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Faits de société > N° 1071-1072 du 19 juillet 2012

Mais que faire de la prostitution ?

Certes, le corps ne peut ni ne doit être une marchandise, et la prostitution est souvent violence contre les femmes, via, par exemple, des réseaux mafieux. Une fois dit cela, comment l’abolir ? Pas si simple.

« Mon objectif, c’est de voir la prostitution disparaître », déclarait le 24 juin la ministre des Droits des femmes, pour qui « il s’agit de protéger l’immense majorité des prostituées, qui sont d’abord des victimes de violences de la part des réseaux », tout en annonçant l’organisation d’une conférence de consensus sur cette question. Depuis 2003, la loi punit le racolage passif de deux mois d’emprisonnement et de 3 750 € d’amende. Effet majeur : prostitution reléguée dans des zones moins accessibles pour les associations (le candidat Hollande avait annoncé son intention de supprimer ce délit). Par ailleurs, la pénalisation des clients revient régulièrement dans le débat public, tous les partis politiques ayant voté en décembre une résolution allant dans ce sens. Mais les travailleurs du sexe estiment qu’il s’agit d’une attaque en règle contre un moyen d’existence, générant une augmentation des risques de violences et d’exploitation, un accroissement des contaminations, et surtout une stigmatisation et des discriminations encore plus institutionnalisées. Ils rappellent qu’ils ne sont considérés comme travailleurs que lorsqu’il s’agit de payer des impôts.
Selon les estimations (sous-évaluées, selon les acteurs associatifs), entre 18 000 et 20 000 personnes se prostituent en France, dont 70 à 80 % de femmes et 80 % d’étrangers. Parmi elles, une part non chiffrée de prostitué(e) s indépendant(e) s refuse d’aller vers encore plus de clandestinité. Le Syndicat des travailleurs du sexe (Strass) et Act up estiment que la lutte contre le sida et le travail des associations n’en seront que plus ardus. Pourtant, un rapport du Sénat sur les politiques publiques et la prostitution avait établi en 2001 que la prostitution française se dégageait de plus en plus du proxénétisme. Dans un texte remarqué, Élisabeth Badinter avait dénoncé le fait que « les abolitionnistes ont décidé une fois pour toutes que la personne prostituée est inaudible et non crédible à cause de son statut de victime absolue ». Le moins que l’on puisse raisonnablement avancer serait que l’abolition exige de trouver des alternatives crédibles et durables pour les personnes prostituées. Or, les associations de soutien sont financièrement exsangues.

Pour des politiques publiques favorisant le démantèlement des réseaux

« Répression des putes : ni PV, ni fourrière. Des droits »… Les 6 et 7 juillet, de nombreuses personnes prostituées revendiquaient dans les villes de France leur activité professionnelle en soulignant qu’elles n’étaient pas des « inadaptées sociales ». Abolitionnisme = idée simpliste, estiment nombre d’acteurs concernés : quelle source de revenus remplacera la prostitution lorsqu’on sait qu’elle est assurée par des personnes peu qualifiées et des migrants en situation irrégulière ? Comment l’empêchera-t-on d’aller dans des lieux plus clandestins, plus dangereux, de rendre les centres de soins plus inaccessibles et de la faire exploser sur Internet ? En outre, la loi française réprime déjà le proxénétisme (sept ans d’emprisonnement, 150 000 € d’amende, mais sans moyens pour l’appliquer). L’association Avec nos aînées (ANA), qui tente de faire sortir des femmes âgées de la prostitution, demande de ne pas oublier la proportion de celles qui sont « libres et indépendantes ». La garde des Sceaux, Christiane Taubira, a récemment exprimé sa préférence pour des politiques publiques favorisant le démantèlement des réseaux (une quarantaine le serait seulement par an) et une sanction accrue du proxénétisme. La prostitution – l’interdire ne la fera pas disparaître – est un problème éminemment social, qui doit entraîner de solides et crédibles alternatives.

Joël Plantet

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