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Publication n° 714 du 24 juin 2004

Thèmes : Violence.

Portons un autre regard sur la violence des jeunes !

Les adolescents connaissent essentiellement la famille, l’école et la rue. Ces trois lieux de vie principaux sont aujourd’hui en difficulté dans leur rôle d’éducation. Ce n’est pas que les parents, les enseignants et les éducateurs soient moins performants qu’autrefois. Mais, c’est le climat de notre société qui rend plus difficile le processus éducatif : le laxisme, le mauvais exemple et le pessimisme de l’adulte « insécurisent » l’adolescent. Or éduquer, c’est à la fois faire sortir de la toute-puissance et donner une position de sujet. C’est en tout cas pour cette attitude éducative que plaide Jean-Marie Petitclerc, personnalité originale du secteur social, à la fois prêtre et éducateur spécialisé, directeur de l’association, Le Valdocco à Argenteuil

Les adolescents se structurent à partir de trois types de lieu : la famille, l’école et la rue. Dans chacun de ces lieux, des adultes font référence : les parents dans la famille, les enseignants à l’école, les aînés dans la rue. Mais ces trois catégories d’adultes, qui transmettent les repères, sont dans un discours de discrédit mutuel : les enseignants parlent des parents démissionnaires et des voyous de la rue, les parents disent que les enseignants ne savent plus faire leur travail et ne sont même plus capables d’assurer la discipline, et parlent de la mauvaise influence de la rue. Les aînés disent : « Que tu travailles ou que tu ne travailles pas au collège, tu es dans un collège sans avenir ». Le problème est toujours chez l’autre. Or, l’un des premiers droits de l’enfant, c’est la cohérence que doivent adopter les adultes autour de lui. Ces propos, c’est Jean-Marie Petitclerc qui les tient en ouverture de la journée de réflexion organisée par la délégation régionale des Pays-de-la-Loire de l’Aire 1 . Personnalité originale du secteur social, à la fois prêtre et éducateur spécialisé, directeur de l’association Le Valdocco à Argenteuil (lire le reportage) et chargé de mission auprès du conseil général des Yvelines, auteur prolixe 2 et fin orateur, les arguments qu’il avance font souvent mouche. Trois thèmes structurent son discours : resituer la problématique de la violence juvénile comme une difficulté avant tout des adultes, décrypter les crises sociales qui en font le lit et décoder les différentes formes de violence. Les propositions qu’il avance en réponse à cette violence raisonnent d’autant mieux aux oreilles des professionnels qu’elles viennent valider les pratiques très souvent engagées sur le terrain.

S’il est bien un thème qui semble réunir un large consensus, c’est celui qui consiste à désigner les jeunes comme responsables de la violence. Et c’est vrai que les faits semblent justifier cette affirmation : on a assisté, ces dernières années, à une explosion d’actes qui apparaissent de plus en plus violents et qui sont agis par des acteurs de plus en plus jeunes. Mais, il faut quand même rappeler deux réalités qui permettent de relativiser cette perception un peu simplificatrice. Tout d’abord, ceux qui sont les premières victimes de cette violence, ce sont les jeunes : 80 % des actes commis par des jeunes sont à destination d’autres jeunes. Il est plus dangereux d’être collégien qu’enseignant dans un collège de quartier sensible ou d’être jeune habitant qu’éducateur dans un quartier sensible. Ensuite, on compte chaque année, entre quatre et cinq cents enfants tués par des adultes. Le nombre d’adultes tués par les enfants est en comparaison, infime. Mais cela est rarement évoqué, au contraire de l’étonnement généralisé quant à l’importance des actes violents commis par des jeunes. Pourtant, la violence dans un établissement scolaire qui réunit six cents adolescents n’a rien d’étonnant ! Ce qui n’est pas naturel et qui est le fruit de l’éducation, c’est la convivialité et la paix, c’est la capacité d’établir une relation pacifique avec l’autre. En réalité, la violence n’est pas en soi un phénomène nouveau. Les bébés du XXIe siècle ne naissent pas différents de leurs prédécesseurs du XXe siècle. Le problème se situe surtout du côté des adultes. La vraie question est bien d’essayer de comprendre pourquoi notre génération rencontre plus de difficultés que les précédentes à gérer la violence des adolescents ? La réponse est peut-être à chercher du côté des déficits d’éducation. Non que les parents, les enseignants et les éducateurs soient moins performants qu’autrefois. Mais le climat de notre société rend plus difficile le processus éducatif. Trois crises y contribuent notablement.

