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	<title>Lien Social</title>
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	<description>76 rue Garance
31670 Lab&#232;ge
T&#233;l. : 05 62 73 34 40
Fax : 05 62 73 00 29</description>
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		<title>Lien Social</title>
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		<title>Des bars dans les institutions m&#233;dico-sociales</title>
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&lt;p&gt;Nombreux sont les &#233;tablissements sociaux et m&#233;dico-sociaux qui ont am&#233;nag&#233; en leur sein un espace bar caf&#233;. Et, quelle que soit sa forme, cet endroit-l&#224; n'est pas seulement un lieu o&#249; l'on consomme mais bien aussi un lieu o&#249; se tissent des rencontres, se vivent des souvenirs, s'&#233;changent des secrets et se construisent des liens &#233;ducatifs &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Venez, je vais vous montrer notre bar-caf&#233; ! &#187;. L'homme qui me pr&#233;c&#232;de est le responsable d'un &#233;tablissement m&#233;dico-social. Au pas de charge, il me fait visiter les (...)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nombreux sont les &#233;tablissements sociaux et m&#233;dico-sociaux qui ont am&#233;nag&#233; en leur sein un espace bar caf&#233;. Et, quelle que soit sa forme, cet endroit-l&#224; n'est pas seulement un lieu o&#249; l'on consomme mais bien aussi un lieu o&#249; se tissent des rencontres, se vivent des souvenirs, s'&#233;changent des secrets et se construisent des liens &#233;ducatifs&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Venez, je vais vous montrer notre bar-caf&#233; ! &#187;. L'homme qui me pr&#233;c&#232;de est le responsable d'un &#233;tablissement m&#233;dico-social. Au pas de charge, il me fait visiter les ateliers d'art th&#233;rapie anim&#233;s par un superbe projet d'exposition qui mobilise l'ensemble de l'&#233;quipe et de nombreux r&#233;sidants. De loin, il me montre la ferme th&#233;rapeutique avec ses multiples enclos o&#249; bondissent les lapins et o&#249; les poules caquettent en semi-libert&#233; ; plus haut, les &#226;nes et les poneys sont &#224; l'enclos tandis que les moutons broutent les pelouses entre les b&#226;timents. &#171; Partout, o&#249; je suis pass&#233; j'ai cr&#233;&#233; un bar-caf&#233; &#187;, me dit-il, poursuivant son id&#233;e et la visite des lieux. Nous traversons les pavillons d'h&#233;bergement, me d&#233;crivant simultan&#233;ment les projets sp&#233;cifiques qui sont li&#233;s &#224; chacun d'entre eux, et serrant au passage et une par une la main des r&#233;sidants qu'il conna&#238;t individuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est vers le bar-caf&#233; que r&#233;solument l'homme m'entra&#238;ne avec une r&#233;elle exaltation. Il est vrai qu'il ne s'agit pas d'une banale pi&#232;ce avec un comptoir et quelques tables ou chaises dispers&#233;es, mais bel et bien d'un b&#226;timent con&#231;u sp&#233;cialement pour faire bar-caf&#233;. La pi&#232;ce principale ouvre par des portes-fen&#234;tres sur une terrasse qui fait face aux collines bois&#233;es. Ce jour-l&#224;, jour de novembre plut&#244;t gris, la dalle en b&#233;ton ne fait que renvoyer tristement la couleur du temp. Mais, aux dires de mon guide, il est facile d'imaginer la m&#234;me terrasse un jour d'&#233;t&#233;, &#224; l'heure o&#249; les for&#234;ts environnantes renvoient leur fra&#238;cheur et leur parfum d'humus m&#234;l&#233; de fleurs sauvages vers les tables rondes et les chaises install&#233;es sous les parasols.