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5 février 2018

Hébergement : le fléau des logements surpeuplés

Le mal logement demeure une réalité pour 15 millions de personnes en France : dans son 23ème rapport sur l’état du mal-logement en France, la Fondation Abbé Pierre met en cause la hausse des prix qui creuse les inégalités et laisse les classes populaires mal logées.

Le surpeuplement, qui avait décliné ces dernières décennies, refait surface de manière inquiétante, comme un symptôme à part entière de la crise du logement : 8,6 millions de personnes sont touchées, dont 934 000 de manière accentuée. Les ménages les plus modestes et les jeunes sont les premiers concernés et vivent en grande partie dans un logement privé.
Le risque de surpeuplement intervient essentiellement au sein de foyers vivant dans une pauvreté persistante, où l’évolution des structures familiales a modifié l’occupation du logement et les familles immigrées sont sur-représentées.

Un quotidien invivable

Les conséquences du surpeuplement sur les enfants et les adultes qui le subissent sont nombreuses :

  • Le développement psycho-affectif et psychomoteur chez les enfants est impacté
  • Les difficultés autour de l’alimentation, du sommeil et de l’intimité sont quotidiennes
  • La vie sociale est rendue impossible
  • Les tensions familiales s’accentuent jusqu’à dériver parfois vers de la violence.
  • La promiscuité favorise la transmission de maladies et le fort taux d’humidité provoque des pathologies dermatologiques et respiratoires
  • Les parcours scolaires sont fortement perturbés et la poursuite d’études rendue presque impossible.

« Sortir du déni »

La Fondation Abbé Pierre exhorte les pouvoirs publics et les acteurs du logement à prendre conscience de la réalité du surpeuplement. Elle dénonce cette tolérance qui consiste à dire que la sur-occupation est un choix ou un moindre mal pour les personnes en situation de précarité connaissant des difficultés de logement. La dimension ethnoculturelle est invoquée souvent comme explication au surpeuplement et renvoie la responsabilité aux familles en déchargeant les pouvoirs publics.
La prise en compte réelle du surpeuplement dans certains territoires comme l’Ile de France ou les DOM et la production de logement adaptés au sein de zones attractives seraient un premier pas. La Fondation demande également l’encadrement du prix des loyers dans le secteur privé et davantage de mobilité au sein du secteur HLM pour libérer les grands logements et ainsi les réattribuer.

La politique du logement en question

Si certaines volontés politiques vont dans le bon sens avec la promotion du « Logement d’abord » pour sortir les personnes de la rue de façon durable, de récentes décisions gouvernementales (baisse des APL, ponction sur le secteur HLM) montrent qu’une réelle politique globale du logement est loin d’être mise en place.
Pour la Fondation Abbé Pierre, l’engagement pris par les candidats à l’élection présidentielle de 2017 « sans domicile : objectif zéro » ne peut se réaliser qu’en changeant de philosophie sur l’accès au logement. L’exemple du modèle finlandais, qui a réduit de moitié le chiffre de personnes sans domicile en 20 ans, suppose un réel engagement politique de l’État et un investissement financier de taille.


3 février 2018

« Zéro sdf » : la méthode Macron pour faire baisser les chiffres

« Combien de personnes ont dormi dehors cette nuit » interroge Léa Salamé ce 30 janvier sur France Inter, à l’occasion de la sortie du rapport de la Fondation Abbé Pierre sur le mal-logement. En face d’elle, Julien Denormandie répond sans sourciller : « les chiffres que nous avons, c’est à peu près 50 hommes isolés en Ile-de-France ». Le secrétaire d’Etat à la Cohésion des territoires affirme même, toujours sans rire, qu’aucune famille n’est laissée sans solution.

À Lyon, le même jour, Virginie, éducatrice spécialisée et porte-parole du collectif des professionnels de l’urgence, se souvient d’une femme et de ses cinq enfants laissés dehors, sans solution. Une parmi tant d’autres. Les propos du secrétaire d’Etat l’ont « dégoûtée ».

La rue « réellement » ?

Mais ces personnes sont-elles toutes « réellement à la rue » ? C’est la question posée par la préfecture aux travailleurs sociaux à Lyon. « Nous, professionnels de l’urgence sociale, avons été sommés de signaler les personnes « réellement à la rue », celles que nous rencontrons ». L’idée : faire baisser le chiffre des 2 600 personnes qui, à Lyon, appellent le 115 sans résultat.

