25 mai 2013
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Abonnez-vousRécemment, la première édition d’un festival Cinéma et Handicap s’est imposée par la qualité de sa programmation et de sa réflexion engagée sur l’accessibilité. Démarche artistique et militante. À parts égales.
Il n’y a pas qu’Intouchables (environ 20 millions d’entrées) dans la vie… Film où, comme trop souvent, le personnage handicapé est joué par un comédien valide. Mais est-il possible de faire autrement ?
Fin mars, en Vendée, la première édition d’un étonnant festival eut lieu : Un autre regard - Cinéma et handicap a présenté pendant trois jours une série de films documentaires (« Michel Petrucciani », « Je suis ») ou fictions. L’événement a interrogé de manière pointue la question du handicap et de l’un de ses corollaires essentiels, l’accessibilité. Deux questions complémentaires ont été formulées : de quelle visibilité les personnes handicapées, qu’elles soient personnages ou comédiens, disposent-elles dans le paysage audiovisuel français ? Par ailleurs, quelle accessibilité aux salles de projection pour les spectateurs en situation de handicap ? Globalement, la réflexion est de fait politiquement engagée, reliée aux exigences, voire aux échéances réglementaires européennes. Une journée « professionnelle » mais accessible au public a permis des échanges entre producteurs, comédiens, réalisateurs et publics concernés par le handicap. Au final, sur quatorze séances et de multiples débats, le festival a accueilli 1 500 personnes.
En France, environ six millions de personnes sont considérées comme sourdes ou malentendantes. Si la télévision (notamment Arte) fait un effort d’offres audio décrites, le cinéma, lui, a beaucoup plus de mal à suivre. Un cinéma adapté doit permettre l’accès aux fauteuils roulants, avoir des copies en version sous-titrée sourds et malentendants (VSM) et des casques équipés HF pour les films projetés en audio description… Les films présentés au festival – courts, moyens ou longs métrages – étaient, eux, tous audio décrits en VSM. Dans le même ordre d’idées, l’emblématique marraine du festival, l’actrice Sophie Vouzelaud, ancienne première dauphine de Miss France sacrée en 2007, actuellement porte-parole de la communauté sourde, utilise la langue des signes dans sa vie quotidienne.
D’autres expériences y ont été faites : les participants ont pu ainsi entendre une partie du scénario d’un prochain film de Nils Tavernier, lue par un acteur français « en fauteuil » et un acteur sourd en langage des signes.
Cinq longs-métrages, récents, voire inédits, ont été en compétition : Hasta la vista, voyage de trois jeunes handicapés moteurs en Espagne pour une première expérience sexuelle ; The Hammer, sur la vie d’un champion de lutte américain sourd ; Je suis, tourné dans un centre de rééducation de traumatisés crâniens (voir LS n°1058) ; Michel Petrucciani, retraçant la vie du pianiste ; et Porfirio, fiction mettant en scène un paraplégique cherchant la reconnaissance de son handicap. Hors compétition, d’autres films – comme Le Discours d’un roi ou Yo tambien… – ont également abordé les multiples facettes du handicap. Le 31 mars, à la clôture du festival, c’est le documentaire Je suis qui remporta le Prix du public. En novembre prochain, à Paris, ces films seront de nouveau projetés dans le cadre du Mois extraordinaire.
Joël Plantet