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4 juin 2020

■ ACTU - Protection de l’enfance • Vacances méritées

Pour permettre aux enfants de partir en vacances après une période de confinement difficile, les équipes de protection de l’enfance ont anticipé : organisation de transferts et appel à des agences de voyages sociales.

Ouf ! Depuis le 2 juin, les centres de vacances et les hébergements collectifs rouvrent en zone verte ; les enfants et les jeunes de tout le territoire pourront partir en colonies de vacances à partir du 22 juin. Mais tout cela, les professionnels de la protection de l’enfance l’ignoraient avant le déconfinement. Ils ont dû réfléchir en amont à un mode de vacances permettant aux mineurs confiés de changer d’horizon durant l’été.
Le groupe Capso (1) qui gère vingt-huit établissements et services de protection de l’enfance en Auvergne-Rhône-Alpes, accueille six cents jeunes et emploie quatre cents professionnels, a pour sa part, choisi d’organiser des transferts. «  Nous avons négocié un accord d’entreprise temporaire en adaptant la durée des séjours et le ratio d’encadrement : deux professionnels pour sept mineurs », explique Nicolas Hermouet, le directeur général. L’association a loué des locaux (centres de vacances fermés, gites) dans un rayon de deux cents kilomètres pour faciliter les déplacements des enfants bénéficiant des droits de visite et d’hébergement, la logistique mais aussi la rotation des équipes tous les sept jours. « Nous tenons compte du besoin de vacances et de repos des professionnels, très mobilisés durant la crise sanitaire. » Capso a loué des locaux suffisamment vastes pour permettre des activités à l’intérieur en cas de pluie avec respect de la distanciation sociale. Les enfants pourront changer de lieu de vacances plusieurs fois durant l’été.
Les conseils départementaux, les directions territoriales de la Protection Judiciaire de la Jeunesse (DTPJJ) du Rhône et de la Loire, la métropole du Grand Lyon lui apportent leur soutien en prenant en charge une partie des surcoûts liés à la crise sanitaire et à ses impacts.
Durant l’été, Capso maintiendra aussi des astreintes éducatives dans des maisons d’enfants à caractère social (Mecs) pour l’accueil éventuel de jeunes touchés par le Covid-19 durant les séjours. Sur les lieux de vacances, en sus des distanciations sociales, des masques obligatoires pour les professionnels, la température des enfants et des adultes sera prise chaque jour. En cas de suspicion, le mineur sera rapatrié dans une mecs et testé ; s’il est négatif, il rejoindra ses camarades.

Éviter les exclusions

Dès janvier, Capso a tenté d’anticiper l’organisation de séjours avec des organismes spécialisés qui, faute de visibilité sur le déconfinement, ne pouvaient pas lui certifier l’accueil des mineurs durant l’été. « Des grands opérateurs nous ont sollicités afin que nous les inscrivions quand même, sans visibilité mais avec un paiement d’arrhes, ce que nous avons refusé », dénonce Nicolas Hermouet. «  Nous avons reçu une vingtaine d’alertes de structures sociales, démarchées par ce type d’opérateurs proposant des promotions et leur demandant une réponse rapide pour leur garantir une place », confirme Laid Hamoudi, directeur général de Up’ Séjours (2), une agence de voyage associative dédiée aux enfants, adolescents et jeunes relevant de l’Aide sociale à l’enfance. Caspo lui a confié le séjour d’une trentaine d’adolescents en difficulté dans le cadre de leur parcours personnalisé. Up’ Séjours sert en effet d’interface entre les professionnels de la protection de l’enfance et les associations qui organisent des séjours de vacances - plutôt issues de l’éducation populaire. Elle propose des parcours individualisés, assure une astreinte 24 h sur 24, 7 J / 7 pour accompagner les jeunes et les animateurs en difficulté. « Cela nous évitera les appels d’organismes de séjours nous demandant de venir chercher un jeune en urgence à cause de troubles du comportement, ce qui arrive de plus en plus fréquemment depuis quelques années et place le jeune en échec  », conclut Nicolas Hermouet.

Encadrer les jeunes en difficulté

« De plus en plus d’organismes de type agences de voyages / opérateurs privés doublent l’inscription d’un enfant relevant de la protection de l’enfance. Ils partent de l’hypothèse qu’il pourra être exclu dès la première semaine et qu’il convient de ʺvendreʺ sa place à un autre », dénonce Laid Hamoudi. Une étude réalisée par Up’ Séjours confirme l’augmentation des exclusions de jeunes confiés à la protection de l’enfance des colonies de vacances (voir cartographie ci-dessous). « Des exclusions parfois justifiées mais que leurs éducateurs référents doivent gérer dans les 48 heures et ce sans avoir reçu d’alerte avant ni de rapport d’incidents. »
Pour prévenir les problèmes et éviter les expulsions, l’association suit les jeunes qu’elle inscrit dans un séjour pour régler les difficultés au jour le jour.

Voir cartographie rapatriements

(1) https://www.adaear.org/
(2 )https://www.upsejours.social/

À lire sur Lien Social n° 1245 : Colonies de vacances. Un idéal à sécuriser


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4 juin 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Confinement : créativité et usure (1)

Par JS, chef de service éducatif.

Fixation. Le confinement va tomber. Il reste 4 gamins dans le service. On les garde mais un seul éducateur est présent. Il vient déjà de faire sa semaine de travail en 3 jours avec le week-end et le lundi. Un remplaçant ayant travaillé la nuit précédente au service, m’appelle et me dit : « Il est fatigué, il ne faut pas le laisser seul » Je lui réponds : « Merci de me l’avoir dit. Je ne l’avais pas perçu mais je m’en doutais. »