Un système « machiavélique » selon les professionnels, mis en place avec le plan grand froid : seules les familles, signalées comme « avérées à la rue » par des travailleurs sociaux, peuvent accéder à ce dispositif : 750 lits supplémentaires auxquels s’ajoutent 200 places ouvertes en urgence en janvier et une « halte famille », une salle collective avec 60 lits de camp, proposée pour 7 nuits.

Les personnes isolées, en campement, sous les tentes, en squat, ne sont plus considérées comme « réellement » à la rue. La procédure classique qui passe par le recensement des demandes par la maison de la veille sociale est court-circuitée. Le tri des personnes à la rue passe ainsi à une étape supérieure.

« Plus personne dans les rues »

« Appeler le 115 ne suffit plus, on considère que les gens mentent, ne sont pas vraiment en demande, il faut que les travailleurs sociaux signalent les personnes pour qu’elles soient considérées à la rue et obtiennent un hébergement », témoigne Virginie. « Les travailleurs sociaux sont pris au piège : ne pas faire remonter les situations, c’est laisser les personnes dehors et le faire, c’est entrer dans le jeu de cette liste ».

Plus « machiavélique » encore, les personnes qui refusent les places proposées sortent de la liste des personnes « avérées » à la rue, tout comme celles qui ont obtenu les 7 nuits d’hébergement proposées. Une bonne méthode pour faire baisser les chiffres et atteindre, en trompe l’oeil, la promesse estivale du président Macron : « Je ne veux plus personne dans les rues, ni les bois ». Le Président devrait y faire une promenade un jour de neige, c’est vivifiant.


1er février 2018

Burn out : les travailleurs sociaux en première ligne

L’Assurance Maladie - branche risques professionnels - a publié récemment une étude qui alerte sur l’augmentation constante des affections psychiques liées au travail. Elle recense 10 000 cas de dépressions, troubles anxieux, stress post traumatiques pour l’année 2016. Entre 10 et 30 suicides seraient directement liés à cette souffrance au travail. Ces troubles psychosociaux représentent 1,6 % des accidents de travail, et l’arrêt de travail dure en moyenne 112 jours.
La reconnaissance de ces maladies psychiques en maladies professionnelles - donc de longue durée avec des arrêts de 400 jours en moyenne - est sept fois plus importante qu’en 2012, soit 596 en 2016.
Les professionnels en souffrance sont majoritairement des femmes de 40 ans au statut d’employée.

Les travailleurs sociaux, premières victimes

Les affections psychiques sont très présentes dans trois secteurs d’activités, en lien direct avec du public : le médico-social, le transport de personnes et le commerce de détail.
20 % des accidents du travail sont concentrés dans le secteur médico-social alors que celui-ci n’emploie que 10% de la masse salariale.
Les cas de stress post traumatique sont les plus présents dans le milieu sanitaire et le burnout touche en priorité le secteur social. En cause, dans la majorité des cas : des changements organisationnels et un management non adapté, une charge de travail excessive et une mauvaise qualité des relations au travail.
Les travailleurs sociaux sont aussi les plus concernés par des arrêts de travail et la consommation de psychotropes.
Le secteur de l’hébergement est le plus touché avec 900 affections psychiques reconnues ; vient ensuite l’action sociale sans hébergement et 500 troubles psychosociaux relevés ; l’activité pour la santé humaine connait quant à elle 413 cas.

Vers davantage de prévention

L’Assurance Maladie appelle les employeurs des secteurs les plus à risque à mieux appréhender la survenue des affections psychiques liées au travail. Une action de prévention sur le long terme doit être menée et un regard particulier doit être porté sur les six facteurs de risques psychosociaux connus : intensité et temps de travail, exigence émotionnelle, manque d’autonomie, mauvaise qualité des rapports sociaux, souffrance éthique, insécurité.
Des supports de sensibilisation et d’informations sont proposés sur le site de l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS). Des formations sont proposées aux salariés sur la prévention des risques psychosociaux et des interventions d’acteurs extérieurs peuvent aussi avoir lieu.

Lire l’étude de l’Assurance Maladie


29 janvier 2018

Dépendance : un mouvement de grève historique demain

Des années de promesses non tenues aboutissent ce mardi 30 janvier à une mobilisation historique dans le secteur de l’accompagnement des personnes âgées. L’appel à une grève nationale rassemble l’ensemble des syndicats de salariés des maisons de retraite et de l’aide à domicile, les associations de directeurs, les retraités et les familles. Tous s’accordent pour dénoncer une maltraitance d’État envers les aînés.

