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4 octobre 2016

À Hayange, les valeurs du FN en action

Majoritaire dans quatorze mairies, le Front National entend bien montrer qu’il sait user de son pouvoir. Dernier scandale : le maire d’Hayange, en Moselle, veut expulser le Secours populaire d’un local prêté par la municipalité précédente. Un prêt convenu sans droit ni titre. Et que l’édile Fabien Engelmann remet en cause pour des raisons purement politiques « Ce sont des gens qui ont une idéologie communiste », a-t-il benoîtement expliqué à nos confrères du Monde. L’association caritative s’insurge contre ce « crime contre la solidarité » et s’inquiète pour l’avenir des 770 bénéficiaires sur la commune, voulant croire que « la haine ne passera pas ». Or, elle est déjà passée. Avec moins de 35% des voix et lors d’une quadrangulaire, mais pas de quoi empêcher le maire frontiste de mener sa politique de manière décomplexée, à l’instar des autres élus de son parti.

Politique décomplexée
Ainsi à Fréjus, un centre social a été expulsé de ses locaux, comme nous l’avons relaté dans Lien Social, et à Mantes-la-Ville, la Ligue des droits de l’homme a subi le même sort. Enfin à Marseille, le maire de secteur Stéphane Ravier « reprend en main » à sa façon l’espace culturel de la Busserine... Cette nouvelle affaire fait donc office de piqûre de rappel : une fois élu, le FN ne se contente pas de faire de la figuration.


3 octobre 2016

Handicap : le « Zéro sans solution » en question

Une récente étude de l’Observatoire national des aides humaines, porté par le réseau Handéo, explore les difficultés rencontrées par les services d’aide et d’accompagnement à domicile (SAAD) et qui peuvent entrainer un refus ou un arrêt d’intervention. Cette recherche s’inscrit dans la perspective du rapport Piveteau « Zéro sans solution » et de la mission « Une réponse accompagnée pour tous ».
Quatre facteurs sont susceptibles d’entraîner un arrêt : d’abord, l’accompagnement des enfants en situation de handicap, en particulier quand il existe des troubles du comportement. L’apparition de conflits dans les relations entre la personne aidée et le SAAD. Le facteur financier, quand le reste à charge est trop important pour la personne accompagnée. Enfin l’isolement de certains SAAD qui ne sollicitent pas ou ne trouvent pas de partenaires.
Cette étude montre toutefois que les refus ou arrêts d’intervention restent rares. Mais, s’il suffit parfois de trouver un autre SAAD, certains proches aidants se retrouvent sans solution et en souffrance. Pour éviter cette situation, notamment lorsque la personne accompagnée souffre de troubles du comportement, l’étude souligne la nécessité de renforcer la formation, le soutien des professionnels, le travail en réseau, les moyens financiers… Bref, d’investir vraiment dans le « Zéro sans solution ».
Le rapport complet ici


30 septembre 2016

Un film en faveur d’une société plus inclusive

Présenté lors de la dernière Conférence nationale du handicap, le film Partage d’histoires témoigne d’une belle rencontre entre lycéens et travailleurs handicapés. Pendant plusieurs semaines, le réalisateur Guillaume Montmorency a filmé des jeunes de seconde « Accompagnement, soins et services à la personne » (ASSP) et les ouvriers de l’ESAT de l’ESSOR à Falaise.
Pour briser les tabous, les préjugés, changer les regards, chacun est allé dans le territoire de l’autre, côté lycée, côté ESAT. Tous avaient peur : les lycéens de leur façon de réagir, de ne pas savoir comment les aborder. Les travailleurs d’être montrés du doigt et moqués, comme trop souvent. Au fil des échanges, ils perçoivent leur ressemblance.

Un outil pédagogique à partager
Une visite au Mémorial de Caen apprend aux jeunes jusqu’où les discriminations envers les personnes handicapées ont pu conduire, découvrant le programme d’extermination nazi Aktion T4 et la surmortalité par famine dans les hôpitaux français pendant la seconde guerre mondiale.
En 2017, les travailleurs de l’ESAT iront intervenir dans des établissements scolaires du département. Les initiateurs du projet souhaiteraient que l’Éducation nationale s’empare largement de cet outil pédagogique portant sur la différence et la place des personnes handicapées dans la société.
Voir un extrait du film


29 septembre 2016

Toulouse : un campement au cœur de la ville

Une trentaine de tentes, abritant une soixantaine de personnes, seules ou en famille, se sont progressivement installées depuis lundi sur une artère du centre de Toulouse, devant les locaux de la veille sociale. Un rassemblement était organisé hier midi pour leur venir en soutien et dénoncer une situation qui se détériore depuis des mois. « En mai déjà, nous alertions sur des sorties massives d’hôtel, remettant à la rue des dizaines de personnes dont des femmes avec enfant, certaines ayant des problématiques de santé majeures » décrit Annabelle Quillet, conseillère en économie sociale et familiale à la veille sociale.

