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Publication n° 568 du 15 mars 2001

Thèmes : Personne âgée.

Aimons-nous nos vieux ?

Avec l’allongement de la durée de vie, les personnes âgées sont de plus en plus nombreuses. Les progrès de la science et l’enrichissement économique permettent de les prendre en charge et de reculer encore plus l’espérance de vie. Ne fait-on pas ainsi tout ce qu’il est humainement possible de réaliser en faveur du troisième âge ? Interview de Marion Péruchon, maître de conférences à l’université de Paris V, René Descartes, (Laboratoire de psychologie clinique et pathologique)

Les personnes âgées sont de plus en plus nombreuses dans nos sociétés occidentales. Les progrès scientifiques et médicaux aidant, les « vieillards » d’aujourd’hui n’ont en apparence plus rien à voir avec ceux d’il y a à peine 50 ans. Quel regard portez-vous sur cette nouvelle donne sociale et psychique pour le troisième âge ?
Le regard que je porte est un regard découlant de la psychosociologie du vieillissement et de la vieillesse. Si les progrès scientifiques et médicaux ont beaucoup avancé depuis 50 ans, le côté relationnel avec la personne âgée a changé et pas forcément dans un sens positif malgré, là aussi, les progrès effectués la concernant sur le plan social (matériel : hébergement, hygiène par exemple). Je me réfère ici aux institutions de gérontologie, phénomène sans précédent dans l’histoire de l’humanité, je me réfère à ces maisons de retraite médicalisées, type long séjour ou moyen séjour, qui sont hélas bien souvent des ghettos. Les personnes âgées étant regroupées, parquées entre elles, obligées de vivre dans des lieux qu’elles rejettent la plupart du temps même si ceux-ci sont objectivement confortables voire « accueillants ». Le vieillard, il faut bien le dire, rejette le vieillard. Et dans ces lieux de vie, il souffre d’être avec ses congénères du même âge que lui ou à peu près. L’inter générationnel y fait gravement défaut et le vieillard refuse de s’identifier en général aux autres, tous vieux comme lui. En outre, les équipes soignantes qui, elles sont jeunes et en nombre insuffisant, n’ont pas vraiment le temps ni même souvent le désir d’entretenir une relation individuelle, personnalisée avec la personne âgée.
Donc cette « solution » de société n’en est pas véritablement une. Et s’il y a cette prise en charge collective, c’est parce que le statut de la femme a changé : elle travaille et ne peut plus s’occuper comme autrefois de son aïeul (sauf encore dans certains milieux ruraux) aussi parce que la famille a éclaté et pas seulement géographiquement (exemple la fille travaille à New York alors que la mère vit à Marseille), voir le nombre de divorces aussi.
Par ailleurs, il faut souligner, et ceci est très important, que seule la jeunesse est valorisée : il faut être toujours jeune et beau. La vieillesse fait peur, on la repousse, on la rejette, tout comme la mort d’ailleurs dont les rituels ont tendance à disparaître. De même, les valeurs ayant trait au respect de l’âge ont disparu. Il faut à tout prix combattre le vieillissement, nier la vieillesse, référons-nous à toutes les gammes de publicité faisant l’éloge de la jeunesse, valeur privilégiée de notre société avec la rentabilité. Il n’y a donc pas de place pour le vieillard dans nos sociétés industrielles, celui-ci est tenu à l’écart de la vie, relégué dans des centres spéciaux où exceptionnel est celui qui est heureux. D’ailleurs, l’un des derniers désirs de la personne âgée, c’est de retourner chez elle, dans son appartement ou sa maison. On en vient alors à évoquer le problème de la dépendance du vieillard qui ne peut plus, seul, faire face à ses occupations quotidiennes.