L’annonce de la ministre de la santé d’une rallonge de 50 millions d’euros aux 100 millions déjà prévus au budget pour les Ehpad ne suffit pas à les apaiser. « En 2017, l’État a puisé 100 millions d’euros dans la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie, il en restitue la moitié, dénonce Pascal Champvert, président de l’association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA). Le chef de l’État et Agnès Buzyn refusent de nous rencontrer. Le gouvernement a mis en place une réforme qui va diminuer le nombre de personnels auprès des personnes âgées et refuse une augmentation pour les aides à domicile. Cette attitude démontre qu’il ne prend pas la mesure de cet enjeu majeur qui touche le social, l’économie et l’éthique. Il est en dehors du réel ».

6 minutes auprès des résidents

En formation, les aides-soignantes apprennent à faire des toilettes en 40 minutes. En Ehpad, cela dure 6 minutes maximum. « On nous enseigne les clés pour accompagner au mieux les personnes âgées, mais sur le terrain on ne trouve pas la porte, explique Sandrine Ossart, aide-soignante et assistante en gérontologie dans un Ehpad de Nantes, déléguée syndicale CGT. Théoriquement nous devrions être deux professionnels pour quatorze personnes, mais nous sommes seules. Le soir aussi, pour 24 résidents : ce n’est plus du coucher mais du jeter de grand-mère. Et quand nous dénonçons ces maltraitances, nous encourons des sanctions disciplinaires ».

Un soignant par résident

La revendication première de ce mouvement de protestation est l’application du « plan solidarité grand âge » qui promettait un agent par lit à l’horizon 2012.
« Dès l’été dernier, nous avons été contactés par des associations de directeurs, raconte Julie Massieu, neuropsychologue en Ehpad dans le Finistère, déléguée syndicale CGT. Jusqu’à présent, les bas salaires étaient impactés par les restrictions budgétaires, aujourd’hui les cadres sont également pris à la gorge. Les personnes entrant en Ehpad sont de plus en plus nombreuses, de plus en plus malades, ce qui nécessite un accompagnement médicalisé et du personnel supplémentaires. Or les établissements ne parviennent plus à recruter des aides-soignantes ». En raison de la surcharge de travail, les arrêts maladies et les accidents du travail se multiplient, ce qui accentue le sous-effectif. Face à cet enjeu de société, le secteur ne se contera pas de miettes et prépare déjà la suite du mouvement.


26 janvier 2018

En Paca, l’Uriopss appelle à la résistance face à la circulaire Collomb

Le 22 janvier, les associations de solidarité de la région PACA ont dénoncé lors d’une conférence de presse la circulaire Collomb visant à contrôler la situation administrative des personnes accueillies en centre d’hébergement. Eric Kérimel, représentant de l’Uriopss Paca-Corse a effectué un petit rappel des fondamentaux du travail social. « La loi ne justifie pas que l’on bafoue les valeurs du travail social. Il a fallu attendre 1848 pour que la France abolisse l’esclavage, ce n’est pas parce qu’une directive est légale qu’il faut l’accepter. Les associations ne peuvent être réduites à des outils de la politique du gouvernement. Nous sommes et nous restons guidés par le Code de l’action sociale et des familles ». L’Uriopss dénonce une atteinte aux droits fondamentaux des usagers et un appel à la discrimination. « La circulaire visant à faire rentrer les agents de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) dans les centres d’hébergement d’urgence montre qu’il y a une dérive des pouvoirs publics. Ce dérapage, qui en suit d’autres, est révélateur d’un climat extrêmement tendu entre l’État et les associations. »

Injonctions illégales

« Le principe d’accueil inconditionnel en hébergement, et son corollaire, la continuité de la prise en charge, constituent non seulement la pierre angulaire de notre engagement, mais encore un principe cardinal de l’action sociale », poursuit l’union régionale. Déjà, lors d’une rencontre avec le préfet de région le 18 janvier, les associations avaient signifié leur refus de se soumettre « aux injonctions illégales de collecte et de transmission d’informations à caractère personnel susceptibles de porter préjudice aux personnes. Car même sans droit au séjour, les personnes ne sont pas dépourvues de droits à l’hébergement, à la santé, à l’éducation, à la protection du domicile, à la protection contre les traitements inhumains et dégradants ». Ce recensement des personnes présentes dans l’hébergement, comme demandé par la circulaire, se heurte, en effet, aux règles de confidentialité fixées par la loi « informatique et libertés ».