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, les heures s'&#233;coulent au ralenti, suspendues aux bourdonnements des insectes, presque immobiles. Car, le bar-caf&#233; est comme une parenth&#232;se dans le cours du temps, un espace o&#249;, comme par magie, il n'y a plus de s&#233;paration entre le normal et le pathologique et o&#249; la vie devient &#233;ternelle, suspendue au rythme des gorg&#233;es bues lentement et des verres vid&#233;s avec d'autant moins de pr&#233;cipitation que rien de plus urgent n'attend les &#171; clients &#187;. Ici, en fin de journ&#233;e, les corps assomm&#233;s par le travail et les m&#233;dicaments se calent au fond des chaises, se font min&#233;raux buvant sans honte jusqu'&#224; la derni&#232;re goutte accroch&#233;e &#224; la paille les diabolos acquitt&#233;s de quelques pi&#233;cettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re le comptoir sont rang&#233;s par ordre et par taille les verres aux formes multiples et dessin&#233;es selon leur usage. Longs et &#233;vas&#233;s ou courts et ramass&#233;s, frapp&#233;s &#224; la marque des boissons qu'ils sont destin&#233;s &#224; recevoir ou bien transparents comme l'eau claire, ils sont comme autant d'avant-go&#251;t des d&#233;lices futurs offerts au regard de celui qui p&#233;n&#232;tre en ces lieux. L'&#233;quipe a voulu faire de l'endroit un lieu chaud et accueillant qui soit la r&#233;plique r&#233;elle d'un caf&#233; que les r&#233;sidants de l'&#233;tablissement pourraient trouver au village&#8230; Si celui-ci n'&#233;tait pas trop loin. Ici on sert de tout sauf de l'alcool bien s&#251;r, mais ce d&#233;tail dispara&#238;t derri&#232;re la richesse de l'offre et le dynamisme que met l'&#233;ducateur barman, responsable de la vie du caf&#233;, &#224; faire vivre les lieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dress&#233;es sur les tables, des publicit&#233;s en carton vantent la marque d'une boisson qui est &#171; l'affaire &#187; de la semaine. Le &#171; patron &#187; se d&#233;m&#232;ne aupr&#232;s des fournisseurs pour rester dans le coup et obtenir la vari&#233;t&#233; des produits &#224; des prix comp&#233;titifs. Sur le coin du comptoir, les journaux sont l&#224;, disponibles, petites fen&#234;tres de papier ouvertes sur les nouvelles du monde ext&#233;rieur que l'on garde pour soi ou que l'on commente &#224; l'envi selon l'humeur de la compagnie. Ici, on se retrouve comme un chez soi qui n'est plus un foyer. Ici on ne tue plus le temps entre deux prises de m&#233;dicament. Ici on existe tout simplement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mille lieux de l&#224; et dans un tout autre d&#233;cor, je me retrouve &#224; la caf&#233;t&#233;ria de l'h&#244;pital psychiatrique d'une grande m&#233;tropole r&#233;gionale. La pi&#232;ce est immense et carr&#233;e comme un grand hall dans lequel auraient &#233;t&#233; sem&#233;es quelques tables rondes sur leur pied unique et des chaises de jardin, vertes et jaunes en plastique. Des spots de lumi&#232;re blanche sont plant&#233;s dans le plafond haut perch&#233; comme des &#233;toiles serties dans une vo&#251;te c&#233;leste vid&#233;e de ses anges et de ses saints. Ici pas de verre sur les &#233;tag&#232;res pour capter les reflets et contenir les boissons offertes mais des gobelets en plastique pour &#233;viter la casse, les incidents et les gestes d'automutilation. Le sol est en lino de fausses dalles de marbre rose et r&#233;siste mal aux traces noires des semelles en cuir qui vont et viennent lourdement. Un homme, grand et mal ras&#233;, la m&#226;choire lourde et serr&#233;e comme un Jean Valjean d'avant la libert&#233;, tourne inlassablement entre les tables. Il a le pantalon tomb&#233; jusqu'&#224; mi-cuisse, sac &#224; viande &#224; peine retenu au-dessus de chaussures aux lacets d&#233;faits. Il finit par tirer une chaise contre la vitre et par s'asseoir. Il ne commande rien et ne consomme pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ma gauche, &#224; la table d'&#224;-c&#244;t&#233;, un groupe de personnes discute calmement. Vestes en cuir et tenue tir&#233;e &#224; quatre &#233;pingles, ils me gratifient d'un sourire lorsque je viens m'installer pr&#232;s d'eux, mon gobelet &#224; la main. Pour eux, la