retenir d&#233;sormais le budget consacr&#233; aux actions culturelles et artistiques sur le budget global des &#233;tablissements pour le confier aux Spip. Ce d&#233;tail budg&#233;taire n'en est pas un. Non seulement ce financement est r&#233;serv&#233; &#224; l'art et &#224; la culture, mais en plus cela d&#233;place le lieu de d&#233;cision des projets de l'int&#233;rieur au dehors. Un choix essentiel pour Bernard Bolze, coordinateur de la campagne Trop c'est trop, pour le respect du numerus clausus en prison. &lt;i&gt;&#171; Ceux qui d&#233;cident de qui intervient en prison doivent &#234;tre &#233;loign&#233;s de la direction de l'&#233;tablissement, car l'institution supporte difficilement la contestation et la critique. Le sens politique de la cr&#233;ation, avec ce que cela implique d'&#233;mancipation et d'affranchissement, l'administration ne le recherche pas, alors que la vocation occupationnelle et th&#233;rapeutique est plus facile &#224; admettre &#187;&lt;/i&gt;. De fait il est ais&#233; de comprendre que lorsque les responsables d'&#233;tablissements g&#232;rent directement le budget culture, il est difficile de faire passer le financement de ces activit&#233;s avant une r&#233;paration de chauffage. La Drac, pour sa part, finance depuis six ans de plus en plus de projets et apporte des financements compl&#233;mentaires &#224; des institutions pourtant d&#233;j&#224; financ&#233;es par elle. C'est une sorte de prime &#224; l'initiative pour encourager les lieux de cr&#233;ation qui s'impliquent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relation partenariale entre les deux administrations et leurs partenaires est fortement affirm&#233;e par les deux directeurs, Drac et Drsp, pr&#233;sents chaque ann&#233;e &#224; la pr&#233;sentation du rapport annuel par l'Arald. Le co-financement Drac/Drsp n'est cependant pas une r&#232;gle absolue. Certains projets sont mont&#233;s par les Spip, sans financement de la Drac, parfois directement avec une institution culturelle ou bien avec des associations.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tous les interlocuteurs rencontr&#233;s attestent de cette n&#233;cessit&#233; : les artistes qui interviennent en prison doivent &#234;tre reconnus &#224; l'ext&#233;rieur et vivre de leur art. Ceci pour que ne soit pas propos&#233;e aux d&#233;tenus une sous-culture, mais bien ce qui se voit, s'&#233;coute, se joue dehors&#8230;. L'id&#233;e d'atelier &#171; gagne-pain &#187; est partout repouss&#233;e, m&#234;me si l'offre ne manque pas. De nombreuses propositions d'interventions (concerts, spectacles&#8230;), souvent fort co&#251;teuses, sont envoy&#233;es aux &#233;tablissements et &#224; la Drsp. Or quand bien m&#234;me l'intervention des artistes est r&#233;mun&#233;r&#233;e, l'objectif de ces derniers ne doit pas &#234;tre p&#233;cuniaire.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Quid des assistants culturels ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Outre les crit&#232;res professionnels de la Drac, le choix se porte aussi sur la qualit&#233; d'intervention&lt;/i&gt;, explique Beno&#238;t Guillemont, &lt;i&gt;on analyse avec nos partenaires qui sont les intervenants, quelle est leur personnalit&#233; et surtout leur force de cr&#233;ateur. Il est n&#233;cessaire que ces personnes soient port&#233;es par un imaginaire fort et comprennent qu'aller en prison n'est pas amener la bonne parole mais se nourrir d'une r&#233;alit&#233;. De l'&#233;change se construit quelque chose qui apporte &#224; chacun &#187;&lt;/i&gt;. D'o&#249; cette volont&#233; de la Drsp et de la Drac de travailler avant tout avec des institutions culturelles qui invitent des artistes, voire m&#234;me en choisissent certains dans leur programmation car ils pourraient monter un atelier en prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le reproche est parfois &#233;mis de privil&#233;gier les institutions culturelles aux artistes ind&#233;pendants ou aux petites compagnies, le choix est assum&#233;. &lt;i&gt;&#171; Il y a un minimum &#224; respecter dans le geste artistique, qu'il soit pratiqu&#233; en prison ou ailleurs&lt;/i&gt;, explique Jane Sauti&#232;re, adjointe au directeur du Spip du Rh&#244;ne. &lt;i&gt;Ce n'est pas &#224; l'artiste mais au repr&#233;sentant du th&#233;&#226;tre, du mus&#233;e, de l'op&#233;ra de dire &#171; non &#187; au directeur de la prison, lorsque des arguments de s&#233;curit&#233; parfois abusifs sont &#233;voqu&#233;s pour renoncer &#224; certains pans de l'atelier. Car c'est en fait une fa&#231;on pour l'administration p&#233;nitentiaire de garder la main sur ce qui se passe &#171; chez eux &#187;. Une institution culturelle n'a pas &#224; craindre de ne pas revenir l'ann&#233;e prochaine en cas de n&#233;gociation serr&#233;e, sa survie n'en d&#233;pend pas. C'est moins vrai pour une petite compagnie &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La professionnalisation des interlocuteurs au sein de l'administration p&#233;nitentiaire s'est faite en parall&#232;le. En 2000, la Drsp a recrut&#233; des emplois-jeunes du minist&#232;re de la Justice, appel&#233;s agents de justice. Sur les deux cents recrut&#233;s par les Spip en Rh&#244;ne-Alpes, seize sont directement positionn&#233;s sur la culture. Leur r&#244;le : constituer la liste des d&#233;tenus participants, recueillir les autorisations n&#233;cessaires, pr&#233;parer et animer les r&#233;unions avec tous les interlocuteurs, accueillir les intervenants, s'assurer de la pr&#233;sence du mat&#233;riel n&#233;cessaire dans la prison&#8230; Les agents de justice sont arriv&#233;s en 2000 tr&#232;s motiv&#233;s et parfois m&#234;me form&#233;s &#224; la gestion de projets culturels&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; C'est un m&#233;tier &#224; part, d&#233;clare Laurence Marliot, il s'agit de nouveaux profils charg&#233;s de concevoir des projets et d'appuyer la charg&#233;e de mission d&#233;veloppement culturel. On n'est pas, ou si peu, form&#233; &#224; ce type d'action &#224; l'&#201;cole nationale d'administration p&#233;nitentiaire &#187;&lt;/i&gt;. Mais des incertitudes planent aujourd'hui sur leur devenir. En 2005, le dispositif des emplois-jeunes n'est pas reconduit. Dix postes d'assistants culturels et sept d'assistants d'enseignement ont &#233;t&#233; renouvel&#233;s en 2006 en contractuels. Une solution est attendue pour la fin de l'ann&#233;e m&#234;me si des dysfonctionnements sont d&#233;j&#224; apparus ces derniers mois.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'art en prison &#8226; Spectacle musical </title>
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&lt;p&gt;Lien Social consacre le num&#233;ro de l'&#233;t&#233; &#224; l'Art en prison. Il ne s'agit pas seulement de pr&#233;senter des activit&#233;s mais de s'interroger sur le sens m&#234;me de ces pratiques et ce qu'elles apportent aux d&#233;tenus. Des artistes racontent leur exp&#233;rience, leur engagement, leur &#233;motion et d&#233;crivent les conditions, pas toujours faciles, dans lesquelles se sont d&#233;roul&#233;es leurs interventions. Les voix convergent pour rappeler que l'art a partout sa place et particuli&#232;rement en prison o&#249; il aide l'individu &#224; retrouver sa (...)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Lien Social consacre le num&#233;ro de l'&#233;t&#233; &#224; l'Art en prison. Il ne s'agit pas seulement de pr&#233;senter des activit&#233;s mais de s'interroger sur le sens m&#234;me de ces pratiques et ce qu'elles apportent aux d&#233;tenus. Des artistes racontent leur exp&#233;rience, leur engagement, leur &#233;motion et d&#233;crivent les conditions, pas toujours faciles, dans lesquelles se sont d&#233;roul&#233;es leurs interventions. Les voix convergent pour rappeler que l'art a partout sa place et particuli&#232;rement en prison o&#249; il aide l'individu &#224; retrouver sa part d'humanit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mexique. San Luis Potosi&#8230; prison pour mineurs&#8230; enfants de 12 &#224; 16 ans&#8230; capacit&#233; 60&#8230; emprisonnement de 6 mois &#224; 9 ans&#8230; quartier d'isolement&#8230; en apparence une colonie de vacances&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Stage d'&#233;criture, expression corporelle et percussions&#8230; intervenant : compagnie d&#233;viation&#8230; metteur en sc&#232;ne : Barbara Boichot&#8230; 36 adolescents&#8230; dont trois adolescents ext&#233;rieurs &#224; la prison&#8230; cinq semaines de stage, cinq heures par jour&#8230; ce qui nous aide&#8230; c'est que des gens s'int&#233;ressent encore &#224; nous&#8230; l'art permet de pousser les murs&#8230; un beau spectacle&#8230; huit repr&#233;sentations &#224; l'Institut des Beaux-Arts de San Luis Potosi.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment est n&#233; ce projet ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En avril 2004, nous avons &#233;t&#233; invit&#233;s &#224; pr&#233;senter &lt;i&gt;Profession voyageur&lt;/i&gt;, l'un de nos spectacles de percussions, au Festival de San Luis. Nous connaissions le directeur de l'Alliance fran&#231;aise, Fr&#233;d&#233;ric Davanture, gr&#226;ce auquel nous avions travaill&#233; avec des enfants des rues en Colombie. Ils nous a propos&#233; de pr&#233;senter le spectacle dans deux prisons : l'une pour enfants, l'autre pour adultes. Le regard des d&#233;tenus dans la prison pour mineurs &#8211; un regard mort, impossible &#224; supporter dans les yeux d'un adolescent &#8211; nous a donn&#233; envie de monter un projet avec eux. Nous avons travaill&#233; avec les adolescents durant cinq semaines puis pr&#233;sent&#233; le spectacle &#224; huit reprises dans une salle de 400 places : l'Institut des Beaux-Arts de San Luis Potosi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#234;tes intervenus aupr&#232;s de trente-six enfants (dont quatre filles) &#226;g&#233;s de 12 &#224; 16 ans. Les causes de leur d&#233;tention sont tr&#232;s diverses : elles vont de la broutille &#224; l'homicide en passant par le vol ou la d&#233;tention de drogue. Quelles sont leurs conditions de vie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En apparence plut&#244;t bonnes : les adolescents semblent vivre dans une colonie de vacances avec l'interdiction d'en sortir. Mais les informations sont difficiles &#224; obtenir et nous n'avons pas tout vu ni tout su. Lorsqu'un enfant disparaissait de notre