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	<title>Lien Social</title>
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	<description>76 rue Garance
31670 Lab&#232;ge
T&#233;l. : 05 62 73 34 40
Fax : 05 62 73 00 29</description>
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		<title>Lien Social</title>
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		<title>&#202;tre p&#232;re aujourd'hui</title>
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		<title>Les classes relais : un dispositif pour les &#233;l&#232;ves en rupture avec l'&#233;cole</title>
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		<description>
&lt;p&gt;Voil&#224; un ouvrage qui, &#224; chaque page, respire l'intelligence. Fort bien &#233;crit et structur&#233; &#224; partir de r&#233;flexions pertinentes, il ne faut surtout pas le manquer. Les auteurs interpellent tout d'abord le dispositif des classes relais &#224; partir d'une question essentielle : ces structures sont-elles l&#224; pour donner bonne conscience &#224; l'institution et pacifier le parcours des &#233;l&#232;ves les plus perturbateurs ou est-ce l'amorce d'un authentique questionnement sur la p&#233;dagogie du coll&#232;ge unique et ses pratiques (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lien-social.com/Critiques-de-livres" rel="directory"&gt;Critiques de livres (acc&#232;s libre)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.lien-social.com/-677-" rel="tag"&gt;677&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.lien-social.com/local/cache-vignettes/L100xH150/arton95-e0cb3.jpg?1694623360' width='100' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Voil&#224; un ouvrage qui, &#224; chaque page, respire l'intelligence. Fort bien &#233;crit et structur&#233; &#224; partir de r&#233;flexions pertinentes, il ne faut surtout pas le manquer. Les auteurs interpellent tout d'abord le dispositif des classes relais &#224; partir d'une question essentielle : ces structures sont-elles l&#224; pour donner bonne conscience &#224; l'institution et pacifier le parcours des &#233;l&#232;ves les plus perturbateurs ou est-ce l'amorce d'un authentique questionnement sur la p&#233;dagogie du coll&#232;ge unique et ses pratiques &#233;ducatives ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Centr&#233;es dans la p&#233;riode 1984/1991 sur les &#233;l&#232;ves, ces classes vont r&#233;pondre entre 1991 et 1998 au souci d'un certain nombre d'&#233;tablissements de r&#233;agir &#224; la violence en se d&#233;barrassant des jeunes les plus agressifs. Il faudra le d&#233;but de leur institutionnalisation, qui date de la circulaire de 1998, pour que les orientations soient repr&#233;cis&#233;es : accueillir des &#233;l&#232;ves en voie de d&#233;scolarisation (ou d&#233;j&#224; d&#233;scolaris&#233;s), compl&#232;tement d&#233;motiv&#233;s par l'apprentissage des savoirs et tenter de les r&#233;concilier tant avec la vie scolaire qu'avec la vie de groupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le label qui a ainsi &#233;t&#233; officialis&#233; se d&#233;cline toutefois avec une grande souplesse. Sur le terrain, la classe relais peut &#234;tre g&#233;r&#233;e au sein du m&#234;me coll&#232;ge par l'&#233;quipe enseignante, soupape permettant &#224; des &#233;l&#232;ves d'&#234;tre pris en charge sur quelques jours, d'une fa&#231;on individualis&#233;e. Elle peut aussi fonctionner &#224; temps plein, sur plusieurs mois, avec une &#233;quipe compos&#233;e d'un instituteur sp&#233;cialis&#233; (souvent issu de SEGPA) et d'un &#233;ducateur sp&#233;cialis&#233; (souvent de la PJJ). L'accueil peut se faire dans les locaux scolaires ou hors les murs et le d&#233;part &#234;tre assur&#233; par retour progressif dans l'&#233;tablissement d'origine ou inscription dans un autre coll&#232;ge ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les auteurs ne se sont pas content&#233;s d'une simple &#233;tude bien document&#233;e. Ils l'ont enrichie d'analyses percutantes. Ils rappellent ainsi que les difficult&#233;s v&#233;cues par les jeunes les plus en difficult&#233; ne font qu'amplifier un malaise que rencontre une majorit&#233; d'&#233;l&#232;ves : vivre l'&#233;cole avant tout comme un lieu de rencontre avec leurs pairs au d&#233;triment de la transmission des savoirs qui est per&#231;ue comme un parcours d'obstacles &#233;minemment ennuyeux. Ce qui caract&#233;rise bien l'enseignement actuel, c'est la tentative de perp&#233;tuer des formes scolaires immuables et de r&#233;pondre &#224; un objectif de normalisation : rendre l'enfant conforme et l'amener &#224; se soumettre et &#224; ob&#233;ir aux normes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout autre, est pour les auteurs, la normativit&#233; qui propose au sujet de s'approprier les r&#232;gles &#224; partir de l'&#233;valuation de ce qu'elles ont de n&#233;cessaires et pertinentes. Si &#171; il faut &#234;tre &#187; caract&#233;rise la premi&#232;re approche, &#171; je dois &#234;tre &#187; d&#233;finit bien la seconde, proche de l'&#233;thique. Tant que l'enseignement restera normatif et ne tendra pas vers la normativit&#233;, les &#233;l&#232;ves continueront &#224; &#234;tre &#233;tranger aux finalit&#233;s du savoir, concluent-ils.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div &lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&#233;d. ESF, 2002, (264 p. ; 22,90 &#8364;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Ce que je ne peux pas vous dire : 26 coll&#233;giens parlent</title>
		<link>https://www.lien-social.com/Ce-que-je-ne-peux-pas-vous-dire-26-collegiens-parlent</link>