caf&#233;t&#233;ria, c'est le temps des rencontres, l'oubli de l'ali&#233;nation et le bonheur d'un lien social recouvr&#233;. Ils parlent haut mais sans outrage, comme ailleurs dans un vrai caf&#233;. &#171; Il faut que je m'en aille ! &#187; dit soudain l'une des personnes. &#171; Mais pour aller o&#249; ? &#187;, r&#233;pond aussit&#244;t une autre. La remarque suffit pour &#233;teindre le d&#233;sir de partir. Et la discussion reprend son cours, inlassable. Du monde entre et sort par la grande porte battante. La caf&#233;t&#233;ria est un lieu de passage incontournable, un endroit o&#249; l'on vient occuper quelques minutes interminables lorsque, les poches vides d'un argent de poche trop vite fum&#233;, il ne reste plus rien pour consommer. Car ici on retrouve celui qu'on croyait sorti et on l'&#233;coute raconter la bouche emp&#226;t&#233;e comment il a fallu &#171; y &#187; revenir. &#171; C'est trop dur, dehors ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cendriers noirs et marqu&#233;s du logo d'une radio locale s'emplissent de m&#233;gots que le gar&#231;on de la caf&#233;t&#233;ria vient vider r&#233;guli&#232;rement. Une jeune femme se l&#232;ve pour demander une clope &#224; une autre table. Elle l'obtient sans peine. Ici, le don de la cigarette est comme un code de savoir-vivre : aujourd'hui c'est moi qui en ai, demain ce sera toi ! Aujourd'hui, c'est moi qui te l'offre, demain ce sera toi ! La jeune fille revient s'asseoir et reprend sa conversation faite d'images d'enfant mort vu la veille au soir &#224; la t&#233;l&#233;. L'odeur des frites commence &#224; emplir l'espace de la caf&#233;t&#233;ria. Il est onze heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est encore le temps du petit-d&#233;jeuner pour les l&#232;ve-tard qui sont au d&#233;but d'un jour nouveau ; et c'est d&#233;j&#224; l'heure du d&#233;jeuner pour les autres, ventres toujours affam&#233;s d'une vie jamais rassasi&#233;e. Une jeune femme rentre brusquement dans la pi&#232;ce, le sourire aux l&#232;vres : &#171; &#199;a y est mon stage est fini ! &#187; Il faut comprendre que, pour elle, c'est l'heure de la sortie de l'h&#244;pital, et qu'elle vient dire au revoir &#224; ceux qui sont l&#224;. Elle est heureuse de partager sa joie, salue un tel qu'elle reconna&#238;t et s'inqui&#232;te un instant de l'absence d'un autre. Elle virevolte et elle papillonne. Elle claque des doigts sur la musique mise en fond d'ambiance. Elle ne s'arr&#234;te pas et ressort en criant des grands au revoir &#224; la ronde qui feint de ne pas l'entendre. Puisque ce n'est qu'un au revoir&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Heureusement qu'il y a eu le bar pour me poser et me faire reconna&#238;tre ! &#187;, dit cette jeune &#233;ducatrice qui vient de prendre son premier poste au foyer d'h&#233;bergement pour adultes. Ici, le bar est une belle pi&#232;ce, vaste et bien &#233;clair&#233;e qui donne presque directement sur le hall d'entr&#233;e. Impossible de le manquer. D'autant plus, que le comptoir est un tr&#232;s beau meuble en bois dont la partie sup&#233;rieure est recouverte d'une plaque de cuivre rouge cisel&#233;e. En arri&#232;re fond, les &#233;tag&#232;res n'offrent au regard ni une grande vari&#233;t&#233; de verres ni de bouteilles ; au mur, seulement deux affiches annoncent, l'une, les prix des consommations, l'autre, la conversion des francs en euros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le r&#233;gal n'est pas dans les yeux mais dans la salle ; l&#224; des fauteuils sont dispos&#233;s autour de tables basses et sont comme autant d'appel &#224; suspendre la course du temps. Les habitants du foyer s'y retrouvent, le soir &#224; 17 heures juste apr&#232;s le travail et avant de rentrer chacun chez soi. C'est une br&#232;ve parenth&#232;se entre le temps du travail et celui des t&#226;ches quotidiennes. C'est dire que les consommations sont savour&#233;es, du bout des l&#232;vres