atelier, nous mettions &#233;norm&#233;ment de temps avant d'apprendre son placement en quartier d'isolement pour manque de respect envers la directrice ou envers moi, alors que ce probl&#232;me ne s'est jamais pos&#233;. Nous mettions alors une semaine &#224; r&#233;cup&#233;rer l'adolescent, non sans difficult&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez accueilli dans le groupe trois adolescents ext&#233;rieurs &#224; la prison, issus de classes sociales plus favoris&#233;es. Pour quelles raisons ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous cherchons syst&#233;matiquement &#224; mixer les ateliers car certains enfants ne rencontrent jamais d'autres groupes sociaux. Il est toujours int&#233;ressant pour eux de constater que l'on peut communiquer d'une autre mani&#232;re et discuter paisiblement m&#234;me en cas de d&#233;saccord. Cependant, nous avons d&#251; faire face &#224; une situation impr&#233;vue : les adolescents venus de l'ext&#233;rieur &#233;taient bien plus indisciplin&#233;s que les d&#233;tenus. Ils manquaient de rigueur et n'envisageaient pas ce travail comme une chance extraordinaire leur &#233;tant offerte, contrairement aux jeunes d&#233;tenus. Ces derniers ont fait preuve d'une concentration que je n'avais jamais vue en quinze ans d'exp&#233;rience. Les rapports entre les diff&#233;rents jeunes &#233;taient tr&#232;s bons mais nous avons rencontr&#233; des difficult&#233;s pour cadrer ceux venus de l'ext&#233;rieur. Parmi eux, une adolescente colombienne a mis tr&#232;s mal &#224; l'aise les autres jeunes filles car dans son pays les rapports entre les hommes et les femmes sont diff&#233;rents, plus directs, moins pudiques. Les d&#233;tenues, elles, avaient peur des gar&#231;ons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'a apport&#233; cette exp&#233;rience aux uns et aux autres ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En lisant les journaux de bord des d&#233;tenus, on constate qu'ils ont mesur&#233; la diff&#233;rence d'&#233;ducation dont les jeunes venus de l'ext&#233;rieur ont b&#233;n&#233;fici&#233; par rapport &#224; eux, leur culture, leur ouverture&#8230; Ce constat les a amen&#233; &#224; r&#233;fl&#233;chir sur leur propre &#233;ducation (souvent inexistante), leur &#171; non-culture &#187;, li&#233;e &#224; leur courte scolarit&#233;. Il les a motiv&#233;s pour changer, s'&#233;lever. Les autres adolescents ont pour leur part pris conscience de leur chance mais aussi de leur immaturit&#233;, de leur tendance &#224; aller vers la facilit&#233;, de leur manque de hargne face aux difficult&#233;s. Eux aussi ont beaucoup progress&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le spectacle s'intitule &lt;i&gt;Porque tengo ganas de llorar cuando estoy feliz&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Pourquoi j'ai envie de pleurer quand je suis heureux&lt;/i&gt;). Comment l'avez-vous mont&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre &#233;quipe &#8211; constitu&#233;e de deux musiciens professionnels (batteur et percussionniste qui fabriquent des instruments), d'une metteur en sc&#232;ne et d'un professeur de litt&#233;rature qui assurait l'interpr&#233;tariat &#8211; a travaill&#233; avec les jeunes cinq heures par jour &#224; l'int&#233;rieur de la prison. Les adolescents arrivaient souvent d&#233;prim&#233;s et sans motivation mais d&#232;s les premi&#232;res minutes de travail (musique, &#233;criture, th&#233;&#226;tre&#8230;) l'&#233;nergie revenait. C'est pour ses qualit&#233;s &#171; auto-&#233;nergisantes &#187; que nous aimons proposer ce type d'atelier. Le soir, ces adolescents qui ont des troubles du sommeil &#233;taient tellement fatigu&#233;s qu'&#224; 21 heures ils dormaient &#224; poings ferm&#233;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons rencontr&#233; peu de difficult&#233;s avec les d&#233;tenus, les probl&#232;mes &#233;manent souvent des adultes encadrants, comme nous avons pu le constater lors de nos diverses exp&#233;riences avec des enfants et des jeunes en difficult&#233; dans les &#233;coles fran&#231;aises et dans d'autres pays. La directrice de la prison n'est jamais venue voir notre travail, ne se d&#233;pla&#231;ant qu'au moment des repr&#233;sentations. J'ai mis un moment &#224; r&#233;aliser que les gardiens, toujours pr&#233;sents, rendaient vraisemblablement compte du d&#233;roulement des ateliers &#224; leurs sup&#233;rieurs. Certains adolescents &#233;taient retir&#233;s du groupe sous pr&#233;texte que je leur avais demand&#233; une ou deux fois d'arr&#234;ter de papoter durant le boulot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai fini par n&#233;gocier avec les gardiens la gestion de la discipline, m'engageant &#224; informer moi-m&#234;me la directrice en cas de v&#233;ritable probl&#232;me. Celle-ci m'a convoqu&#233;e une fois pour parler d'un adolescent tr&#232;s indisciplin&#233; au sein de la prison mais avec une attitude exemplaire durant les ateliers. Elle voulait le punir en lui interdisant de participer au spectacle, nous avons d&#251; n&#233;gocier pour le garder. La conversation a &#233;t&#233; rude, la directrice craignait de perdre son autorit&#233;, mais le jeune a pu rester avec nous jusqu'au bout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels changements avez-vous constat&#233; chez les jeunes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les journaux de bord sont tr&#232;s r&#233;v&#233;lateurs. Les jeunes ont une tr&#232;s mauvaise opinion d'eux-m&#234;mes, se consid&#232;rent comme des &#171; rien du tout. &#187; Plus le travail avance, plus ils d&#233;couvrent qu'ils ne sont &#171; peut-&#234;tre &#187; pas si mauvais que &#231;a comme &#234;tres humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le regard port&#233; sur les d&#233;tenus par leur famille ou l'administration p&#233;nitentiaire a-t-il chang&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, celui de leurs parents tout d'abord. Ils arrivaient honteux au th&#233;&#226;tre et s'installaient dans les derniers rangs. Ils ont assist&#233; &#224; chaque repr&#233;sentation, se redressant au fur et &#224; mesure. &#192; la fin, ils se sont install&#233;s aux premiers rangs. Certains ont tout d'abord &#233;t&#233; un peu choqu&#233;s par les textes &#233;crits par leurs enfants mais apr&#232;s les repr&#233;sentations ils ont pu en discuter avec eux. Au final, ils nous ont sembl&#233; moins &#233;trangers les uns aux autres. Les relations entre gardiens et jeunes d&#233;tenus ont &#233;galement chang&#233;. Les gardiens connaissaient le spectacle par c&#339;ur, au fur et &#224; mesure ils se sont mis &#224; soutenir de plus en plus les jeunes dans leur travail d'acteurs. Lors de la derni&#232;re repr&#233;sentation, nous avons m&#234;me int&#233;gr&#233; un gardien &#224; une sc&#232;ne de dispute, il &#233;tait tr&#232;s fier et a compris ce qu'est le trac&#8230; La directrice, pr&#233;sente &#224; chaque repr&#233;sentation, est subitement devenue tr&#232;s coop&#233;rative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez fait part de votre &#233;tonnement concernant la pr&#233;sence de jeunes mineurs parmi les adultes. Que s'est-il pass&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons en effet r&#233;guli&#232;rement fait part aux directeurs des services sociaux et aux hommes politiques impliqu&#233;s dans le projet de notre &#233;tonnement face &#224; la loi qui permet la d&#233;tention de jeunes &#226;g&#233;s de 16 ans parmi les adultes. &#192; l'occasion de la derni&#232;re repr&#233;sentation, les politiques ont annonc&#233; que les mineurs ne seraient plus d&#233;tenus avec les adultes. Malheureusement, je ne suis pas s&#251;re que les choses aient r&#233;ellement chang&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En quoi estimez-vous importante la pr&#233;sence de l'art en prison ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'art est important partout, pas seulement en prison. Il permet de pousser les murs, de comprendre ce que l'on est. C'est un tremplin pour d&#233;marrer quelque chose qui nous tient &#224; c&#339;ur. Il redonne de la confiance, permet d'&#234;tre seul avec soi-m&#234;me, questionne mais n'oblige &#224; aucune r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez mis en place une correspondance entre les d&#233;tenus et des jeunes coll&#233;giens de Sevran (Seine-Saint-Denis). Avec quel objectif ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec toujours le m&#234;me souci de mettre en lien des jeunes qui ne se rencontreraient pas autrement. Cette correspondance permet &#224; chacun de se confronter &#224; d'autres modes de vie, de pens&#233;e, de communication et de relativiser ses propres probl&#232;mes. Les jeunes d&#233;tenus ont &#233;t&#233; profond&#233;ment &#233;tonn&#233;s que l'on prenne le temps de leur &#233;crire, voire que l'on s'int&#233;resse &#224; eux. Ils pouvaient ne pas &#233;voquer leur d&#233;tention mais tous ont &#233;t&#233; honn&#234;tes d&#232;s le premier courrier. Les jeunes de Sevran ont beaucoup r&#233;fl&#233;chi &#224; leur propre situation qu'ils jugent finalement pas si d&#233;sesp&#233;r&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous pr&#233;sentez aussi les textes des jeunes d&#233;tenus dans des th&#233;&#226;tres fran&#231;ais&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, nous trouvons les textes des jeunes d&#233;tenus tr&#232;s forts et nous avons cr&#233;&#233; un spectacle intitul&#233; &lt;i&gt;Pourquoi c'est toujours sur moi que &#231;a tombe ?&lt;/i&gt; dans lequel des adolescents fran&#231;ais les lisent pour les faire conna&#238;tre. Cette lecture est mise en valeur par un orchestre symphonique et une chorale. Nous produisons ce spectacle dans la r&#233;gion parisienne et &#224; l'occasion de tourn&#233;es en province. Je suis en contact avec les jeunes d&#233;tenus, je leur explique dans quel cadre et dans quels endroits leurs textes sont lus, cela semble les rendre tr&#232;s fiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Katia Rouff&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compagnie D&#233;viation&lt;br class='autobr' /&gt;
8, rue Edouard Vaillant - 93310 Le Pr&#233; Saint Gervais&lt;br class='autobr' /&gt;
Tel. 01 49 93 01 42&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;mailto:deviation2@wanadoo.fr&#034; class='spip_mail'&gt;e-mail&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt; &lt;span class='spip_document_521 spip_documents spip_documents_left'&gt;
