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Publication n° 910 du 18 décembre 2008

Thèmes : Relations.

Elixir

Auteur(s): Ninon Loup -

éd. Aparis, 2008, (94 p. ; 12 €)

Voilà un petit livre qui va devoir trouver des appuis afin de passer les deux obstacles dressés contre lui. Le premier vient de ce qu’il est l’œuvre d’une toute nouvelle auteure. Celle-ci, longtemps « soignante aux services de malades » comme l’indique la 4ème de couverture, prépare aujourd’hui un diplôme de cadre de santé (c’est d’ailleurs à cette occasion que nous l’avons rencontrée, sur le banc d’un amphi pentu). Ces indices n’ont rien d’anecdotiques puisqu’ils sont le fil rouge, rouge comme la couverture et son étoile de mer, d’une centaine de pages évoquant la rencontre amoureuse, le plaisir des sens et le devenir de l’homme. « Tu crois qu’on peut d’un geste lent, Comme ça déshabiller nos âmes, Atteindre nos secrets d’enfants, Sans un soupir et une larme » (p.27). Ensuite, second obstacle à surmonter, et non des moindres, ce petit ouvrage fait œuvre de poésie. Jamais cette forme d’écriture n’aura été autant maltraitée que par les temps présents pour lesquels seules la rationalité, la rentabilité et l’opérationnalité ont droit de cité. La République ne se nourrit que de ce qui lui est utile ; et elle exige de chacun de ses citoyens qu’il en fasse autant. Exit alors les rêveries qui ne soient pas marchandes et autres élixirs de bonheur puisés à la racine des mots ! Pourtant il fut une époque, au fond pas si lointaine, où les poètes affranchissaient les cités de leurs frontières et libéraient les êtres humains de leurs aliénations quotidiennes. « Dans la vie, Chacun est libre de sa nuit » (p.25). Dans Elixir, ces deux vers forment un poème à eux tout seuls. Le neuvième, chiffre du diable et de l’apocalypse ! Est-ce un hasard ? Mal aimés, maudits par les ordres et les pouvoirs de toutes sortes, les poètes étaient, une fois morts, enterrés par delà les remparts et les espaces civilisés. Aussi n’est-il pas anodin de voir une future cadre oser écrire de la poésie et s’inscrire dans cet espace hors cadre. « Je vous écris pour ne rien vous dire… Tant les mots me brûlent les lèvres » (p. 38). Le choix n’est pas simple et il n’est jamais sans risque de venir ainsi s’exposer à la lecture d’autrui. « La liberté n’a pas de prix, Mais un revers de la médaille, Qui chaque jour qu’à chacun faille, porter le poids de l’infini » (p.88).
Bien entendu les vers d’Elixir ont encore, à la bouche et à l’oreille, ce manque de maturité qui caractérise les jeunes productions. « Le cœur brûlant mes mains défont, Chaque bouton de ta chemise » (p.40). Mais peu importe l’inexpérience et les maladresses au fond, « Parce que le monde est si joli, Qu’il vaut bien que l’on s’y arrête » (p.87). Et ce recueil de rimes est bel et bien une étape pour ce monde-là, une terre d’accueil offerte par Ninon Loup, un nom d’emprunt pour un temps d’écriture. « C’que j’aime en toi, C’est que tu ne m’appartiens pas, Et peu importe ce qu’on en dise, On ne peut lutter contre ça » (p. 39).

Philippe Gaberan

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