pour ne pas en avaler trop &#224; la fois. Il faut faire durer le plaisir. Et entre deux gorg&#233;es c'est la pr&#233;sence de l'&#233;ducatrice et sa disponibilit&#233; qui sont go&#251;t&#233;es &#224; leur juste mesure. S'&#233;changent entre elle et les r&#233;sidants des presque rien, d'abord : quelques ritournelles sur les difficult&#233;s du travail ou sur la m&#233;t&#233;o qui ne parvient pas &#224; retrouver le beau fixe. Il faut ces quelques minutes o&#249; parler pour ne rien dire sert de transition aux vrais instants de conversation. Les confidences demandent du temps pour na&#238;tre et la confiance ne s'installe qu'apr&#232;s un temps d'apprivoisement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, reconna&#238;t l'&#233;quipe, il n'est pas possible d'entrer comme cela chez les gens, ni dans leur chambre ni dans leur histoire. Il ne suffit pas d'&#234;tre &#233;ducateur pour avoir tous les droits, sauf &#224; jouer de la toute-puissance. M&#234;me en &#233;tant &#233;ducateur, il faut savoir attendre d'&#234;tre invit&#233; &#224; partager des secrets pour esp&#233;rer que la relation s'installe. Et dans cette perspective, la jeune &#233;ducatrice a raison de le souligner, le bar est un endroit strat&#233;gique sans nul autre pareil. Les r&#233;sidants y reviennent souvent le soir apr&#232;s le repas et sont heureux d'y retrouver une personne disponible. S'y jouent parfois des parties de cartes ou de petits chevaux. Entre deux lancers de d&#233;s, remontent des souvenirs, des chagrins d'abandon et des peurs de vieillir. Les mots calment les angoisses tandis qu'une tisane r&#233;chauffe l'int&#233;rieur. L&#224;, dans l'impression du presque sans rien faire, &#224; travers des actes pu&#233;rils &#224; l'or&#233;e de l'inutile, se retisse du sens entre hier et demain. Et c'est tard le soir, lorsque les lumi&#232;res du bar s'&#233;teignent, que vient le temps de se dire au revoir avec dans le ton ou la poign&#233;e de main ce tremblement qui signe la naissance d'un possible lien &#233;ducatif.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un bar-caf&#233; &#224; l'int&#233;rieur des murs&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; J'ai appris au cours du temps que peu importe le support de la relation d&#232;s lors qu'il se pr&#234;te &#224; la rencontre &#187;. T&#233;moignage d'une exp&#233;rience v&#233;cue&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a plus de vingt ans, mais je m'en souviens comme si c'&#233;tait hier, l'&#233;quipe de l'institution dans laquelle je travaillais alors en qualit&#233; d'&#233;ducateur avait pris la d&#233;cision de cr&#233;er un espace bar-caf&#233; &#224; l'int&#233;rieur des murs. Autrefois, la b&#226;tisse &#233;tait celle d'un monast&#232;re ; une chapelle, au fond de la cour, t&#233;moignait contre le temps de cette pr&#233;sence, de m&#234;me que, courant sous la b&#226;tisse, les caves rappelaient l'ancienne activit&#233; vinicole des fr&#232;res abb&#233;s. Aussi, renouant avec le pass&#233;, l'une de celles-ci fut-elle soigneusement restaur&#233;e, respectant les piliers en pierre de taille et le chapiteau de la salle vo&#251;t&#233;e. La r&#233;novation soigneusement accomplie restituait un charme r&#233;el qui fut compl&#233;t&#233; par l'installation de tables basses et de fauteuils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'installation &#233;lectrique fut reprise de sorte &#224; laisser place &#224; un &#233;clairage indirect et un branchement pour une sono. L'espace devint un lieu de r&#233;elle convivialit&#233;. Malgr&#233; cela et cabotin dans l'&#226;me, lors de l'inauguration je n'y descendis point. Je ne voyais pas d'un bon &#339;il cette id&#233;e qui me semblait surtout l'occasion offerte aux &#233;ducateurs de ne pas faire grand-chose. Il est vrai que peu de temps avant, cela avait frit&#233; en r&#233;union d'&#233;quipe entre les tenants des activit&#233;s