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► C’est quoi le problème ? Par Mélodie • Seul(e,s)

Regarder défiler les articles sur le tapis roulant, elle en a plus que marre ! Tous ces gens qui achètent tout ce qu’ils voient et qui gueulent parce qu’il n’y a plus de moutarde, plus d’huile, plus de farine... – comme si c’était de son fait ! – l’excèdent ! Elle a envie de leur jeter leurs courses à la tête une bonne fois pour toutes et de ne plus remettre les pieds dans ce traquenard de la consommation à outrance. Sans compter qu’une musique mièvre ébruite le fond, à longueur de journée ; elle n’en peut plus. Son jour de congé, elle décide d’aller à pôle emploi pour leur dire que ce n’est plus possible, qu’elle voudrait un autre stage ou une petite formation rapide pour faire autre chose, un travail plus utile et réjouissant qui lui donnerait envie de se lever le matin. Sa demande est entendue, elle se retrouve dans une crèche quelques mois plus tard, à l’aube de ses 28 ans. Y’a plein de bébés partout qui braillent, qui rient et qu’il faut changer, nourrir et amuser. Les journées de Pauline sont pleines. Elle rentre chez elle épuisée, mais plutôt satisfaite de son nouveau job. Y’a des jours plus épuisants que d’autres, mais quel bonheur d’être entourée de ces petits êtres dépendants ; ils ont tellement besoin d’elle ! C’est la première fois qu’elle se sent importante. Son enthousiasme s’ébrèche rapidement jusqu’à cette journée fatidique où tout bascule, chambarde sa vie et détruit celle des parents de Victor. Elle ne supporte plus les pleurs de l’enfant d’un coup. Oui, elle sait bien qu’il met ses dents, elle tartine ses fesses rouge écarlate de crème depuis son arrivée, lui masse les gencives au gel Delabarre et le berce de plus en plus fort avec le désir de le serrer jusqu’à l’étouffer, pour ne plus l’entendre. Elle est démunie, éprouve un sentiment d’impuissance et s’obstine à vouloir le faire taire. Les pleurs de l’enfant lui crient qu’elle est nulle, qu’elle est incapable de le consoler et d’atténuer sa douleur. Elle regrette soudain la musique lancinante du supermarché et la bêtise récurrente de ses clients. Personne ne lui vient en aide, non. Elle s’isole dans la salle de change et, n’y tenant plus, lui balance le flacon de Destop à la figure. Mal refermé, le produit s’échappe et se glisse dans la bouche du nourrisson. Oui, l’enfant s’est tu, pour toujours. Je suis hantée par d’horribles pensées : des images de parents heureux d’aller chercher leur rejeton à 17h percutent celles de leur effondrement la seconde suivante. Et la jeune femme, quelle vie après ce drame ?