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		<dc:subject>&#201;cole</dc:subject>
		<dc:subject>677</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'&#233;cole est, depuis quelques d&#233;cennies d&#233;j&#224;, un sujet r&#233;current de d&#233;bat et de pol&#233;miques chez les adultes. Chacun a son point de vue sur ce qui va mal dans cette v&#233;n&#233;rable institution. On a juste oubli&#233; une chose : demander leur avis aux principaux concern&#233;s, les coll&#233;giens qui, pourtant, en sont les principaux b&#233;n&#233;ficiaires. Voil&#224; un livre qui corrige cette injustice en donnant la parole &#224; 26 coll&#233;giens de la 6&#232;me &#224; la 3&#232;me. Le r&#233;sultat est tr&#232;s instructif. Il devrait entrer dans la liste des ouvrages &#224; (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.lien-social.com/local/cache-vignettes/L97xH150/arton96-52655.jpg?1694623360' width='97' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'&#233;cole est, depuis quelques d&#233;cennies d&#233;j&#224;, un sujet r&#233;current de d&#233;bat et de pol&#233;miques chez les adultes. Chacun a son point de vue sur ce qui va mal dans cette v&#233;n&#233;rable institution. On a juste oubli&#233; une chose : demander leur avis aux principaux concern&#233;s, les coll&#233;giens qui, pourtant, en sont les principaux b&#233;n&#233;ficiaires. Voil&#224; un livre qui corrige cette injustice en donnant la parole &#224; 26 coll&#233;giens de la 6&#232;me &#224; la 3&#232;me. Le r&#233;sultat est tr&#232;s instructif. Il devrait entrer dans la liste des ouvrages &#224; lire obligatoirement au cours de l'ann&#233;e scolaire ? des adultes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette lecture confirme d'abord qu'il ne faut pas parler de la jeunesse mais des jeunesses. On y trouve en effet une v&#233;ritable diversit&#233; de situations, depuis l'&#233;l&#232;ve rackett&#233; et terroris&#233; sans que la communaut&#233; adulte de l'&#233;tablissement semble pouvoir sortir de son impuissance jusqu'&#224; ces &#233;l&#232;ves sous la coupe de l'arbitraire d'enseignants pr&#233;sent&#233;s comme tout-puissants. C'est vrai que les profs en prennent un peu pour leur grade : &lt;i&gt;&#171; Mon prof de techno, il boit pendant les cours &#187;&lt;/i&gt; d&#233;nonce Lucas. &lt;i&gt;&#171; Il faudrait que les profs nous parlent assez gentiment. On n'est pas leur chien &#187;&lt;/i&gt;, rench&#233;rit Di&#233;go. &lt;i&gt;&#171; Ce qui me choquait, c'&#233;tait leur vulgarit&#233;. Je suis moi-m&#234;me assez vulgaire, mais venant d'un prof, c'est assez choquant : ?Petit con, va te faire foutre, je t'emmerde. Gicle de ma salle ou je te nique !? &#187;&lt;/i&gt; se scandalise Marine. Enfin, &lt;i&gt;&#171; Y a des profs sympas, y en a des barbants, des originaux, des rigolos &#187;&lt;/i&gt; reconna&#238;t quand m&#234;me Sarah.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, il y a la racaille : &lt;i&gt;&#171; C'est quelqu'un qui terrorise les autres, qui les insulte, qui les fait taire, qui en frappe certains pour faire peur aux autres &#187;&lt;/i&gt;, explique Di&#233;go. &lt;i&gt;&#171; En CM2, tout le monde se respectait. En 6&#232;me c'&#233;tait chacun pour sa peau &#187;&lt;/i&gt; regrette Nicolas. Pourtant quand certains &#233;l&#232;ves sont diff&#233;rents ils peuvent aussi &#234;tre accept&#233;s : &lt;i&gt;&#171; Des fois, on sympathise avec certains trisomiques &#187;&lt;/i&gt; (ce sont les &#233;l&#232;ves de SEGPA !) &lt;i&gt;&#171; parce qu'ils sont gentils [?] Il y en a un qui a vraiment progress&#233;, parce qu'au d&#233;but de l'ann&#233;e on ne comprenait rien et maintenant je peux parler avec lui. Et je mange m&#234;me des fois avec lui &#187;&lt;/i&gt; confie Lucas. &lt;i&gt;&#171; Le coll&#232;ge c'est comme &#231;a. Les toilettes, c'est d&#233;gueulasse, mais j'y vais rarement. La cantine, c'est d&#233;gueulasse, mais j'y vais quand m&#234;me &#224; midi &#187;&lt;/i&gt; nous explique Antoine le philosophe.&lt;i&gt; &#171; J'ai l'impression d'&#234;tre le vilain petit canard dans le coll&#232;ge. Mettre des gros intellos avec des bord&#233;liques, pour l'administration c'est bien, mais pour nous, c'est nul &#187;&lt;/i&gt; reproche Dylan. &lt;i&gt;&#171; Un beau coll&#232;ge, c'est o&#249; il n'y a pas de violence, pas de racket, pas de racisme ? &#187;&lt;/i&gt; r&#234;ve Rachid. &lt;i&gt;&#171; Ce livre, il faut qu'il soit lu par des coll&#233;giens et par les parents. Peut-&#234;tre que &#231;a leur ferait prendre conscience de la vie au coll&#232;ge, du manque de respect, de l'alcool, de la drogue. Parce qu'on ne raconte rien &#224; ses parents &#187; &lt;/i&gt; conclut Sarah.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div &lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Oh &#233;ditions/France-Inter 2003 (335 p. ; 16,90 &#8364;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#202;tre p&#232;re aujourd'hui, un r&#244;le qui n'est plus donn&#233; par la fonction</title>
		<link>https://www.lien-social.com/Etre-pere-aujourd-hui-un-role-qui-n-est-plus-donne-par-la-fonction</link>
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		<dc:subject>Parentalit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>677</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;D&#233;sormais l'homme doit faire sa place dans le couple aupr&#232;s des enfants. Il ne peut plus compter sur un pouvoir conf&#233;r&#233; automatiquement : on ne na&#238;t plus p&#232;re, on le devient. Et cela en lan&#231;ant des d&#233;fis &#224; la soci&#233;t&#233;, &#224; soi-m&#234;me, &#224; la m&#232;re, &#224; l'enfant. Analyse d'une mutation &lt;br class='autobr' /&gt;
