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	<title>Lien Social</title>
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	<description>76 rue Garance
31670 Lab&#232;ge
T&#233;l. : 05 62 73 34 40
Fax : 05 62 73 00 29</description>
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		<title>Lien Social</title>
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		<title>Faut-il des parents &#224; tout prix ?</title>
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		<title>Le premier lien. Th&#233;orie de l'attachement</title>
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		<dc:subject>Relations</dc:subject>

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&lt;p&gt;L'individuation de l'enfant se r&#233;alise par combinaison du maintien solide des ses attaches et par son ouverture vers le monde ext&#233;rieur. Ce n'est que lorsque ses besoins de proximit&#233; sont satisfaits qu'il peut s'&#233;loigner de la figure qui le s&#233;curise pour explorer ce qu'il ne conna&#238;t pas. La th&#233;orie de l'attachement a connu ces cinquante derni&#232;res ann&#233;es un &#233;tonnant succ&#232;s. C'est vrai qu'elle s'est av&#233;r&#233;e f&#233;conde pour mieux comprendre le d&#233;veloppement de l'&#234;tre humain. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une conception, quelle qu'elle soit, (...)&lt;/p&gt;


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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'individuation de l'enfant se r&#233;alise par combinaison du maintien solide des ses attaches et par son ouverture vers le monde ext&#233;rieur. Ce n'est que lorsque ses besoins de proximit&#233; sont satisfaits qu'il peut s'&#233;loigner de la figure qui le s&#233;curise pour explorer ce qu'il ne conna&#238;t pas. La th&#233;orie de l'attachement a connu ces cinquante derni&#232;res ann&#233;es un &#233;tonnant succ&#232;s. C'est vrai qu'elle s'est av&#233;r&#233;e f&#233;conde pour mieux comprendre le d&#233;veloppement de l'&#234;tre humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une conception, quelle qu'elle soit, n'appara&#238;t jamais par hasard : elle est le produit de son &#233;poque. L'&#233;mergence de la th&#233;orie de l'attachement a co&#239;ncid&#233; avec, entre autres, la ma&#238;trise de la conception humaine, la reconnaissance des comp&#233;tences de plus en plus pr&#233;coces du b&#233;b&#233; ou encore l'organisation des familles autour de l'enfant ?. On trouve ces pr&#233;misses dans les d&#233;couvertes de Konrad Lorenz, qui datent d'avant-guerre, sur les m&#233;canismes d'empreinte de certains animaux &#224; leur naissance (petit et parent s'impr&#233;gnant alors mutuellement). Il faut aussi &#233;voquer la description faite en 1946, par Ren&#233; Spitz, sur 123 nourrissons abandonn&#233;s en pouponni&#232;re, leurs signes de d&#233;sespoir &#233;tant alors reli&#233;s, non aux conditions mat&#233;rielles d'accueil (par ailleurs excellentes), mais &#224; la rupture des liens maternels non compens&#233;s par une qualit&#233; d'attention et de relation suffisante de la part du personnel hospitalier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1958, para&#238;t un premier article dont l'auteur, Harry Harlow, pr&#233;sente ses observations sur la d&#233;privation maternelle chez les singes : s&#233;par&#233;s de leur m&#232;re, de jeunes macaques choisissent de pr&#233;f&#233;rence un substitut maternel constitu&#233; de linge doux plut&#244;t que d'un treillis grossier. La m&#234;me ann&#233;e, un autre article est publi&#233; par John Bowlby, qui aborde les liens privil&#233;gi&#233;s entre le b&#233;b&#233; et sa m&#232;re. Co&#239;ncidence historique entre deux champs diff&#233;rents, celui de l'&#233;thologie et celui de la psychanalyse, qui arrivent &#224; la m&#234;me conclusion : la proximit&#233; physique (voire la disponibilit&#233;) de la m&#232;re (ou de son substitut) satisfait un besoin primaire du jeune, essentiel &#224; son d&#233;veloppement mental et &#224; l'&#233;closion de sa sociabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1963, Mary Ainsworth, collaboratrice de Bowlby, met au point une exp&#233;rience qu'elle nomme la &#171; situation &#233;trange &#187;. Il s'agit d'activer, aupr&#232;s d'un enfant &#226;g&#233; d'un an, des comportements d'attachement, en induisant un l&#233;ger stress par le d&#233;part et le retour &#224; plusieurs reprises de son parent. La situation se compose de huit &#233;pisodes de trois minutes chacun. Les r&#233;actions de l'enfant sont minutieusement cot&#233;es. Ces modalit&#233;s, fix&#233;es par un protocole pr&#233;cis, ont &#233;t&#233; reproduites des milliers de fois, permettant de d&#233;terminer des constantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois typologies d'attitude ont ainsi pu &#234;tre d&#233;finies. Premier type de comportement (A) : un attachement qui appara&#238;t anxieux-&#233;vitant (l'enfant ne semble pas affect&#233; ni par le d&#233;part du parent, ni par son son retour). Second type de comportement (B) : un attachement s&#233;curis&#233; (protestation au d&#233;part du parent et soulagement &#224; son retour