La crise de l’autorité tout d’abord. Il faut différencier, conceptuellement, autorité et pouvoir. Le pouvoir, on le reçoit de l’institution. L’autorité, on la reçoit de ceux auprès de qui on l’exerce. La grande évolution qui a marqué ces dernières années, c’est que la position de pouvoir ne génère plus automatiquement une position d’autorité. L’autorité est fondée sur la crédibilité de la personne qui la revendique. Il faudrait donc moins parler de crise d’autorité que de crise de crédibilité des porteurs d’autorité. C’est vrai d’abord du côté des parents qui sont souvent aujourd’hui en difficulté. En difficulté, et non démissionnaires. Être démissionnaire, c’est savoir ce qu’on devrait faire mais ne pas avoir le courage de le faire. Non, leur problème c’est qu’ils ne sont plus crédibles. À cause, d’abord, de la fragilisation de la cellule familiale qui n’est plus perçue par l’enfant comme capable de le protéger. C’est le beau-père renvoyé dans les cordes par l’enfant qui lui dit : « Tu n’as rien à me dire, tu n’es pas mon père ». C’est le père au chômage qui s’entend rétorquer par son fils : « Moi, je travaille toute la journée. Je peux quand même sortir pour me détendre un peu. Et ce n’est pas toi qui ne fais rien de la journée, qui vas me l’interdire ». C’est la difficulté croissante à transmettre des repères (les lieux où se diffusent les valeurs se sont multipliés, au point de marginaliser parfois la famille, autrefois source principale de cette transmission). Ce sont des adultes de plus en plus obligés d’argumenter le bien fondé de leurs décisions. L’école est aussi atteinte dans sa crédibilité, elle qui devrait préserver l’égalité des chances… et qui est l’endroit le plus inégalitaire qui soit. Sans parler du peu de crédit de ceux qui sont censés faire ou appliquer la loi et qui sont les premiers à ne pas la respecter : comment éduquer à la citoyenneté, quand ceux qui sont chargés de promulguer la législation, chargés d’en être les garants, sont dénoncés à longueur de colonne dans les médias comme étant ceux qui la truquent ?
La seconde crise à laquelle notre société est confrontée concerne l’apprentissage du vivre ensemble. Au sein de la famille, ce qui domine, c’est le refus de dire non, de peur de mettre en péril la relation affective. Dans la rue, le citoyen moyen ne se sent pas concerné par l’éducation de l’enfant qui n’est pas le sien : il s’offusque ou rit d’une transgression dont il est témoin, mais n’interviendra pas pour autant. L’école est devenue parfois le seul lieu de socialisation où l’on apprend la vie de groupe. Pourtant, certains enseignants refusent cette fonction voulant se limiter à la seule transmission des savoirs. La troisième crise est celle de la vision d’avenir. L’une des sources les plus importantes du bien être réside dans la capacité à se projeter dans la vie future. Il est bien difficile de grandir dans une société où les adultes entrevoient avec pessimisme leur devenir. Cela se traduit notamment par la montée en flèche du suicide des adolescents. Un enseignant qui fait cours dans une classe de trente élèves se trouve statistiquement face à trois d’entre eux qui se demandent s’ils ne vont pas se foutre en l’air ! Les trois crises décrites ici ont des incidences directes sur les difficultés de socialisation des adolescents. Mais, il est tout autant essentiel de savoir distinguer les différentes formes de violence auxquelles ont recours les jeunes, formes de violence qui ne justifient pas des mêmes réactions.