La paternit&#233; ne serait plus ce qu'elle &#233;tait. Pour preuve : les articles, ouvrages et colloques qui depuis une trentaine d'ann&#233;es se multiplient sur un th&#232;me longtemps monolithique et quasiment inexplor&#233;. Les bouleversements engendr&#233;s par (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D&#233;sormais l'homme doit faire sa place dans le couple aupr&#232;s des enfants. Il ne peut plus compter sur un pouvoir conf&#233;r&#233; automatiquement : on ne na&#238;t plus p&#232;re, on le devient. Et cela en lan&#231;ant des d&#233;fis &#224; la soci&#233;t&#233;, &#224; soi-m&#234;me, &#224; la m&#232;re, &#224; l'enfant. Analyse d'une mutation&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La paternit&#233; ne serait plus ce qu'elle &#233;tait. Pour preuve : les articles, ouvrages et colloques qui depuis une trentaine d'ann&#233;es se multiplient sur un th&#232;me longtemps monolithique et quasiment inexplor&#233;. Les bouleversements engendr&#233;s par mai 68, la fin d&#233;clar&#233;e &#8212; et vot&#233;e en juin 1970 &#8212; de la puissance paternelle au profit de l'autorit&#233; parentale donnent alors naissance &#224; une s&#233;rie de questionnements et de remises en cause dont Fran&#231;oise Hurstel dans La d&#233;chirure paternelle (PUF) s&#233;lectionne les principaux t&#233;moignages. Relevons, parmi la pl&#233;thore de titres qui annoncent &#171; la mort du p&#232;re &#187;, les plus significatifs comme Vers une soci&#233;t&#233; sans p&#232;re de A. Mitscherlich ou Requiem pour papa de Origlia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques ann&#233;es plus tard (ann&#233;es 80- 90) on passe de l'exclusion du p&#232;re &#224; son &#171; utilit&#233; &#187;. L&#224; encore, les intitul&#233;s sont symboliques des interrogations qui traversent le monde des p&#233;dopsychiatres et des &#233;ducateurs : ainsi de A. Naouri qui revendique Une place pour le p&#232;re ou de l'Association fran&#231;aise du conseil conjugal qui, &#224; l'occasion d'une journ&#233;e d'&#233;tudes lance un &#171; Cherche p&#232;re d&#233;sesp&#233;r&#233;ment &#187;. Plus sobre, le congr&#232;s des psychologues s'interroge, en 1993 : Que reste-t-il du p&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, les mises &#224; mal du pater familias ont commenc&#233; bien avant 1968 et la sociologue Christine Castelain Meunier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='appendix' title='&#171; La paternit&#233; &#187; - collection Que sais-je ? PUF' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; rappelle que la R&#233;volution fran&#231;aise de 1789 a pr&#233;cipit&#233; la remise en cause d'une toute-puissance par ailleurs d&#233;j&#224; bien entam&#233;e par les philosophes des Lumi&#232;res. Ainsi Diderot, emprisonn&#233; entre autres pour s'&#234;tre mari&#233; contre la volont&#233; de son p&#232;re re&#231;oit de celui-ci une lettre l'accusant d'avoir &#171; offens&#233; la religion, le roi et l'ordre paternel &#187;. On voit par l&#224; la symbolique entre le r&#233;gicide de Louis XVI et la &#171; mort du p&#232;re &#187;, illustr&#233;e par la formule fulgurante de Balzac dans Les m&#233;moires de deux jeunes mari&#233;s : &#171; La R&#233;publique a coup&#233; la t&#234;te &#224; tous les p&#232;res de famille &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, ceux-ci vont encore avoir de beaux jours devant eux car n'oublions pas que ce n'est qu'&#224; partir de 1792 que les majeurs ne seront plus soumis &#224; la puissance paternelle, que la loi sur la d&#233;ch&#233;ance paternelle sera vot&#233;e seulement en 1889, celle sur les mauvais traitements &#224; enfants en 1898 et qu'il faudra attendre 1935 pour voir supprim&#233;e officiellement la correction paternelle. &#192; partir du XIX&#176; si&#232;cle, d'ailleurs, rappelle Edwige Rude Antoine, juriste et ethnologue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='appendix' title='Intervention &#224; l'occasion du colloque &#171; Figures du p&#232;re &#224; l'adolescence &#187; - (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#171; Le p&#232;re est celui que les noces d&#233;signent &#187; et c'est la conjugalit&#233; qui l&#233;gitime la paternit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'&#233;volution des m&#339;urs a boulevers&#233; cette conception et, constate-t-elle, la nouvelle loi sur la refonte de l'autorit&#233; parentale du 4 mars 2002 refl&#232;te la nouvelle r&#233;alit&#233; de la famille : accroissement des naissances hors mariage, augmentation des divorces, familles recompos&#233;es&#8230; Les p&#232;res non mari&#233;s ou divorc&#233;s continuent &#224; peu voir &#8212; ou pas du tout &#8212; leurs enfants, d'o&#249; la volont&#233; l&#233;gislative de revaloriser la place de chacun et de formaliser la responsabilit&#233; commune des deux parents dans l'&#233;ducation de leur prog&#233;niture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois il est encore t&#244;t pour juger de l'efficacit&#233; de cette loi : &#171; Si le terme de coparentalit&#233; est porteur d'espoir, il n'en reste pas moins vrai, craint la charg&#233;e de recherche au CNRS, que c'est une notion tr&#232;s difficile &#224; mettre en &#339;uvre &#187;. Il n'emp&#234;che que la situation des parents (mari&#233;s, pacs&#233;s, divorc&#233;s) s'efface de plus en plus au profit de l'int&#233;r&#234;t sup&#233;rieur de l'enfant. &#171; Conjugalit&#233; et parentalit&#233; ne sont plus