A distance, difficile de se rendre compte réellement de la déflagration sur le terrain. Et ce mal de tête qui ne me quitte pas. C’est chaud-patate ! L’éducateur réfléchit, consulte, se frite avec sa douce, fait ses choix, s’organise, envoie sa famille en Bretagne et demande à se confiner avec les gamins comme un papa-radiateur : «  J’allume le feu tous les matins pour ne pas tricher avec le mot « foyer ». Une maison d’enfants, un foyer pour adolescents dépourvus de cheminée vivante oublient qu’on ne se réchauffe pas le ventre avec une métaphore » (1). Ok, je lui fais confiance, Il a pris sa décision, je porte sa parole. On n’a pas de cheminée pour de vrai, mais on a un homme-chauffant convaincu. C’est mieux !
Appui. Je cherche des éducateurs pour l’épauler. Ils viennent. D’autres, non. Ils ont peur. C’est quoi ce truc qui nous arrive dans la tronche ? On réfléchit. Il y a un quelque chose qui cloche. Notre éducateur-radiateur chevronné m’interpelle : « Ce n’est pas un confinement si les personnes vont et viennent. Si c’est ça, je m’enferme avec les jeunes et je jette la clé » « Ok, pas de panique ! »
Je reçois la photo de la grille cadenassée. Ce n’est pas de la rigolade. Faut que je cherche et trouve une personne suffisamment « saine d’esprit » pour accepter de s’enfermer pendant une durée incertaine avec 4 gamins, un éduc-chauffant et le virus qui, telle une ombre rôde potentiellement dans le service.
Je le trouve, il est ok ou plutôt se porte volontaire. Sans d’autre solution, l’association suit.
Télé-lien. Et les autres ? L’équipe confinée. On crée un groupe de discussion. Ça tchatche, encourage, rigole, règle des comptes l’air de rien mais surement. On en crée un deuxième en parallèle pour les confinés pestiférés, la psychologue et les cadres super-confinés. Une machine de guerre hyper connectés prend forme : réseaux sociaux, textos, appels, mails, face time, oreillettes, casques. Je ne me déplace plus sans mon portable comme un soldat sans son arme. Prêt à dégainer. C’est chaud, nous sommes en guerre ! L’ennemi est en chacun de nous. C’est pour ça que nous vivons connectés, pour « respecter les distances sociales ». Un bon geste barrière à la relation. Le paroxysme de l’idéologie de la bonne distance. Tu en as rêvé, corona l’a fait !
Logistique clinicienne. Bon, on doit s’organiser avec nos deux permanents chauffants en transformant un accueil d’urgence en lieu de vie, mais en mode survie. La directrice et moi-même organisons le soutien à distance. La bouffe, les masques, le gel hydroalcoolique, les produits désinfectants… tout est assuré. Du matin au soir, on appelle, on se rappelle, on discute encore et toujours. La nuit, on tourne dans son lit car on n’arrive pas à décrocher, on se questionne. Est-ce que ça va tenir ? Est-ce que je vais y arriver ? La directrice fait tampon avec les instances dites supérieures. Inhumain.
Et les jeunes, comment vont-ils supporter le confinement ? Les problématiques de chacun ne vont-elles pas être exacerbées, au risque d’exploser ? Et les éducateurs ? La situation est inédite où s’occuper de soi est compliqué, il faut en plus s’occuper des gosses cabossés.
Mais la relation s’établit, le transfert tourne à plein régime et parfois aussi le contre-transfert inhérent aux « attachiants ». Je m’improvise superviseur clinicien. Pas facile ce métier, finalement ! Faut la jouer fine, surtout à 23h. Des hauts, des bas, des gros coups de pompes, des coups de gueule. Petites pensées du soir à vous qui êtes au front, puisque nous sommes en guerre. Mais contre qui ?
Ah au fait ! Un de nos jeunes confinés a un traitement à prendre et c’est du lourd ! Allo l’ASE ? Ça décroche enfin. Un médecin est sur le coup et on arrive à mettre en place son renouvèlement. Heureusement que nous avions bossé juste avant sur le protocole de gestion des médicaments. Ça aide…un peu.
Notre secrétaire télétravailleuse confinée engagée assure les commandes de nourriture et ça tourne comme si nous avions toujours fait ça. Elle passe même voir les confinés pestiférés, à distance toujours. Ça fait du bien de voir quelqu’un. Et ça continue. Les clopes ? Pas question de sevrer les gamins en ce moment. Surtout que la nicotine protégerait de la contamination. Oh doucement les gars ! Allo le siège ? Vous pouvez virer de l’argent à notre éducateur radiateur pour les petits achats ? Ça suit toujours.
Le flux d’informations qui arrive chaque jour est considérable sans savoir ce qui est fiable ou pas. Hyperconnecté au boulot, hyperconnecté à l’information. Faut couper, pas si simple… On attend la bonne nouvelle, elle ne vient pas.
Je reçois des photos et des vidéos. Tout le monde fait le ménage, désinfecte, cuisine, joue, danse, se parle ou presque, se confie surtout. Les émotions ne sont pas confinées dans ce foisonnement de vie. Le service se transforme, les meubles changent de place, ça s’embellit, ça devient un cocon chaleureux. Nos deux permanents chauffants tournent aussi à plein régime… comme le transfert et les jeunes les regardent médusés. Des adultes qui tiennent la route !
On irait presque remercier le coronavirus totalitaire nous obligeant à un retour forcé aux fondamentaux si bien résumés par Jean Cartry : «  Être éducateur c’est d’abord accomplir les gestes quotidiens qui assurent la vie  » (2) et non s’engluer dans la paperasse, la rationalisation du travail ou gérer le flux de gamins plutôt que de répondre à leurs besoins ! Ces prescriptions néolibérales ont d’ailleurs implosé dès les premiers jours du confinement. Tant mieux ! Elles ne sont d’aucune utilité en temps normal et encore plus absurdes en ce moment. La crise actuelle est venue le confirmer de manière implacable. On ne reviendra pas en arrière, je ne croyais pas si bien dire !
Mais un soir, ça tombe. Une jeune pète un plomb. Elle ne supporte plus le confinement chauffant. Trop de charge émotionnelle ? C’est compliqué d’avoir autant d’attention quand on n’en a pas eu beaucoup auparavant. Elle quitte le service, un éducateur emboite ses pas dans la rue puis dans le métro, essaie de la persuader de revenir. Rien à faire, c’est trop, c’est fini. Ciao ! « Si tu es pour si peu dégouté du métier, ne t’embarque pas sur notre bateau car notre carburant est l’échec quotidien, nos voiles se gonflent de ricanements et nous travaillons fort à ramener au port de tous petits harengs alors que nous partions pêcher la baleine » (3). Ok Fernand, mais là, c’est un coup dur pour le moral. On a loupé un truc, c’est sûr. Alors, on la déclare en fugue, on encaisse en se recentrant sur les autres jeunes. Ils sont là et ont besoin que la cheminée reste allumée.
Mais on rentre dans le dur et le confinement est prolongé par notre président. Les nouvelles sont mauvaises, la vague est là et elle va durer. Notre volontaire tombe malade. Les cheminées vivantes ont du mal à supporter les courants d’air du service. Il fait froid la nuit malgré le soleil de la journée. Trompeur. Le chauffage du service ne marche pas aussi bien que les radiateurs humains. Depuis quand il n’a pas été purgé ? Personne n’a la réponse. Il ne fait pas chaud, c’est tout ce qu’on sait. Le binôme se fissure dans l’obscurité glaciale. On fait quoi ?