Dans une lettre adressée à la préfecture mardi, la Fnars et le collectif Inter-associations Toulouse interpellent l’Etat sur « les conséquences inacceptables » de la saturation du 115, invoquant le droit à l’hébergement inconditionnel des personnes


28 septembre 2016

Déscolarisation en bidonville : la première étude

Le Collectif pour le droit des enfants Roms à l’éducation (CDERE) a publié hier une étude inédite sur la scolarisation des 12-18 ans vivant en bidonvilles et en squat. Ils seraient entre 1800 et 2000 en France. Réalisée auprès de 161 jeunes de novembre 2015 à juillet 2016, cette enquête révèle un taux de déscolarisation de 53%, qui atteint 67% si on intègre les enfants scolarisés mais « non assidus ». 96% des adolescents de plus de 16 ans ne vont pas à l’école.

Bonnes pratiques

Les expulsions à répétition apparaissent comme un premier obstacle à l’accès à la scolarité. L’absence de dispositifs adaptés et le manque de soutien aux bonnes initiatives locales de certains élus et des associations sont également des freins à une école inclusive. Au-delà du constat, cette étude réalise des focus sur les pratiques innovantes, porteuses d’adaptation et de réussite scolaire à Lille, Grenoble, Lyon...

Recommandations

Le CDERE se veut également constructif en adressant des recommandations ciblées aux ministères de l’Education Nationale et de l’Intérieur, ainsi qu’aux préfets et aux collectivités locales. Pour Sébastien Lyon, directeur d’Unicef France, « les éléments et données chiffrées présentés dans cette étude doivent permettre de prendre conscience d’une réalité indigne de la France dans le but de faire émerger des solutions co-construites avec les acteurs locaux et nationaux ».

Lire ici : "Ados en bidonvilles et en squat, l’école impossible""


27 septembre 2016

Expo : des logements d’un autre âge

À l’occasion d’« On attend quoi ? », campagne de mobilisation citoyenne contre le mal logement, la Fondation Abbé Pierre pousse un coup de gueule en images sur les murs de la mairie de Paris. L’exposition « La France des mal logés » donne à voir vingt portraits de personnes vivant dans des conditions indignes.
Pour ce projet photographique, Sébastien Godefroy a parcouru les routes de France à bicyclette. Pendant le mois juillet, il a pris le temps de la rencontre avec des mal logés, jeunes, personnes âgées, exilées, travailleurs pauvres. « Je n’ai cessé de constater que les photographies que je réalisais aujourd’hui de ces personnes vivant dans la misère aurait pu être faites il y a 100 ans. »
Vivre dans une maison délabrée, un appartement insalubre, à la rue, dans une voiture, dans un bidonville… chacune de ces situations a fait l’objet d’un témoignage. Travail argentique et non numérique, chaque portrait est accompagné d’un texte éclairant les conditions de vie que l’on rencontre encore trop souvent dans notre pays.
Exposition jusqu’au 9 octobre rue de Rivoli et rue Lobeau, 75001 Paris

La série « La France des mal logés » est à voir ici

À lire aussi
Une France malade de son mal logement
Expulsions locatives à la hausse


26 septembre 2016

Handicap • Mobilisation pour les INJ

Le 7 juillet, le ministère de la Santé et des Affaires sociales a annoncé le transfert du financement des Instituts nationaux de jeunes sourds et de jeunes aveugles (INJ) vers les Agences régionales de santé (ARS). « Actuellement, les instituts sont financés à 60% par les ARS et à 40% par l’État, explique Laure Beyret, enseignante spécialisée à l’INJS de Paris et représentante FO d’une intersyndicale. Nous demandons le retrait immédiat de ce transfert inscrit dans le projet de loi de finances pour 2017, car nous savons qu’il induira une réduction des budgets pour les instituts et donc moins de moyens pour les jeunes que nous accompagnons. » Autres craintes : la perte du pilotage national de l’éducation spécialisée, la remise en cause du caractère national de l’offre de formation et du statut, à long terme, des personnels. Une première grève a eu lieu le 13 septembre, une pétition a été mise en ligne sur change.org et la mobilisation se poursuivra tant qu’une négociation avec le gouvernement n’aura pas été programmée. « Le ministère parle de transparence alors que ni les salariés, ni les familles, ni les représentants syndicaux n’avaient connaissance d’un projet de transfert imminent », souligne Laure Beyret.