Toutes les violences ne se ressemblent pas. On peut, pour les distinguer, utiliser une grille de lecture qui permet de comprendre à quelle problématique elles tentent de répondre. Il y a d’abord la violence comme expression d’un mal-être ou d’une souffrance. Plus on est tenu intérieurement par une angoisse existentielle, moins on se montre capable de supporter les remarques venues de l’extérieur. Quand un adolescent vit toute la journée l’échec scolaire, quand il se sent en insécurité et qu’en outre, il ne possède pas les moyens de canaliser les pulsions qu’il ressent au fond de lui, l’acte violent peut alors devenir son seul moyen d’exister. Une étude a été réalisée sur les liens entre le niveau de vocabulaire d’un sujet et l’intensité de sa violence. On a pu démontrer que sur les trois fonctions du langage (explicatif, performatif et émotif), c’est bien sur cette dernière dimension que les jeunes les plus violents étaient en difficulté. On peut le comprendre : comment, avec 400 mots de vocabulaire en moyenne, peut-on trouver du plaisir à partager ce que l’on ressent au fond de soi ? Ne reste plus alors que l’agression. Autre forme que peut prendre la violence : la tentative pour exister face aux autres. Le paradoxe des adolescents, c’est qu’ils ont besoin de l’adulte et qu’ils le vivent comme une menace. Ceux d’entre eux qui ont le plus de mal à mentaliser ce qui se passe en eux n’ont comme seul moyen que la violence dirigée vers ceux dont ils ont le plus besoin. C’est le moyen qu’ils ont trouvé pour se protéger et se rendre sourd à ce qu’ils ne veulent pas entendre. En même temps, c’est la meilleure manière pour attirer sur eux l’attention des habitants, des enseignants ou des éducateurs. Dernière modalité de la violence : le mode d’action, la stratégie pour peser sur le cours des événements, le procédé employé pour obtenir quelque chose par la force ou contraindre l’autre à se plier à son désir.
Ces trois logiques débouchent sur trois typologies de réponse spécifiques.

La meilleure prévention face à la violence comme mode d’expression, c’est l’écoute. Non pas l’écoute proposée à l’occasion de permanences spécialisées auxquelles personne ne se rend jamais. Non, plutôt un climat d’écoute, de confiance qu’il s’agit de restaurer entre adolescents et adultes, et qui passe par le développement de la capacité des premiers à dire des choses sur leurs ressentis et des seconds à les entendre. L’écoute ne doit pas se résumer à une démarche de psys. La réponse face au besoin d’exister, on la trouve du côté de la valorisation de soi. On a pu démontrer comment le niveau de délinquance pouvait être proportionnel au faible niveau d’estime de soi. Il faut tout faire pour casser la spirale : la violence qui provoque un mauvais regard du groupe qui ne fait qu’accroître la violence, qui à nouveau amplifie le mauvais regard, dans une interaction sans fin. Renvoyer du positif permet justement de rompre l’enchaînement. Enfin, face à un jeune qui est engagé dans une stratégie violente, il apparaît fondamental de ne pas réagir dans le même registre que lui. Utiliser des moyens violents quand on arrive en bout de dialogue revient à légitimer l’action violente du jeune. La réponse pertinente relève bien plus de la prise de distance. Ne pas se sentir visé par ce que le jeune met en œuvre… et sans doute utiliser l’humour (qui est bien différent de l’ironie). En tout cas, ne pas se laisser enfermer dans la relation duelle. Cela renvoie à la démarche de médiation, d’intervention d’un tiers qui n’est pas là pour régler le conflit, mais pour dire à chacun un peu de ce que pense l’autre. Cette médiation ne s’oppose pas à une mesure répressive qui est une autre démarche tout à fait complémentaire. Il faut arrêter d’opposer éternellement la prévention et la sanction. Mieux vaut sanctionner que punir. On punit une personne, en s’attaquant à elle, alors que l’on sanctionne un acte (de façon négative, mais aussi positive à la suite d’un examen réussi, par exemple, par la remise d’un diplôme). Sanctionner c’est responsabiliser l’enfant, lui apprendre à mesurer son engagement dans l’acte qu’il a commis. La sanction fait partie du vocabulaire éducatif de la responsabilisation.
Ce qui est essentiel c’est la posture de l’éducateur, sa grande qualité d’écoute dans le respect et le non-jugement ainsi que dans la réactivité face à l’acte. Qui dit fermeté ne signifie pas être fermé et obtus face à l’enfant, mais au contraire, être ouvert et répondre à ses demandes sous-jacentes. L’éduquer c’est le faire sortir de sa toute-puissance pour le faire adopter une position de sujet.

Jacques Trémintin

1« Instituts de Rééducation et violences : Paroles de Praticiens » La Baule, 24 mai 2004, Association nationale des instituts de rééducation

2Les nouvelles délinquances des jeunes, éd. Dunod, 2001
Et si on parlait de violence..., éd. Presse de la Renaissance, 2002
Pratiquer la médiation sociale, éd. Dunod, 2002
Y a plus d’autorité, éd. érès, 2003
Enfermer ou éduquer, éd. Dunod, 2004

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