donn&#233;es comme un tout coh&#233;rent de la famille moderne &#187; rel&#232;ve C. Castelain Meunier dans Cramponnez - vous les p&#232;res (Albin Michel) et il est tr&#232;s r&#233;ducteur, comme certains sont tent&#233;s de le faire, d'amalgamer les modifications de l'exercice de la paternit&#233; &#224; la prise d'autonomie des femmes dans les ann&#233;es 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit l&#224; d'un &#233;l&#233;ment &#224; ajouter &#224; tous ceux qui, depuis une centaine d'ann&#233;es, ont transform&#233; l'institution paternelle. C. Castelain Meunier : &#171; Compar&#233; au p&#232;re moderne, le chef de famille traditionnel jouissait d'une paternit&#233; coh&#233;rente. L'homme assurait la reproduction sociale et &#233;conomique de la famille, alors que la femme &#233;tait tourn&#233;e vers l'entretien des besoins biologiques et domestiques (&#8230;) La paternit&#233; moderne est fragilis&#233;e par le fait que, d&#233;sormais, la femme peut acc&#233;der aux m&#234;mes fonctions que l'homme, tout en mettant les enfants au monde. La compl&#233;mentarit&#233; traditionnelle n'a plus de l&#233;gitimit&#233;. Le champ de la paternit&#233; n'est plus circonscrit car il perd une partie de sa sp&#233;cificit&#233; &#187; et F. Hurstel : &#171; Nous vivons une p&#233;riode de transformation historique o&#249; se fragilise l'exercice de la fonction paternelle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, pond&#232;re-t-elle, &#171; ce constat de la mort d'une forme traditionnelle de la paternit&#233; et de son autorit&#233; d&#233;su&#232;te &#187; ne signifie pas la disparit&#233; de l'indispensable fonction paternelle : au prix de questionnements et de remises en cause parfois douloureuses, les p&#232;res doivent s'engager sur des voies nouvelles et c'est ainsi que &#171; au c&#339;ur m&#234;me du malaise dans la paternit&#233; &#187; pourra &#233;merger &#171; la cr&#233;ation d'un nouvel espace paternel &#187;. Vision identique chez C. Castelain Meunier : &#171; Le r&#244;le n'est plus imm&#233;diatement donn&#233; par la fonction. La paternit&#233; moderne int&#232;gre une diff&#233;rence culturelle, &#233;conomique et sociale moins significative entre l'homme et la femme. Du m&#234;me coup elle peut &#234;tre plus riche car plus improvis&#233;e mais aussi plus fragile, plus incertaine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des aspects les plus ais&#233;ment d&#233;celables des changements intervenus ces derni&#232;res ann&#233;es dans l'appr&#233;hension de la fonction paternelle est sans doute la participation du p&#232;re &#224; la grossesse, &#224; l'accouchement de sa femme ou compagne et &#224; la relation pr&#233;coce au nouveau-n&#233;. Il ne faut pas toutefois assimiler ce que l'on a un peu h&#226;tivement surnomm&#233; les &#171; papas-poules &#187; &#224; des &#171; mamans bis. &#187; &#171; La difficult&#233; est bien de prendre sa place dans le duo m&#232;re - enfant sans singer la m&#232;re, tout en restant soi-m&#234;me, c'est-&#224;-dire homme, viril, alors qu'on intervient en jouant un r&#244;le effectu&#233; autrefois par des femmes &#187; reconna&#238;t C. Castelain Meunier - ce &#224; quoi, dans P&#232;res et b&#233;b&#233;s (L'Harmattan), Jean Le Camus r&#233;pond d'&#233;vidence : &#171; Le p&#232;re n'est pas la m&#232;re (..) D&#232;s la naissance le p&#232;re se repr&#233;sente, se d&#233;signe, se nomme comme p&#232;re &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son &#233;mouvante Lettre &#224; une m&#232;re (L'iconoclaste), Ren&#233; Frydman d&#233;crit les instants qui pr&#233;c&#232;dent la naissance : &#171; Je dis au p&#232;re : &#171; c'est peut-&#234;tre mieux que vous soyez du c&#244;t&#233; de votre femme, pr&#232;s de son visage &#187;. L'homme vient s'asseoir derri&#232;re elle, la prend dans ses bras, ils forment ainsi une esp&#232;ce de corps &#224; deux. Ils s'unissent &#224; nouveau pour la naissance (&#8230;) L'accouchement ressemble &#224; une s&#233;paration de la m&#232;re et de l'enfant. N'est-il pas plut&#244;t leur premi&#232;re rencontre ? (&#8230;) Puis le p&#232;re les rejoint par la parole, les gestes. Les mots qui se disent alors &#224; trois sont &#224; eux&#8230; &#187;. Car si le p&#232;re moderne a &#224; inventer une relation plus proche, plus affective, plus &#171; domestique &#187; avec son enfant, cela requiert l'accord de la m&#232;re. Pour preuve : dans les cas de s&#233;paration, la garde de l'enfant &#233;tant toujours tr&#232;s majoritairement confi&#233;e &#224; cette derni&#232;re, l'amour et la volont&#233; du p&#232;re suffisent rarement &#224; maintenir les liens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le d&#233;tachement que les hommes op&#232;rent par rapport aux mod&#232;les traditionnels de la paternit&#233; se fait en interaction avec les femmes, constate C. Castelain Meunier. Les difficult&#233;s de stabilisation de la paternit&#233; contemporaine refl&#232;tent un malaise qui traduit la recherche d'ajustements par rapport &#224; l'&#233;volution de la condition f&#233;minine &#187;. Mais si la route n'est pas toute trac&#233;e, l'aventure vaut d'autant plus la peine d'&#234;tre tent&#233;e : &#171; On ne na&#238;t pas p&#232;re moderne. On le devient. En lan&#231;ant des d&#233;fis &#224; la soci&#233;t&#233;, &#224; soi-m&#234;me, &#224; la femme, &#224; l'enfant &#187; Alors : Cramponnez-vous, les p&#232;res !