&lt;img src='https://www.lien-social.com/local/cache-vignettes/L95xH23/picto-lireaussi-2-1ca1a.png?1693464261' width='95' height='23' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Nos archives sur le th&#232;me des &lt;a href=&#034;http://www.lien-social.com/Prison-288&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;jeunes en prison&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La Prison &#8226; O&#249; l'art n'a pas sa place</title>
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&lt;p&gt;Lien Social consacre le num&#233;ro de l'&#233;t&#233; &#224; l'Art en prison. Il ne s'agit pas seulement de pr&#233;senter des activit&#233;s mais de s'interroger sur le sens m&#234;me de ces pratiques et ce qu'elles apportent aux d&#233;tenus. Des artistes racontent leur exp&#233;rience, leur engagement, leur &#233;motion et d&#233;crivent les conditions, pas toujours faciles, dans lesquelles se sont d&#233;roul&#233;es leurs interventions. Les voix convergent pour rappeler que l'art a partout sa place et particuli&#232;rement en prison o&#249; il aide l'individu &#224; retrouver sa (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lien-social.com/Prison" rel="tag"&gt;Prison&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Lien Social consacre le num&#233;ro de l'&#233;t&#233; &#224; l'Art en prison. Il ne s'agit pas seulement de pr&#233;senter des activit&#233;s mais de s'interroger sur le sens m&#234;me de ces pratiques et ce qu'elles apportent aux d&#233;tenus. Des artistes racontent leur exp&#233;rience, leur engagement, leur &#233;motion et d&#233;crivent les conditions, pas toujours faciles, dans lesquelles se sont d&#233;roul&#233;es leurs interventions. Les voix convergent pour rappeler que l'art a partout sa place et particuli&#232;rement en prison o&#249; il aide l'individu &#224; retrouver sa part d'humanit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rennes&#8230; maison d'arr&#234;t pour femmes&#8230; maison d'arr&#234;t pour hommes&#8230; centre de d&#233;tention longue peine pour femmes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Arts plastiques&#8230; intervenante C&#233;cile Guieu&#8230; 27 ans&#8230; exposition de carnets de voyages r&#233;alis&#233;s par des femmes&#8230; ceux des hommes ont &#233;t&#233; censur&#233;s.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A&#239;cha est une d&#233;tenue de la maison d'arr&#234;t de Rennes. Condamn&#233;e &#224; une lourde peine, elle a r&#233;cemment particip&#233; &#224; l'atelier &#171; Carnets de voyage &#187;, initi&#233; par C&#233;cile Guieu. &lt;i&gt;&#171; Elle tenait absolument &#224; exposer son travail au festival de Brest. Pour montrer aux gens que m&#234;me en prison, elle continue de faire des choses et d'apprendre. Pour leur montrer qu'elle ne se laisse pas aller &#187;&lt;/i&gt;, raconte l'animatrice de l'atelier. Et d'ajouter : &lt;i&gt;&#171; D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, les d&#233;tenus me transmettent beaucoup et je crois que j'ai le devoir de transmettre tout cela &#224; la soci&#233;t&#233; &#187;&lt;/i&gt;. Reste que la vie n'est pas simple : si les carnets des femmes ont &#233;t&#233; montr&#233;s au grand public, en revanche, ceux des hommes ont &#233;t&#233; censur&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'exigence pour respect&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Discr&#232;te et sensible, C&#233;cile Guieu m&#232;ne son petit bonhomme de chemin avec une noble ambition : que les gens retrouvent un peu de confiance en eux. Rennes, o&#249; elle habite, compte trois prisons : une maison d'arr&#234;t pour les hommes, une autre pour les femmes et un centre de d&#233;tention longue peine pour les femmes. Le plus souvent, elle y intervient sous forme de &#171; stages &#187;, &#224; raison d'un apr&#232;s-midi pendant une semaine. &lt;i&gt;&#171; Si apr&#232;s mon passage, les d&#233;tenus continuent en cellule ce qu'ils ont d&#233;marr&#233; en atelier, c'est vraiment g&#233;nial &#187;&lt;/i&gt;, esp&#232;re-t-elle. En m&#234;me temps, elle n'est pas dupe : pour poursuivre un travail d'arts plastiques, il faut des fournitures qui dans le cadre d'une d&#233;tention sont parfois difficiles, voire impossibles &#224; obtenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais m&#234;me confront&#233;e &#224; ces limites, C&#233;cile Guieu reste sur le chemin de l'exigence. &lt;i&gt;&#171; &#192; mes yeux, c'est une forme de respect. Une fa&#231;on de leur montrer que je crois v&#233;ritablement en eux &#187;&lt;/i&gt;, souligne-t-elle. Ainsi, passe-t-elle des contrats avec ses interlocuteurs pour les aider &#224; aller plus loin tout en les assurant qu'elle les aidera. &lt;i&gt;&#171; R&#233;cemment, il restait seulement une s&#233;ance pour qu'une jeune femme termine son travail. Je lui ai dit que c'&#233;tait possible &#224; condition que je sois &#171; sans cesse sur son dos &#187;. &#192; la fin, toutes les autres d&#233;tenues pr&#233;sentes se sont mises &#224; l'aider et elle a pu finir. Pour nous toutes, c'&#233;tait une victoire car elle avait remport&#233; son pari &#187;&lt;/i&gt;, s'enthousiasme C&#233;cile Guieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Incontestablement, son attitude calme et neutre constitue un atout. D'ailleurs, en maison d'arr&#234;t ou en centre de d&#233;tention, elle n'a jamais de souci relationnel avec les prisonniers. &lt;i&gt;&#171; J'ai toujours &#233;t&#233; tr&#232;s bien accueillie et je me suis d'embl&#233;e sentie respect&#233;e. Peut-&#234;tre parce que la prison est un milieu difficile et que les d&#233;tenus appr&#233;cient qu'on vienne travailler avec eux &#187;&lt;/i&gt;, suppose-t-elle. Quand ses interlocuteurs lui demandent les raisons de sa pr&#233;sence, la r&#233;ponse est simple : &lt;i&gt;&#171; J'ai une passion, les arts plastiques, et je viens la partager avec vous &#187;&lt;/i&gt;. Apr&#232;s cette introduction aussi br&#232;ve qu'efficace, le groupe se met tranquillement au travail.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Intervenante en arts plastiques&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Et lorsqu'on lui demande son m&#233;tier, C&#233;cile Guieu ne r&#233;pond pas &#171; artiste &#187;. Elle pr&#233;f&#232;re largement la qualification d'&#171; intervenante en arts plastiques &#187;. &lt;i&gt;&#171; Si j'ai bien une production artistique personnelle, elle est encore timide. Ensuite, je suis attach&#233;e au terme d'intervenante, c'est vraiment un m&#233;tier &#224; part enti&#232;re. En plus d'une pratique artistique, il faut ma&#238;triser de nombreuses techniques et surtout se former &#187;&lt;/i&gt;, explique-t-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour sa part, en parall&#232;le d'une ma&#238;trise d'arts plastiques, C&#233;cile Guieu a suivi un cursus en art-th&#233;rapie : deux ann&#233;es d'&#233;tude avec au bout, un dipl&#244;me universitaire d&#233;livr&#233; par la facult&#233; de m&#233;decine de Tours. Car la jeune femme a toujours dessin&#233;. &lt;i&gt;&#171; J'ai &#233;t&#233; sans doute marqu&#233;e par mes deux grands-p&#232;res qui peignaient. &#192; l'&#233;cole, lorsqu'il y avait des dict&#233;es de mots, je les illustrais avec des dessins &#187;&lt;/i&gt;, se souvient-elle. Sans compter ses quatre jeunes fr&#232;res et les petits voisins pour lesquels elle a organis&#233; des ateliers &#171; cartes de v&#339;ux &#187; ou &#171; f&#234;te des m&#232;res &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette exp&#233;rience sur le tas lui a permis de comprendre qu'elle voulait travailler avec les gens. &lt;i&gt;&#171; J'ai pens&#233; &#224; devenir institutrice ou &#233;ducatrice mais &#224; mon go&#251;t, il n'y avait pas assez d'arts plastiques dans ces m&#233;tiers &#187;&lt;/i&gt;, explique-t-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s ses &#233;tudes termin&#233;es, gr&#226;ce &#224; une amie, elle postule &#224; un projet d'animation de l'h&#244;pital Albert Schweitzer de Lambar&#233;n&#233; (Gabon). Elle a seulement vingt-deux ans et part pour neuf semaines dans ce pays dont elle ignore tout. Depuis, elle y retourne tous les &#233;t&#233;s, au minimum six semaines. Pas en vacances mais toujours dans cet &#233;tablissement o&#249; elle continue le travail entam&#233;. &lt;i&gt;&#171; C'est un h&#244;pital village : chaque malade est au minimum accompagn&#233; d'un proche qui va l'assister dans sa toilette, lui pr&#233;parer ses repas, etc. De plus, les familles des soignants habitent sur place. Dans ces conditions, notre atelier est aussi bien fr&#233;quent&#233; par des malades que des non-malades. C'est extr&#234;mement enrichissant &#187;&lt;/i&gt;, d&#233;crit C&#233;cile Guieu. L'an pass&#233;, la Fondation de France a remarqu&#233; le projet de roman-photo traitant du sida. Laur&#233;at de la bourse &#171; D&#233;clic Jeunes &#187;, Au bord du fleuve a apport&#233; de la reconnaissance et de l'argent pour continuer le travail entam&#233;. C&#233;cile Guieu n'en demande pas plus.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'art en prison &#8226; Le retour d'Ulysse</title>
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		<dc:subject>Prison</dc:subject>
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&lt;p&gt;Lien Social consacre le num&#233;ro de l'&#233;t&#233; &#224; l'Art en prison. Il ne s'agit pas seulement de pr&#233;senter des activit&#233;s mais de s'interroger sur le sens m&#234;me de ces pratiques et ce qu'elles apportent aux d&#233;tenus. Des artistes racontent leur exp&#233;rience, leur engagement, leur &#233;motion et d&#233;crivent les conditions, pas toujours faciles, dans lesquelles se sont d&#233;roul&#233;es leurs interventions. Les voix convergent pour rappeler que l'art a partout sa place et particuli&#232;rement en prison o&#249; il aide l'individu &#224; retrouver sa (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Lien Social consacre le num&#233;ro de l'&#233;t&#233; &#224; l'Art en prison. Il ne s'agit pas seulement de pr&#233;senter des activit&#233;s mais de s'interroger sur le sens m&#234;me de ces pratiques et ce qu'elles apportent aux d&#233;tenus. Des artistes racontent leur exp&#233;rience, leur engagement, leur &#233;motion et d&#233;crivent les conditions, pas toujours faciles, dans lesquelles se sont d&#233;roul&#233;es leurs interventions. Les voix convergent pour rappeler que l'art a partout sa place et particuli&#232;rement en prison o&#249; il aide l'individu &#224; retrouver sa part d'humanit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fleury-M&#233;rogis ... maison d'arr&#234;t ... mise en activit&#233; : 1968 ... en 2005 : 3817 d&#233;tenus pour 3197 places.&lt;br class='autobr' /&gt;