organis&#233;es pour les r&#233;sidants et les partisans du droit au rien faire (le d&#233;bat dure encore). Et c'est donc tout logiquement que, pour donner une chance au d&#233;veloppement du bar, la d&#233;cision fut prise de d&#233;caler dans le temps toutes les autres activit&#233;s. Ainsi le sport devait-il d&#233;marrer plus tard et je devais soit attendre les r&#233;sidants soit aller chercher ceux qui, &#171; tra&#238;nant dans les bas-fonds &#187; de l'institution, peinaient &#224; en remonter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est seulement avec le temps que j'ai appris &#224; appr&#233;cier cet espace. D'abord, il a bien fallu me rendre compte que c'&#233;tait un excellent pr&#233;texte pour sortir les &#233;ducateurs de leur salle bien avant l'arriv&#233;e des r&#233;sidants, d'ouvrir le bar et d'&#234;tre pr&#234;ts &#224; recevoir les plus rapides et les premiers arriv&#233;s. Ceux-l&#224; savaient d&#233;sormais o&#249; nous trouver et c'&#233;tait bien en cette pi&#232;ce que se faisaient les premiers r&#233;cits de la journ&#233;e, que se vidait les temps de col&#232;re que se r&#233;capitulaient les temps &#224; venir avec les courses &#224; faire ou un rendez-vous m&#233;dical &#224; honorer. La boisson, toujours non alcoolis&#233;e, n'&#233;tait plus qu'un pr&#233;texte. Plus t&#244;t, elle avait donn&#233; lieu &#224; une tractation puisqu'il fallait payer la consommation &#224; l'aide d'un ticket.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, il y avait ceux qui, capable de g&#233;rer leur argent de poche, achetaient ces pr&#233;cieux bouts de papier &#224; la semaine, et ceux qui n&#233;gociaient au jour le jour l'acc&#232;s au pr&#233;cieux liquide. Alors, il fallut bien admettre que le &#171; rien faire &#187; par moi suspect&#233; au d&#233;part &#233;tait en r&#233;alit&#233; un temps bien rempli. Et j'ai appris au cours du temps que peu importe le support de la relation d&#232;s lors qu'il se pr&#234;te &#224; la rencontre. Ainsi, le bar &#233;tait devenu un rite inscrit dans le rythme de l'institution au m&#234;me titre que la distribution des m&#233;dicaments le soir avant le repas ou le d&#233;part &#224; la piscine des samedis apr&#232;s-midi. Et aujourd'hui encore, alors que je ne suis plus en qualit&#233; d'&#233;ducateur dans les murs de la grande b&#226;tisse, les r&#233;sidants continuent &#224; descendre dans les entrailles pour y d&#233;guster une boisson et boire le temps de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le bar de Kiki &#233;tait en ville&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelques instants emprunt&#233;s ou vol&#233;s sur le temps institutionnel pour boire le caf&#233; noir jusqu'au fond de la tasse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'appelait &#171; Kiki &#187;. Je n'ai jamais su les causes de son handicap mental. Etait-il m&#234;me &#171; d&#233;bile &#187;, comme dit la classification ? Ou bien, par le fait de ne savoir ni lire ni &#233;crire, signifiait-il son refus &#224; lui d'entrer dans un monde qu'il avait d&#233;finitivement catalogu&#233; comme n'&#233;tant pas le sien. Kiki est n&#233; &#224; Oran au temps d'une colonisation heureuse o&#249; les petites gens r&#234;vaient d'une fraternisation possible entre les indig&#232;nes et les blancs venus de la m&#233;tropole. Mais l'histoire devait choisir un autre sentier, plus aride, et &#224; l'adolescence Kiki, comme tant d'autres, a d&#251; quitter Alger dans le fracas des bombes pour venir s'installer dans le sud-est de la France. Sous d'autres cieux donc, et pas sous le m&#234;me soleil !