&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;P&#232;res d'adolescents&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est dans les familles o&#249; la diff&#233;renciation des couples est marqu&#233;e que l'adolescent pourra trouver un rep&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier congr&#232;s d'importance qui s'est tenu sur la paternit&#233; avait pour titre : Figures du p&#232;re &#224; l'adolescence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='appendix' title='Organis&#233;e par la Fondation de France et Enfances &amp; Psy , le 14 mars (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, si les intervenants, en bons &#233;l&#232;ves, ont trait&#233; du sujet, ils ont consid&#233;r&#233; la fonction paternelle dans sa totalit&#233; et tout particuli&#232;rement &#224; ses d&#233;buts. Ainsi que l'a r&#233;sum&#233; l'un d'eux : &#171; Il y a des sp&#233;cificit&#233;s du p&#232;re &#224; l'adolescence mais la figure du p&#232;re est d&#233;terminante d&#232;s l'enfance et m&#234;me la conception &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'adolescence est une p&#233;riode de transformations difficiles, marqu&#233;e entre autres par le besoin de se diff&#233;rencier et la crainte de perdre le contr&#244;le de soi. Pour le psychiatre et professeur Philippe Jeammet, grand sp&#233;cialiste de cet &#226;ge, c'est l&#224; &#171; tout le paradoxe de l'humain : pour &#234;tre soi il faut s'identifier &#224; d'autres mais pour &#234;tre soi, il faut ensuite s'en d&#233;tacher en cr&#233;ant des diff&#233;rences &#187;. C'est le maniement de cette distance relationnelle qui est angoissante &#8212; pour l'adolescent et pour le p&#232;re mis &#224; mal dans son identit&#233; et son organisation &#8212; car il r&#233;pond &#224; un double besoin : celui de se rapprocher et celui de se diff&#233;rencier. Le &#171; p&#232;re mod&#232;le &#187; &#233;tant en voie de disparition et le p&#232;re &#171; maman-bis &#187; ne remplissant pas son r&#244;le, c'est dans les familles o&#249; la diff&#233;renciation des couples est marqu&#233;e que l'adolescent pourra trouver un rep&#232;re, tout &#224; la fois pour signifier sa diff&#233;rence par des conflits ou des actes d'opposition mais en m&#234;me temps sans disqualifier ses parents et, plus particuli&#232;rement celui qui repr&#233;sente l'autorit&#233; : le p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; L'adolescent peut avoir besoin de d&#233;pr&#233;cier ses parents, reconna&#238;t &#201;lisabeth Hacquin, p&#233;dopsychiatre dans un des Carnets de Parentel [2] consacr&#233; &#224; L'autorit&#233; et la question du p&#232;re, mais il ne souhaite pas les d&#233;truire comme mod&#232;le. L'estime qu'il a pour lui-m&#234;me est &#233;troitement li&#233;e &#224; l'estime qu'il leur porte &#187;. Pour nombre d'adolescents, la seule fa&#231;on de se diff&#233;rencier est d'aller mal : &#171; Tout ce qui se fait dans l'ordre du n&#233;gatif pour un jeune, assure P. Jammet, n'est pas un choix mais une contrainte pour parvenir &#224; se diff&#233;rencier &#187;. &#192; charge donc pour le p&#232;re : &#171; (&#8230;) de renoncer &#224; &#234;tre &#171; tout &#187; pour l'ado et &#224; laisser celui-ci dans l'illusion qu'il est &#171; tout &#187; pour son p&#232;re ou encore &#224; mettre l'ado dans l'obligation d'&#234;tre &#171; &#224; l'image &#187; du d&#233;sir paternel. &#187; [2]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce d&#233;sir peur rev&#234;tir des formes bien diff&#233;rentes, li&#233;es souvent il est vrai &#224; la r&#233;ussite scolaire. Deux exemples bien diff&#233;rents rapport&#233;s lors du colloque. D'abord Marie-Danielle Pierrel&#233;e, principale du coll&#232;ge exp&#233;rimental, structure originale accueillant des &#233;l&#232;ves en grande difficult&#233;. Les parents ont &#233;t&#233; partie prenante du projet et quand tout va bien il n'y a pas de difficult&#233; &#224; travailler avec eux. Les choses se compliquent quand les probl&#232;mes apparaissent : r&#233;sistance des &#233;l&#232;ves &#224; les faire venir, convocation et l&#224;, c'est soit la m&#232;re qui se d&#233;place soit un grand fr&#232;re qui fait barrage : tous s'accordent &#224; demander que le p&#232;re soit laiss&#233; en dehors de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble que lesdits p&#232;res attendent beaucoup de l'&#233;cole, qu'ils ont pour leur enfant des r&#234;ves qu'il faut bien confronter un jour &#224; une r&#233;alit&#233; moins prestigieuse. Et les adolescents n'osent pas leur dire la r&#233;alit&#233; qui est la leur au quotidien ce qui fait que, lorsque les p&#232;res la d&#233;couvrent &#8212; souvent tardivement &#8212; il y a violence de leur part. Au coll&#232;ge du Mans, on tente de cr&#233;er le pus t&#244;t possible le dialogue et, pour cela, parler d'abord avec les enfants. C'est ensuite que les p&#232;res pourront &#234;tre introduits dans l'&#233;cole &#8212; une salle leur est destin&#233;e &#8212; et qu'entre eux ils pourront s'entraider &#224; vaincre leurs r&#233;ticences &#224; aller rencontrer les professeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'oppos&#233;, dans un tout autre milieu et issus de l'&#233;lite des classes pr&#233;paratoires, les X : les &#233;l&#232;ves de l'&#201;cole polytechnique. On pourrait penser que ces grosses t&#234;tes, une fois l'&#233;cole int&#233;gr&#233;e, soufflent un peu et remercient papa &#8212; car c'est souvent de lui qu'il s'agit &#8212; de les avoir si bien manag&#233;s. Eh bien, c'est souvent &#224; ce moment-l&#224; &#8212; ou apr&#232;s la p&#233;riode de service militaire &#8212; qu'un nombre important craque. Elles sont quatre psychologues cliniciennes &#8212; dont Anne Delaigne, psychologue