L’accueil low cost en question

« Face à l’ineptie de cette circulaire, il appartient aux conseils d’administration de prendre leurs dispositions, explique Eric Kérimel. Mais nous constatons déjà que le tri s’opère au niveau des services intégrés de l’accueil et de l’orientation (SIAO), donc il y a un public que nous ne voyons plus. Certaines grosses associations sont les clés à molette de l’État, elles ne sont pas portées par un fond militant, mais par le désir d’obtenir des marchés, même s’il faut pour cela accepter de faire de l’accueil low cost et faire venir des agents administratifs ou des forces de l’ordre ».
Cet appel à la résistance a trouvé le soutien du Défenseur des droits, Jacques Toubon, qui demande le retrait de cette directive flirtant avec l’illégalité, et rappelle lui aussi que le seul critère de l’accueil en hébergement d’urgence est la vulnérabilité des personnes.


24 janvier 2018

Crise à l’Adapei 33 : après les salariés, les cadres

« En 30 ans de métier, c’est la première fois que je vois ça » : éducateur spécialisé en Institut médico-éducatif (IME) et délégué syndical central CGT de l’Adapei Gironde, Pierre Guittard s’étonne mais approuve la lettre ouverte adressée au conseil d’administration par des cadres, qui ont souhaité rester anonymes. Cette lettre, que Lien social s’est procurée, dénonce d’abord des choix d’organisation risqués pour la sécurité des usagers, à des fins d’économie. « À compter de janvier 2018, il n’existe plus qu’un seul cadre d’astreinte par territoire qui gère tout, des questions RH, aux problématiques des usagers, aux déplacements sur site en passant par les soucis matériels (…) Comment peut-il répondre présent simultanément à un oubli de médicament, une absence de veilleur de nuit, un incident grave, voire décès, sur plusieurs établissements ? », s’interrogent les signataires.

Nombreux départs de cadres

Le deuxième point concerne le management, qualifié de « brutal et arbitraire », signe d’un « mépris » qui « est devenu une norme ». « Nous n’avons aucun moyen interne à l’ADAPEI pour défendre nos droits mis à part des syndicats salariés mais nous ne souhaitons pas tout mélanger. Cette pression et cette situation sont devenues invivables et impactent directement nos vies professionnelles et personnelles. Nous n’allons pas pouvoir continuer longtemps ainsi », poursuivent les rédacteurs. Ils invitent le conseil d’administration à interroger les salariés ayant préféré quitter leur poste, une quarantaine selon eux. Et dénoncent une situation financière « inquiétante », interrogeant, à propos de la reprise d’un établissement : « Avons-nous besoin d’un nouvel ESAT, très coûteux, alors que nous n’arrivons déjà pas à financer tous les projets indispensables pour assurer un accueil adapté et sécurisé à toutes les personnes accueillies dans nos structures ».

Des grèves depuis 2014

« Nous partageons les constats, même si nous regrettons que cette lettre soit anonyme, analyse Pierre Guittard. La dérive s’est amplifiée avec le récent accord sur le temps de travail, que la CGT a refusé de signer, et dans lequel les cadres étaient particulièrement visés. Pour la direction générale, cet accord est une boîte à outil afin de réaffirmer son autorité. Au pôle enfance, des changements au pas de course vont survenir sans aucune concertation avec les professionnels de terrain ». Selon Pierre Guittard, trois des quatre directrices des IME de l’Adapei 33 sont actuellement en arrêt maladie.

Déjà en 2014, un mouvement de grève avait secoué l’association qui compte 1 300 salariés et accueille 2 000 personnes en situation de handicap. Les grévistes réclamaient la démission du directeur général, Emmanuel Devreese. En avril 2017, les salariés cessaient à nouveau le travail avec cette même revendication. Jusqu’à présent, les cadres ne s’étaient pas mobilisés et le directeur général restait soutenu par le président, Didier Bazas. Cette fois, celui-ci assure à Lien Social : « La gouvernance a été interpellée par le contenu du courrier adressé par des cadres au Conseil d’administration de l’Adapei de la Gironde et a engagé immédiatement une phase de réflexion afin d’y apporter une réponse appropriée ». Emmanuel Devreese n’a pas donné suite à nos sollicitations.


