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21 mars 2018

22 mars : le travail social aussi dans la rue

À la veille de la journée de mobilisation pour la défense de la fonction publique Pierre Sersiron du Syndicat Asso rappelle que la casse du service public n’impacte pas que les fonctionnaires. « Quand on réduit les moyens des collectivités territoriales, le travail associatif et social est la première variable d’ajustement. Alors que le gouvernement tend à individualiser les professionnels et à sectorialiser les luttes, nous devons montrer notre capacité à faire groupe. Cette journée de mobilisation nationale doit également être une occasion d’informer sur nos actions, la complexité de la situation et les conséquences directes des choix actuels de politique profondément libérale sur notre travail et nos publics. » L’organisme de défense des travailleurs du secteur associatif souhaite jouer l’union dans un contexte où les associations sont traitées comme des prestataires, et où le gouvernement mise avant tout sur les entrepreneurs sociaux, l’engagement citoyen ou encore le contrat à impact social.

Travailleurs sociaux en première ligne

L’intersyndicale - CGT, FA, FSU, SUD-Solidaires, UNEF, soutenus par le collectif Avenir Éducs et les États généraux alternatifs du travail social (EGATS) - pose un même constat : face aux coupes budgétaires, les travailleurs sociaux sont en première ligne et les personnes accompagnées sont les premières victimes. « Dans le secteur social et médico-social, les conséquences sont immédiates et dramatiques : recul dans la lutte contre les inégalités, régression de la qualité des services, politiques d’enfermement des mineurs, non protection des enfants en danger et des mineurs isolés, des personnes les plus vulnérables, des personnes âgées dépendantes en EHPAD ou à domicile, de plus en plus de personnes et d’enfants sans-abris, instrumentalisation à outrance du travail social au profit d’un autoritarisme d’état » (circulaire Collomb), détaille le communiqué. L’intersyndicale appelle à la mobilisation dans ce contexte ou « sans exception, les services sociaux et médico-sociaux sont aujourd’hui assimilés à des marchandises qui doivent obéir aux lois du marché ».


19 mars 2018

Hébergement • Fin d’hiver, retour à la rue

Que va-t-il se passer à partir du 31 mars ? Le 7 mars, les trente-quatre organisations nationales réunies au sein du collectif des associations unies n’avaient aucune réponse sur le devenir des 15 000 personnes hébergées dans le cadre du plan hiver et des 5 000 abritées via le plan grand froid.
« Nous n’avons aucune annonce sur le nombre de places pérennisées », alerte Florent Gueguen de la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS) qui dénonce « le compte à rebours infernal imposé par cette politique de l’hébergement saisonnier ». Les places du plan grand froid sont déjà en train de fermer, souligne le DAL : 3 998 personnes en Île-de-France vont être rapidement remises à la rue.

Une pratique contraire à la loi, rappelle l’association, puisque le principe de continuité de l’hébergement est inscrit dans le code de l’action sociale et des familles. « Ce système de porte-tournante de l’hébergement n’est plus supportable ; il est maltraitant », appuie Florent Gueguen. D’ailleurs, les personnes à la rue en désespèrent : selon les maraudes, 60 % à 70 % des personnes sans abri rencontrées par les maraudes, selon la FAS, disent ne plus appeler le 115 parce qu’il faut passer des heures au téléphone pour espérer les joindre, parce qu’il faut tout recommencer le lendemain, parce que les places en gymnases ou les salles collectives ne sont pas adaptées… Le gouvernement semblait avoir compris l’absurdité (et l’important coût humain et financier) de cette politique en prônant la logique du logement d’abord. Le collectif des associations unies salue ce tournant, sauf que, concrètement, il ne se passe rien.

Certaines mesures comme la réduction des APL, la baisse des financements pour les CHRS et la diminution du nombre de constructions de logements très sociaux vont même à l’inverse de cette volonté affichée. Or, rappelle Christophe Robert de la Fondation Abbé Pierre, « la politique du logement d’abord, c’est d’abord des logements ».