et psychanalyste &#8212; &#224; s'occuper quotidiennement de ces gar&#231;ons &#8212; et filles &#8212; de vingt ans dont toute la jeunesse a &#233;t&#233; tendue vers un seul but, notifi&#233; par le p&#232;re : int&#233;grer une grande &#233;cole. Celui-l&#224;, fils et petit-fils de polytechnicien portait un bavoir brod&#233; &#171; futur X &#187;, cet autre se consid&#233;rait comme &#171; le rat&#233; de la famille car (il) n'avait pas fait l'ENA &#187;. Les d&#233;compensations psychotiques sont importantes et le retour du pulsionnel entra&#238;ne un taux non n&#233;gligeable de schizophr&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les cas les plus fr&#233;quents et les moins graves, la prise de conscience s'accompagne souvent d'un sentiment de culpabilit&#233; : ces jeunes sont charg&#233;s d'une mission, vou&#233;s &#224; la r&#233;ussite, pour eux mais aussi pour toute la famille. Immerg&#233;s dans l'id&#233;al de leurs p&#232;res, ils savent que ceux-ci parviendront difficilement &#224; se remettre en question. &#171; Aidez-moi &#224; changer de direction, a demand&#233; un jour un X &#224; Anne Delaigne, car mon p&#232;re n'est pas &#233;quip&#233; pour me comprendre&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La fonction du p&#232;re envers sa fille adolescente est diff&#233;rente de celle qu'il entretient avec son fils. Fran&#231;oise Hurstel s'est beaucoup int&#233;ress&#233;e au sujet et a collect&#233; nombre de t&#233;moignages de filles &#171; enferm&#233;es &#187; dans leur relation avec leur p&#232;re. C'est qu'il d&#233;tient trois cl&#233;s qui vont &#234;tre essentielles pour lui ouvrir les portes de sa vie de femme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8226; renouveler l'interdiction de l'&#339;dipe &#224; la m&#232;re et agir comme tiers entre elles,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8226; pacifier leur rapport, la relation douloureuse, passionnelle ou violente qui peut tourner en haine,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8226; reconna&#238;tre sa s&#233;duction et ne pas se l'approprier : &#171; Regarder l'adolescente comme devenue femme, belle &#224; ses yeux, donc aim&#233;e, et dans le m&#234;me mouvement la priver dans sa demande, celle d'&#234;tre son homme, de la satisfaire sexuellement, de lui faire un enfant. Reconna&#238;tre la valeur de sa demande et la laisser aller vers un autre non soumis &#224; la loi de l'interdit de l'inceste comme lui&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais, fille ou gar&#231;on, l'adolescent a avant tout besoin d'un p&#232;re qui l'inscrive dans sa g&#233;n&#233;alogie, lui transmette des valeurs, lui pose des limites et des interdits tout en renon&#231;ant &#224; sa toute-puissance. &#171; Le plus f&#233;cond des dons venant du p&#232;re, estime le psychologue Marc Elie Huon,&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='appendix' title='N&#176; 18, avril 2003 -Parentel - 4 rue Colonel Fonferrier - 29200 Brest. T&#233;l. (...)' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; c'est celui de son impossibilit&#233; et de son refus de tout donner. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;P&#232;res en exil&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des hommes immigr&#233;s ont choisi de vivre s&#233;par&#233;s de leur famille et pr&#233;f&#232;rent laisser leurs enfants au pays. Une situation qui n'est pas sans poser de gros probl&#232;mes &#224; leur statut parental&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les foyers pour immigr&#233;s sont remplis d'hommes de tout &#226;ge &#8212; avec un accroissement des plus de 50 ans &#8212; qui vivent depuis des ann&#233;es &#8212; et, pour beaucoup, des d&#233;cennies &#8212; &#233;loign&#233;s de leurs femmes et de leurs enfants. La plupart n'ont jamais effectu&#233; les d&#233;marches de regroupement familial et, parvenus &#224; l'&#226;ge de la retraite, ils se d&#233;couvrent incapables de retourner s'installer au pays. Partis pour des raisons &#233;conomiques, ils ont, dans leur grande majorit&#233;, rempli le contrat : faire vivre d&#233;cemment leur famille et assurer la promotion sociale de leur descendance. La souffrance de l'exil contre la promesse d'une vie meilleure pour leurs enfants. Mais, au-del&#224; de l'enjeu &#233;conomique et social, qu'en est-il des relations entre ces p&#232;res et ces enfants que des milliers de kilom&#232;tres s&#233;parent et qui n'ont que le temps des vacances pour se retrouver ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Sonacotra&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb5' class='spip_note' rel='appendix' title='Sonacotra - 42 rue Cambronne - 75015 Paris. T&#233;l. 01 40 61 42 (...)' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et l'Unicef&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb6' class='spip_note' rel='appendix' title='Unicef Comit&#233; fran&#231;ais - 3 rue Duguay Trouin 75006 Paris. T&#233;l. 01 44 39 77 (...)' id='nh6'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; se sont associ&#233;s pour enqu&#234;ter aupr&#232;s d'une centaine de p&#232;res &#8212; ici - et de jeunes - l&#224;-bas&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb7' class='spip_note' rel='appendix' title='Alg&#233;rie, Tunisie, Maroc, Mali, S&#233;n&#233;gal' id='nh7'&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8212; croisant les destins, les sentiments, les bonheurs et malheurs des uns et des autres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb8' class='spip_note' rel='appendix' title='&#171; &#202;tre