(1) Jean Cartry, Petites chroniques d’une famille d’accueil, 2ème édition, 1998, Dunod.
(2) Jean Cartry, Ibid.
(3) Fernand Deligny, Graine de crapule (1ère parution en 1945), 1998, Dunod

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29 mai 2020

• TERRAIN - Journal de bord - L’échappée brève, le retour.

Par Éric Jacquot.

Après 56 jours de confinement heureux, il a décidé de le rester par confort et aussi pour observer le monde d’après ! Le prince des aphorismes nous livre quelques maximes … dé confinées.

Bref barjotage :
Barjoter c’est perdre un instant dans une réflexion sans but précis.
Barjoter c’est bricoler de l’acceptable.
Barjoter c’est faire un bricolage entre savoir et réalité.
Barjoter c’est être sérieux sans se prendre au sérieux.
Barjoter c’est prendre le temps de réfléchir et de se tromper.
Barjoter c’est rêver l’impossible et le rendre possible.

Il y a forcément de la poésie dans ces instants qui arrêtent les trains et les avions.

Ce qu’il y a de dramatique dans le placement, c’est quand un enfant n’existe institutionnellement que par son symptôme.

J’en connais un, qui un jour m’a copieusement insulté. Un peu plus tard, il est venu s’excuser en me disant que ce n’était pas de sa faute, c’était juste parce qu’il avait des troubles du comportement. Je me suis dit, après coup « en voilà un qui va s’en sortir ».

Ignorer la difficulté de ce métier, c’est ajouter de la difficulté.

Il ne faut pas les prendre que pour des blaireaux destructeurs et violents. Il faut leur apprendre le maniement des mots et des émotions et ceci même au prix qu’ils soient bien critique à l’égard de nos méthodes. Ce jour-là quand ils nous critiquent c’est qu’on a réussi une partie du travail.

On ne peut pas continuer de faire de la protection de l’enfance, le terrain de jeux des spéculateurs, des gens de pouvoir et de ceux qui savent.

Le centre du dispositif, ce n’est pas l’enfant mais le pognon.

Une décision dans l’administration devient immédiatement surannée avant qu’elle soit mise en œuvre.

Pour te dire qu’ils apprécient ton boulot, les enfants placés te disent qu’il ne sert à rien. C’est de loin, le plus beau des compliments.

Le tableau Excel est catégorique : à quatre il est interdit de regarder la guerre de Troie à la télévision et à deux on ne peut pas monter dans une Fiat Uno.

Le premier des gestes barrières quand on ne sait pas, c’est de fermer sa gueule.
Changer d’avis, c’est en général plus couteux que de rester con.

Il y a des silences entre les mots qui en disent plus longs sur l’auteur que ce qu’il pourrait en dire lui-même.

La confiance ne se décrète pas.

Pour partir du mauvais pied, il y a une chance sur deux sauf quand tu croises un technocrate.

D’une situation facile certains on l’art de la compliquer. En général ce sont les gens qui ne sont pas sur le terrain.

L’autre jour, enfin c’était en novembre 2019, un référent de l’ASE me dit qu’il était trop prématuré de demander au juge des enfants des droits d’hébergements pour un père et un enfant qui en faisaient la demande. Je le prie de m’éclairer sur la situation, il me répond alors sans sourciller qu’il n’avait pas encore pris connaissance de ce nouveau dossier !

Quand tu empêches tout le monde de se procurer des masques, parce qu’il y a pénurie, je trouve suspect de menacer d’une amende de 135 euros ceux qui après le déconfinement, n’en auraient pas.

Le COVID a le mérite d’avoir démasqué une partie des imposteurs.

L’aveuglement Jacobin fait que quand l’État n’a pas les moyens de faire quelque chose, il interdit aux autres de le faire à sa place en les menaçant des pires représailles.
Les agences, les experts et les élites sont confinés dans la satisfaction d’eux-mêmes et dans une forme d’arrogance impudique.

Le confinement est propice au bricolage éducatif.

La commande sociale n’a rien à voir avec la réalité du sujet.

A 18 ans un enfant placé depuis la pouponnière à l’ASE devrait être autonome financièrement, avoir un métier, un appartement et un plan de carrière. Comment voulez-vous qu’ils ne soient pas tous un peu rebelle ?

Laissons-leur le temps d’être des enfants.

L’incasable est en fait celui qui a tout compris, tant qu’on le rejette c’est qu’il existe et qu’il est au centre du dispositif.

Quand tu ne leur demande rien, ils sont bien embêtés et alors ils te donnent ce que tu n’aurais jamais osé leur demander.

L’expertise n’a rien à voir avec l’expérience.

Le coronavirus c’est de la démocratie à prix coutant.

Ce matin, un enfant plein de pâte à tartiner de chocolat autour de la bouche est venu me parler. Je lui ai demandé s’il n’était pas le fils à dégueulasse et il m’a répondu avec humour « oui Papa ».

Transformer l’école en garderie, c’est donné à voir ce que l’on pense de nos enseignants et de l’enseignement en général.