Th&#233;&#226;tre ... adaptation, composition des chansons et de la musique, casting r&#233;alis&#233;s par Max un d&#233;tenu ... 15 participants ... travail de mise en sc&#232;ne pendant trois semaines par le com&#233;dien et metteur en sc&#232;ne Jean-Pierre Chr&#233;tien-Goni ... r&#233;p&#233;titions sous la douche ... le texte d'Hom&#232;re s'est r&#233;pandu dans la d&#233;tention ... spectacle &#224; la chapelle du b&#226;timent D1.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un d&#233;tenu musicien, Max &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-1' class='spip_note' rel='appendix' title='Le pr&#233;nom a &#233;t&#233; chang&#233;. Max a pass&#233; presque 3 ans &#224; Fleury. Il a &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; (...)' id='nh2-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, a mont&#233; dans l'urgence &#8211; attente d'un transfert du proc&#232;s &#8211; un projet de spectacle sur le retour d'Ulysse &#224; Ithaque. Apr&#232;s sa validation au printemps 2005, &lt;i&gt;&#171; tout le mois de juillet il a &#233;crit compl&#232;tement le texte qu'il voulait jouer, adaptant le texte d'Hom&#232;re tout en gardant beaucoup de l'original. Il a compos&#233; la musique, les chansons, avec percussions &#187;&lt;/i&gt;, d&#233;clare Jean-Pierre Chr&#233;tien-Goni avec admiration, ajoutant : &lt;i&gt;&#171; Il a con&#231;u tout le spectacle avec beaucoup d'imagination, il y avait des trucs tr&#232;s dr&#244;les mais tr&#232;s graves aussi &#187;&lt;/i&gt;. Et il pr&#233;cise &lt;i&gt;&#171; C'est lui qui a fait le casting dans la cour de promenade o&#249; il a contact&#233; les d&#233;tenus et leur a fait faire des lectures. Ils se sont assis dans l'herbe, ont commenc&#233; &#224; lire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but tout le monde se demandait ce que &#231;a allait pouvoir &#234;tre ce truc-l&#224; et finalement ils se sont pris au jeu et se sont mis &#224; s'amuser avec ces textes &#187;&lt;/i&gt;. La troupe &#233;tait constitu&#233;e d'un groupe &#224; peu pr&#232;s stable de dix, douze d&#233;tenus. Un m&#233;lange dans les &#226;ges, les communaut&#233;s, les milieux socioculturels et la nature des d&#233;lits, certains incarc&#233;r&#233;s pour la premi&#232;re fois, d'autres r&#233;cidivistes. Outre des com&#233;diens, la troupe comportait un groupe &#224; la fabrication des accessoires et une &#233;quipe pour accompagner Max &#224; la musique. Le montage financier a &#233;t&#233; fait de &lt;i&gt;&#171; trois bouts de ficelle &#187;&lt;/i&gt;, essentiellement gr&#226;ce aux fonds r&#233;colt&#233;s lors d'un concert donn&#233; &#224; la prison par des musiciens d'un orchestre symphonique. Invit&#233;s par Max quelques mois auparavant, ils ont laiss&#233; leur cachet &#224; l'association Lire c'est vivre, gestionnaire des biblioth&#232;ques &#224; Fleury qui a soutenu le projet.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Ma P&#233;n&#233;lope m'attendra ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le travail de mise en sc&#232;ne s'est d&#233;roul&#233; sur trois semaines, dirig&#233; par Jean-Pierre Chr&#233;tien-Goni avec deux com&#233;diens de sa troupe : un assistant pour le training et une com&#233;dienne pour jouer P&#233;n&#233;lope. Le spectacle s'est donn&#233; devant 60 personnes, d&#233;tenus et invit&#233;s de l'ext&#233;rieur, en septembre 2005 dans la chapelle du b&#226;timent D1, avec utilisation de l'orgue.&lt;br class='autobr' /&gt;
La particularit&#233; de cette exp&#233;rience est d'&#234;tre n&#233;e des d&#233;tenus eux-m&#234;nes contrairement &#224; l'habitude o&#249; c'est une compagnie ou un artiste qui propose. Elle a permis &#233;galement le travail avec &lt;i&gt;&#171; un groupe constitu&#233; de gens qui savaient &#224; peu pr&#232;s ce qu'ils allaient faire &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci a renforc&#233; la notion de partage, ch&#232;re &#224; Jean-Pierre Chr&#233;tien-Goni sur toutes ses entreprises : &lt;i&gt;&#171; Moi j'y apprends autant qu'ils y apprennent, j'y d&#233;couvre autant de choses qu'eux. Je leur passe un savoir-faire que je mets &#224; leur disposition et eux ils disposent d'une &#233;nergie vitale qu'ils mettent au service du projet &#187;&lt;/i&gt;. Il ajoute &#224; propos du sujet : &lt;i&gt;&#171; Le retour d'Ulysse &#224; Ithaque, avec la question qui fait sourire mais qui est tout de m&#234;me tragique quand on est en prison : P&#233;n&#233;lope, quand on va rentrer est-ce qu'elle sera encore l&#224; ? &#187;&lt;/i&gt;. On imagine ce qu'il a remu&#233; chez les d&#233;tenus. &lt;i&gt;&#171; Ce qui &#233;tait int&#233;ressant c'est que pas un d&#233;tenu ne s'est tromp&#233; sur le fond de la question mais on n'en a jamais parl&#233; ainsi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or c'&#233;tait bien &#231;a qui &#233;tait en jeu. Et dans les r&#233;p&#233;titions, les moments de pose on a eu des discussions assez &#233;piques sur le rapport avec les femmes. Il s'est pass&#233; entre eux des choses tr&#232;s &#233;mouvantes. On avait l&#224; des petites brutes qui tout &#224; coup &#233;taient dans l'&#233;motion : elle m'&#233;crit plus qu'est-ce qu'elle fait ? Il y a eu de longues discussions entre eux sur la virginit&#233; du mariage, la loyaut&#233;, des choses &#233;prouv&#233;es avec des enjeux extr&#234;mement pr&#233;sents sur le moment &#187;&lt;/i&gt;. Th&#232;me scabreux mais omnipr&#233;sent en prison, pour lequel les comp&#233;tences en psychologie et l'&#233;coute de la com&#233;dienne jouant P&#233;n&#233;lope ont facilit&#233; l'&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Remue-m&#233;nage &#224; la prison&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Jean-Pierre Chr&#233;tien-Goni s'en r&#233;jouit : &lt;i&gt;&#171; Une des vertus de ce genre de projet c'est de faire turbulence. &#187;&lt;/i&gt; Et celui-ci a particuli&#232;rement bouscul&#233; la d&#233;tention, les d&#233;tenus ayant exerc&#233; une pression forte, des demandes constantes pour obtenir ce qu'ils voulaient pour monter leur spectacle. Et l&#224; &lt;i&gt;&#171; on a eu relativement des facilit&#233;s comme si on arrivait &#224; briser un peu les habitudes, les rapports ordinaires pour tenter d'inventer un moment d'autre chose. Par exemple la cellule de Max est devenue un v&#233;ritable atelier d'artiste. Pour fabriquer les accessoires, costumes, masques, croquis, la maquette de la mise en sc&#232;ne, il a r&#233;ussi &#224; faire entrer cartons, ciseaux, cutters, des tas de choses ordinaires dans la vie de tous les jours mais qui rel&#232;vent de la prouesse en prison &#187;&lt;/i&gt;. Si cela a pu se faire c'est que &lt;i&gt;&#171; l'administration p&#233;nitentiaire nous faisait confiance, on &#233;tait responsable de ce qui se passait &#187;&lt;/i&gt;. R&#244;le incontournable de m&#233;diation des artistes intervenants et de l'association soutenant le projet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'emp&#234;che, &lt;i&gt;&#171; bousculer la d&#233;tention &#187;&lt;/i&gt; c'est interroger la question de la s&#233;curit&#233;. Et c'est vrai, reconna&#238;t Jean-Pierre Chr&#233;tien-Goni : &lt;i&gt;&#171; Ce sont des moments que la d&#233;tention redoute toujours, craignant ce qui peut s'&#233;changer dans ces groupes &#187;&lt;/i&gt;. Face &#224; ce risque il se montre serein : &lt;i&gt;&#171; Il y a une autor&#233;gulation &#233;tonnante. &#192; partir du moment o&#249; les d&#233;tenus ont envie que le projet ait lieu, en g&#233;n&#233;ral ils font tout pour que &#231;a se passe bien. D&#232;s que le projet prend de l'ampleur et qu'ils se mettent &#224; y tenir parce qu'il prend sens pour eux et qu'ils s'y retrouvent, ils font en sorte que &#231;a ait lieu dans de bonnes conditions &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Constitutif de cette turbulence et exp&#233;rience forte, &lt;i&gt;&#171; c'est aussi tout ce qui s'est cr&#233;&#233; autour de cet &#233;v&#233;nement dans le quotidien de la d&#233;tention sans nous : dans les paroles des uns avec les autres, les rencontres : comment le terroriste corse se retrouve avec le jeune beur des banlieues, comment ces gens-l&#224; pendant un moment vont fabriquer quelque chose ensemble. Les r&#233;p&#233;titions sous les douches, entre les fen&#234;tres, les gar&#231;ons qui s'envoient leur texte de cellule &#224; cellule. Max, cod&#233;tenu du cyclope, qui a pass&#233; des nuits &#224; r&#233;p&#233;ter avec lui&#8230; &#187;&lt;/i&gt; S'est ainsi produite une immersion tr&#232;s &#233;mouvante entre les gens et les textes au point que les surveillants finissaient par appeler les d&#233;tenus par leurs noms de sc&#232;ne. Finalement se f&#233;licite le metteur en sc&#232;ne &lt;i&gt;&#171; quelque chose de magique a surgi : le texte d'Hom&#232;re s'est r&#233;pandu dans la d&#233;tention &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Bien joli tout &#231;a, mais&#8230;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il ne faut pas les faire r&#234;ver &#187;&lt;/i&gt;, sous-entendu au m&#233;tier de com&#233;dien et au monde st&#233;r&#233;otyp&#233; idyllique qui s'y rattache, s'entend souvent recommander Jean-Pierre Chr&#233;tien-Goni. L&#224; il s'autorise une col&#232;re : &lt;i&gt;&#171; Quand bien m&#234;me ce r&#234;ve na&#238;trait-il en a le droit et il n'est pas plus dangereux que tous ceux v&#233;hicul&#233;s toute la journ&#233;e dans tous les clubs sportifs de banlieue o&#249; on fait r&#234;ver des gamins &#224; ce qu'ils ne seront pas, des Zidane. Qu'on tol&#232;re pour nous la m&#234;me chose &#187;&lt;/i&gt;. Quant &#224; la descente sur terre &#224; la fin du projet, elle pose la question de l'apr&#232;s. Ce qui manque selon Jean-Pierre Chr&#233;tien-Goni : &lt;i&gt;&#171; C'est une continuit&#233; afin que le d&#233;tenu ne soit pas seul &#224; se dire maintenant, o&#249; va mon d&#233;sir ? Qu'il puisse capitaliser ce qui a boug&#233; en lui pendant qu'il faisait du th&#233;&#226;tre pour que &#231;a devienne ce qu'on appelle de l'insertion et qui n'est