avec recherche de proximit&#233;). Troisi&#232;me type de comportement (C) : un attachement anxieux-r&#233;sistant ou ambivalent (anxi&#233;t&#233; &#224; la s&#233;paration et comportement &#224; la fois de rapprochement et de rejet au retour). Les proportions des trois cat&#233;gories sont &#224; peu pr&#232;s toujours les m&#234;mes : 22 % d'enfants anxieux &#233;vitants (A) 66 % d'enfants s&#233;curis&#233;s (B), et 12 % d'enfants anxieux r&#233;sistants (C). Il est possible de rep&#233;rer les facteurs pr&#233;disposant aux comportements plut&#244;t s&#233;curis&#233;s ou anxieux. Le parent en capacit&#233; de percevoir et d'interpr&#233;ter de fa&#231;on ad&#233;quate les signaux et demandes implicites de l'enfant et d'y r&#233;pondre de fa&#231;on appropri&#233;e et synchrone favoriserait l'attachement s&#233;curisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, celui qui rejette ou ne comprend pas les demandes de l'enfant, manifeste de l'aversion face au contact physique, n'exprime que peu d'&#233;motions ou propose des r&#233;ponses d&#233;phas&#233;es, favoriserait l'attachement anxieux. Un enfant s&#233;curis&#233; se montrera sociable, empathique et manifestera une bonne estime de soi. Un enfant ayant b&#233;n&#233;fici&#233; d'un attachement anxieux sera plus dans le retrait social, les plaintes somatiques, l'agir, les comportements oppositionnels et agressifs. L'&#233;quipement initial ainsi apport&#233; jouera un r&#244;le protecteur ou aggravant tout au long de la vie, notamment quand le sujet sera confront&#233; &#224; des circonstances difficiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres &#233;tudes portant sur l'attachement &#224; l'&#226;ge adulte ont permis de cat&#233;goriser trois types de comportement se rapprochant &#233;tonnamment de celles utilis&#233;es par Mary Ainsworth pour les b&#233;b&#233;s (jusque et y compris dans leur proportion) : 27 % de personnes d&#233;tach&#233;es (indiff&#233;rentes et d&#233;sengag&#233;es &#233;motionnellement), 56 % de personnes autonomes (acc&#232;s ais&#233; &#224; leurs &#233;motions) et 17 % de personnes pr&#233;occup&#233;es (confuses et incoh&#233;rentes). On comprend ici l'importance primordiale de la qualit&#233; de ces premiers liens. On peut facilement en d&#233;duire la n&#233;cessit&#233; de travailler au r&#233;tablissement de la confiance en soi et de la comp&#233;tence des parents pour &#233;viter des transactions &#224; risque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, ne peut-on compter que sur les parents ? Bowlby le pensait et avait &#233;mis l'hypoth&#232;se de la monotropie : il n'existerait qu'une seule figure d'attachement possible (la m&#232;re). De nombreuses &#233;tudes r&#233;alis&#233;es par la suite ont infirm&#233; cette th&#233;orie et ont montr&#233; que ce qui comptait avant tout, c'&#233;tait la qualit&#233; respective des diff&#233;rents lieux et personnes que l'enfant rencontre. Le p&#232;re et la m&#232;re, la famille et les professionnels de l'enfance ne sont donc pas exclusifs les uns des autres. Loin d'&#234;tre un risque, l'existence de plusieurs lieux d'attachement possible constitue un enrichissement et un facteur de r&#233;silience pour l'enfant. Qui plus est, un lien s&#233;curisant &#233;tabli avec une personne pourra compenser la relation anxiog&#232;ne d&#233;velopp&#233;e avec une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cid&#233;ment, le livre de Blaise Pierrehumbert qui revisite de fa&#231;on pr&#233;cise et d&#233;taill&#233;e cette th&#233;orie de l'attachement est de bout en bout passionnant sur un sujet qui ne l'est pas moins.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div &lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&#233;d. Odile Jacob, 2003, (416 p. ; 27 &#8364;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Faut-il des parents &#224; tout prix ?</title>
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		<dc:subject>Protection de l'enfance</dc:subject>
		<dc:subject>693</dc:subject>

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&lt;p&gt;Pour certains, maintenir absolument des liens entre l'enfant et ses g&#233;niteurs est vital. Pour d'autres, il faut au contraire rompre une relation &#224; partir du moment o&#249; elle s'av&#232;re probl&#233;matique. La r&#233;ponse &#224; ces dysfonctionnements parentaux se situe plus probablement entre ces deux extr&#234;mes et ne rel&#232;ve pas d'une recette applicable &#224; tous. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le dernier livre de Maurice Berger a provoqu&#233; la controverse dans le milieu de la protection de l'enfance (lire interview). Il nous a sembl&#233; utile de donner la parole (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pour certains, maintenir absolument des liens entre l'enfant et ses g&#233;niteurs est vital. Pour d'autres, il faut au contraire rompre une relation &#224; partir du moment o&#249; elle s'av&#232;re probl&#233;matique. La r&#233;ponse &#224; ces dysfonctionnements parentaux se situe plus probablement entre ces deux extr&#234;mes et ne rel&#232;ve pas d'une recette applicable &#224; tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier livre de Maurice Berger a provoqu&#233; la controverse dans le milieu de la protection de l'enfance (&lt;a href='https://www.lien-social.com/il-faut-recentrer-la-protection-de' class='spip_in'&gt;lire interview&lt;/a&gt;). Il nous a sembl&#233; utile de donner la parole &#224; son auteur, ainsi qu'&#224; l'un de ses contradicteurs, Fr&#233;s&#233;ric J&#233;su, p&#233;dopsychiatre (&lt;a href='https://www.lien-social.com/Placement-favoriser-la-relation-familiale' class='spip_in'&gt;lire interview&lt;/a&gt;). Mais au pr&#233;alable, il est int&#233;ressant de r&#233;fl&#233;chir &#224; ce qui constitue le soubassement de la pol&#233;mique : les parents sont-ils indispensables &#224; l'&#233;quilibre de l'enfant ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Fr&#233;d&#233;rique laissait sa fille &#226;g&#233;e de deux ans et demi, seule et nue dans la salle de bains, apr&#232;s l'avoir barbouill&#233;e de ses excr&#233;ments. Elle la faisait manger dans les waters, la laissait nue dans le grenier sur un matelas souill&#233; d'urine, la frappait &#224; coup de pieds et de poings, lui donnait des gifles pour un oui ou pour un non. C'est le p&#232;re de l'enfant qui a d&#233;nonc&#233; son &#233;pouse, avant d'&#234;tre lui-m&#234;me condamn&#233; pour avoir abus&#233; sexuellement de la fillette &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='appendix' title='Ouest France, 18 novembre 2003' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Une telle description d&#233;passe l'entendement. Que se passe-t-il dans la t&#234;te de parents, pour qu'ils agissent ainsi ? Certes, l'&#234;tre humain semble dot&#233; de facult&#233;s lui permettant de faire preuve de la cr&#233;ativit&#233; la plus extraordinaire mais aussi d'une destructivit&#233; invraisemblable, d'une sensibilit&#233; d'une grande finesse mais aussi d'une brutalit&#233; et d'une cruaut&#233; sans grande retenue. Mais quand m&#234;me, de l&#224; &#224; s'attaquer &#224; son propre enfant !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; une conviction profond&#233;ment ancr&#233;e dans une soci&#233;t&#233; qui a transform&#233; l'enfant en valeur absolue, les rapports intra familiaux et notamment le lien parent-enfant n'a absolument aucune raison d'&#233;chapper &#224; l'ambivalence fondamentale qui g&#238;t au c&#339;ur de tout un chacun. On a pu essayer de faire accroire &#224; un instinct maternel qui serait au fondement de la nature f&#233;minine. La maternit&#233; a longtemps &#233;t&#233; oppos&#233;e aux femmes comme &#233;tant la raison d'&#234;tre de leur existence, culpabilisant celles qui ne sentaient pas en elles l'app&#233;tence n&#233;cessaire au contact avec des enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait aujourd'hui qu'il s'agit l&#224; d'une pure construction culturelle : l'altruisme et le sacrifice naturel au profit de sa prog&#233;niture ne sont que des st&#233;r&#233;otypes. Dans un livre tr&#232;s document&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='appendix' title='&#171; Les instincts maternels &#187; Sarah Blaffer Hrdy, Payot' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Sarah Blaffer Hrdy explique que, contrairement aux singes femelles capables de continuer &#224; porter pendant des jours le corps en d&#233;composition de leur petit d&#233;c&#233;d&#233;, les m&#232;res humaines ont fait preuve, tout au long de l'histoire, d'une sollicitude bien plus discriminante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, de ces cultures qui soumettaient les b&#233;b&#233;s &#224; des tests de viabilit&#233; (en les trempant dans des bains d'eau glac&#233;e) ou qui cat&#233;gorisaient les enfants malades comme autre chose qu'un humain (un imposteur laiss&#233; par des lutins &#224; la place des enfants en bonne sant&#233;), ce qui leur permettaient de les d&#233;laisser et de les laisser mourir. Faut-il rappeler, en outre, les coutumes d'une civilisation grecque, consid&#233;r&#233;e comme fondatrice de nos valeurs occidentales, et qui consistaient &#224; jeter dans une fosse sp&#233;cialement pr&#233;vue &#224; cet effet, tout nourrisson non d&#233;sir&#233; par le p&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'issue de sa longue &#233;tude &#224; la fois historique et ethnologique, Sarah Blaffer Hrdy aboutit &#224; une terrible conclusion : d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, les m&#232;res tuent d'autant plus facilement leurs enfants qu'il n'existe pas d'autres formes de contraception et qu'elles sont confront&#233;es &#224; l'absence de toute possibilit&#233; de relais et de d&#233;l&#233;gation des soins confi&#233;s &#224; une tierce personne. On comprendra, d&#232;s lors, que toute tentative pour naturaliser le rapport parent-enfant constitue un leurre dangereux qui peut se retourner contre l'enfant, quand on ne prend pas en compte la possibilit&#233; pour un parent g&#233;n&#233;tique de ne pas assurer son r&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objet de la pol&#233;mique concerne le sort des 300 000 enfants et adolescents b&#233;n&#233;ficiant du dispositif de protection