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28 mai 2020

■ ACTU - Crise sanitaire • Mineurs abandonnés

« Si il n’y avait pas eu les associations et les collectifs, nous aurions eu des mineurs qui mourraient de faim et seraient à la rue en pleine crise sanitaire », Clémentine Bret, référente mineurs en danger de Médecins du Monde ne cache pas sa colère. Déjà abandonnés en temps normal, les mineurs en procédure pour faire reconnaître leur minorité et leur isolement se sont retrouvés totalement livrés à eux-mêmes pendant le confinement.

Malgré les nombreuses alertes, aucune aide, ni hébergement n’a été proposé à ces mineurs. Pourtant, le 22 mars, le secrétaire d’Etat chargé de la protection de l’enfance, Adrien Taquet, l’assurait : « évalué mineur ou majeur, chaque jeune qui le demande sera mis à l’abri ». Une annonce sans effet.
« Une des grosses difficultés pendant cette crise sanitaire, c’était simplement de subvenir à leurs besoins primaires », rapporte la référente. A Paris, les associations les Midis du MIE et Timmy ont distribué plus de 7300 repas.

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Distribution de repas par les Midis du MIE © LesMIDISduMIE

Médecins sans Frontières a financé la mise à l’abri en hôtels de 170 enfants à Paris, Bordeaux et Marseille. Les collectifs citoyens ont, de leurs côtés, hébergés 107 mineurs à Paris. La Casa, jeune collectif d’associations parisiennes de soutien aux migrants, a financé en urgence des places à l’hôtel pour 12 jeunes mineurs et trois jeunes majeurs. Parmi eux, quatre jeunes ont été touchés par le Covid 19. Or, impossible de respecter des mesures de confinement à deux par chambre, dans un hôtel qui accueillait également des personnes âgées fragiles. Médecins sans frontières a dû batailler pour réussir à les faire entrer dans un centre spécial Covid destiné… aux adultes à la rue.

Seul, dehors

« Partout, le refus de reconnaissance de leur minorité par les conseils départementaux a servi de prétexte aux autorités pour se renvoyer la balle au détriment de leur santé », dénoncent Médecins sans Frontières et Médecins du Monde. A Paris, entre le 15 mars et le 15 mai, les deux associations, en partenariat avec le Comede, ont réalisé 400 consultations médicales et 730 consultations psychologiques pour des mineurs en recours. « Je ne sais pas si on peut s’imaginer ce que c’est d’être dehors, livré à soi-même, dans la période de confinement, quand plus personne n’était dans la rue, que toutes les portes étaient closes, certains nous demandaient même ce qu’il se passait parce qu’ils n’avaient pas eu l’info sur le confinement », témoigne Clémentine Bret. Si Médecins du Monde a observé une dégradation nette de l’état de santé somatique des 75 jeunes qu’elle suivait, elle a été surtout effarée de l’impact sur leur état psychologique qui a demandé 340 consultations psychologiques ou psychiatriques par leurs équipes.

Face à ces situations, les associations ont fait beaucoup plus de signalements auprès de l’ASE, elles n’ont cessé d’envoyer courriers et alertes aux collectivités, sans réponse. « D’habitude, nous avons quand même un peu d’écho, souligne Clémentine Bret. Là rien et une désorganisation totale et complète. J’en veux pour preuve la proposition qui a été finalement faite par la mairie de Paris, deux semaines avant la fin du confinement : un gymnase ». Ce lieu de 60 places, géré par France Terre d’asile, se retrouve depuis le début de la semaine en quarantaine après que plusieurs cas de Covid19 aient été diagnostiqués. Médecins du Monde avait jugé l’endroit « totalement inadapté aux consignes sanitaires et à l’accueil de mineurs. Ce n’était pas un dispositif protection de l’enfance mais un sas vers des dispositifs adultes à la fin du confinement ». Médecins du Monde et Médecins sans Frontières ont refusé d’avoir recours à ce dispositif. Les associations ont donc finalement saisi la justice, demandant et obtenant la protection et l’hébergement en urgence de 70 jeunes.


28 mai 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Brèves de pensée de confinée…qui sort pour aller travailler (3)

Par E.G., Travailleuse sociale.

4ème semaine de confinement :

Encore une semaine devant nous. Situation sans fin. On n’aperçoit pas le bout. Pas de lueur. Nous avançons dans le noir. L’impatience rime avec tout. Mais surtout, nous prend au cou. Besoin de respirer. Besoin d’air. Un air d’ailleurs, avec une autre vue… Balcon vue sur la mer, prêt à y plonger. On est blasé mais on continu d’avancer. Avancer vers un espoir inconnu. Inconnu de tous.
Trop de journées qui se ressemblent … et semblent les mêmes. Comme une journée qui n’en finit plus.
L’air nous manque. Les rires légers. Trouver la force d’avancer. Pas le choix. On ne peut aller que de l’avant. Plus de retour en arrière. Nous reste la nostalgie d’un passé. Passé de rencontre, passé de rire, de partage. Vacances passées. Pas de rime avec le présent. Nous reverrons nos règles de conjugaison et de grammaires pour réinventer notre futur.
De moins en moins de pensées. De plus en plus de vide. La réalité laisse de plus en plus de place aux rêves. Une vie fantasmée…
Le confinement monte à la tête. Certains ne pourront pas tenir. Il faut qu’on trouve une solution. Une échappatoire. Un autre confinement…
Nous restons là, à essayer de les aider, sans vraiment savoir comment faire. Il nous manque la formule magique. Notre boîte à outils habituelle est bien démunie. La désinfection ne suffit plus à les protéger. Nos conseils deviennent, pour certains, plus pesants qu’apaisants. Mais quoi faire ? Quoi dire ? Parler de ce qu’il y a la télé ? Mais pas des infos…s’il vous plait…
Aucune évasion possible … impossible de fuir cette réalité. Une réalité qui semble tellement peu réaliste.
Ils viennent toujours poser la même question. Comme si, nous avions LA réponse : « À quand la fin de ce temps ? » …

5ème Semaine de confinement :

