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Publication n° 809 du 21 septembre 2006

Thèmes : Précarité.

Les familles monoparentales dans la précarité

Le nombre de familles monoparentales a quasiment doublé en quarante ans. Certaines d’entre elles doivent faire face à de grosses difficultés et leurs enfants sont repérés comme cumulant les risques. Une situation qui ne s’améliore pas

Les familles monoparentales — l’expression (one-parent families) a été importée des États-Unis voici un quart de siècle — se sont multipliées en quelques décennies. Fin 1996, l’Insee les avait déjà évaluées à sept millions dans l’Union européenne : dans les huit états où les chiffres étaient exploitables, leur nombre avait augmenté de 58 % entre 1983 et 1996… Près de 10,7 millions de jeunes Européens — dont 1,8 million de moins de cinq ans, 5,9 millions entre 5 et 15 ans et 3 millions entre 16 et 24 ans — étaient concernés, soit plus de 13 % de l’ensemble des enfants à charge (fourchette allant de 6 % en Grèce à 23 % au Royaume-Uni).
Or, de toutes parts, les enfants de ces familles sont repérés comme cumulant les risques. En France, les rapports successifs de l’Observatoire de l’action sociale décentralisée (Odas) pointent les risques de maltraitance ; le baromètre santé jeunes du comité français d’éducation pour la santé (CFES) souligne leurs problèmes de santé ou d’addiction. Certains organismes ou associations — tels le centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc) ou le Secours catholique — estiment que la moitié d’entre eux ne partent pas en vacances et doivent être secourus par les associations… Le 10 avril 2006, la conférence nationale de lutte contre les exclusions avait encore confirmé que la pauvreté monétaire des femmes et des familles monoparentales allait croissant.
En fin d’année dernière, une enquête Ipsos avait interrogé des femmes seules élevant des enfants 1 . Celles-ci faisaient part de leur angoisse financière : 67 % avançaient des difficultés à boucler les fins de mois, alors que 70 % admettaient rencontrer des problèmes récurrents d’ordre financier. La même proportion faisait observer qu’il était largement plus ardu d’obtenir un crédit pour une femme seule que pour une femme mariée ou vivant en couple. « Les conséquences du chômage sont plus difficiles à supporter pour les familles monoparentales », avait déjà prévenu, quelques années auparavant, le rapport Famille et chômage (1999) du Haut conseil de la population et de la famille : « 43 % de celles-ci et près de deux sur trois de celles ayant un chômeur en son sein déclarent qu’elles doivent s’endetter »…
Pourtant, le lien entre la crise de l’emploi et la crise du couple a bien été mis en lumière et fait l’objet de plusieurs études : mobilité professionnelle géographique, crainte du chômage étaient puissamment apparues depuis au moins dix ans. La perte d’emploi, par exemple, constitue souvent un accélérateur des conflits conjugaux.
Dernière confirmation en date : selon le rapport annuel de la délégation du Sénat aux droits des femmes et à l’égalité des chances, rendu le 21 juin dernier, ces familles monoparentales sont à dominante féminine et souffrent plus que les autres de la précarité. Dans l’écrit intitulé Familles monoparentales et familles recomposées, un défi pour la société française, la délégation « pose la question d’une adaptation du droit de la famille » pour une meilleure mise en adéquation avec les réalités d’aujourd’hui 2 . Trois constats y sont dressés. D’une part, l’accroissement rapide du nombre de familles monoparentales — et aussi recomposées — est dû au fait d’une séparation des couples plus fréquente qu’auparavant : en 1999, on dénombrait 1,5 million de familles monoparentales, soit près d’une famille sur cinq. Au sein de ces familles, 2,4 millions d’enfants, soit 15 % du chiffre total. Par ailleurs et à titre de comparaison, la France comptait la même année 700 000 familles recomposées (8 % de l’ensemble des familles) où vivaient 1,5 million d’enfants (8,7 %).
Fait préoccupant, « parmi les 25 % d’enfants qui vivent aujourd’hui avec un seul parent, 85 % vivent avec leur mère et un tiers ne voit plus jamais leur père », précise encore le rapport. Qui plus est, les familles monoparentales victimes de l’insécurité sociale, apparaissent davantage touchées par la précarité et les difficultés sociales : chômage, problèmes de logement et de garde d’enfants… Quatorze propositions étaient alors formulées : retour à l’emploi facilité pour les chefs de familles monoparentales, actualisation des statistiques, rééquilibrage entre revenu minimum d’insertion (RMI) et aide au parent isolé (API), accès privilégié aux crèches, évaluation de la résidence alternée, élaboration de barèmes de calcul des pensions alimentaires « fondés sur des critères objectifs », désignation éventuelle du beau-parent comme tuteur en cas d’absence de testament, etc. Que vont devenir ces préconisations ?
Mais faut-il d’emblée dresser un constat de fragilité pour les familles monoparentales ? En octobre 2005, la Ville de Paris avait créé l’aide au logement des familles monoparentales pour un montant de 29 millions d’euros… Attention à la stigmatisation ! Affiliée à la Confédération syndicale des familles (CSF) et existant depuis 1967, la fédération syndicale des familles monoparentales (FSFM) a ainsi récemment fait entendre sa voix contre le contrat de responsabilité parentale 3 . Celui-ci a été publié au Journal officiel le 2 septembre dernier : son non-respect sera désormais susceptible d’entraîner la suspension des prestations familiales…

Joël Plantet

1Consultable sur : www.ipsos.fr/CanalIpsos/articles/18...

2 Familles monoparentales et familles recomposées, un défi pour la société française, 298 pages, Gisèle Gautier, sénatrice

3 FSFM - 53, rue Riquet - 75019 Paris. Tél. 01 44 89 86 81

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