p&#232;re &#224; distance &#187; sous la direction de Jacques Barou, charg&#233; de (...)' id='nh8'&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Du c&#244;t&#233; des p&#232;res, la n&#233;cessit&#233; mat&#233;rielle du d&#233;part est toujours mise en avant, m&#234;me si, dans certains groupes &#8212; les Maliens &#8212; l'aspect culturel &#8212; initiatique en quelque sorte &#8212; entre en ligne de compte : on part &#171; faire l'aventure &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas, le fait d'&#234;tre charg&#233; de famille ne freine pas la d&#233;cision d'&#233;migrer, au contraire, mais la rend plus difficile. Dans cette logique &#233;conomique de la migration, la s&#233;paration est n&#233;cessaire :&lt;i&gt; &#171; (&#8230;) La vie est difficile en France. Si tu ram&#232;nes les enfants, tu ne pourras rien faire, rien &#233;conomiser. Il y a beaucoup de charges ici et les enfants en France sont exigeants. Quand on est seul ici, on arrive &#224; &#233;conomiser de l'argent et &#224; faire vivre sa famille au bled. &#187;&lt;/i&gt; Pour ces hommes, la notion de famille est diff&#233;rente de la n&#244;tre, en ce que grands-parents, oncles, fr&#232;res ou cousins sont de possibles substituts. Il n'y a donc pas de sentiment &#171; d'abandon &#187; puisqu'une ou plusieurs personnes de confiance re&#231;oivent totale d&#233;l&#233;gation pour s'occuper de la famille. Au Maghreb, ce sont surtout les grands-parents, en Afrique noire principalement les oncles paternels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;l&#233;gation est d'autant plus facile que la relation des enfants au p&#232;re est essentiellement faite de respect et d'ob&#233;issance. Ces deux attitudes se reportent ais&#233;ment sur les substituts paternels, avec, toutefois, le risque &#171; d'effacer &#187; le p&#232;re g&#233;niteur : &lt;i&gt;&#171; Mes enfants se comportent avec moi comme si j'&#233;tais leur copain (&#8230;) Ils ne m'ob&#233;issent pas (&#8230;) : ils voient dans leur oncle leur v&#233;ritable p&#232;re&#8230; &#187;&lt;/i&gt; La m&#232;re peut &#233;galement occuper la place vacante, surtout au Maghreb, mais de v&#233;ritables r&#233;volutions peuvent intervenir dans les structures familiales. Ainsi, pour cet Alg&#233;rien : &lt;i&gt;&#171; C'est ma femme qui a tout fait, qui a &#233;lev&#233; ses enfants et ses petits-enfants. Ils travaillaient tous bien &#224; l'&#233;cole. Moi, j'ai travaill&#233; ici mais, pour l'&#233;ducation de mes enfants, c'est ma femme. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, les ann&#233;es pass&#233;es en France modifient l'appr&#233;hension que les p&#232;res ont de leurs relations avec leurs enfants et beaucoup souhaitent jouer de plus en plus un v&#233;ritable r&#244;le, ne pas s'en remettre aveugl&#233;ment au substitut, quel qu'il soit. L'un des principaux moyens de garder le contact est le t&#233;l&#233;phone. Il semble bien que le nombre d'appels est proportionnel &#224; l'int&#233;r&#234;t port&#233; &#224; l'&#233;ducation, aux &#233;tudes, tout comme l'envoi de cassettes et de courrier. Si c'est l'argent, r&#233;guli&#232;rement adress&#233; &#224; la famille, qui valide l'exil, il ne suffit pas &#224; t&#233;moigner du maintien des liens affectifs. Il peut, au contraire, &#234;tre per&#231;u par certains comme une entrave : &lt;i&gt;&#171; Quand je leur t&#233;l&#233;phone, ils me parlent un peu de la pluie et du beau temps puis, tr&#232;s vite, ils demandent de l'argent. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, l'argent reste le nerf de la guerre, ce par quoi la communaut&#233; va juger l'homme : &lt;i&gt;&#171; Le meilleur p&#232;re, c'est celui qui envoie de l'argent l&#224;-bas et qui fait des &#233;conomies pour y aller le plus souvent possible. &#187;&lt;/i&gt; En effet, des retours r&#233;guliers semblent la seule garantie solide contre l'oubli. Ils permettent les retrouvailles, la distribution oblig&#233;e des cadeaux mais, surtout, la v&#233;rification par le p&#232;re que ses enfants sont &#233;duqu&#233;s correctement. Ces retours, il est vrai, ne vont pas sans quelques possibles effets pervers : temps de f&#234;te, de vacances, de prodigalit&#233; mais &#224; charge pour le p&#232;re de garder le silence sur les sacrifices consentis le reste de l'ann&#233;e. La chaleur des retrouvailles ne peut remplacer le partage d'un quotidien que la famille la plupart du temps ne soup&#231;onne m&#234;me pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains ne sont pas dupes : &lt;i&gt;&#171; Je suis re&#231;u avec joie. Mais on m'accueille bien parce qu'on attend le retour de l'argent. &#187;&lt;/i&gt; Plus les enfants grandissent, plus les p&#232;res les sentent s'&#233;loigner d'eux, soit qu'ils ne leur manifestent plus d'affection - &lt;i&gt;&#171; Il y a entre nous une absence de sentiments &#187;&lt;/i&gt; &#8212; soit que leurs relations aient pris une tournure plus amicale que filiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enfants rest&#233;s au pays partagent globalement le point de vue de leurs p&#232;res. On ne constate pas de v&#233;ritable d&#233;sorganisation de la famille :&lt;i&gt; &#171; Apr&#232;s son d&#233;part, c'est ma m&#232;re qui a pris le relais. Mais l'&#233;ducation se faisait toujours sous le patronage du p&#232;re&#8230; &#187;&lt;/i&gt;. Le substitut d&#233;sign&#233; par ce dernier est souvent si totalement investi que la s&#233;paration n'est pas douloureuse : &lt;i&gt;&#171; Depuis que mon p&#232;re est parti, je vis dans la maison de mon oncle, le petit fr&#232;re de mon p&#232;re avec ma m&#232;re et mes quatre fr&#232;res et s&#339;urs. Mon oncle a trois enfants qui sont plus jeunes que moi. Je suis comme son fils a&#238;n&#233;, d'ailleurs, c'est comme &#231;a que les gens m'appellent. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, revers de la m&#233;daille, l'effacement du p&#232;re rend difficile les possibilit&#233;s de r&#233;unification familiale, que ce soit &#224; l'occasion des vacances - &lt;i&gt;&#171; Quand j'apprenais qu'il venait, j'&#233;tais contente, certes, mais pour moi, c'&#233;tait comme un &#233;tranger. Jamais je n'osais rien lui demander. Il me ramenait des cadeaux, oui, mais c'est pas &#231;a qui m'int&#233;ressait, je ne le sentais pas proche &#187;&lt;/i&gt;. - ou, plus grave, quand il y a v&#233;ritable reprise de la vie familiale. Ainsi de cette jeune fille, &#233;lev&#233;e par ses grands parents : &lt;i&gt;&#171; Mon p&#232;re nous envoyait des photos, nous t&#233;l&#233;phonait, mais il parlait plus avec notre m&#232;re. &#192; l'&#233;poque, j'&#233;tais petite mais j'avais plus d'affection pour mon grand-p&#232;re que pour mon p&#232;re. J'ai compris par la suite que c'&#233;tait pour des raisons &#233;conomiques qu'il &#233;tait parti mais l'affection &#233;tait d&#233;j&#224; orient&#233;e vers mon grand-p&#232;re. &#187;&lt;/i&gt; Le p&#232;re en exil est souvent condamn&#233; &#224; avoir avec ses enfants des relations superficielles lors des s&#233;jours qu'il fait au pays, relations souvent positives mais parfois douloureuses, frustrantes ou d&#233;cal&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet &#8212; la tentation personnelle, la pression des enfants devenus grands &#8212; d'un regroupement familial n'est pas toujours possible pour des raisons mat&#233;rielles. Toutefois, nombreux sont les p&#232;res &#224; refuser cette hypoth&#232;se, m&#233;fiants envers une soci&#233;t&#233; qui v&#233;hicule des valeurs oppos&#233;es aux leurs : &lt;i&gt;&#171; Quand j'ai eu des enfants, je m'&#233;tais dit que leur &#233;ducation pourrait &#233;chouer en France. J'entendais les gens qui vivaient avec leurs enfants ici se lamenter tout le temps de leur femme, de leurs enfants. Cela aussi m'a d&#233;courag&#233;. On disait que les enfants qui avaient grandi en France &#233;taient mal &#233;lev&#233;s &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, pour les p&#232;res, ici, et les enfants, l&#224;-bas, les meilleures chances de construire une relation forte tiennent &#224; la r&#233;gularit&#233; et la qualit&#233; des contacts &#8212; t&#233;l&#233;phone, courrier, visites &#8212; que les premiers entretiendront avec les seconds. Dans la plupart des cas, les p&#232;res exil&#233;s ont la satisfaction d'avoir accompli leur mission premi&#232;re en quittant leur famille : lui permettre un mieux &#234;tre mat&#233;riel et donner de meilleures chances d'&#233;ducation aux enfants. En m&#234;me temps, ils jugent parfois bien lourd le poids de leur exil : conditions de travail et de vie difficiles, solitude, effacement de leur r&#244;le, perte de l'affection de ceux pour lesquels ils se sont sacrifi&#233;s. C'est ce que, constate l'un de ces vieux p&#232;res demeur&#233;s dans un de ces foyers qui leur tiennent lieu de patrie et de famille : &lt;i&gt;&#171; Tu ram&#232;nes les enfants ici, ils oublient leur origine, renient leur pays, perdent leur culture&#8230; Tu les laisses, tu es seul et malheureux&#8230; C'est toujours compliqu&#233; pour les immigr&#233;s. Ils sont ici, ils r&#234;vent d'&#234;tre l&#224;-bas. Ceux qui sont l&#224;-bas r&#234;vent d'&#234;tre ici. L'impasse, quoi ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La paternit&#233; &#187; - collection Que sais-je ? PUF&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Intervention &#224; l'occasion du colloque &#171; Figures du p&#232;re &#224; l'adolescence &#187; - Mars 2003&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='appendix'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Organis&#233;e par la Fondation de France et Enfances &amp; Psy , le 14 mars 2003&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb4'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='appendix'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;N&#176; 18, avril 2003 -Parentel - 4 rue Colonel Fonferrier - 29200 Brest. T&#233;l. 02 98 43 62 51&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb5'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='appendix'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sonacotra - 42 rue Cambronne - 75015 Paris. T&#233;l. 01 40 61 42 00&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb6'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh6' class='spip_note' title='Notes 6' rev='appendix'&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Unicef Comit&#233; fran&#231;ais - 3 rue Duguay Trouin 75006 Paris. T&#233;l. 01 44 39 77 77&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb7'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh7' class='spip_note' title='Notes 7' rev='appendix'&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alg&#233;rie, Tunisie, Maroc, Mali, S&#233;n&#233;gal&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb8'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh8' class='spip_note' title='Notes 8' rev='appendix'&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &#202;tre p&#232;re &#224; distance &#187; sous la direction de Jacques Barou, charg&#233; de recherches au CNRS&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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