16 mars 2018

Pauvreté des enfants et des jeunes : le collectif Alerte dubitatif

Des mesures fiscales favorables aux plus aisés d’un côté, une urgence sociale de l’autre : le collectif Alerte a rappelé le 13 mars ses propositions au gouvernement pour éradiquer la pauvreté des enfants et des jeunes et cesser de creuser les inégalités sociales. C’était deux jours avant la présentation, hier, des rapports des groupes de travail sur la stratégie nationale de prévention et de lutte contre cette pauvreté. Leurs recommandations misent sur l’investissement social, l’accueil universel des jeunes enfants, le soutien à la parentalité ou encore la qualification de tous les jeunes à 18 ans. Impossible à ce stade d’en connaître l’avenir : le président de la République doit livrer ses
arbitrages dans les prochaines semaines.

Santé, école, formation

Les mesures souhaitées par les associations du collectif Alerte commencent dès la naissance, avec un droit à l’accueil de tous les enfants de moins de 3 ans afin de garantir l’égal accès à la socialisation et à l’éveil dès la naissance. Un accompagnement à la parentalité plus systématique aurait aussi tout intérêt à être développé.
L’accès à la santé des enfants et à la prévention par le développement de la médecine scolaire, des PMI et d’espaces dédiés aux familles devrait être renforcé.

Le collectif souhaite aussi qu’une attention particulière soit portée sur l’effective scolarisation des enfants dans tous les territoires et sur la lutte contre le décrochage scolaire.
Tout jeune dès 18 ans devrait également pouvoir bénéficier de ressources (RSA), d’un accompagnement vers l’emploi et de formation dans un esprit de « droit commun du parcours d’insertion des jeunes ».

Sortir de la précarité

Pour le collectif Alerte néanmoins, se soucier de la situation de pauvreté des enfants et des jeunes ne suffit pas, il faut aussi et surtout répondre à la situation de précarité des familles dans lesquelles ils grandissent. L’enjeu est de pouvoir permettre à ces enfants d’envisager un avenir personnel en dehors d’une précarité subie, leur donnant les mêmes chances de réussite que les autres.

Une mesure phare du collectif consiste à créer un revenu minimum décent de 850 € par mois et de développer en parallèle une réelle politique d’accompagnement vers l’insertion. Pour permettre aux plus éloignés de l’emploi d’intégrer un parcours professionnel, des emplois dans le secteur de l’Insertion par l’activité économique pourraient être créés.

Concernant la santé, la simplification de l’accès aux soins de tous s’impose, tout comme la lutte contre le fort taux de non recours à la CMU et à l’ACS, le développement des Permanences d’accès aux soins de santé (PASS) et les équipes mobiles psychiatrie précarité.

Enfin, aucun enfant ne devrait dormir dehors : pour cela le collectif demande instamment que le droit au logement soit respecté, préconise une offre de logements adaptés et suffisante, ainsi qu’un renforcement de la prévention en cas de ruptures dans un parcours de vie - sorties d’institutions, expulsions, etc.


15 mars 2018

Asile : fin puis reprise de grève à la CNDA

Au soir du 12 mars, face « à l’impasse des négociations » après 28 jours de grève, les agents de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) ont signé un protocole d’accord de sortie de grève. « Largement insuffisant », selon les syndicats, ce protocole ne répond pas aux questions essentielles posées par les grévistes.

À tel point qu’ils ont de nouveau déposé un préavis pour le mardi 20 mars, cette fois non reconductible. À partir du 13 février, les agents de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) ont mené une longue grève. Ils protestaient contre la future loi asile et immigration et sa « logique comptable » qui selon les agents, vise à accélérer les procédures au détriment de la qualité de traitement des recours - recours reçus après un premier rejet de la demande d’asile par l’Office français des réfugiés et apatrides (OFPRA), ndlr.

Des revendications laissées pour compte

Surtout, ils défendaient leur projet de juridiction « construit, clair dont la qualité est reconnue par tous les acteurs », appuie Nathan Sautreuil, rapporteur et secrétaire du syndicat indépendant des personnels du Conseil d’Etat et de la CNDA. Ce projet vise notamment à faire reconnaître la place du rapporteur dans la formation du jugement, à réduire l’instabilité des effectifs, constitués d’une forte part d’agents vacataires, à diminuer la charge et la cadence de travail.

Aucune de ces revendications n’a été entendue. « Nous avons obtenu une petite augmentation de salaire, l’installation de groupe de travail et la mise en place d’analyse des pratiques », explique Eva Hong-Bauvert, rapporteure et syndiquée FO, qui ne cache pas son dépit. La direction de la Cour a renvoyé les agents vers le gouvernement. Leur nouveau préavis de grève est donc adressé au Premier ministre et au ministre de la Justice.