Après trois jours sans visite, bizarrement tout est calme … quasi absent. Même pas énervés contre nous, même pour des futilités. Sont-ils asphyxiés ? Abasourdis par trop de confinement ? Ils n’en peuvent, peut-être, juste plus de ce que l’on leur rabâche depuis tant de jours… d’ailleurs, il faut arrêter de compter les jours. Cette distanciation sociale ne sera pas sans double effets … je crains l’après. Nous présents, qui devons répéter, nous avons le mauvais rôle, pourtant nous sommes quand même là. Ce qui nous rejoindront, après cette première bataille, auront surement le blason doré, avec des mots remplies de gaieté … petite facilité quand on vient après …
Les pensées sont de moins en moins structurées. Le temps qui passe floute l’avenir. Pas de vision. Pas de mot pour rassurer. Toujours pas de réponse à leur apporter.
Préparons une évasion … oh jolie blague, qui ne fait même plus sourire… même l’ironie ne vient plus. L’humour a du mal prendre … La fantaisie ne vient quasi plus ici…
Ils pensent tous aller gambader dans quelques semaines … naïveté ou espoir pour avancer ? Quoi dire ? Ils espèrent un retour à la « normale » … alors qu’il n’y a plus ni norme ni normalité encore applicable…
Certains ne tiennent plus. Tournent. Attendent de l’autre côté du portail…défiance de la liberté ?
Plus de projet…comment continuer avancer sans projection… Ni date ni action à venir. Futur brumeux ou carrément planqué dans la noirceur. Le manque de projection sur l’avenir paralyse les pensées...
On va y arriver… il n’y a pas d’autre choix. Pas de raccourci. Juste suivre le chemin sans savoir où il nous mène. Destination inconnue. Surprise du chef ? Chef Covid !
Le retour de certains amène l’amertume. Pas de bons conseils s’il vous plait. Ça pourrait nous froisser… Il fallait être là ! Là au début. Là quand ils avaient besoin d’être rassurés. Maintenant, il faut juste suivre sans vouloir tout changer … pas de révolution maintenant.
Respirons. Cette douceur ensoleillée est toujours là. Elle veut nous dire quelque chose. Besoins de s’exprimer. Nous aider peut-être…
Pourquoi ne pas profiter du jardin. Ils ne voient pas l’intérêt ni la chance. Donnons-leur l’idée de tourner, jardiner… profiter. L’herbe nous appelle. Les boutons d’or illuminent cette verdure. Créons-nous un chemin dans cet écrin. Pas d’attestation. Pas de durée chronométrée. Alors profitez ! Profitez de l’espace ! Les distances peuvent être appliquées sans difficultés ! De quoi s’aérer … Vous avez le temps devant vous ! Le soleil se prête à l’activité. Donc sortez ! Faites revivre ce lieu. Ce sera tellement mieux. Sortons tondeuse, bêche et râteau, vous aurez de quoi vous occuper. Tendez l’oreille si vous n’êtes pas sûr. Vous pourrez entendre la douceur de l’herbe qui murmure. Elle s’impatiente de ne plus vous voir. Allez-y alors, vous avez le droit. Durée illimitée !

6ème semaine de confinement

L’humain s’habitue tant bien que mal à tout. On le voit. On le sait. On le constate avec ces semaines derrière nous. Une routine s’est posée. Les gens s’habituent. Même inconfortable, la majorité a compris et s’est créé un nouveau quotidien. Plus simple … plus sain peut-être aussi… ?
Ce confinement imposé, sera peut-être pour certains un révélateur de potentialité. Nous sommes toujours là pour les soutenir, les guider s’ils le souhaitent, mais, de plus loin. Ils réapprennent à faire des choses par eux-mêmes, par la force des choses, par impatience, par ennui… mais ils le font. Faudra qu’ils s’en souviennent. Il faut créer du bon avec cette épreuve. Tout ceci ne doit pas être pour rien. Nous devons nous en servir pour continuer à les faire avancer. Avancer vers un mieux. Continuer leur ascension. Potentiel oublié. Champs des possibles qu’ils ne voient pas, ne voient plus depuis longtemps.
Difficile de garder la tête froide dans ce nouveau quotidien avec les arrivants de l’après. On restera fidèle à nos convictions. Nous nous adapterons. Nous sommes habitués. Nous ferons plus et avancerons. Certaines choses ne changeront pas.
Une vie reprend. Certains s’activent au jardin. Passent le temps. Occupent le vide. Commencent le déconfinement en restant dans la légalité. Ils profitent même de leur balcon.

8ème semaine

Ça y est, nous y sommes. L’après est devant nous. Difficile à imaginer mais il est là. Ce demain tant attendu va bientôt se conjuguer au présent.

Appréhension et doutes subsistent. Ferons-nous ce qu’il faut ?… Demain nous le dira !

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27 mai 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Brèves de pensée de confinée…qui sort pour aller travailler (2)

Par E.G., Travailleuse sociale.

3ème semaine de confinement :