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant dire qu'il ne s'y est jamais fait. Lui qui &#233;tait n&#233; pour tra&#238;ner &#224; l'abri des terrasses, pour boire le caf&#233; noir jusqu'au fond de la tasse, pour ramasser &#224; la petite cuill&#232;re les restes du sucre fondu et pour guetter l'instant o&#249; les rayons obliques &#233;tirent les ombres et disent l'heure de rentrer. H&#233;berg&#233; dans un foyer-appartement, Kiki s'accordait juste ce qu'il fallait de compromission avec l'&#233;quipe &#233;ducative pour acheter, au moindre co&#251;t psychique, sa tranquillit&#233; et sa place au sein du service. Il se lavait autant que n&#233;cessaire pour satisfaire aux exigences des &#233;ducateurs : pour lui, le plus dur &#233;tait de se brosser les dents le soir alors qu'il d&#233;fendait haut et fort le droit &#224; conserver longtemps en bouche le go&#251;t du dernier caf&#233;. Il arrivait au CAT avec, chaque matin, juste ce petit peu de retard qui lui permettait de saluer tout le monde dans la col&#232;re feinte des moniteurs d'atelier lui enjoignant d'aller mettre sa blouse au plus vite. La mascarade d'un coup de pied au cul manqu&#233; le faisait alors l&#226;cher un rire aux sonorit&#233;s pied-noir retrouv&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le plus grand bonheur de Kiki, pour ne pas dire le seul, c'&#233;tait sur le chemin du retour, le soir apr&#232;s le travail, lorsqu'il pouvait enfin s'arr&#234;ter dans son bar-caf&#233;. Parfois, fatigu&#233; sans doute, il s'asseyait &#224; une table, se prenant le menton &#224; pleines mains, et fixait les all&#233;es et venues des passants press&#233;s. Mais le meilleur, c'&#233;tait tout de m&#234;me, de se percher sur un tabouret pr&#232;s du comptoir et d'attendre que le temps passe. Il pouvait rester l&#224; plusieurs heures sans rien dire, ayant l'&#339;il &#224; tout et capable d'indiquer &#224; un client o&#249; se trouvait le journal ou de dire au patron que quelqu'un attendait en terrasse. Mais ce qu'il pr&#233;f&#233;rait malgr&#233; tout c'&#233;tait de garder le silence, buvant son caf&#233; &#224; petites gorg&#233;es et rallumant sa cigarette roul&#233;e toutes les deux ou trois bouff&#233;es. L'important &#233;tait que le temps s'&#233;coule, simplement, sans bruit. Trop souvent, parce que le soleil et les ombres n'&#233;taient pas au rendez-vous, il oubliait l'heure du repas et se faisait engueuler en rentrant &#224; l'appartement. Mais peu importe ! De m&#234;me, les &#233;ducateurs avaient fini par savoir qu'il ne se rappelait jamais du jour o&#249; il &#233;tait de &#171; corv&#233;e &#187; de courses ; ces jours-l&#224;, maudits, eux venaient le chercher en voiture &#224; la sortie du CAT, et lui ne passait pas au bar-caf&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Des bars dans les institutions</title>
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		<dc:subject>710</dc:subject>

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		<title>Vivre sans violences ? Dans les couples, les institutions, les &#233;coles</title>
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		<dc:subject>Violence</dc:subject>
		<dc:subject>710</dc:subject>

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&lt;p&gt;Dans un monde o&#249; les rep&#232;res stables sont brouill&#233;s, il est important de se mettre d'accord sur les d&#233;finitions. C'est ce que font les auteurs en ouverture de leur ouvrage, en distinguant bien entre la col&#232;re (mode d'expression de l'agressivit&#233;), les contraintes (les limites des conduites autoris&#233;es et les sanctions de leurs transgressions qui permettent le vivre ensemble), l'agressivit&#233; (comportement inn&#233; li&#233; &#224; l'instinct de survie) et la violence (atteinte &#224; l'int&#233;grit&#233; physique, sexuelle ou (...)&lt;/p&gt;