Logique du chiffre contre qualité

« Nous sommes devant une logique du chiffre qui se retrouve dans tous les services publics » souligne Nathan Sautreuil. Face à des personnes pour qui le retour dans le pays d’origine peut être une question de vie ou de mort, « nous n’avons pas le droit à l’erreur, il faut de la qualité dans notre travail ».


14 mars 2018

Prisons : la réforme Macron ne convainc pas

Les syndicats ont fraîchement réagi aux annonces faites par le président Emmanuel Macron sur les prisons lors de son déplacement le 6 mars à l’École nationale de l’administration pénitentiaire (ENAP) d’Agen.

Concernant l’annonce de la création de 1 500 postes de conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation (CPIP), la CGT insertion-probation renvoie à la situation actuelle : « Loin des 40 personnes prises en charge par agent promises pendant sa campagne, la réalité est plus douloureuse : un conseiller d’insertion et de probation peut ainsi se retrouver avec plus de 130 personnes à suivre ! Aujourd’hui, le recours à d’éventuels agents non titulaires confirme la précarisation de nos métiers, la déqualification par des recrutements de CDD sans formation initiale et la décrédibilisation de l’ENAP, puisque les contractuels ne sont pas formés à l’école. »

Une agence nationale du TIG

L’annonce laisse également dubitative l’Union syndicale de la magistrature car ces recrutements sont évoqués depuis 2014. Il faudra pourtant de vraies créations de postes pour appliquer les nouvelles directives visant à éviter l’enfermement pour les peines de un à six mois.

« La réponse sera ainsi rapide, affirme le Président. Il faut renforcer la détention à domicile par la surveillance électronique par le bracelet. Il faut accroître le contrôle hors les murs. » La réponse sera aussi économique, une journée de détention coûtant 100 euros contre 11 euros avec un bracelet électronique.

D’autre part, le ministère de la justice entend également développer les travaux d’intérêt général (TIG), présenté comme un outil d’insertion, en les dotant d’une agence nationale. Actuellement, faute de personnel pour accompagner cette alternative à l’incarcération, les peines de TIG se limitent à 17 000 par an.

Des SPIP, pas des places

« Non, les peines en attente d’exécution et aménagées ne sont pas des peines inexécutées ou qui ont vocation à être inexécutées. indique le Syndicat de la magistrature. Ce sont des peines dont les modalités d’exécution sont déterminées par le juge de l’application des peines et le service pénitentiaire d’insertion et de probation. Ce travail n’est pas mécanisable et il prend du temps : il n’aurait, sinon, aucun sens… Ce travail est, par contre, largement perfectible. Mais pour cela, il faudrait donner des moyens supplémentaires que le ministère se refuse de mettre ailleurs que dans la construction de places de prisons supplémentaires. »

Les entreprises de BTP devraient s’y retrouver avec un objectif de création de 7 000 places sur le quinquennat. Puisque les peines de plus d’un an ne pourront plus être aménagées, c’est sûr, il va falloir pousser les murs.


12 mars 2018

Personnes âgées : à quand la réforme des Ehpad ?

Ce 15 mars, les personnels des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) doivent de nouveau descendre dans la rue – dans la foulée de la manifestation du 30 janvier – dénoncer la maltraitance institutionnelle engendrée par la dégradation des conditions de travail et le manque d’effectifs. L’Union nationale des centres communaux d’action sociale (Unccas), gestionnaire d’environ 10% des Ehpad, a réaffirmé sa mobilisation ; les associations sociales et médico-sociales ont elles aussi lancé de forts messages d’alerte.

La ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, a certes initié un cycle de rencontres censées préparer une « feuille de route sur les enjeux du vieillissement ». Rendue en principe fin mars, celle-ci prévoit des actions concernant la prévention de la perte d’autonomie, la qualité de la prise en charge des personnes âgées, le soutien aux aidants. De même, la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) a récemment émis quelques recommandations.

Mais ces besoins sont identifiés depuis déjà un certain temps (mission flash, nomination d’un médiateur, commission du Sénat, préconisations des associations…). Alors ?