autre qu'une restauration &#187;&lt;/i&gt;. Mais cela n&#233;cessiterait &lt;i&gt;&#171; un encadrement social et th&#233;rapeutique colossal. Or on ne se donne pas ces chances-l&#224; socialement &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors ? Que reste-t-il de tout cela finalement ? Jean-Pierre Chr&#233;tien-Goni reconna&#238;t ne pas avoir de preuves mais d&#233;clare : &lt;i&gt;&#171; Du fait que, dans cet univers, le th&#233;&#226;tre rende possible &#224; nouveau du d&#233;sir, le partage, qu'il permette de renouer avec l'autre, de le voir autrement que comme un danger potentiel ; du fait que la sc&#232;ne, espace avant tout de libert&#233; acquise, construite ensemble, soit un endroit o&#249; l'on replonge dans l'imaginaire, qu'elle am&#232;ne &#224; s'interroger sur ses &#233;motions, &#224; les ma&#238;triser, les pr&#234;ter au personnage, du fait que la sc&#232;ne soit ce lieu o&#249; &#224; un moment, si &#231;a fonctionne, des gens vont vous applaudir, vous restaurer narcissiquement pendant quelques instants, je ne peux pas imaginer que tout cela reste sans effets &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et m&#234;me s'il pense que ces exp&#233;riences ne sont parfois que des moments ou que les effets se retrouvent souvent enfouis &lt;i&gt;&#171; dans un petit coin, tant les forces de rappel social, historique ou familial peuvent &#234;tre puissantes &#187;&lt;/i&gt;, Jean-Pierre Chr&#233;tien-Goni interroge : &lt;i&gt;&#171; Qui sait si dans dix, quinze, trente ans, il ne va pas se passer quelque chose pour ces gar&#231;ons-l&#224;, directement articul&#233; &#224; cette exp&#233;rience ? &#187;&lt;/i&gt; Question centrale de l'intervention sociale en g&#233;n&#233;ral et qui n'est autre que celle de &lt;i&gt;&#171; la confiance humaniste &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb2-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-1' class='spip_note' title='Notes 2-1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le pr&#233;nom a &#233;t&#233; chang&#233;. Max a pass&#233; presque 3 ans &#224; Fleury. Il a &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; 15 ans de r&#233;clusion.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>L'art en prison &#8226; Un message d&#233;cal&#233; </title>
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&lt;p&gt;Lien Social consacre le num&#233;ro de l'&#233;t&#233; &#224; l'Art en prison. Il ne s'agit pas seulement de pr&#233;senter des activit&#233;s mais de s'interroger sur le sens m&#234;me de ces pratiques et ce qu'elles apportent aux d&#233;tenus. Des artistes racontent leur exp&#233;rience, leur engagement, leur &#233;motion et d&#233;crivent les conditions, pas toujours faciles, dans lesquelles se sont d&#233;roul&#233;es leurs interventions. Les voix convergent pour rappeler que l'art a partout sa place et particuli&#232;rement en prison o&#249; il aide l'individu &#224; retrouver sa (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Lien Social consacre le num&#233;ro de l'&#233;t&#233; &#224; l'Art en prison. Il ne s'agit pas seulement de pr&#233;senter des activit&#233;s mais de s'interroger sur le sens m&#234;me de ces pratiques et ce qu'elles apportent aux d&#233;tenus. Des artistes racontent leur exp&#233;rience, leur engagement, leur &#233;motion et d&#233;crivent les conditions, pas toujours faciles, dans lesquelles se sont d&#233;roul&#233;es leurs interventions. Les voix convergent pour rappeler que l'art a partout sa place et particuli&#232;rement en prison o&#249; il aide l'individu &#224; retrouver sa part d'humanit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lyon ... prison Saint-Joseph ... mise en activit&#233; : 1830 ... prison pour hommes avec quartier pour mineurs ... 789 d&#233;tenus pour 364 places.&lt;br class='autobr' /&gt;
Stage d'&#233;criture et d'acrobatie ... intervenants : Pascale Henry auteur-metteur en sc&#232;ne et Xavier Kim danseur et acrobate ... quinze jours de stage ... deux fois 1h15 par jour ... &#233;criture et interpr&#233;tation de la pi&#232;ce &lt;i&gt;Qu'est-ce que tu veux ?&lt;/i&gt; ... 3 jeunes sont all&#233;s jusqu'au bout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec comme th&#232;me &#171; Qu'est-ce que tu veux ? &#187;, l'id&#233;e de l'atelier &#233;tait d'amener des mineurs &#224; travailler sur : &lt;i&gt;&#171; C'est quoi ta rage, c'est quoi ta r&#233;volte, car de l'ext&#233;rieur on imagine que dans cet endroit on est r&#233;volt&#233; &#187;&lt;/i&gt;, explique Pascale Henry, auteur et metteur en sc&#232;ne. &lt;i&gt;&#171; Je m'attendais &#224; avoir des survolt&#233;s en face de moi, en fait non &#187;&lt;/i&gt;, raconte Xavier Kim, danseur, jongleur et acrobate. &lt;i&gt;&#171; La r&#233;volte n&#233;cessite une pens&#233;e politique qui n'existe pas, ou si peu&lt;/i&gt;, reprend Pascale Henry. &lt;i&gt;Nous nous sommes retrouv&#233;s dans cette contradiction de venir susciter du d&#233;sir l&#224; o&#249; il est interdit d'en avoir. Dr&#244;le de posture. Mettre en route son imaginaire n'est pas simple. &#8220;&#192; quoi &#231;a sert ?&#8221;, nous r&#233;torquaient-ils ou encore &#8220;Pourquoi tu me parles d'ailleurs ?&#8221;. De l'int&#233;rieur, l'ext&#233;rieur est quelque chose de souffrant. On les a sentis d'abord comme anesth&#233;si&#233;s, sans go&#251;t ni sensation &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les porter &#224; bout de bras&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Avant d'y aller, on se disait, on va faire ci, on va faire &#231;a&lt;/i&gt;, l&#226;che Xavier Kim. &lt;i&gt;On s'est pris une plaque de glue &#187;&lt;/i&gt;. L'objectif de les amener &#224; &#233;crire par eux-m&#234;me s'av&#232;re rapidement difficile dans le laps de temps imparti. &lt;i&gt;&#171; Au d&#233;but, ils ne disaient presque rien, des bouts de phrases, autour de soixante mots au total &#187;&lt;/i&gt;, raconte Pascale Henry. &lt;i&gt;&#171; On a eu envie d'arr&#234;ter, souvent, de s'en aller, on en parlait m&#234;me pour tenir. J'aurais aim&#233; juste discerner dans leurs yeux qu'ils &#233;taient contents de nous voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or j'avais le sentiment d'&#234;tre l'obligation de 14h30 &#224; 17h, alors m&#234;me qu'ils &#233;taient volontaires. Ils trouvent toujours tout long et chiant. Ils ont envie de &#171; se casser &#187; et ils nous transmettent cela avant tout &#187;&lt;/i&gt;. &#192; partir des &#233;changes tiss&#233;s et des mots partag&#233;s, Pascale Henry commence elle-m&#234;me &#224; &#233;crire un texte qu'ils se r&#233;approprieront ensuite. &lt;i&gt;&#171; Nous, on avait envie qu'ils gueulent, mais eux ne se sont pas sentis le droit d'adresser leur plainte. Il y a les surveillants, des cadres de la prison qui viendront &#224; la repr&#233;sentation &#187;&lt;/i&gt;. Du c&#244;t&#233; du jonglage, les objectifs sont &#233;galement revus. &lt;i&gt;&#171; J'ai abandonn&#233; beaucoup d'id&#233;es, par peur qu'ils ne se jettent les objets &#224; la figure. On a quand m&#234;me r&#233;ussi &#224; leur faire danser la capoeira et r&#233;aliser quelques exercices physiques &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sc&#232;ne, c'est un gymnase du quartier des mineurs &#233;quip&#233; de tapis de gym, de tables de ping-pong, de machines de sport et de v&#233;los de musculation. Il n'y a ni estrade, ni rideau. Les bruits de la cour o&#249; se d&#233;roule la promenade sont audibles ainsi que le bruit de cl&#233;s du surveillant qui se d&#233;place. Lorsque tout le monde a pris place, les artistes expliquent d'abord le travail qu'ils ont men&#233; avec les trois mineurs qui ont suivi l'atelier jusqu'&#224; son terme. Puis c'est &#224; eux.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une souffrance salutaire&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin, les applaudissements sont nourris et r&#233;sonnent dans le gymnase. Le deuxi&#232;me jour, &#224; la fin de la repr&#233;sentation, les d&#233;tenus partagent un go&#251;ter avec le public, des professionnels venus sur invitation personnelle de l'administration p&#233;nitentiaire, repr&#233;sentant d'institutions culturelles, personnalit&#233;s. &lt;i&gt;&#171; C'est un des enjeux de l'atelier&lt;/i&gt;, rappelle Marion Blangenois, collaboratrice de Subsistances, laboratoire de cr&#233;ations artistiques, &lt;i&gt;nous sommes l&#224;, spectateurs ext&#233;rieurs, pour leur dire merci et bravo. Leur dire que leur spectacle est une r&#233;ussite. C'&#233;tait &#233;norme et minuscule, cette repr&#233;sentation &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la question, referez-vous du th&#233;&#226;tre une fois dehors, un a r&#233;pondu : &lt;i&gt;&#171; On verra si on en a l'occasion, oui &#187;&lt;/i&gt;. Cet &#233;change n'a &#233;t&#233; possible que le deuxi&#232;me jour. Le premier jour, les trois d&#233;tenus sont tout de suite sortis de la salle de gymnase. C'est &#233;galement &#224; ce moment que &lt;i&gt;&#171; l'un deux m'a dit merci&lt;/i&gt;, se souvient Pascale Henry. &lt;i&gt;C'&#233;tait la premi&#232;re parole de reconnaissance, la seule. Faire du lien en prison, c'est la pire des choses. Quand nous on part, c'est eux qui souffrent. Alors on ne s'attache pas, c'est d&#233;sastreux mais compr&#233;hensible &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi deux repr&#233;sentations plut&#244;t qu'une ? &lt;i&gt;&#171; Parce que les d&#233;tenus se retrouvent ainsi dans la m&#234;me position que des acteurs &#224; part enti&#232;re&lt;/i&gt;, explique Elodie Bersot, responsable des actions de m&#233;diation culturelle aux Subsistances. &lt;i&gt;Le fait de se produire deux fois les met dans une position de stress qui leur permet de l&#226;cher des choses &#187;&lt;/i&gt;. Pour cr&#233;er un dispositif artistique, il faut &#233;galement, explique Jane Sauti&#232;re, adjointe au directeur du Spip du Rh&#244;ne, pr&#233;server le lieu de la repr&#233;sentation. &lt;i&gt;&#171; On n'admet personne apr&#232;s le d&#233;but, comme au th&#233;&#226;tre pas m&#234;me un cadre de direction de la prison. On demande aux personnels p&#233;nitentiaires d'&#233;teindre leur talkie-walkie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est plus un gymnase mais une sc&#232;ne de th&#233;&#226;tre. Et justement, l&#224;, j'ai vu une vraie dramaturgie, un vrai geste th&#233;&#226;tral, une symbolisation de la sc&#232;ne. Les deux artistes ont