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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans un monde o&#249; les rep&#232;res stables sont brouill&#233;s, il est important de se mettre d'accord sur les d&#233;finitions. C'est ce que font les auteurs en ouverture de leur ouvrage, en distinguant bien entre la col&#232;re (mode d'expression de l'agressivit&#233;), les contraintes (les limites des conduites autoris&#233;es et les sanctions de leurs transgressions qui permettent le vivre ensemble), l'agressivit&#233; (comportement inn&#233; li&#233; &#224; l'instinct de survie) et la violence (atteinte &#224; l'int&#233;grit&#233; physique, sexuelle ou psychologique du sujet). Rejetant toute origine naturelle, les auteurs attribuent la source de cette violence &#224; une organisation sociale largement structur&#233;e autour des rapports de domination de l'homme sur l'homme (et la femme).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;flexion qu'il nous propose ici s'appuie sur le travail th&#233;rapeutique qu'ils assurent tant aupr&#232;s d'hommes auteurs de violences conjugales qu'en tant que formateurs intervenant aupr&#232;s d'institutions sur la violence qui peut s'y exercer. L'action qu'ils m&#232;nent tente de d&#233;crypter les racines des comportements brutaux afin d'aider &#224; mieux les contr&#244;ler. Ainsi, l'aide apport&#233;e aux hommes se rendant coupables de graves s&#233;vices contre leur conjointe, ne vise nullement &#224; &#233;viter la sanction p&#233;nale, mais &#224; accompagner la prise de conscience de leur pleine responsabilit&#233;. Pour autant, il existe une force sup&#233;rieure &#224; celle de la violence de l'agresseur et &#224; celle de la souffrance de la victime : c'est la force de la relation de couple qui perdure parfois m&#234;me quand elle place l'un en situation d'auteur et l'autre de souffre-douleur. La th&#233;rapie propos&#233;e parfois &#224; ces couples commence toujours par un engagement &#233;crit de l'homme et de la femme, le premier renon&#231;ant &#224; toute violence et la seconde acceptant de quitter le domicile &#224; la moindre r&#233;cidive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde partie de l'ouvrage est consacr&#233;e aux circonstances qui peuvent amener la violence &#224; s'exercer dans les institutions (de protection de l'enfance ou &#224; l'&#233;cole). L'organisation du travail, le mode de management, l'&#233;puisement professionnel, le manque de reconnaissance peuvent faciliter consid&#233;rablement les comportements violents des &#233;ducateurs. Les institutions o&#249; l'on a plaisir &#224; travailler, qui disposent d'espace de parole pour &#233;vacuer les tensions et o&#249; l'on r&#233;habilite l'art de prendre soin de soi pour pouvoir ensuite prendre soin des autres, ne sont pas exemptes de d&#233;rives mais peuvent bien mieux les contr&#244;ler. La violence peut d'autant mieux se traiter que l'on passe de l'&#233;pist&#233;mologie analytique qui d&#233;signe un individu comme violent &#224; une &#233;pist&#233;mologie syst&#233;mique qui reconna&#238;t bien que cette m&#234;me personne use de violence, mais dans tel contexte alors que dans d'autres circonstances, elle sera diff&#233;rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; un ouvrage foisonnant et riche qui m&#233;rite vraiment d'&#234;tre lu autrement qu'au travers d'une critique bien r&#233;ductrice.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div &lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&#233;d. &#233;r&#232;s, 2004 (224 p. ; 23 &#8364;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#338;dipe et La&#239;os. Dialogue sur l'origine de la violence</title>
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		<dc:subject>Violence</dc:subject>