Après un week-end protégé avec mes êtres aimés, un confinement apaisant faisant oublier la réalité … La semaine repart. Le téléphone se remet à sonner. Les machines à laver sont de nouveau accaparées. Surement la résultante d’un week-end trop long, sans sentir de protection…tout au moins une présence rassurante. Un nouveau quotidien se crée … difficile à apprivoiser. Nous devons repenser à comment les aider.
La journée part sur les chapeaux de roue. Ils sont là. Prêts à exister par n’importe quel fait.
On improvise des entretiens dans un coin du jardin, quand le temps du confinement devient trop lent et qu’ils n’arrivent plus à le faire rimer avec leurs pensées.
Toujours la même question : comment les sensibiliser ?
Créer la solidarité… pas facile à tous de l’intégrer.
Certains mots sont difficiles à entendre … nous ramènent à nous poser la question de pourquoi les aider ? …Et pourtant, demain je reviendrai. La tolérance et l’oubli de certains mots sont toujours d’actualité. Ils n’auront peut-être toujours pas compris mais nous continuerons de les accompagner.
Toujours une petite musique de fond pour tenter de nous faire rêver ou au moins de nous évader. Mais que sont devenus nos rêves ? Où se sont-ils échappés ? Les retrouvera-t-on ? Ou laisseront-ils leur place à d’autres … ? On ne reconnait plus notre réalité. On continu à l’improviser. Même si les mots ne viennent plus, notre simple présence est espérée. Nous la voulons bienfaisante même si elle reste silencieuse.
Nous commençons à moins penser à l’après, ne sachant pas où il est…quand est-ce qu’il va arriver.
Rester à la maison. Ne plus avoir envie de sortir … et ne pas venir. Tous les jours, les mêmes pensées. Voler quelques minutes à notre foyer. Profiter de nos bien-aimés. Partir pour mieux revenir en ayant envie de les retrouver … même si on n’arrive pas à décrocher.
Le temps des terrasses est derrière nous, pourtant le soleil nous appelle et est bien présent. Nous serons plus tard en profiter tellement elles nous auront manqué.
Les rayons de soleil adoucissent ces journées. De belles journées ensoleillées pour rester confinés. Ouvrez vos volets, s’il vous plait. Histoire de vous apaiser avec cet air ensoleillé. Cette douceur ne vous donnera peut-être pas autant d’air que vous le souhaitez, mais vous fera patienter.
Ils attendent nos appels…une façon de combattre le sortilège. Plus de notion du temps. Le temps n’est plus une notion ni une option. Il faut juste prendre son mal en patient.
Le calme revient…ils nous ont vus … on profitait de nous … voilà maintenant, ils peuvent rester confinés. Pour combien de temps ?... Ah ça …personne ne sait ! Demain seront ils là, à nous attendre ou bien au contraire nous fuiront-ils ?.... Tout nous échappe…un quotidien qui s’échappe. Notre quotidien. Leur quotidien.
Quelques allers-retours entre ici et chez eux, histoire de faire une pause. Pause de confinement. Première nécessité pour aller… aller de l’avant. Avancer jusqu’à demain. Demain sera un autre jour. Surement le même mais chut … faisons semblant qu’il sera différent.
Certains continuent leur vie, comme si rien n’avait changé. Ils ne comprennent pas le danger. Toujours pas concernés. Peuvent-ils se mettre en danger ? Être un danger ? Toujours des questions.
Pas de porte-ouverte, pour faire rentrer leurs invités, pourtant les portes restent ouvertes autant qu’on le peut … des fois que ce virus aurait osé rentrer sans le demander. Il pourra ressortir aussi rapidement que ce que lui a permis son audace.
Le week-end m’attend … je crois qu’il m’appelle … ou juste un symptôme du confinement ? Moi aussi, j’ai envie d’aller me confiner pour me sentir protéger et essayer de faire revenir un peu de légèreté … ou au moins faire semblant.
Week-end redouté pour eux ? Certains sont surement contents qu’on les laisse un peu tranquille. Mais lequel ?
Le vide s’est emparé de nous. Il est devant nous. Plus envie de rien … ou plutôt envie de tout.
Avant de partir, j’espère toujours revenir. Les voir tous présents.

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26 mai 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Brèves de pensée de confinée…qui sort pour aller travailler (1)

Par E.G., Travailleuse sociale.

Panser les maux en écoutant les mots.

La peur n’est pas un manque de courage, passer par-dessus est le courage.

2ème semaine de confinement
L’heure d’aller travailler arrive…j’ai pas envie d’y aller ... je me rendors, mais le réveil sonne encore. Je n’ai pas le choix, il va falloir se lever. Il va falloir aller travailler.
L’heure d’aller travailler arrive…j’ai pas envie d’y aller…on a fini de déjeuner. Je n’ai pas le choix. Il va falloir y aller. Une petite danse, pleine de légèreté avec ma nana, et puis j’y vais… Remettre un peu de fantaisie pour garder le moral, pour ne pas y penser…pour retrouver de l’énergie.
Sur le trajet, c’est compliqué. J’y pense, j’y pense, j’ai pas envie mais j’y suis obligée.
Une fois arrivée, la journée commence et tout a du sens.
Le temps s’est arrêté, mais il faut aller travailler. Expliquer sans relâche et rabâcher : nous sommes tous concernés. Ces personnes qui sont d’habitude hors de la société. Les problèmes de société, ils ne se sentent pas concernés… Et aujourd’hui, ils ne comprennent pas. Comment leurs faire comprendre que, aujourd’hui, ce problème les concerne eux aussi… Ils ne coupent pas à leur habitudes …sils ne seront pas malade … pas eux … ils le seraient !
Comment se protéger ? Comment les protéger ? Il faut qu’ils comprennent…
Il va falloir désinfecter encore et encore … sans oublier de se laver les mains, encore et encore … téléphoner … expliquer…
Plus d’une semaine déjà passée … une éternité. Les journées sont longues. Chaque heure est doublée. On a envie de parler mais on préfère éviter. Eviter de croiser les gens, éviter le sujet, éviter de faire semblant … Ici ce n’est pas le bagne … mais, on doit être présent. Les rassurer. Leur dire de rentrer. On leur demande d’habitude de sortir, de se sociabiliser et là, bah non ! Rentrer chez vous pour aller bien … quelle bizarrerie. On leur a tellement asséné le contraire depuis tant de temps … Eviter l’isolement !! Bah non pas maintenant. Il faut rentrer chez vous surtout !
On en sortira plus fort !... On veut y croire pour avancer ! Et si tout changeait !... Ce serait rêver ? Rêver, espérer … utopiser pour y arriver ! Où serons-nous dans 2 mois ? Qui sera là ? Ou encore là ? Cette maladie ne tue pas tout le monde. Elle ne tue même pas la majorité des contaminés mais pourtant elle en tue tant…
Notre quotidien habituel est de les soutenir pour éviter les psychoses et aujourd’hui on les aide à créer la psychose. On les confine. Certains cris. Mais gardons nos distances ! … Pour les protéger !!
Les règles habituelles ne tiennent plus … Comment rendre un fou plus fou qu’il n’est !?!? Demandez au Covid, ce qu’il en est !
Un peu de musique pour adoucir les mœurs … Où est passé la fantaisie d’il y a 10 jours ? Mon esprit était tellement sur autre chose … je me voyais ailleurs … des envies d’ailleurs. Des envies d’autres choses. Et là, je suis là, avec l’envie d’être là. Rare repère dans ce quotidien tricoté de rien ... surtout d’improvisation !