r&#233;ussi &#224; trouver la faille pour avancer et tenir bon. Pour y arriver, il faut puiser ses ressources dans le geste artistique et non pas dans le socio-&#233;ducatif. L'artiste a encore de la ressource. Il r&#233;veille le d&#233;sir, d&#233;place les d&#233;tenus d'une pratique de consommateurs &#224; celle d'acteurs&#8230; Cet atelier ne les a pas remplis ni gav&#233;s, il les a laiss&#233;s tout b&#233;ants. Mais c'est une souffrance vitale et salutaire, car elle est &#233;prouv&#233;e quand on est sujet &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; On est content du r&#233;sultat&lt;/i&gt;, sourit Pascale Henry, &lt;i&gt;car on a r&#233;ussi &#224; leur faire vivre, &#233;prouver un truc. M&#234;me si ce truc, il a fallu le porter &#224; bout de bras. Il faut y croire pour eux. Ils ne pensent pas que c'est possible que des personnes se d&#233;placent pour venir les voir en repr&#233;sentation. Ils ont eu du plaisir d'avoir ces regards sur eux, de risquer quelque chose &#187;. &#171; Et ils ne se sont pas d&#233;fauss&#233;s comme on a pu le craindre un moment &#187;&lt;/i&gt;, rappelle Xavier Kim. Au final, c'est un m&#233;lange de trouble et d'int&#233;r&#234;t pour les deux artistes. &lt;i&gt;&#171; La prison r&#233;v&#232;le la question de l'humanit&#233;, question centrale du metteur en sc&#232;ne. Face &#224; la contradiction des actes humains, plus on regarde ce qui est ab&#238;m&#233;, difficile, complexe, plus on trouve la porte de quelque chose &#224; agir &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;span class='spip_document_521 spip_documents spip_documents_left'&gt;
&lt;img src='https://www.lien-social.com/local/cache-vignettes/L95xH23/picto-lireaussi-2-1ca1a.png?1693464261' width='95' height='23' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Nos archives sur le th&#232;me des &lt;a href=&#034;http://www.lien-social.com/Prison-288&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;jeunes en prison&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'art en prison &#8226; L'audiovisuel</title>
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&lt;p&gt;Lien Social consacre le num&#233;ro de l'&#233;t&#233; &#224; l'Art en prison. Il ne s'agit pas seulement de pr&#233;senter des activit&#233;s mais de s'interroger sur le sens m&#234;me de ces pratiques et ce qu'elles apportent aux d&#233;tenus. Des artistes racontent leur exp&#233;rience, leur engagement, leur &#233;motion et d&#233;crivent les conditions, pas toujours faciles, dans lesquelles se sont d&#233;roul&#233;es leurs interventions. Les voix convergent pour rappeler que l'art a partout sa place et particuli&#232;rement en prison o&#249; il aide l'individu &#224; retrouver sa (...)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Lien Social consacre le num&#233;ro de l'&#233;t&#233; &#224; l'Art en prison. Il ne s'agit pas seulement de pr&#233;senter des activit&#233;s mais de s'interroger sur le sens m&#234;me de ces pratiques et ce qu'elles apportent aux d&#233;tenus. Des artistes racontent leur exp&#233;rience, leur engagement, leur &#233;motion et d&#233;crivent les conditions, pas toujours faciles, dans lesquelles se sont d&#233;roul&#233;es leurs interventions. Les voix convergent pour rappeler que l'art a partout sa place et particuli&#232;rement en prison o&#249; il aide l'individu &#224; retrouver sa part d'humanit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paris ... maison d'arr&#234;t de la Sant&#233; ... mise en activit&#233; : 1867&#8194;... en 2005 : 1305 d&#233;tenus pour 1204 places. &lt;br class='autobr' /&gt;
Atelier audiovisuel ... intervenante Anne Toussaint ... espace de cr&#233;ation personnelle et collective ... r&#233;flexion sur l'image ... atelier par groupe de huit de 9h &#224; 17h tous les jours sauf le week-end ... s&#233;ance de cin&#233;ma &#224; la prison ... d&#233;bat en duplex avec les spectateurs du cin&#233;ma MK2 Beaubourg.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; En prison, &#224; la Sant&#233;, tu es enferm&#233; dans ta cellule quasiment 23 heures sur 24, l'atelier est le seul espace de libert&#233; &#187;&lt;/i&gt;, raconte Thomas qui vient de terminer sa peine. &lt;i&gt;&#171; Sortir de l'enfermement &#187;&lt;/i&gt;, c'est &#233;galement ce qui a pouss&#233; Sacha &#224; s'int&#233;resser &#224; l'atelier &lt;i&gt;En qu&#234;te d'autres regards&lt;/i&gt; alors qu'il &#233;tait &lt;i&gt;&#171; un spectateur basique &#187;&lt;/i&gt; et qu'il ne connaissait rien &#224; l'audiovisuel. Il d&#233;couvre un groupe de huit d&#233;tenus qui se retrouvent d&#232;s 9 heures du matin, tous les jours sauf le week-end, pour finir &#224; 17 heures apr&#232;s un aller-retour en cellule pour le d&#233;jeuner. Dans des locaux &lt;i&gt;&#171; sans barreaux aux fen&#234;tres &#187;&lt;/i&gt;, pr&#233;cise Guillaume, un ancien de la Sant&#233; qui donne aux lieux un &lt;i&gt;&#171; petit air de libert&#233; &#187;&lt;/i&gt;, le groupe est au c&#339;ur des d&#233;cisions, les choix sont collectifs. &lt;i&gt;&#171; Un contraste total avec les autres ateliers &#187;&lt;/i&gt;, souligne-t-il, o&#249; les activit&#233;s propos&#233;es sont, selon Thomas, &lt;i&gt;&#171; souvent infantilisantes &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;alit&#233; doit beaucoup &#224; Anne Toussaint, la responsable de l'atelier. Anne est entr&#233;e pour la premi&#232;re fois en prison &#224; Metz lors de la cr&#233;ation du centre de ressources audiovisuelles, o&#249; elle a trouv&#233; des outils pour produire : &lt;i&gt;&#171; Un espace avec du mat&#233;riel et un lieu de diffusion &#187;&lt;/i&gt;. Mais surtout, elle y est rest&#233;e et a ensuite rejoint l'atelier audiovisuel de la Sant&#233; o&#249; elle a pu mettre en pratique son approche cin&#233;matographique : &lt;i&gt;&#171; Travailler avec des &#8220;amateurs&#8221; et d&#233;velopper une d&#233;marche de cin&#233;ma partag&#233;, prendre la cam&#233;ra et passer l'outil aux autres et partir ensemble dans un projet &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Apprendre &#224; d&#233;crypter&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Anne n'est pas arriv&#233;e en prison avec des id&#233;es pr&#233;con&#231;ues, elle a simplement maintenu la ligne artistique : &lt;i&gt;&#171; Se d&#233;caler des repr&#233;sentations habituelles &#187;&lt;/i&gt;, chercher d'autres regards. Au d&#233;part, le groupe a visionn&#233; des films ensemble, r&#233;fl&#233;chi sur les images, choisi certains d'entre eux et puis l'id&#233;e a germ&#233; : pourquoi ne pas faire partager cette s&#233;lection aux autres d&#233;tenus au travers du canal interne ? Nouvelle interrogation : comment donner envie aux autres de regarder ces &#339;uvres, parfois difficiles d'acc&#232;s, face &#224; la concurrence des cha&#238;nes hertziennes ? L'id&#233;e est alors venue de rencontrer les r&#233;alisateurs de ces films, les faire parler de leurs images. Dor&#233;navant, r&#233;guli&#232;rement, l'atelier organise une s&#233;ance grand &#233;cran suivie d'un d&#233;bat avec le r&#233;alisateur dans une salle qui peut accueillir jusqu'&#224; 40 personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la cha&#238;ne interne propose une alternative aux cha&#238;nes classiques. Outre un programme d'information sur le quotidien carc&#233;ral, les probl&#233;matiques des d&#233;tenus, elle diffuse &#233;galement des documentaires, des films, lance des th&#233;matiques. &lt;i&gt;&#171; Un vrai travail de pro &#187;&lt;/i&gt; constate Sacha. &lt;i&gt;&#171; Similaire &#224; la prise en charge d'une petite cha&#238;ne sur le c&#226;ble &#187;&lt;/i&gt;, rench&#233;rit Guillaume. Surtout, le projet a une ambition courageuse : proposer un autre regard dans un contexte de toute puissance t&#233;l&#233;visuelle. &lt;i&gt;&#171; En prison, la t&#233;l&#233;vision est particuli&#232;re, c'est une lucarne sur la libert&#233; &#187;&lt;/i&gt;, t&#233;moigne Sacha. &lt;i&gt;&#171; Une fausse lucarne &#187;&lt;/i&gt; s'empresse-t-il d'ajouter, &lt;i&gt;&#171; un reflet dramatique de l'ext&#233;rieur vu le contenu des programmes &#187;&lt;/i&gt;. Sacha reconna&#238;t que l'atelier lui a appris &#224; &lt;i&gt;&#171; regarder les images &#187;&lt;/i&gt; et &#224; comprendre &lt;i&gt;&#171; qu'il y a maldonne quelque part &#187;&lt;/i&gt;, que ce &lt;i&gt;&#171; bombardement d'images perturbe plus qu'autre chose, dirige m&#234;me parfois la population &#187;&lt;/i&gt;. Un sentiment partag&#233; par Anne qui estime que &lt;i&gt;&#171; le regard est confisqu&#233; par une t&#233;l&#233;vision o&#249; la mani&#232;re de voir le monde est extr&#234;mement binaire, o&#249; tout ce qui est de l'ordre de la nuance, de l'&#233;change, du politique, au sens du vivre ensemble, s'appauvrit &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, en prison, ce regard prend une dimension particuli&#232;re car &lt;i&gt;&#171; l'environnement visuel est terne, voire monochrome &#187;&lt;/i&gt;. L'espace temps est tout autre &#233;galement. &lt;i&gt;&#171; Le temps ne veut plus rien dire pour nous &#187;&lt;/i&gt;, constate Thomas. Et puis il faut se construire une autre fa&#231;on d'habiter l'espace lorsque plusieurs d&#233;tenus partagent la m&#234;me petite cellule ; seul, il faut aussi apprendre &#224; vivre dans 9m2. &lt;i&gt;&#171; Du coup, le regard vient d'abord de l'int&#233;rieur &#187;&lt;/i&gt;, souligne Anne. &lt;i&gt;&#171; Nous avons le temps de regarder les choses de plus pr&#232;s, d'y r&#233;fl&#233;chir &#224; deux fois &#187;&lt;/i&gt;, ajoute Guillaume. Dans le contexte violent de la prison, une violence faite &#224; l'intime, &lt;i&gt;&#171; la n&#233;cessit&#233; de donner forme &#224; son regard int&#233;rieur &#187;&lt;/i&gt; est une &#233;vidence pour Anne. &lt;i&gt;&#171; C'est un lieu o&#249; tout le monde se prot&#232;ge un peu de l'autre, o&#249; toute l'expression intime se renferme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, je trouve que par le cin&#233;ma, en ouvrant &#224; des formes tr&#232;s diff&#233;rentes, les personnes ont la possibilit&#233; d'exp&#233;rimenter leur regard, de lib&#233;rer quelque chose de leur identit&#233;. Ensuite, le passage &#224; l'acte artistique permet de livrer aux autres une parole int&#233;rieure sans &#234;tre dans l'&#233;talage de l'intime &#187;&lt;/i&gt;. Car, outre la programmation du Canal 7, l'atelier est &#233;galement un lieu de cr&#233;ation. L&#224; encore, Anne laisse venir le d&#233;sir de l'autre. Lorsqu'il exprime une volont&#233; de dire quelque chose, une envie de filmer, le travail de fabrication d'un court m&#233;trage commence.