9 mars 2018

Psychiatrie : toujours des atteintes aux droits de l’Homme

La procédure d’urgence n’est pas habituelle pour la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL). En 2016, Adeline Hazan l’avait déclenché après l’observation des conditions d’incarcération à la maison d’arrêt de Fresnes. Sa démarche fait cette fois suite à une visite au pôle de psychiatrie du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Saint-Etienne. Du 8 au 15 janvier 2018, les contrôleurs ont constaté un usage abusif de la contention et de l’isolement, ainsi que des conditions indignes d’accueil. Lors de leur passage, les urgences accueillaient vingt patients relevant de la psychiatrie : treize étaient sur des brancards, dont sept attachés, dans les couloirs, à la vue de tous.

Enquête administrative

Le directeur général du CHU a déclaré à l’AFP « ne pas contester ces observations », en ajoutant avoir engagé un « plan d’action d’envergure ». Dans une lettre adressée au CGLPL, il annonce le réaménagement des urgences pour une meilleure prise en charge des problématiques de santé mentale et la création d’un nouveau pôle de psychiatrie d’ici 2021. En attendant, Michaël Galy lance « une enquête administrative et des audits » et tient à rappeler « les bonnes pratiques » en matière de contention. Selon les règles publiées en mars 2017 par la Haute Autorité de santé (HAS), un patient susceptible d’être dangereux pour lui-même ou pour les autres ne devrait pas être enfermé plus de douze heures et attaché plus de six heures.

Pas de contention « bien faite »

De son côté, l’association Pour l’accès au droit des usagers de la psychiatrie et des produits psycho-actifs (Padupp) rappelle : « en aucun cas nous ne pourrions considérer les contentions "bien faites". Elles sont des atteintes aux droits de l’Homme et des privations de liberté non entérinées par une décision de justice. La décision de certains services de ne pas les pratiquer, érigée au rang de "politique de service" est cependant notable et pourrait être opposée aux sceptiques qui les considèrent comme inévitables. »

Dans un rapport publié en 2016, Adeline Hazan dénonçait déjà cette pratique comme ne relevant « le plus souvent pas de décisions thérapeutiques, mais de considérations de simple organisation, d’économie ou de gestion ». Ce constat partagé dans de nombreux établissements a été un des déclencheurs de mouvements de grève dans toute la France en 2017. Agnès Buzyn, la ministre des Solidarités et de la Santé, n’a pas encore répondu à la procédure d’urgence. Quant aux budgets accordés aux services de psychiatrie en 2018, ils devraient rester constants, alors que le nombre de patients augmente.


7 mars 2018

Accompagnement des mineurs isolés : de nombreuses préconisations

Dans l’attente d’une décision gouvernementale sur le premier accueil et la mise à l’abri des enfants isolés étrangers, les publications relatives à leur accompagnement par la protection de l’enfance fleurissent : étude sur les bonnes pratiques départementales publiée par l’Observatoire national de l’action sociale (ODAS), recommandations de bonnes pratiques diffusées par l’Agence nationale de l’évaluation et de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux (ANESM). La Fédération des associations de protection de l’enfant (CNAPE) a aussi publié un document relatif à cette « crise humanitaire », critiquant une protection de l’enfance au rabais et demandant une réelle prise en compte des besoins des jeunes (1).

Appels à projets à moindre coût

Le nombre de MNA pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance (ASE) est passé de 4 000 en 2012 à 14 000 en 2017 en l’absence de politique nationale et globale à leur égard. Les réponses apportées à l’accueil de ces jeunes varient d’un département à l’autre et sont souvent différentes de celles de la protection de l’enfance dite généraliste. La CNAPE révèle des appels à projets à moindre coût, une absence d’élaboration de projet pour le jeune, un accès aux droits disparate.

Les départements sont confrontés à un système de protection de l’enfance saturé : certaines décisions judiciaires ne sont pas appliquées et des enfants restent dans leurs familles alors qu’ils sont en danger. La CNAPE en appelle donc à une intervention urgente de l’État.

Au regard de leur parcours, les MNA devraient pouvoir bénéficier d’un accompagnement spécifique vers l’accès aux soins, dans leurs démarches juridiques ou sur des problématiques d’endettement ou de prostitution, d’une scolarité adaptée, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui.
Pour les MNA pris en charge par l’ASE, le passage à la majorité est plus difficile que pour les autres jeunes car s’ajoute la question de la régularisation administrative et l’isolement en France. Un accompagnement qui s’achève à 18 ans les laisse dans une grande précarité.