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&lt;p&gt;Tout commence par une interview dans Nice Matin o&#249; Olivier Maurel soutient que chez l'&#234;tre humain, la violence n'est pas inn&#233;e, mais acquise culturellement. Michel Pouquet, psychanalyste, adresse au journal une r&#233;ponse dans laquelle il s'insurge contre les r&#234;veurs d'un homme id&#233;al qui propagent de fausses id&#233;es : face &#224; la violence pulsionnelle au c&#339;ur de chacun d'entre nous, il faut opposer la loi. La gifle n'a pas la m&#234;me signification selon qu'elle humilie ou qu'elle marque des limites &#224; ne pas (...)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.lien-social.com/local/cache-vignettes/L94xH150/arton348-a88f0.jpg?1694425943' width='94' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tout commence par une interview dans Nice Matin o&#249; Olivier Maurel soutient que chez l'&#234;tre humain, la violence n'est pas inn&#233;e, mais acquise culturellement. Michel Pouquet, psychanalyste, adresse au journal une r&#233;ponse dans laquelle il s'insurge contre les r&#234;veurs d'un homme id&#233;al qui propagent de fausses id&#233;es : face &#224; la violence pulsionnelle au c&#339;ur de chacun d'entre nous, il faut opposer la loi. La gifle n'a pas la m&#234;me signification selon qu'elle humilie ou qu'elle marque des limites &#224; ne pas d&#233;passer. S'ensuit une correspondance priv&#233;e qui va s'&#233;tendre sur une ann&#233;e et qui fait l'objet de ce livre. Ce dialogue est tout &#224; fait passionnant. Les deux protagonistes font preuve d'une culture et d'une intelligence qui ne se d&#233;mentent &#224; aucun moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rendons tout d'abord hommage au psychanalyste qui accepte d'&#233;changer avec un profane, alors que la plupart de ses confr&#232;res n'a que d&#233;dain pour toute discussion qui ne se centre pas sur le pouvoir de l'inconscient. Il &#233;voque que le savoir qu'il d&#233;fend ne vient ni de la lecture de quelque ma&#238;tre que ce soit, ni de la cogitation de penseurs, mais de l'&#233;coute de ce qu'ont r&#233;v&#233;l&#233; des milliers de patients : la violence est intrins&#232;que &#224; l'&#234;tre humain qui n'a qu'un seul objectif, &#233;liminer tous les obstacles qui s'opposent &#224; son besoin d'expansion &#233;rotique. Olivier Maurel ne s'en laisse pas compter. Il r&#233;plique que ce que peuvent dire les analys&#233;s est biais&#233; par le fait qu'on entend ce qu'on veut bien entendre ou ce qu'on est conditionn&#233; &#224; entendre. Pour ce qui est de la cruaut&#233; de l'homme, elle ne vient pas de son animalit&#233; ou de ses pulsions mais de l'&#233;ducation qu'il re&#231;oit. Car le petit d'homme n'a que peu de comportements inn&#233;s, &#233;tant avant tout un &#234;tre de culture. Les coups donn&#233;s en bas &#226;ge sont les premi&#232;res exp&#233;riences de violence au moment o&#249; s'&#233;tablit par imitation le r&#233;pertoire de ses comportements futurs. Ils ne lui apprennent pas la loi, mais la soumission au plus fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune discussion rationnelle, r&#233;futation, preuve ou non de sa validit&#233; ne peuvent &#234;tre avanc&#233;es pour ou contre la psychanalyse, r&#233;p&#232;te Michel Pouquet. La th&#233;orie de Freud n'a rien &#224; attendre de l'&#233;thologie, de la g&#233;n&#233;tique ou de la neurobiologie puisqu'elle se fonde exclusivement sur la lib&#233;ration de la parole du patient et l'&#233;cho de son inconscient. C'est la r&#233;p&#233;tition d'&#233;coutes attentives qui a permis d'&#233;laborer un certain nombre d'invariants. De la pratique est n&#233;e la th&#233;orie &#233;non&#231;ant quelques v&#233;rit&#233;s g&#233;n&#233;rales et universelles sur le fonctionnement de l'&#234;tre humain. S'ensuit une attaque en r&#232;gle d'Olivier Maurel contre quelques concepts centraux de la psychanalyse : le complexe d'&#338;dipe qui a limit&#233; les r&#233;v&#233;lations d'agression sexuelle au simple fantasme ou encore la pulsion de mort qui situe chez l'enfant la source de toute violence. Les deux protagonistes, &#224; d&#233;faut de se convaincre, finiront par troquer leur plume contre un verre de vin.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div &lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&#233;d. L'Harmattan, 2003 (164 p.- 13,75 &#8364;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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