de l'enfance : est-il n&#233;cessaire ou non de maintenir &#224; tout prix les liens avec leur famille ? Ce maintien constitue-t-il ou non l'un des fondements de l'&#233;quilibre et de l'&#233;panouissement de ces jeunes ? Mais, curieusement, peu de monde se pr&#233;occupe des 600 000 enfants issus de couples divorc&#233;s qui ne voient plus du tout leur p&#232;re, ni des 400 000 qui ne le voient qu'une seule fois par mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, pourra-t-on r&#233;pondre, ils continuent &#224; avoir aupr&#232;s d'eux au moins l'un des deux parents. De fait, malgr&#233; la difficult&#233; que peut repr&#233;senter le fait d'&#234;tre coup&#233; d'une partie de ses racines, cette absence est tr&#232;s souvent compens&#233;e par la pr&#233;sence d'un beau-p&#232;re ou, dans le cas de familles monoparentales, d'une figure masculine forte (grand-p&#232;re, oncle, parrain,&#8230;), autant de personnes sur qui l'enfant peut compter pour trouver un &#233;quilibre, malgr&#233; tout. Pour comprendre ce qui se joue alors, il est int&#233;ressant de reprendre la d&#233;monstration faite par Serge Lesourd, &#224; l'occasion des journ&#233;es tenues &#224; N&#238;mes par le Grape en 1995&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='appendix' title='&#171; Pour-suivre les parents des enfants plac&#233;s &#187; Denise Bass, Arlette Pel&#233;, (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;part, y expliquait-il, il y a un acte biologique : la conception. Puis, vient l'appartenance qui constitue un acte fondateur de la part des adultes qui identifient l'enfant en le nommant dans un pacte symbolique qui l'inscrit dans une lign&#233;e : c'est la filiation. L'affiliation, elle, se situe plus au niveau affectif : c'est le lien d'amour et de d&#233;pendance, de reconnaissance et d'identification &#224; l'&#233;gard d'adultes fiables, s&#233;curisants et protecteurs. Habituellement, ces trois niveaux se manifestent &#224; l'&#233;gard des m&#234;mes personnes qui sont les parents : les g&#233;niteurs sont donc &#224; la fois filiateurs et affiliateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, on peut &#234;tre g&#233;niteur sans &#234;tre ni filiateur, ni affiliateur : cela prend la forme de l'abandon. On peut aussi &#234;tre filiateur et affiliateur sans &#234;tre g&#233;niteur : c'est la situation des adoptants. On peut enfin &#234;tre affiliateur sans &#234;tre ni g&#233;niteur, ni filiateur : cela peut se passer dans le cadre d'une famille d'accueil, par exemple. Ces strates ne doivent &#234;tre ni confondues, ni hi&#233;rarchis&#233;es, ajoute-t-il, mais con&#231;ues comme autant d'&#233;tapes permettant &#224; l'enfant de se construire. Elles sont tout aussi importantes les unes que les autres. Reconna&#238;tre chaque partenaire pour ce qu'il est, en ne le chargeant pas d'un r&#244;le qu'il ne peut remplir semble &#234;tre la meilleure fa&#231;on de r&#233;pondre &#224; l'int&#233;r&#234;t de l'enfant. Si l'on suit ce raisonnement, on peut parfaitement concevoir que des parents puissent &#234;tre g&#233;niteurs et inscrire l'enfant dans une filiation, mais que l'affiliation se d&#233;roule ailleurs que sur la sc&#232;ne familiale d'origine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a, d&#232;s lors, pas de comp&#233;tition entre des instances qui se disputeraient l'appartenance de l'enfant, mais une compl&#233;mentarit&#233; entre des niveaux diff&#233;rents et tous n&#233;cessaires. Seulement, cette situation n'est pas celle que l'on retrouve le plus souvent. Ce qui pose probl&#232;me et nous int&#233;resse ici, c'est bien lorsque le g&#233;niteur tente de jouer son r&#244;le d'affiliateur et qu'il n'y arrive que tr&#232;s partiellement ou d'une fa&#231;on tr&#232;s destructrice pour l'enfant (ce qui a n&#233;cessit&#233; la s&#233;paration).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que l'action des travailleurs sociaux s'appuie sur une conviction essentielle : il est toujours possible de faire &#233;merger les capacit&#233;s enfouies, tout individu ne fonctionnant jamais &#224; son niveau optimum et disposant ainsi d'une r&#233;serve potentielle pour faire face aux probl&#232;mes auxquels il est confront&#233;. Mais, il serait abusif d'&#233;tendre ce postulat &#224; la parentalit&#233;. D'abord parce que s'il est vrai qu'on peut se mobiliser pour donner un autre cours &#224; sa propre vie, il est bien plus al&#233;atoire de penser qu'on puisse forc&#233;ment le faire pour autrui. Et exercer un r&#244;le de parent, cela ne concerne pas que soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela implique aussi le rapport &#224; l'enfant. On peut m&#234;me dire que cela n&#233;cessite de se d&#233;centrer suffisamment pour r&#233;pondre aux besoins de celui-ci. Certaines personnes ont d&#233;j&#224; assez de mal &#224; s'engager dans un processus de changement pour eux-m&#234;mes, n'est-il pas parfois d&#233;raisonnable de leur demander de le faire pour leurs propres enfants ? Ensuite, il existe des adultes qui sont rendus litt&#233;ralement malades psychiquement par le fait d'avoir un enfant qui vient r&#233;activer (&#224; son