Courir au plein air, pour nous-même nous calmer n’est plus d’actualité ! Mais comment se calmer sans s’aérer ? Manger … mais sans modérer … L’anxiété se nourrit de sucre, mais cela ne nous fait pas galoper ni même rêver ! Comment se réinventer ?
Certains désertent … je ne le comprends pas … je ne veux pas le comprendre … La peur ne doit pas empêcher d’avancer ! Comment le tolérer ? Où est la solidarité demandée ? Toujours les mêmes aux abonnés absents … qui s’en sortiront encore sans coups et blessures … peut-être même avec les honneurs !! Nous ne serons pas étonnés mais toujours aussi énervés !
Nous ne sommes pas personnels soignants, tout à leur honneur. Nos pansements au quotidien ne sont rien comparés à leur bravoure, courage, générosité…leurs heures ne sont plus comptées.
Je continue de me coiffer, me maquiller. J’ose même me colorer les lèvres. Oh quelle audace avant de se masquer !! Simples fantaisies pour se parer … alors que les boucles devront être attachées pour moins trainer !
Cette envie de nature, qui nous appelle tous, en ces temps de confinement, sera-t-elle encore là demain, dans l’après ? Reviendrons-nous à des envies plus simples et plus saines ?
Ici, la course au facteur et colis continue. Mais pourquoi ? Pourquoi ces envies simples ne viennent pas jusqu’à eux ?
Aujourd’hui, la buanderie ne marche pas. Cela semble tellement bizarre, elle qui est sollicitée au maximum depuis dix jours. Raison de sortir ? Envie de rencontre ? Raison de parler ? Besoin réel de laver ? Optimisation du temps ? On ne sera jamais. Aujourd’hui, ce n’est pas la priorité !
La terre tourne encore mais le temps est comme arrêté… les minutes s’allongent… mais nous sommes là, présents vivants … sans savoir à qui sera le tour … On rigole, on ironise pour ne pas dramatiser. On ne veut pas se sentir trop concerné … On ne veut pas se faire envahir par l’angoisse et la peur … pour ne pas les voir dans les yeux des autres…pour ne pas les sentir en nous…
Et comment réagirons-nous demain, quand on nous dira que ce virus est derrière nous … qu’il a été vaincu. Oserons-nous embrasser et serrer les personnes chères à nos cœurs que nous avons dû distancer pour avoir encore le temps de les aimer.
Où sont les gens ?... Ils se confinent !

Depuis hier, le téléphone a cessé de sonner…le silence est bien là … toujours les mêmes qui se montrent et se remontrent. Ont-ils compris les gestes barrières ? Oh … j’aimerais dire oui…

Le téléphone a cessé de sonner … on m’a oublié.

Tellement de questions. Juste des questions. Pas de réponse ni d’affirmation… Comment sortira-t-on de cette crise ? Allons-nous changer nos habitudes ? Verra-t-on la vie plus douce après ? Regarderons-nous notre voisin autrement ? Quel souvenir garderont nos enfants de cette période ?

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25 mai 2020

★ INITIATIVES - Travail social apprendre du confinement #2 - Accompagner autrement les familles et la parentalité.

Afin d’outiller les intervenants sociaux dans leurs pratiques professionnelles en cette période de réaménagements nombreux, la fédération des acteurs de la solidarité et l’ANAS se sont associées pour élaborer des mini-conférences de témoignages en ligne sur des sujets clés et pour lesquels intervenants sociaux de tous métiers ont dû s’adapter, innover et faire évoluer leur pratiques.

L’idée générale est de se poser ensemble la question de ce que nous retenons de cette période de confinement en matière d’intervention sociale.

Cette seconde session déroulée sur le sujet de l’accompagnement des familles et de la parentalité. En effet, de nombreuses initiatives de soutien et d’accompagnement ont vu le jour durant cette période pour proposer malgré des conditions d’intervention particulière une écoute, un soutien, un accompagnement selon des modalités dont il peut être intéressant de se demander ce que nous en retiendrons à l’avenir.

Les intervenants ayant participé directement aux échanges :

- Emmanuel OLLIVIER, Directeur d’un Centre d’hébergement d’urgence accueillant des familles / Fondation de l’Armée du Salut
- Nathalie LEPINAY BEGUEC, Directrice de la crèche « Mes Tissages » proposant un accueil parent-enfant / Association ESPEREM
- Arnaud GALLAIS, Directeur d’une association intervenant sur la petite enfance, la parentalité et la protection de l’enfance / Association Enfant Présent
- Violaine TRABAREL, Assistante de service social en polyvalence de secteur
- Isabelle BOISARD, Membre du conseil d’administration de l’ANAS
- Maëlle LENA, Chargée de mission enfance-famille et réfugiés-migrants à la Fédération des acteurs de la solidarité


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25 mai 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Ils seront diplômés en 2020

Par Céline ARBAUD, Formatrice.

16 mars 2020 allocution présidentielle, la décision tombe, le confinement est proclamé. En tant que formatrice cela suppose le télétravail, de repenser la pédagogie, l’accompagnement…
Mais pour les étudiants… C’est la stupéfaction, dans un premier temps : suspension de stages, réserve nationale, réquisition par les employeurs pour les situations d’emploi. Et puis une interrogation : « Comment allons-nous passer notre diplôme ? » Face à cela, nous n’avons aucune réponse officielle, si ce n’est de les encourager à continuer à travailler sur leurs écrits qu’ils doivent rendre en mai.
Les mails, le téléphone deviennent des bouées de secours, pour rassurer face aux épreuves mais aussi pour prendre des nouvelles de ceux qui sont sur les terrains et des autres. « Est-ce que tout le monde va bien ? Sont-ils protégés ? Comment vont les personnes qu’ils accompagnent ? » Nous devenons alors un peu plus que des formateurs, nous soutenons, écoutons, encourageons. Nous organisons aussi les cours à distance pour que la formation se poursuive.
20 avril 2020 premier décret, toutes les épreuves sont annulées, les rendus des écrits ne semblent pas obligatoires. Les épreuves sont remplacées par des notes de contrôle continu, à chaque centre de formation de s’organiser et de faire des propositions. 28 avril 2020, c’est officiel, le rendu des écrits n’est pas obligatoire…
Deuxième effet de sidération tant chez les formateurs que chez les futurs travailleurs sociaux. Ils ne seront pas lus… Nous proposons à nos étudiants de passer un oral afin de présenter leurs écrits. Face à la stupeur, ils n’en comprennent pas le sens. Un échange a lieu, avec un débat animé, comme dans une grosse équipe. Ils nous font confiance et continuent de travailler. Nous leur expliquons le sens que nous y mettons et l’importance à nos yeux qu’ils puissent parler de leur travail mais aussi de la construction de leur identité professionnelle à des formateurs qui ne les connaissent pas.
14 mai 2020, nous faisons un bilan en visio de leur fin de formation. Malgré les écrans, ma collègue et moi percevons l’émotion. Les étudiants ont des difficultés à se dire que c’est fini. Ils reviennent sur les oraux et nous expliquent l’importance que cela a eue pour eux et le sens qu’ils ont pu mettre derrière ces 10 minutes de présentation et ces 10 minutes d’échanges. Ils ont ainsi pu parler de leur travail, de leur recherche et de leur cheminement professionnel.
Mais une question demeure : « Qu’est-ce que vaudra notre diplôme ? En quoi je suis légitime en tant que professionnel en étant diplômé en 2020 ?  » La réponse est la même que pour les autres années. Le diplôme c’est l’aboutissement d’un parcours de formation. Et demain vous serez jeune professionnel avec vos doutes, vos questionnements et une expérience en plus, celle d’une crise sanitaire qui a mis en lumière les métiers du social.