22 septembre 2016

Départements : nouveau bras-de-fer avec l’Etat

« Demain, les départements ne pourront plus payer le RSA » : c’est l’un des six slogans chocs de la campagne lancée cette semaine par Dominique Bussereau (LR) au nom de l’Assemblée des départements de France (ADF) pour dénoncer leurs finances exsangues. Rassemblement devant l’Assemblée nationale, réunions publiques, affichage : l’ADF n’a pas lésiné sur la communication.

Ce bras-de-fer avec l’État ne date pas d’hier et l’approche des élections présidentielles et législatives échauffe un peu plus les esprits. Mais au fond qu’en est-il du sujet en question ? Une situation financière réellement délicate pour de nombreux départements, qui voient leurs dépenses augmenter et leurs dotations baisser. Cela ne peut pas fonctionner, c’est mathématique, comme le montre l’ODAS dans ses différents rapports, et n’en déplaise au ministère de la santé et des affaires sociales qui parle de « campagne de désinformation honteuse lancée pour des raisons purement politiciennes ». Le même ministère a toutefois de bonnes raisons d’affirmer que « l’ADF a joué la politique du pire en déclinant l’offre de l’État » lors des négociations autour de la renationalisation du RSA, soldées par un échec.

Victimes silencieuses

Hier, le gouvernement a consenti à débloquer un fonds d’urgence de 200 millions d’euros pour les départements les plus fragiles, en plus d’une rallonge de 50 millions prévue dans le projet de loi de finances pour 2017 pour des projets d’insertion.

Mais l’ADF en demande plus et fera des propositions du 5 au 7 octobre prochain à Poitiers lors de son congrès. Dans cette passe d’armes politique, certains demeurent inaudibles : les plus fragiles, que les départements sont censés protéger et accompagner. Car la liste des initiatives qui obèrent cet accompagnement s’allonge de jour en jour : fin du financement des interprètes dans les centres sociaux de la Drôme, menaces sur le versement de l’aide sociale légale aux associations dans l’Essonne, projet de versement du RSA conditionné à du bénévolat dans le Haut-Rhin, etc.

Dans les querelles de pouvoir, ce sont souvent les victimes collatérales qui ont le moins les moyens de se faire entendre...


21 septembre 2016

Accès à l’éducation • Au ban de l’école

La rentrée scolaire n’est pas une réalité pour tous les enfants. Le collectif pour le droit des enfants roms à l’éducation (CDERE) rappelait le 31 août que « 80 % des enfants vivant en squat ou bidonville ne sont pas effectivement scolarisés ». Le 1er septembre, à l’initiative du Bureau d’aide aux migrants (BAAM), différents collectifs et associations de soutien aux mineurs isolés étrangers se sont retrouvés place de l’Hôtel de Ville à Paris pour dénoncer le refus de scolarisation de ces mineurs. Une classe a été improvisée sur le parvis, le « maître » rappelant que l’école est laïque, gratuite et obligatoire depuis 1882 devant une petite assemblée de jeunes mineurs. Parmi eux, Ibrahim, 15 ans, est arrivé de Guinée Conakry à Paris il y a six mois, il est « passé par le grillage », explique-t-il – qui entoure l’enclave espagnole de Ceuta au Maroc – pour ensuite rejoindre la France où il espérait pouvoir reprendre ses études, « apprendre à lire, à écrire ». Impossible, malgré son acte de naissance, il a été considéré comme majeur par l’ASE. Il vit depuis lors à la rue et rêve « d’aller à l’école ».



20 septembre 2016

Lutte contre le décrochage scolaire : peut mieux faire

Depuis 2008, l’Association de la Fondation Étudiante pour la Ville (AFEV) organise la Journée nationale consacrée au refus de l’échec scolaire. Si ses volontaires apportent un renfort aux équipes éducatives, 110 000 jeunes encore sont sortis du système scolaire sans diplôme en 2015.
À Paris, 500 des 5 000 décrocheurs intègrent l’École de la deuxième chance (E2C). Cet instrument de lutte contre l’exclusion par l’éducation obtient 70 % de sortie en emploi ou en formation. En 2015 pourtant, l’établissement menaçait de fermer faute de subvention suffisante.
Après un changement de direction, l’école bénéficie d’une deuxième chance. Elle ouvre même entre 30 et 50 places supplémentaires dans le cadre de conventions avec l’État et la ville de Paris. L’E2C a bénéficié du plan de 500 000 nouvelles places de formations ouvertes aux demandeurs d’emploi, lancé en mars 2016. Sauvée de justesse donc, mais jusqu‘à quand ?

À lire sur le sujet :
L’inégalité scolaire, chantier majeur
La prévention spécialisée au secours des décrocheurs