13 préconisations pour répondre aux besoins urgents

  • - Mettre en place un pilotage national et une réponse homogène des différents services de l’État, de la justice et des départements pour garantir un traitement équitable aux MNA. Une réflexion doit également être menée au niveau européen pour le respect de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant (ratifiée par la France).
  • -La suppression des seuils d’âge au sein de la minorité (l’arrivée avant ou après 16 ans n’a pas les mêmes conséquences pour les jeunes).
  • -Proposer un financement à hauteur des besoins repérés au risque sinon de voir le système de protection de l’enfance imploser.
  • -Mettre en œuvre un projet individualisé pour chaque mineur avec un accès à la scolarité obligatoire et un bilan de santé physique et psychique. Proposer un suivi pour les jeunes majeurs.
  • -Avoir le droit de conserver des liens avec la famille dans le pays d’origine et envisager le retour comme une réponse possible (non systématique) travaillée avec les équipes éducatives.
  • -Proposer un accès à l’information et à l’accompagnement juridique et organiser un plateau technique de différents professionnels (juriste, professeur, conseiller en insertion etc).
  • -Former les professionnels aux spécificités des besoins des MNA et valoriser les parcours de réussite de ces derniers.

(1) Accompagner et accueillir les mineurs non accompagnés au regard de leurs besoins – Février 2018 – CNAPE


5 mars 2018

Baisse des contrats aidés : une décision prématurée selon un rapport du Sénat

L’annonce de la baisse drastique des contrats aidés à l’été 2017 et de leur fixation à 200 000 pour l’année 2018 a été un coup dur pour le secteur associatif et les collectivités territoriales. Un rapport de la commission de la culture, de l’éducation et de la communication du Sénat s’est penché sur l’efficacité des contrats aidés et sur les conséquences de leur diminution. Il reconnaît un bilan contrasté du dispositif mais s’inquiète du devenir des petites associations et de leurs capacités de financement, ainsi que du nombre de bénéficiaires laissés dans la précarité.

Bilan contrasté, utilité sociale démontrée

L’esprit du contrat aidé connaît un large consensus dès lors qu’il permet à son bénéficiaire de prendre le chemin de l’emploi, tout en ayant accès à une formation professionnelle et à un accompagnement vers l’insertion.
Cet objectif de départ n’a pas toujours été respecté selon le rapport. Les chiffres du chômage ont certes diminué avec l’embauche de nombreux demandeurs d’emploi, mais l’objectif final d’une insertion professionnelle à long terme n’a pas été tenu.
Dans le secteur non marchand le nombre de contrats aidés a explosé en raison des contraintes financières des associations pour embaucher de manière durable. Seules 26% de personnes de ce secteur obtiennent un CDI, CDD de plus de six mois, statut de travailleur indépendant ou de fonctionnaire.

Ne tenir compte que de ce chiffre serait pourtant réducteur : les contrats aidés, loin d’être une fin en soi, ont permis une autonomie financière et une reconstruction sociale et professionnelle pour de nombreux bénéficiaires éloignés de l’emploi. Le coût jugé trop élevé de ce dispositif par le gouvernement est aussi à relativiser car il a eu un effet sur l’emploi, a permis de relancer la consommation et de faire revivre un secteur « utile socialement », duquel l’État s’est désinvesti peu à peu.

La survie des associations en jeu

La décision prise rapidement et sans concertation de diminuer les contrats aidés a eu un effet désastreux sur les bénéficiaires, les associations et les collectivités territoriales. Non renouvellement brutal de contrats, manque de personnel dans les écoles retardant la rentrée scolaire - comme à la Réunion - et mise en difficulté de petites associations. Dans un contexte où celles ci se trouvaient déjà fragilisées par la loi de finances 2018, cette décision s’est avérée prématurée.
La transformation des contrats aidés en Parcours emploi compétences (PEC) depuis le mois de janvier 2018 vise à offrir un meilleur accompagnement à un nombre moins élevé de bénéficiaires. Avec ce nouveau dispositif, le gouvernement laisse donc de côté et sans perspective d’insertion professionnelle un grand nombre de demandeurs d’emploi, en majorité des seniors proches de la retraite pour qui la formation n’est plus utile ou des personnes en situation de handicap.