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;En duplex avec les spectateurs&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; En prison, chacun a besoin de trouver un moyen d'expression&lt;/i&gt;, t&#233;moigne Thomas. &lt;i&gt;Les uns par de la violence envers l'ext&#233;rieur parce qu'ils n'ont pas d'autres moyens, d'autres par de la violence envers soi-m&#234;me comme le suicide, d'autres encore par l'&#233;criture. Cet atelier, c'&#233;tait mon mode d'expression &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un mode d'expression, une d&#233;marche artistique &#224; contre-courant de l'id&#233;ologie s&#233;curitaire actuelle. &lt;i&gt;&#171; Cela se ressent &#224; l'int&#233;rieur des prisons. L'administration est plus pr&#233;occup&#233;e par des questions de s&#233;curit&#233; que de sens &#224; donner au temps de la peine &#187;&lt;/i&gt; constate Anne qui souligne son respect pour le cadre institutionnel. &lt;i&gt;&#171; L'artiste n'est pas l&#224; pour d&#233;sorganiser le fonctionnement interne mais pour questionner la prison sur le plan politique et artistique &#187;&lt;/i&gt;. Un questionnement qui sort des murs et s'incarne dans le projet avec le cin&#233;ma MK2 Beaubourg pour lequel les membres de l'atelier ont programm&#233; une dizaine de films. Une projection a lieu presque une fois par mois, accompagn&#233;e d'un entretien avec le r&#233;alisateur, film&#233; au pr&#233;alable en prison par les d&#233;tenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derniers s'adressent, en fin de s&#233;ance, &#224; la cam&#233;ra pour lancer des questions au public. Le d&#233;bat s'engage entre les spectateurs, un d&#233;bat film&#233; pour &#234;tre ensuite retransmis aux d&#233;tenus. &lt;i&gt;&#171; Une sorte de duplex &#187;&lt;/i&gt;, ironise Sacha qui relie la prison &#224; notre soci&#233;t&#233;. &lt;i&gt;&#171; Car la prison fait partie de la cit&#233;, nous oublions trop souvent que les personnes en sortent &#187;&lt;/i&gt;, souligne Anne qui souhaite casser les images stigmatisantes sur ces lieux d'oubli. Un dialogue dans les deux sens, personnifi&#233; par les anciens membres de l'atelier qui t&#233;moignent aujourd'hui, hors les murs, de ce que leur a apport&#233; ce travail. Pour certains, comme Sacha, maintenant assistant r&#233;alisateur &#224; l'association les Yeux de l'Ou&#239;e &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-1' class='spip_note' rel='appendix' title='Les Yeux de l'Ou&#239;e &#8211; Anne Toussaint Tel/Fax : 01 48 21 92 41 &#8211; (...)' id='nh3-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il leur a ouvert un m&#233;tier. Pour d'autres, il a donn&#233; un sens &#224; une peine et a permis de supporter une r&#233;alit&#233; carc&#233;rale qui sans cela les aurait &lt;i&gt;&#171; rendus dingues &#187;&lt;/i&gt; constate Guillaume. Pour lui, &lt;i&gt;&#171; l'atelier a contribu&#233; au fait de pouvoir ressortir sans &#234;tre d&#233;structur&#233; psychologiquement, je suis rest&#233; r&#233;-ins&#233;rable comme on dit &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Quand les &#233;tudiants de Sciences Po entrent &#224; la Sant&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Plan fixe. De l'eau en transparence. Le bruit apaisant de la mer. Une bulle monte &#224; la surface. Une porte claque. Le bruit de la mer est remplac&#233; par ceux de la prison : &lt;i&gt;&#171; Promenade, douche, gamelle&#8230; &#187;&lt;/i&gt;. Les bulles montent &#224; la surface, l'eau est de plus en plus agit&#233;e. &lt;i&gt;&#171; Promenade, douche, gamelle&#8230; &#187;&lt;/i&gt;. Le bruit de l'&#233;bullition couvre finalement les ordres. &lt;i&gt;&#171; Mon id&#233;e, c'&#233;tait de prendre une casserole d'eau, filmer l'eau plate, arr&#234;ter, attendre quand il y a des bulles, filmer, arr&#234;ter, quand elle bout la filmer, arr&#234;ter et voil&#224;, derri&#232;re, je mets le texte ; c'est-&#224;-dire, c'est moi, tu me vois calme mais &#224; l'int&#233;rieur je bous &#187;&lt;/i&gt;. Khalid, le r&#233;alisateur, tente d'expliquer &#224; l'&#233;tudiante en face de lui pourquoi il refuse son id&#233;e de cocotte-minute avec la vapeur qui s'&#233;chappe de la soupape. &lt;i&gt;&#171; En prison, t'as pas de soupape, tu bous tout seul &#187;&lt;/i&gt;, explique Khalid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extrait du film &lt;i&gt;Fragments d'une rencontre&lt;/i&gt;, ce dialogue est le r&#233;sultat d'un projet initi&#233; par Guillaume qui a int&#233;gr&#233; Sciences Po en sortant de prison. Dans le cursus, un projet doit &#234;tre men&#233; entre &#233;tudiants. Il propose de monter un projet de film avec ceux rest&#233;s &#224; l'atelier et fait entrer les &#233;tudiants &#224; la Sant&#233;. &lt;i&gt;&#171; C'&#233;tait une grosse claque&lt;/i&gt;, se souvient Anna, membre du premier groupe d'&#233;tudiants. &lt;i&gt;Les prisonniers nous ont renvoy&#233;s &#224; notre situation, parfois en nous lan&#231;ant : alors, tu viens au zoo &#187;&lt;/i&gt;. Elle ne regrette pas une seule seconde cette exp&#233;rience enrichissante qui l'a surtout fait r&#233;fl&#233;chir sur elle-m&#234;me. De cette exp&#233;rience sortira un film commun, un documentaire o&#249;, selon Sacha, &lt;i&gt;&#171; les plus humains ne sont pas toujours ceux auxquels on pense &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb3-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-1' class='spip_note' title='Notes 3-1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://latelierdesyeuxdelouie.com&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Les Yeux de l'Ou&#239;e&lt;/a&gt; &#8211; Anne Toussaint&lt;br class='autobr' /&gt;
Tel/Fax : 01 48 21 92 41 &#8211; &lt;a href=&#034;mailto:lesyeuxdelouie@free.fr&#034; class='spip_mail'&gt;e-mail&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>L'art en prison &#8226; Danse orientale ou la volont&#233; de vivre</title>
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		<dc:subject>Prison</dc:subject>
		<dc:subject>805-806</dc:subject>

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&lt;p&gt;Lien Social consacre le num&#233;ro de l'&#233;t&#233; &#224; l'Art en prison. Il ne s'agit pas seulement de pr&#233;senter des activit&#233;s mais de s'interroger sur le sens m&#234;me de ces pratiques et ce qu'elles apportent aux d&#233;tenus. Des artistes racontent leur exp&#233;rience, leur engagement, leur &#233;motion et d&#233;crivent les conditions, pas toujours faciles, dans lesquelles se sont d&#233;roul&#233;es leurs interventions. Les voix convergent pour rappeler que l'art a partout sa place et particuli&#232;rement en prison o&#249; il aide l'individu &#224; retrouver sa (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Lien Social consacre le num&#233;ro de l'&#233;t&#233; &#224; l'Art en prison. Il ne s'agit pas seulement de pr&#233;senter des activit&#233;s mais de s'interroger sur le sens m&#234;me de ces pratiques et ce qu'elles apportent aux d&#233;tenus. Des artistes racontent leur exp&#233;rience, leur engagement, leur &#233;motion et d&#233;crivent les conditions, pas toujours faciles, dans lesquelles se sont d&#233;roul&#233;es leurs interventions. Les voix convergent pour rappeler que l'art a partout sa place et particuli&#232;rement en prison o&#249; il aide l'individu &#224; retrouver sa part d'humanit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Versailles&#8230; maison d'arr&#234;t pour femmes&#8230; mise en activit&#233; : 1857&#8230; en 2006 : 113 d&#233;tenues pour 153 places.&lt;br class='autobr' /&gt;
Stage de danse orientale&#8230; intervenante : Emmanuelle Rigaud&#8230; compagnie de th&#233;&#226;tre et de danse les Alouettes Na&#239;ves&#8230; travaille sur le th&#232;me de la f&#233;minit&#233; &#224; travers le texte et la danse&#8230; stage de trois semaines&#8230; deux heures et demie par jour&#8230; elles rient aux &#233;clats&#8230; danse&#8230; affirmation du corps&#8230; 12 d&#233;tenues&#8230; spectacle final devant les autres d&#233;tenues&#8230; angoisse&#8230; succ&#232;s fou.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait mon troisi&#232;me stage dans une maison d'arr&#234;t, c'&#233;tait aussi le plus fort. Cela &#233;tait peut-&#234;tre d&#251; &#224; mon exp&#233;rience mais aussi au groupe, au hasard de la constitution d'un groupe. Cette ann&#233;e, j'avais des stagiaires particuli&#232;rement motiv&#233;es et attachantes. Je crois bien que des vocations de danseuse sont n&#233;es durant ces trois semaines.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce travail a aussi &#233;t&#233; marqu&#233; par un &#233;v&#233;nement de &#171; l'ext&#233;rieur &#187;, le premier tour des &#233;lections pr&#233;sidentielles, qui lui a donn&#233; une &#233;trange dimension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une fois, je ne peux que citer leurs pr&#233;noms comme une litanie &#224; ne pas oublier : Samira, Roxana, Claudia, Antonia, Karine, Margot, Maria, Christelle, A&#239;cha, Sa&#239;da, sans oublier Lila et Zohra qui sont sorties avant la fin du stage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Versailles n'a rien &#224; voir avec Fresnes. C'est une petite maison d'arr&#234;t de femmes (Maf), cinquante d&#233;tenues environ, o&#249; sont rarement envoy&#233;es celles qui ont commis de tr&#232;s lourds d&#233;lits. Les surveillantes ne sont pas en uniformes, les murs sont peints avec des couleurs gaies et d&#233;cor&#233;s de fleurs artificielles. Il y a une &#233;quipe tr&#232;s investie au service d'insertion et de probation qui organise de nombreuses activit&#233;s ainsi que des spectacles. Pourtant, les femmes qui sont ici sont bien en prison, il y a des d&#233;primes, de la violence et des tentatives de suicides. La gaiet&#233; des murs ne peut malheureusement pas pallier le dysfonctionnement tr&#232;s profond (&#224; mon avis) de notre soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier dimanche, il y a foule, celles qui suivent l'atelier r&#233;guli&#232;rement et celles qui ne pourront venir qu'aujourd'hui parce qu'elles travaillent dans la semaine. Je d&#233;cide donc de faire une s&#233;ance un peu festive d'autant plus que Mohammed le musicien est l&#224;. Elles sont toutes en tenue, jupes et foulards de toutes les couleurs, nous nous asseyons en arc de cercle et Mohammed nous joue diff&#233;rents morceaux. Ce sont les plus anciennes qui se l&#232;vent en premier, Zohra se balance en frappant des mains et A&#239;cha, une des figures de la Maf, fait son cin&#233;ma habituel. Sa&#239;da se l&#232;ve &#224; son tour et commence &#224; danser. C'est beau ce moment o&#249; la danse na&#238;t spontan&#233;ment, profond&#233;ment &#233;mouvant. Je sens quelque chose dans l'air qui est en train de monter comme une larme. Je ne peux pas me laisser aller &#224; mon &#233;motion, il y a environ quinze filles et je dois tenir la s&#233;ance de deux heures et demie jusqu'au bout, sans flottement, sans d&#233;bordement, je sais qu'en prison tout peut basculer d'une seconde &#224; l'autre. Karine en face de moi a les yeux qui brillent, nous &#233;changeons un sourire, je voudrais la prendre dans mes bras. Je tourne la t&#234;te et je vois Roxana, une des deux mineures roumaines, elle pleure. Ce sont des larmes de nostalgie, je vais m'asseoir &#224; c&#244;t&#233; d'elle, je lui mets la main sur l'&#233;paule, elle aussi m'offre un grand sourire. Elle me racontera plus tard qu'en Roumanie tous ses amis sont Tziganes et que ce dimanche lui rappelait les f&#234;tes qu'elle a connues l&#224;-bas. Finalement je me l&#232;ve et je danse pour elles toutes, je n'ai jamais eu de spectatrices aussi admiratives.