22 janvier 2018

Les nouveaux contrats aidés à la sauce Borello

Ne dîtes plus « contrats aidés » mais « parcours emploi compétences » : Jean-Marc Borello, président du Groupe SOS mandaté par le gouvernement en septembre après le tollé suscité par l’annonce de la diminution des contrats aidés, a remis son rapport intitulé Donnons-nous les moyens de l’inclusion le 16 janvier dernier.

Parmi ses 19 recommandations pour favoriser l’insertion professionnelle des publics en difficulté, les « parcours emploi compétences » ne relèveront désormais plus du secteur privé mais uniquement du public – associations, employeurs publics et territoriaux. De nouvelles obligations s’imposeront à ces derniers, afin de recentrer ces contrats d’un nouveau genre sur les personnes. Les employeurs devront s’engager à former les salariés, remise à niveau, préqualification, VAE, etc. –, mieux les accompagner dans l’aide à la recherche d’emploi en fin de parcours, « décliner l’emploi en compétences transverses » et signer un contrat tripartite Pôle emploi-salarié-employeur.

Réactions timides, mais positives

Autre proposition, elle aussi retenue par la ministre du Travail Muriel Pénicaud : la création d’un fonds d’inclusion pour permettre aux préfets de région de nouer de nouveaux partenariats avec les collectivités locales, d’expérimenter des solutions en fonction du territoire. Ce fonds de 2,3 milliards d’euros regrouperait des financements déjà existants, dont ceux destinés à l’insertion par l’activité économique ou aux entreprises adaptées.

Côté associatif, les réactions ont été plutôt positives, bien que très timides. Le Mouvement associatif « soutient et partage » de « nombreuses propositions du rapport ». Mais il prévient : « il sera néanmoins nécessaire de voir comment les exigences "d’employeur-abilité" évoquées par le rapport pourront prendre forme sans pénaliser ou décourager les associations primo-employeuses ou mono-employeuses » qui ont été « les premières impactées par la baisse drastique des contrats aidés ».

De nombreuses questions restent ainsi en suspens : l’accent mis sur la « qualité » plutôt que la quantité des contrats ne risque-t-il pas de laisser sur le côté les personnes très éloignées de l’emploi ? Quel devenir pour celles dont les contrats se sont achevés brutalement ? Comment sera soutenu l’emploi associatif, fortement soumis aux restrictions budgétaires ?


19 janvier 2018

Quartier mineurs de Villepinte : l’alerte de la PJJ

Alors que les surveillants de prison poursuivent leur mobilisation pour obtenir davantage de moyens pour leur sécurité, à Villepinte les professionnels de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) ont récemment donné l’alerte sur le quartier « mineurs » de la Maison d’arrêt.

« Pressions », « harcèlements physiques autant que psychologiques », « réveils à coups de pieds dans leur porte à trois heures du matin », « coups de la part de professionnels », « maltraitances banales et quasi routinières », « loi du talion », « rats, punaises de lits, puces, cafards » : cette description, longue et édifiante, figure dans un courrier adressé fin octobre à la Direction interrégionale PJJ Île-de-France/Outre-Mer. Elle vise à « enclencher une réflexion collective sur les conditions d’incarcération des mineurs » dans cette maison d’arrêt, et plus largement en France.

Conditions « proches de l’incurie »

Les professionnels de Seine-Saint-Denis font le « constat régulier d’un délitement sans limite des conditions d’incarcération des jeunes mineurs » et d’actions éducatives « menacées et empêchées », sous couvert de questions sécuritaires.

Ils pointent une « politique qui cantonne des adolescents à des conditions de vie proche de l’incurie et qui encore, les façonne toujours plus à des modalités relationnelles brutales, violentes et souvent en écho de leurs parcours d’existence déjà très douloureux ».

Un « détournement des moyens »

La direction interrégionale indique avoir reçu les organisations syndicales ainsi que les professionnels au sein de la maison d’arrêt « afin de leur détailler le plan d’action » qui sera mené conjointement avec l’administration pénitentiaire, et dont l’échéance est fixée à juin 2018.

Mais le syndicat national des personnels de l’éduction et du social (SNPES-PJJ/FSU-IDF) dénonce « une embolie des lieux de détention », une « banalisation de l’enfermement » et un « détournement des moyens qui devraient être dédiés aux services de milieu ouvert ».


17 janvier 2018

Participation des personnes accueillies : des progrès, peut mieux faire

La loi 2002-02 en fait un principe règlementé : la participation des personnes accueillies au sein d’un Conseil de la vie sociale (CVS) doit être organisée au sein des structures sociales et médico-sociales. Seize ans après la loi, la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS) a mené son enquête pour appréhender le processus de participation réel à l’œuvre dans les établissements adhérents au réseau.
356 questionnaires ont été renseignés, majoritairement par des structures du secteur de l’insertion (CHRS pour 50% des répondants) et des travailleurs sociaux, personnes accueillies, directions.