Pour une alternative crédible

Pour soutenir la vie associative, le rapport préconise d’assurer une transition en douceur dans la réduction des contrats aidés en les augmentant temporairement de 50 000 pour les associations de moins de cinq salariés. En parallèle, revoir à la hausse les tarifications et stabiliser les subventions sur les temps des missions permettraient la survie et le bon fonctionnement des associations. Quant au Parcours emploi compétences : Pole Emploi et les Missions locales devraient être assurés d’avoir les moyens humains et financiers nécessaires à leurs actions et la formation adaptée aux besoins des bénéficiaires.
Pour les oubliés du PEC, une augmentation temporaire du nombre de contrats aidés (50 000) est vivement conseillée, en les destinant aux plus de 55 ans et aux chômeurs de longue durée et en lançant une réflexion pour une politique nationale de l’emploi de ces personnes.

L’État face à ses responsabilités

L’État transfère d’années en années toujours plus de ses missions d’utilité sociale sur les associations sans pour autant augmenter leurs financements, au contraire. Avec la baisse des contrats aidés, il les a durablement fragilisées et parfois mis leur existence en péril. Le débat sur le financement des services publics et sur le soutien de l’État concernant l’accès aux sports, aux loisirs, à la culture, et à tout ce qui fait cohésion sociale est donc relancé.


2 mars 2018

Marseille : la PJJ squattée par des trafiquants

Cet été dans les quartiers nord de Marseille, un réseau de trafiquants de drogue s’est installé dans une propriété du ministère de la Justice. Le domaine de sept hectares accueille quatre services de la protection judiciaire de la jeunesse (foyer, AEMO, insertion et pôle régional de formation), ainsi que deux associations, l’une gérant un centre éducatif fermé, l’autre un chantier d’insertion. Accompagnés par une cinquantaine d’agents, des dizaines d’adolescents plus ou moins en difficultés viennent quotidiennement sur le site, d’autres y vivent. Le domaine est ouvert pour permettre aux habitants de la cité voisine de traverser le parc afin de rejoindre plus rapidement les transports en commun. Pour les dealers, cette ouverture est l’opportunité de toucher une clientèle qui ne souhaite pas pénétrer au cœur de la cité.

Des agents intimidés

Minimisée par la hiérarchie, la situation s’est dégradée au point que les éducateurs de la PJJ se sont mis en grève le 30 janvier. « À partir du mois d’octobre, les incidents se sont multipliés, explique Isabelle Audureau, représentante régionale de la CGT PJJ. Certains agents ont été intimidés par des membres du réseau cagoulés. Des jeunes se sont fait embrigadés ou sont entrés en conflit avec les trafiquants ». Interrogé par l’AFP lors de cette grève, le directeur interrégional adjoint de la PJJ, Franck Arnal, semble quelque peu dépassé. « Le malaise profond de nos agents est entendable et nous prenons au sérieux leurs demandes, mais nous ne pouvons pas seuls éradiquer le trafic de drogue dans les quartiers Nord ». Face à cette inertie, l’exercice du droit de retrait est voté lors d’une assemblée générale, où le personnel déclare à l’unanimité avoir « un motif raisonnable de penser qu’ils sont dans une situation de danger grave et imminent ».

Accompagnement psychologique

La direction tente alors d’infléchir la position des grévistes, arguant qu’abandonner le terrain serait une victoire pour les dealers. De son côté, le médecin de prévention qui a rencontré les agents évoque des risques psycho-sociaux très inquiétants et préconise un accompagnent psychologique. Confrontée au mal-être et à la détermination des agents, la hiérarchie accepte finalement de délocaliser le foyer, les services du milieu ouvert et d’insertion. Seuls les cadres continuent d’exercer sur le site. La présence d’une équipe de cinq gardiens pousse le trafic à quelques mètres de là, hors du domaine. La construction d’un mur a été annoncée, mais les travaux ne devraient pas aboutir avant le mois de septembre. Le 25 février, les agents du milieu ouvert et de l’insertion sont prévenus par courrier d’une reprise de leur activité sur site à partir du 12 mars. « Maintenant, c’est à eux de décider de la suite à donner au mouvement, remarque la syndicaliste. Désormais, ils savent comment défendre leurs droits, ils sont sortis de leur isolement. »