corps d&#233;fendant) les sentiments de d&#233;sorganisation et d'angoisse qui remontent &#224; leur propre jeunesse. Ce petit &#234;tre devient tr&#232;s vite pour eux leur pire cauchemar, sa seule existence repr&#233;sentant alors une menace pour leur &#233;quilibre. Leur demander d'&#233;tablir un lien parental, c'est les mettre en grande difficult&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Enfin, il faut quand m&#234;me le proclamer bien fort : tout &#234;tre humain a le droit ind&#233;fectible de ne pas pouvoir (ou vouloir) &#233;duquer un enfant et de ne pas pouvoir (ou vouloir) l'assumer. Cela peut choquer. Mais &#231;a n'a pas toujours &#233;t&#233; le cas. Jean-Jacques Rousseau, consid&#233;r&#233; comme l'un des fondateurs de l'&#233;ducation moderne, qui n'avait pas assez de violence pour d&#233;noncer le placement -courant &#224; son &#233;poque- des enfants en nourrice, n'a gu&#232;re eu de probl&#232;mes moraux &#224; abandonner, coup sur coup, trois des siens ! Il est donc tout &#224; fait impossible de consid&#233;rer que les parents disposeraient d'embl&#233;e et par essence des comp&#233;tences n&#233;cessaires pour &#233;duquer leur enfant. Ils peuvent les acqu&#233;rir. Mais ils peuvent aussi ne jamais se montrer capables d'une telle t&#226;che. Trop de facteurs entrent en ligne de compte pour leur permettre ou au contraire les emp&#234;cher de jouer pleinement leur r&#244;le. Alors, quelle attitude adopter face aux parents d&#233;veloppant une parentalit&#233; inad&#233;quate ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut sortir de l'alternative qui voudrait que les parents soient pathologiques par d&#233;finition ou comp&#233;tents par essence. Le principe &#224; privil&#233;gier quand ils rencontrent des difficult&#233;s, c'est de consid&#233;rer qu'ils peuvent &#234;tre &#224; m&#234;me de renforcer leurs capacit&#233;s ou incapables de le faire. Tout le travail des professionnels consiste alors &#224; &#233;valuer ce potentiel. T&#226;che d&#233;licate et risqu&#233;e, car pouvant d&#233;boucher sur deux d&#233;rives : soit ne pas identifier les comp&#233;tences et priver l'enfant de liens qu'il aurait pu avoir, soit les sur&#233;valuer et renforcer la souffrance et les difficult&#233;s de ce dernier. Si un travail s'av&#232;re possible pour permettre de d&#233;velopper cette parentalit&#233;, alors les professionnels doivent s'engager dans un travail patient et si n&#233;cessaire de longue haleine. S'il s'av&#232;re qu'une probl&#233;matique trop lourde ne pourra pas amener des parents &#224; d&#233;passer leurs dysfonctionnements, alors ils doivent &#234;tre respect&#233;s y compris dans leurs inaptitudes, plut&#244;t que d'&#234;tre destinataires d'exigences qu'ils ne sont pas en mesure d'assumer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, en aucun cas, leurs enfants ne doivent &#234;tre sacrifi&#233;s sur l'h&#244;tel de leur suppos&#233;es aptitudes qu'il s'agirait &#224; tout prix de faire &#233;merger. Une &#233;tude r&#233;alis&#233;e par la psychiatre Marthe Coppel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='appendix' title='&#171; Que sont-ils devenus ? Les enfants plac&#233;s de l'Oeuvre Grancher &#187; Marthe (...)' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. sur une population d'enfants plac&#233;s pour raison sanitaire dans un centre sp&#233;cialis&#233; &#233;loign&#233; du milieu familial, d&#233;montre que l'&#233;volution et l'&#233;quilibre de l'enfant devenu adulte n'ont que peu &#224; voir avec l'existence ou non de contacts familiaux au moment de l'enfance. Certains d'entre eux semblent avoir dig&#233;r&#233; le traumatisme de la s&#233;paration, d'autres en souffrent encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, et cela est tr&#232;s important &#224; noter, il est impossible d'&#233;tablir un rapport de causalit&#233; avec le maintien ou non de relations avec leur famille. Au contraire, ce qui semble avoir &#233;t&#233; le plus n&#233;faste, c'est l'irr&#233;gularit&#233; dans les rencontres. Un peu comme si les enfants avaient v&#233;cu de fa&#231;on &#233;quivalente pour leur d&#233;veloppement, tant des relations suivies que des relations durablement distendues, mais que ce qu'ils ont le moins support&#233;, ce sont des contacts intermittents et irr&#233;guliers. Autrement dit, ils auraient r&#233;ussi &#224; s'&#233;quilibrer &#224; partir de liens fr&#233;quents ou quasiment inexistants, mais que le pire aurait &#233;t&#233; de renouer plusieurs fois des liens qui s'effilochaient ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, faut-il maintenir ou non les liens ? Il appara&#238;t bien impossible de donner une r&#233;ponse g&#233;n&#233;rale et d&#233;finitive. Loin des d&#233;clarations purement id&#233;ologiques, des anath&#232;mes et des proc&#232;s en sorcellerie, ce qui est essentiel, c'est d'&#233;valuer la situation de chaque enfant comme une probl&#233;matique &#224; chaque fois unique, justifiant d'une solution r&#233;pondant au mieux &#224; ses besoins propres et non pas de le faire entrer de force dans les cases d'une th&#233;orie. C'est de r&#233;fl&#233;chir, hors de tout carcan enfermant pour l'esprit, &#224; ce que son &#233;quilibre et son &#233;panouissement commandent et d'agir en cons&#233;quence, m&#234;me si cela va &#224; l'encontre des id&#233;es re&#231;ues.