Justement, les métiers de « l’aide à domicile » pour ces personnes âgées se développent. Peut-on faire abstraction de l’approche clinique de la personne âgée, lorsque l’on pratique de tels métiers ?
Les métiers de l’aide à domicile se développent mais sont encore largement insuffisants. C’est là un élément de solution : permettre au sujet âgé, dans la mesure du possible, (avec un degré d’autonomie suffisant) de rester chez lui et d’éviter l’anonymat des grandes institutions avec le désinvestissement redoutable qui s’ensuit. Il faut, on l’aura compris, réduire les ghettos de personnes âgées, être mieux adapté à leurs besoins, à leur psychologie (lire le point de vue de Jean-Michel Belorgey). Le travail de ces aides (aides-soignants, infirmiers, kinésithérapeutes etc.) est très dur. La personne âgée peut être triste, déprimée, angoissée, agressive, hypocondriaque etc. tout ceci se répercute sur l’aide-soignant. Ces aides ont donc grand besoin de soutien et d’une meilleure connaissance de la personne âgée, souvent insuffisamment comprise. C’est là que doivent intervenir des formations continues faites par des spécialistes (infirmier, kinésithérapeute, médecin, psychologue etc.). Le psychologue a donc un rôle à jouer à ce niveau, à travers par exemple des groupes de parole réguliers avec l’équipe.
L’approche clinique faite par des spécialistes de la gérontologie est donc indispensable. Il faut non seulement connaître le sujet âgé avec ses problématiques, ses maux, ses besoins, ses pathologies singulières etc. mais aussi apprendre à mieux se connaître, à mieux connaître ses réactions afin d’améliorer la qualité relationnelle et aussi, ajoutons-nous, à moins souffrir soi-même devant certaines situations difficiles à appréhender. Car le personnel est amené à souffrir (de dépression, de démotivation, d’épuisement). D’où encore une fois la nécessité des groupes de parole avec les équipes pour éponger cette souffrance et maintenir le sens de ce que l’on fait. Enfin, je dirai qu’il y a un profil de l’aide-soignante à domicile. Tout le monde ne peut pas faire ce type de travail qui exige entre autres beaucoup de patience et avant tout de ne pas être récalcitrant ou rebuté par les vieillards.

Nombreux sont les travailleurs sociaux ayant à faire aux personnes âgées. Doivent-ils eux aussi améliorer leur formation en ce domaine ? (gérontologie etc.)
Bien sûr, pour les travailleurs sociaux, la formation continue est également indispensable. Comme elle coûte très cher, elle est encore, à l’heure actuelle, insuffisante. Mais il n’y a pas seulement un problème d’ordre pécuniaire. Il y a aussi des gens qui ne veulent pas se former. Certains ne comprennent pas la nécessité ou les avantages de la formation. Donc il y a tout un travail à faire avec ces derniers pour faire changer cet état d’esprit… Et puis, il y a également la question peu prisée de la sélection : tout le monde n’est pas apte à s’occuper des personnes âgées. Avoir un regard défavorable, dévalorisant, ou méprisant sur la personne âgée, ou avoir peur par exemple n’est pas un atout pour s’orienter dans cette branche.

Selon vous, être vieux est-ce mieux accepté aujourd’hui ou est-ce encore vécu par les personnes et par les sociétés comme un handicap ?
Être vieux, du côté de la société, est plutôt considéré comme un handicap eu égard aux normes de rentabilité qu’elle a elle-même promues. Le vieux ne rapporte plus rien économiquement, il est même une charge pour la société qui doit s’en occuper. Celle-ci n’y trouvant aucun avantage (alors que le vieillard autrefois rendait beaucoup de services : il gardait les enfants par exemple et avait encore du savoir et du pouvoir). Il est devenu inutile et il est relégué bien souvent à la périphérie des grandes villes.
Du côté des personnes âgées, je n’ai pas parlé de leur perception à propos du fait d’être vieux. À moins d’avoir un moral d’acier, d’être en parfaite santé à 88 ans et de maintenir ses investissements avec du plaisir, ce qui somme toute, s’avère assez rare, la personne âgée n’affirme jamais qu’être vieux est un état enviable. Bien au contraire, elle souffre en général de cet état et elle le dit, physiquement (avec la diminution ou la dégradation des aptitudes ou des fonctions) et psychiquement presque toujours (avec un vécu de solitude et d’ennui, lot quotidien). Il n’y a pas seulement à l’origine de ceci notre perception ambivalente vis-à-vis de la vieillesse, il y a aussi les progrès médicaux et techniques qui engagent le corps mécanisé à survivre au sujet malgré tous les maux et les handicaps qui en découlent.

Quelles seraient les améliorations nécessaires à entreprendre sur un plan social (voire psychique) pour que nos sociétés se réconcilient avec la vieillesse ?
Je ne détiens hélas aucune solution. La « solution » offerte par nos sociétés industrielles, on vient de le voir, repose sur l’édification de « ghettos » de personnes âgées. Celles-ci s’orientant forcément en fonction de leurs ressources financières (même s’il y a une aide financière de l’Etat). Plus vous avez d’argent, et cela vaut tout de même mieux pour assurer vos vieux jours, même si cela ne résout pas tout ! Une personne âgée qui a beaucoup d’argent peut rester chez elle avec toutes les aides possibles à domicile : médecin, infirmier, kinésithérapeute, psychologue, podologue, dame de compagnie, coiffeur… Elle peut donc plus facilement conserver ses repères identitaires et ne pas être fondue dans la masse dépersonnalisante de l’institution gérontologique. Changer d’état d’esprit et de valeurs donc comme rétablir des structures inter-générationnelles, bref changer de société, ne va pas de soi.

Propos recueillis par Guy Benloulou

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