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Faits de société > N° 1053 du 8 mars 2012

Banlieues sans illusions, les oubliées de la campagne électorale

Relégués, stigmatisés, les quartiers populaires de la politique de la Ville font figure, pour l’instant, de grands oubliés dans la campagne électorale. Une initiative gonflée a récemment bousculé les candidats.

Née à Clichy-sous-Bois après les « émeutes » de 2005, l’association AClefeu a réussi un joli coup : fin février, elle installait pour quelques jours son Ministère de la Crise des banlieues en plein cœur de Paris et présentait aux candidats ses douze propositions pour l’élection présidentielle. Parmi celles-ci, des peines d’inéligibilité pour les maires ne respectant pas le quota de 20 % de logements sociaux, le vote obligatoire et la reconnaissance du bulletin blanc, un plan d’investissement pour l’éducation, etc. Du 16 au 26 mars, l’association sillonnera le pays, avec deux caravanes. Les militants d’AClefeu avaient déjà fait signer en 2007 un contrat social et citoyen aux candidats d’alors. Aujourd’hui, le PS et François Bayrou se prononcent pour la création d’un ministère de l’Égalité ; François Hollande promet 150 000 emplois d’avenir dans les quartiers de politique de la Ville ; de même, le 27ème de ses 60 engagements se veut clair : « Je maintiendrai les services publics dans nos banlieues ». Il est en effet plus que temps… Eva Joly estime que « la solution pour les banlieues, ce sont ses habitants » et veut leur octroyer un droit de veto sur les opérations de rénovation urbaine et propose d’investir « un euro supplémentaire dans l’humain pour chaque euro investi dans le béton ». Jean-Luc Mélenchon parle même, lui, de supprimer le ministère de la Ville pour plus d’égalité.

Un sentiment très fort de perte de partenariat avec l’État

L’enjeu est de taille : l’abstention bat des records absolus dans certains quartiers de la politique de la ville. Il y a un an, un rapport du think tank Terra Nova pointait une rupture progressive et plus ou moins consommée entre leurs habitants et la gauche… Le plan Marshall promis en 2007 est devenu laborieusement plan Banlieue, puis plan Espoir banlieue ou Dynamique espoir banlieue, sans réalité consistante. Depuis cinq ans, les associations du Forum social des quartiers populaires (FSQP) tentent de se forger une identité commune. En novembre 2011, elles dénonçaient ensemble les « politiques paternalistes » et les handicaps inhérents à ces territoires relégués en matière d’emploi, de transports, de logement, de santé… Un cercle de réflexion sur les quartiers populaires, Graines de France, a récemment montré, après étude, que le fossé entre jeunes de certains quartiers et la police allait s’agrandissant. Début février, un colloque intitulé Banlieues, quelles propositions pour demain ? a surligné le manque de contenu sur ces banlieues dans les propositions électorales des différents candidats. En janvier, le Conseil national des villes (CNV) a rendu les conclusions des coordonnateurs de conseils locaux et intercommunaux de sécurité et prévention de la délinquance (CLSPD/CISPD) sur l’évolution des politiques de prévention de la délinquance. Le bilan est plus que mitigé, le constat alarmant. « Sentiment très fort de perte de partenariat avec l’État », « manque d’articulation et de synergie entre les différents financements qui pourraient être mobilisés », associations en danger de trésorerie, solitude des villes « pour faire face aux enjeux de prévention de la délinquance et de sécurité urbaine » y sont soulignés.
La conclusion est rude : « L’État ne favorise pas l’animation de réseaux, la coordination par ses services notamment départementaux, un travail collectif sur les évolutions de la délinquance, la capitalisation des bonnes pratiques, les formations, les priorités à partager, les efforts à conjuguer. Ces manquements se font cruellement sentir pour éviter un essoufflement des acteurs ou une approche idéologique ou bureaucratique de la prévention de la délinquance. »

Joël Plantet

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