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ouest France, 18 novembre 2003&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Les instincts maternels &#187; Sarah Blaffer Hrdy, Payot&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='appendix'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Pour-suivre les parents des enfants plac&#233;s &#187; Denise Bass, Arlette Pel&#233;, 1996, &#233;r&#232;s&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb4'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='appendix'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Que sont-ils devenus ? Les enfants plac&#233;s de l'Oeuvre Grancher &#187; Marthe Coppel et Annick Camille Dumaret, &#233;r&#232;s, 1995&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Il faut recentrer la protection de l'enfance sur l'enfant</title>
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		<dc:subject>Protection de l'enfance</dc:subject>
		<dc:subject>693</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;P&#233;dopsychiatre &#224; l'h&#244;pital Bellevue de Saint Etienne, Maurice Berger dresse, dans son dernier livre, un constat alarmant de l'&#233;chec de la protection de l'enfance. Il s'en explique aujourd'hui. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans votre livre, vous vous appuyez sur des exemples o&#249; le maintien des liens de l'enfant avec son ou ses parents dans sa famille s'av&#232;re catastrophique. Vous ne parlez quasiment pas des situations o&#249; le patient travail de retissage des liens a port&#233; ses fruits. Vos propos ne risquent-ils pas de noircir et (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lien-social.com/Dossiers" rel="directory"&gt;Dossiers&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.lien-social.com/Protection-de-l-enfance" rel="tag"&gt;Protection de l'enfance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lien-social.com/-693-" rel="tag"&gt;693&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;P&#233;dopsychiatre &#224; l'h&#244;pital Bellevue de Saint Etienne, Maurice Berger dresse, dans son dernier livre, un constat alarmant de l'&#233;chec de la protection de l'enfance. Il s'en explique aujourd'hui.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans votre livre,&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-1' class='spip_note' rel='appendix' title='L'&#233;chec de la protection de l'enfance, Dunod, 2003, (lire la critique)' id='nh2-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; vous vous appuyez sur des exemples o&#249; le maintien des liens de l'enfant avec son ou ses parents dans sa famille s'av&#232;re catastrophique. Vous ne parlez quasiment pas des situations o&#249; le patient travail de retissage des liens a port&#233; ses fruits. Vos propos ne risquent-ils pas de noircir et minimiser cette action qui est loin d'&#234;tre n&#233;gligeable ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce livre je d&#233;nonce effectivement les cons&#233;quences d&#233;sastreuses du maintien &#224; tout prix des liens, mais je pr&#233;conise aussi de retisser des liens chaque fois que c'est possible. Ceci pr&#233;cis&#233;, qui est capable actuellement de dire la proportion des situations o&#249; on arrive &#224; retisser ces liens et celles o&#249; &#231;a ne marche pas ? Personne ne peut le dire, parce qu'on ne poss&#232;de pas de guide permettant d'&#233;valuer l'&#233;tat de l'enfant. Quand je suis face &#224; un professionnel de la protection de l'enfance, soit un juge, soit un &#233;ducateur ou un inspecteur de l'aide sociale &#224; l'enfance, et que je lui demande comment il appr&#233;cie que tel b&#233;b&#233; est en situation de danger ou pas, il ne peut pas me r&#233;pondre, car il ne poss&#232;de pas les outils n&#233;cessaires pour estimer la gravit&#233; du danger qui menace l'enfant. Il ne peut donc pas se rendre compte v&#233;ritablement si son action est ad&#233;quate ou non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entre les situations o&#249; la comp&#233;tence parentale peut &#234;tre assez facilement r&#233;activ&#233;e et celles o&#249; elle est fortement compromise, il y a toutes les situations interm&#233;diaires o&#249; il est bien compliqu&#233; de trancher dans un sens ou dans un autre. Le risque est toujours pr&#233;sent de maintenir artificiellement des liens au d&#233;triment de l'enfant mais aussi de les distendre tout autant &#224; son d&#233;triment. Poss&#233;dez-vous une m&#233;thode pour ne pas se tromper ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eviter en priorit&#233; toute s&#233;paration abusive, s'il faut le pr&#233;ciser. Et quand l'on ne sait pas quelle est la meilleure d&#233;cision &#224; adopter, je pr&#233;conise d'&#233;valuer pr&#233;cis&#233;ment l'&#233;tat de l'enfant. Ensuite je propose de se donner un d&#233;lai, pour constater si la situation &#233;volue favorablement. Or, en France, nous partons avec des faux