Seuls 8% des répondants ne font état d’aucune forme de participation au sein de leur structure. Pour la FAS, c’est le signe que la majorité des acteurs ont pris en compte ce besoin. Toutefois, les CVS ne représentent que 19% des formes d’expression mises en place et 56% des structures font appel à d’autres formes de participation - réunions, questionnaires de satisfaction, etc. Un résultat dû selon la FAS à une trop grande contrainte des CVS dans leur application, qui impose de réfléchir à une diversification des modes de participation pour les adapter aux différentes structures et publics. La souplesse des autres formes de participation, sans représentants élus par exemple, est plébiscitée notamment dans les centres d’hébergement d’urgence.

Manque d’outils

La bonne compréhension du rôle de cette instance est également interrogée. Pour les répondants, le CVS améliore le vivre ensemble, permet de se rencontrer et d’échanger des informations et propositions. Il est une première étape d’exercice de la citoyenneté. Reste un écueil : que le CVS ressemble davantage à un groupe de parole pour réguler la vie en collectivité et s’éloigne donc de son objectif premier, la participation à la vie de l’établissement.

Le manque d’outils mis à disposition freine aussi la dynamique du CVS : pas de lieu adapté, pas d’ordinateur ou de téléphone, ce qui rend la communication difficile et ne permet pas un fonctionnement autonome. Le rôle des équipes pour garantir la mise en œuvre des CVS varie également : « bien qu’annoncée comme essentielle dans l’organisation collective, la participation est la première action à être mise de côté par manque de temps ».

Aller au-delà de l’obligation légale

Les personnes investies dans les CVS sont pour 67% d’entre elles représentées à l’extérieur de la structure, dans les Conseils régional et national des personnes accueillies et accompagnées (CRPA et CNPA) de la Fédération, qui participent aux politiques publiques et ont une visibilité certaine.

Parmi les enjeux identifiés pour l’avenir : l’adaptation du CVS aux différentes formes de structures et de public accueilli, avec des formes de participation multiples, l’échange sur les bonnes pratiques et le développement des moyens pour l’autonomie du CVS. Enfin, la FAS préconise d’aller au-delà de l’obligation légale et d’encourager la participation au sein du secteur de l’Insertion par l’activité économique, des accueils de jour et de recueillir la parole des enfants. Elle proposera un accompagnement aux structures, avec notamment des « kits » et l’organisation d’une journée nationale sur le sujet.


15 janvier 2018

Formations : Dernière ligne droite pour la refonte des diplômes

La dernière réunion de la commission professionnelle consultative du travail social et de l’intervention sociale (CPC), chargée de repenser les formations, devait avoir lieu le 15 décembre 2017. Mais ce jour-là, seuls les référentiels formation ont été validés. Une nouvelle réunion est donc prévue le 22 janvier en l’absence de validation des travaux sur le socle commun et les référentiels de certification.

À l’approche de cette phase finale des travaux de refonte, certains professionnels et formateurs avaient fait part de leurs inquiétudes. Dans une tribune publiée sur le site de Lien Social, Véronique Jacquet de la Fédération nationale des éducateurs de jeunes enfants (FNEJE), Christine Sovrano (CGT) et Gabrielle Garrigue (Avenir Éducs) s’étaient alarmées d’un « manque de vision d’ensemble de la méthodologie utilisée » pour construire le socle commun.

Mise en oeuvre en septembre

« Dans ce processus, les représentants des salariés tentent de ramener à tâtons l’essentiel des métiers alors même qu’ils sont peu nombreux dans les groupes métier et encore moins représentés lors des comités de coordination », expliquaient-elles. L’Inter-REgionale des formatrices et formateurs en travail social avait également lancé une lettre ouverte aux directions des écoles de formation et à l’UNAFORIS pour tenter de se faire entendre avant la fin des travaux.

Ils rappelaient l’importance des stages longs en contact direct avec les publics pour élaborer et transmettre les pratiques, soulignaient les spécificités de la construction des métiers du travail social et soutenaient l’importance du travail en équipe et en institution pour forger le cadre des futurs professionnels. La réforme doit émerger des travaux de la CPC dans le courant du mois pour une mise en œuvre dès la rentrée 2018.