N° 960 | du 11 février 2010 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 11 février 2010 | Jacques Trémintin

Quand les ados incasables trouvent leur place

Thème : Adolescence

Le terme « incasables » désigne ces jeunes en grande difficulté qu’aucune institution n’arrive à accompagner dans la continuité. Ces adolescents mettent en échec tous les dispositifs prévus pour les accueillir. Pourtant quelques structures, parce qu’elles ont su inventer un autre mode de prise en charge, réussissent là où beaucoup ont échoué. C’est le cas de la Villa Préaut qui propose depuis 30 ans une pédagogie originale centrée sur la souffrance des jeunes filles qu’elle reçoit, ou du réseau d’observation croisée (ROC) qui a mis sur pied un véritable travail de partenariat pour observer et comprendre le jeune avant de lui proposer une réponse adaptée.

L’époque est à la sinistrose. Il est vrai que la crise économique et la montée du chômage et de la misère, la fin de l’État providence avec l’exigence pour les services sociaux d’en faire toujours plus à moyens constants, les attaques récurrentes contre les dispositifs de solidarité régulièrement mis à mal au nom du paradigme néo-libéral… cela fait quand même beaucoup de choses qui peuvent expliquer le pessimisme ambiant. Mais, il est une autre plainte lancinante qui s’étend dans notre secteur : les jeunes seraient de plus en plus difficiles, les prises en charge de plus en plus complexes, les équipes éducatives de plus en plus souvent mises en échec.
On peut effectivement constater l’évolution pas toujours positive du public adolescent que notre modernité, frappée au coin d’un individualisme social envahissant, rend de plus en plus intolérant à la frustration et à la gestion de ses pulsions. Mais comme dans une relation, il faut toujours au minimum être deux, il n’est pas juste de se focaliser uniquement sur l’autre pour comprendre l’origine d’un problème. S’il est légitime de s’interroger sur ce qu’est devenue la jeunesse d’aujourd’hui, il l’est tout autant de se demander comment nous nous y prenons pour faire face à ses représentants les plus en difficulté. La question est donc bien de savoir si les « jeunes incasables » le sont du fait de l’explosion de leurs modes de comportement, ou bien parce qu’on ne sait pas adapter nos modalités d’intervention à leurs problématiques.
La réponse ne saurait être univoque, tant il est nécessaire d’invoquer à la fois l’un et l’autre de ces deux registres. Si nous ne nous penchons pas dans ce dossier sur la première dimension, cela ne signifie par pour autant que nous la négligeons. Le choix de nous consacrer aux démarches éducatives mises en œuvre pour être réactifs aux problématiques particulières qui émergent, ne fait qu’explorer une facette du problème, d’autres dossiers ayant pu ou pouvant à l’avenir compléter l’approche de cette semaine.
À la une donc, aujourd’hui, des dispositifs innovants ou déjà anciens montrant que le secteur de la protection de l’enfance sait faire face, quand il s’en donne les moyens. Ces derniers ne relèvent pas forcément d’une débauche financière exorbitante. Il y a aussi un savoir-faire quotidien à réhabiliter, fait de patience, de bienveillance et de temps. Si ces éléments ne sont nullement suffisants ils n’en sont pas moins nécessaires.
Parmi les « recettes » simples utilisées dans les pistes présentées ici, certaines d’entre elles semblent nécessiter une véritable révolution copernicienne impliquant de décentrer l’intervention éducative. La pratique de la Villa Préaut montre l’importance de ne pas partir exclusivement de l’exigence des adultes, mais tout autant de là où en sont les jeunes (lire article). L’expérience du ROC (réseau d’observation croisée), de son côté, démontre l’importance d’une action en partenariat et de la conviction qu’il ne faut pas rester seul, en renonçant au fantasme plus ou moins inconscient d’être l’équipe qui réussira là où tout le monde a échoué (lire article).

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