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23 mai 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Distance sociale, distanciation et coopération : défis à venir du travail social (2)

Par Gilles RIVET – COPAS.

Ces différentes approches semblent partager un idéal de communauté de projet. Mais les obstacles sont nombreux qui interdisent de fait, le plus souvent, la réalisation de cet idéal. À commencer par cette fameuse asymétrie de relations et de pouvoir, bien réelle, entre des personnes fragilisées et les différents acteurs d’institutions dont ces personnes restent dépendantes. N’oublions pas non plus l’énergie et le temps nécessaires pour entamer la véritable révolution culturelle que représente la coopération, associant les personnes bénéficiaires, à un projet commun, temps et énergie aujourd’hui principalement investis dans la réponse à des impératifs d’une gestion efficiente. Enfin, parler de révolution culturelle, c’est admettre que l’obstacle le plus solide est peut-être cet attachement à cette distanciation qui parait consubstantiel au travail social. S’il n’existe aucune solution magique, la voie organisationnelle peut cependant ouvrir des horizons. Certes, penser la création d’un établissement ou d’un service d’emblée comme un projet commun, co-construit par les différentes catégories d’acteurs potentiellement impliqués — qu’ils soient professionnels, élus politiques, bénéficiaires, habitants d’un territoire, prestataires de services… —, ne constitue pas une démarche totalement inédite dans l’histoire contemporaine de l’action sociale et de la solidarité. Mais il existe depuis 2001 un support juridique, la Société coopérative d’intérêt collectif, permettant d’incarner un tel projet de co-construction. Pour aller à l’essentiel de ce qui nous occupe ici, la société coopérative d’intérêt collectif (Scic) apporte au statut 1947 des coopératives une innovation majeure : le multi-sociétariat. Plus précisément, toute SCIC doit impérativement être composée d’au moins trois catégories d’associés, parmi lesquelles obligatoirement les salariés et les bénéficiaires. Alors que 741 SCIC étaient recensées en 2017, 86 intervenaient dans le secteur « services de proximité, santé, social, handicap, petite enfance, hébergement » sur les 627 répertoriées en 2016, soit un peu moins de 14%3. Trois exemples pour illustrer ces premières expérimentations. Le 1er novembre 2016, une maison de retraite gérée sous statut SARL classique à Cerizay, dans les Deux-Sèvres, s’est transformée en SCIC SAS, sous l’impulsion de l’ADMR, de la ville de Cerizay et d’une dizaine de salariés. Le 5 décembre 2017, le chantier d’insertion Les Jardins de Volvestre, en Occitanie, s’est transformé en SCIC, dont les statuts ont été signés par les 52 sociétaires, dont 4 collectivités locales, des salariés permanents et en insertion, des agriculteurs ainsi que des partenaires socio-économiques notamment dans le domaine de la formation. Enfin, le 21 décembre 2018, l’entreprise adaptée SAPRENA, en Loire Atlantique, s’est transformée en SCIC, dans laquelle l’ADAPEI reste un acteur majoritaire, outre les 80 salariés, sur 360, qui ont choisi de devenir associés.

Les exemples qui viennent d’être évoqués apportent donc au moins deux innovations majeures au travail social : la première est l’introduction d’une égalité radicale entre professionnels associés et usagers-associés, au nom du principe « un homme/une voix » ; la seconde est l’institutionnalisation d’un projet commun sous la forme coopérative. La SCIC ne possède pas, pour autant, l’exclusivité de cette innovation. Lorsqu’une association décide de modifier ses statuts afin d’ouvrir la possibilité d’adhésion à ses salariés et aux usagers, elle propose au travail un cadre assez similaire, la participation au capital en moins. Dans ces deux formes d’organisation, le travail social qui est susceptible de voir le jour enchâsse l’accompagnement social construit entre un professionnel et un bénéficiaire dans une relation d’égalité entre deux associés. Et c’est dans ce cadre inédit que devrait alors être repensée la distanciation. En effet, si cette dernière a permis au travail social de construire des pratiques d’une professionnalité rigoureuse et respectueuse des personnes, force est de constater que le rapport dominant/dominé n’en a pas été fondamentalement modifié.
Les vécus du confinement, avec leurs expériences relationnelles improvisées par nécessité, viennent se greffer sur des réflexions au long cours concernant la nature de la relation d’aide propre au travail social, mais également sur des expérimentations organisationnelles récentes, mais souvent confidentielles. Il est ici proposé de leur donner une nouvelle visibilité en tirant enseignement d’une crise qui secoue et marquera sans doute durablement les acteurs du social. C’est peut-être en établissant explicitement une jonction entre ces trois éléments — réflexion au long cours, expérimentations récentes, adaptations à la crise — que l’on sortira au mieux de cette période troublée, en franchissant un pas de plus vers un travail social fraternel…

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