d&#233;lais. Je me souviens d'un rapport d'&#233;ducateur expliquant qu'il fallait continuer &#224; donner &#224; une m&#232;re la possibilit&#233; de retrouver des capacit&#233;s maternelles, car si les progr&#232;s r&#233;alis&#233;s en un an pouvaient appara&#238;tre minimes, ils repr&#233;sentaient n&#233;anmoins une &#233;volution consid&#233;rable. Le probl&#232;me, c'est que les conclusions de ce rapport r&#233;dig&#233; en 1996, se retrouvent &#224; l'identique en 2002 ! Dans les six ann&#233;es qui s&#233;parent ces deux &#233;crits, l'enfant a eu le temps de d&#233;velopper des troubles &#224; la limite du psychotique. Dans ce type de situation, il faut donc imp&#233;rativement pr&#233;voir non seulement des &#233;valuations pr&#233;cises mais aussi une but&#233;e dans le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les professionnels subissent aujourd'hui les feux crois&#233;s des critiques d'une part, de ceux qui leur reprochent de ne pas suffisamment travailler avec les parents et d'autre part, de ceux comme vous qui &#233;voquent la trop grande influence de l'id&#233;ologie familialiste. Ne pensez-vous pas qu'ils essaient apr&#232;s tout de faire au mieux avec les moyens qui leur sont donn&#233;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acharnement &#224; vouloir maintenir les liens &#224; tout prix aboutit &#224; une d&#233;t&#233;rioration telle qu'il est parfois bien tard pour faire &#233;voluer positivement la situation. Comme l'enfant a d&#233;j&#224; structur&#233; un attachement pathologique &#224; ses parents, avec une int&#233;riorisation de la violence parentale et des angoisses d'abandon, on a perdu sur tous les plans : l'enfant doit finalement &#234;tre s&#233;par&#233;, mais c'est fait trop tard, donc il va quand m&#234;me mal. Avec les outils qu'on a actuellement, on a les plus grandes chances de mal faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Qu&#233;bec, m&#234;me si tout est loin d'&#234;tre parfait, depuis 1995, il y a eu pas moins de trois am&#233;liorations successives du guide d'&#233;valuation des capacit&#233;s parentales. Leur l&#233;gislation est centr&#233;e sur la protection du d&#233;veloppement affectif et intellectuel de l'enfant qui est consid&#233;r&#233; comme devant &#234;tre la priorit&#233; absolue. L'option du projet de vie permanent en dehors de la famille biologique y est v&#233;cu non comme un &#233;chec, mais comme une chance possible pour l'enfant. J'affirme que tant que notre loi n'aura pas chang&#233;, les &#233;ducateurs seront coinc&#233;s entre les deux critiques d'en faire trop ou pas assez face aux parents. Tant qu'ils n'auront pas la boussole d'une loi centr&#233;e v&#233;ritablement sur le d&#233;veloppement de l'enfant, ils ne pourront que se trouver insatisfaits de leur travail. Am&#233;liorer leur formation ou leur donner un guide d'&#233;valuation restera insuffisant tant que la l&#233;gislation ne privil&#233;giera pas v&#233;ritablement l'int&#233;r&#234;t de l'enfant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb2-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-1' class='spip_note' title='Notes 2-1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'&#233;chec de la protection de l'enfance, Dunod, 2003, (&lt;a href='https://www.lien-social.com/L-echec-de-la-protection-de-l-enfance' class='spip_in'&gt;lire la critique&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Placement : favoriser la relation familiale</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>admin</dc:creator>


		<dc:subject>Protection de l'enfance</dc:subject>
		<dc:subject>693</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric J&#233;su, charg&#233; de mission &#171; enfance familles &#187; &#224; la Direction de l'action sociale, de l'enfance et de la sant&#233; de Paris, refuse que quelques cas dramatis&#233;s remettent en cause le n&#233;cessaire retissage des relations entre les enfants plac&#233;s et leurs parents. Il explique pourquoi. &lt;br class='autobr' /&gt;
Vous refusez que quelques cas dramatis&#233;s remettent en cause les relations que vous jugez vitales entre les enfants plac&#233;s et leurs parents. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ? &lt;br class='autobr' /&gt;
En pratiquant la p&#233;dopsychiatrie et en (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lien-social.com/-693-" rel="tag"&gt;693&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric J&#233;su, charg&#233; de mission &#171; enfance familles &#187; &#224; la Direction de l'action sociale, de l'enfance et de la sant&#233; de Paris, refuse que quelques cas dramatis&#233;s remettent en cause le n&#233;cessaire retissage des relations entre les enfants plac&#233;s et leurs parents. Il explique pourquoi.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous refusez que quelques cas dramatis&#233;s remettent en cause les relations que vous jugez vitales entre les enfants plac&#233;s et leurs parents. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En pratiquant la p&#233;dopsychiatrie et en travaillant sur les politiques familiales locales, nationales, &#233;trang&#232;res, j'ai constat&#233; qu'un placement familial pour des enfants abandonn&#233;s ou rejet&#233;s n'&#233;tait accept&#233; qu'&#224; condition d'&#234;tre en mesure d'entretenir la m&#233;moire de la filiation. Un enfant &#171; plac&#233; &#187;, devenu adolescent ou adulte, veut souvent &#234;tre au clair sur ses origines, localiser et joindre - sinon rejoindre - sa famille. La pratique et les travaux de recherche montrent que, d&#232;s son plus jeune &#226;ge, il souffre que ses parents d&#233;sertent leurs responsabilit&#233;s ou qu'ils en soient &#233;cart&#233;s. L'engager, par exemple, dans un soin psychique sans leur accord pr&#233;alable, m&#234;me minimal (par lettre ou t&#233;l&#233;phone) mais dont on peut lui parler, risque d'occasionner chez lui un conflit de loyaut&#233; et de rendre ce soin inefficace voire pathog&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, on voit mal comment un projet socio-&#233;ducatif durable pourrait se dispenser de faire appel &#224; une repr&#233;sentation suffisamment positive des parents. M&#234;me si, dans quelques cas, les liens parents/enfant s'av&#232;rent tr&#232;s fragilis&#233;s, voire pr&#233;occupants, il n'est pas du ressort des travailleurs sociaux et des m&#233;decins de les incriminer, ni d'en d&#233;duire une mise en cause extensive du principe normatif du maintien des liens. S'il s'av&#232;re que les enfants vont mal parce que leurs parents vont mal, il convient d'interroger l'aptitude de la psychiatrie &#224; r&#233;pondre aux besoins tant des uns &#8212; en leur permettant d'int&#233;grer de fa&#231;on non traumatisante la r&#233;alit&#233; de leurs parents &#8212; que des autres &#8212; en les soignant pour &#233;viter que l'exercice et la pratique de leur parentalit&#233; se r&#233;v&#232;lent traumatisants pour leurs enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pensez-vous que la loi &#233;volue dans ce sens ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rapports Naves-Cathala et Rom&#233;o, la loi du 2 janvier 2002 et le d&#233;cret du 15 mars 2002 ont incit&#233; nombre de d&#233;partements &#224; mener des efforts volontaristes pour revaloriser la place et le r&#244;le des parents des enfants confi&#233;s &#224; l'ASE. Renforcer leur acc&#232;s &#224; un r&#233;f&#233;rent unique, rapprocher g&#233;ographiquement les lieux de &#171; placement &#187; de leurs enfants, favoriser leur expression et leur participation aux projets socio-&#233;ducatifs, solliciter syst&#233;matiquement leurs avis sur les orientations scolaires ou pr&#233;-professionnelles ou sur les soins propos&#233;s sont autant d'&#233;volutions, lentes mais fondamentales, dont il faut souhaiter, dans l'int&#233;r&#234;t de la plupart des enfants, qu'elles ne seront pas trop frein&#233;es par les jugements biais&#233;s, sommaires et brutaux de tel ou tel id&#233;ologue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;N&#233;anmoins vous soup&#231;onnez que derri&#232;re l'attaque contre le familialisme se profile une politique familiale profond&#233;ment r&#233;actionnaire et dangereuse pour les enfants, comme pour l'ensemble de la soci&#233;t&#233;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, parce que d'un c&#244;t&#233;, le gouvernement actuel valorise &#171; la &#187; famille comme institution de r&#233;f&#233;rence. De l'autre, il multiplie les occasions d'incriminer et de stigmatiser les plus fragilis&#233;es d'entre elles, de les d&#233;signer comme les principales causes des probl&#232;mes &#233;ducatifs et sociaux complexes. Sans consid&#233;ration de leurs cadres et de leurs conditions de vie, ni de la d&#233;stabilisation socio-&#233;conomique des p&#232;res et des m&#232;res, ni du d&#233;ficit d'&#233;quipements publics dans nombre de villes, il leur reproche de ne pas contr&#244;ler leurs grands enfants et de favoriser ainsi les &#171; incivilit&#233;s &#187; et la d&#233;linquance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au printemps dernier, le plan de lutte contre l'absent&#233;isme scolaire a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; par le ministre de la Famille et non pas par celui de l'Education Nationale, d&#233;douanant ainsi les institutions scolaires de leurs responsabilit&#233;s av&#233;r&#233;es en ce domaine. Cet &#233;t&#233;, les familles ont &#233;t&#233; accus&#233;es d'avoir d&#233;laiss&#233; leurs a&#239;eux. En toutes circonstances, on leur reproche d'aggraver les co&#251;ts de l'aide, de l'action et de la s&#233;curit&#233; sociales. Pr&#233;tendre que, lorsqu'une graine d'enfant est tomb&#233;e dans le &#171; mauvais pot &#187;, il suffit de la changer de pot pour qu'elle pousse mieux et &#224; moindre co&#251;t est une th&#232;se simpliste et r&#233;trograde qui participe de cette vision. Quand les professionnels commencent &#224; reconna&#238;tre et &#224; respecter l'importance que les enfants accordent &#224; leurs racines, il n'est de pire Cassandre que ceux qui, en pr&#233;tendant briser les pots, n'ont d'autres terreaux &#224; leur proposer que celui de leur pessimisme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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