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Acte de r&#233;sistance&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Au bout d'un moment tout le monde danse, je danse un peu avec elles puis je vais m'asseoir pour les regarder. Elles rient aux &#233;clats, ici, c'est une chose pr&#233;cieuse. Antonia et Claudia essayent une chor&#233;graphie &#224; deux. Samira, la si jolie Samira qui n'aime pas son corps, est fix&#233;e sur son reflet dans le miroir. Roxana est si belle, si gracieuse, elle danse comme si elle &#233;tait ailleurs, dans une de ces f&#234;tes tziganes, elle est magiquement en rythme et en harmonie avec la musique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lundi matin, je n'ai que les fid&#232;les, elles veulent apprendre, je n'ai aucun probl&#232;me &#224; faire de la technique, elles en redemandent. Mais tout &#224; coup, alors que rien ne le laissait pr&#233;voir, une dispute explose entre Samira et Margot. Celle-ci demande &#224; Samira de se pousser un peu pour qu'elle puisse se voir dans le miroir et les injures fusent en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, c'est tr&#232;s violent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, alors que les surveillantes et le grad&#233; entrent en trombe dans la pi&#232;ce, malgr&#233; leur rage l'une envers l'autre, aucune ne veut quitter le cours. &lt;i&gt;&#171; La prof est l&#224; pour nous apprendre &#224; danser, alors je reste &#187;&lt;/i&gt;, dit Samira d&#233;termin&#233;e. Elles continuent la s&#233;ance les dents serr&#233;es mais avec une volont&#233; d&#233;cupl&#233;e. Apr&#232;s les avoir &#233;puis&#233;es avec les mouvements les plus fatigants, nous faisons une petite pause. Je discute avec Karine et Samira de la maternit&#233;. Nous parlons de femme &#224; femme. Moi, sans enfant, mais me posant pas mal de questions ces temps-ci. La semaine derni&#232;re une petite fille d'une classe de CP avec qui je faisais du th&#233;&#226;tre m'a joliment dit qu'elle m'aurait bien voulue comme maman.. Karine a vingt-cinq ans et un enfant de quatre ans et demi. La police l'a arr&#234;t&#233;e devant lui, depuis il la boude, il pense qu'elle l'a abandonn&#233;. Samira a vingt ans, elle a un petit Bilel de deux ans et trois mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la naissance de son enfant Karine d&#233;teste son corps, elle a grossi dit-elle. Elle est belle pourtant, c'est une fille volontaire qui montre rarement son d&#233;sarroi, cela fait cinq mois qu'elle est l&#224;, elle en est &#224; son cinqui&#232;me juge ! Samira est tr&#232;s fine, dans les crit&#232;res de beaut&#233; actuelle, l'enfantement n'a pas d&#233;form&#233; son corps, qu'elle n'aime pourtant pas. Margot derri&#232;re nous interrompt la conversation, elle veut reprendre le travail, je sens que le sujet la perturbe. C'est une grande Africaine tr&#232;s belle aussi, une histoire d'escroquerie l'a amen&#233;e ici. Elle dit n'avoir aucun probl&#232;me avec son corps, elle sait qu'elle est belle, on le lui dit souvent, elle assume aussi cette grande cicatrice sur le ventre, elle n'a pas d'enfant&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les s&#233;ances suivantes se passent bien, elles r&#233;p&#232;tent pendant mon absence, on les entend rire, para&#238;t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lundi suivant j'arrive totalement survolt&#233;e mais fi&#232;re d'&#234;tre l&#224; &#224; 9 heures du matin pour faire de la danse orientale et faire r&#233;sonner de la musique arabe dans toute la prison. &#199;a me semble &#234;tre la meilleure chose &#224; faire le lendemain d'un premier tour d'une &#233;lection pr&#233;sidentielle ridicule, honteuse, r&#233;voltante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand la question de faire un spectacle de fin de stage se pose, les doutes sont d'ordres divers. Elles ont peur du regard des autres. Des surveillantes en premier lieu, des autres d&#233;tenues ensuite.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ma pratique personnelle j'ai exp&#233;riment&#233; cette peur du regard. Quand je rencontre quelqu'un, j'en arrive &#224; dire assez tardivement que je suis danseuse orientale et encore avec beaucoup de pr&#233;cautions. Les r&#233;actions &#224; l'image st&#233;r&#233;otyp&#233;e de la danseuse du ventre, s&#233;ductrice, sensuelle et donc l&#233;g&#232;re, ne sont pas celles que j'ai envie de provoquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En prison la jalousie a des r&#233;percussions assez d&#233;sagr&#233;ables sur le quotidien. Les surveillantes, du moins celles qui ont un mauvais esprit, ce qui n'est pas une g&#233;n&#233;ralit&#233;, seront plus s&#233;v&#232;res avec vous et vous interdiront des choses de fa&#231;on absolument arbitraire. Quant aux d&#233;tenues, elles risquent de se moquer de vous, sans parler des lesbiennes dont le regard et les propositions peuvent devenir extr&#234;mement d&#233;rangeants. Ce n'est pas la seule r&#233;alit&#233; de la prison, mais c'en est une.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a fait beaucoup de raisons pour ne pas faire de spectacle. Pourtant cette fois-ci j'ai tout fait pour les persuader. D'abord parce qu'elles le m&#233;ritaient, elles avaient tellement bien travaill&#233;. Ensuite parce que la force de cette danse, c'est justement tout &#231;a. Cette danse est l'affirmation du corps, de la f&#233;minit&#233; envers et contre tout. C'est une danse de la frustration, j'en suis persuad&#233;e. Frustration d'un corps enferm&#233; pour une raison ou pour une autre, qui a besoin d'exprimer sa sensualit&#233; et sa volont&#233; de vivre d'une fa&#231;on certainement d&#233;rangeante pour le bon go&#251;t. On danse pour ne plus souffrir de cette f&#233;minit&#233; qui ne trouve pas sa place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je leur ai dit que si on leur faisait des remarques &#231;a ne pouvait &#234;tre que par jalousie, qu'elles devaient s'offrir ce bonheur parce qu'elles sont tellement belles qu'elles ont tout &#224; y gagner.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon dernier argument &#233;tait politique parce que pour moi, faire un spectacle de danse orientale ici entre les deux tours d'une &#233;lection angoissante, c'&#233;tait un acte de r&#233;sistance. Je leur ai dit de penser, si certaines se moquaient, que c'&#233;tait un acte engag&#233; et important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons pas peur des cultures diff&#233;rentes, nous n'avons pas peur d'&#234;tre diff&#233;rentes, nous n'avons pas peur d'&#234;tre des femmes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elles l'on fait le spectacle, elles ont eu un succ&#232;s fou. C'&#233;tait tr&#232;s courageux de leur part et tr&#232;s impressionnant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les deux petites Roumaines et Samira veulent devenir prof de danse, elles ont toutes pris l'adresse de mes cours &#224; l'ext&#233;rieur. Samira pleurait en me remerciant : &lt;i&gt;&#171; Je pleure, mais en fait je suis contente, Madame ! &#187;&lt;/i&gt; disait-elle.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#199;a a &#233;t&#233; dur de les quitter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lesalouettesnaives.com&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Les Alouettes na&#239;ves&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
141 rue de Paris - 93100 Montreuil-Epinay&lt;br class='autobr' /&gt;
alouettesnaives@free.fr&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PS :&lt;/strong&gt; Un mois apr&#232;s, le mercredi 22 mai, nous sommes retourn&#233;s &#224; la maison d'arr&#234;t pour une s&#233;ance de photos et une petite r&#233;union bilan.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'appr&#233;hendais de les retrouver je crois, comme on appr&#233;hende une &#233;motion trop forte. Et en effet elle a &#233;t&#233; forte. Elles &#233;taient tr&#232;s gaies pour les photos, elles se sont faites belles, on a pos&#233;, on a ri. Pourtant, au fond, je sentais une tristesse. On avait pas le temps de danser vraiment, le stage &#233;tait termin&#233;, cette fois-ci on allait vraiment se quitter. Puis quelque chose de tr&#232;s fort s'est pass&#233;. Samira a h&#233;sit&#233; puis elle est all&#233;e chercher quelque chose envelopp&#233; dans un pull. C'&#233;tait un carton d&#233;cor&#233; avec un dessin de danseuse, le tout avait la taille d'un grand cahier. &#192; l'int&#233;rieur il y avait un texte. Un long texte de remerciements. Elle nous l'a lu, des larmes dans les yeux et dans la voix. Elle me disait chaleureusement le bien que mes cours de danse lui avaient fait, la vie que cela avait ramen&#233; dans ce lieu de &#171; non vie &#187;, comme elle dit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Moi qui ne suis pas maman, j'avais l'impression de recevoir un cadeau de f&#234;te des m&#232;res. Un magnifique cadeau.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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