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Publication n° 664 du 1er mai 2003

Étayer la relation mère-enfant

Pour Nicole Faivre, directrice du centre éducatif d’Anjorrant, il faut donner du sens au séjour des très jeunes mamans. Avec leurs bébés, celles-ci doivent un jour pouvoir quitter le centre, en parent à part entière

Quelle évolution avez-vous connue en vingt ans d’exercice comme directrice du centre éducatif d’Anjorrant ?

Quand j’ai commencé comme directrice, en janvier 1983, le poids du passé religieux était encore très prégnant. Le paradoxe des deux besoins opposés que vivent les mères adolescentes (à la fois comme mère et comme adolescente) était résolu au détriment de l’adolescente qui était alors sacrifiée. La jeune fille devait avant tout être mère. Mais, pas n’importe laquelle. La représentation idéalisée de la bonne mère primait tout. Et puis, ce qui l’emportait malgré tout, c’était quand même la réflexion : « Elle a voulu ce gosse, elle n’a qu’à l’assumer ». Aujourd’hui, les mentalités ont beaucoup changé. On ne cherche plus à appliquer un modèle unique. Nous ne sommes plus dans cette logique de la substitution basée sur la conviction que nous représenterions les bons parents face à des jeunes mères finalement jugées un peu indignes. Ce qu’on valorise, c’est la relation individuelle entre une mère et son enfant, relation qui peut être différente d’une situation à l’autre. Ce qui a aussi changé, c’est l’enfermement institutionnel. Nous nous sommes largement ouverts sur l’extérieur, ne serait-ce qu’avec la location des appartements en ville. Et puis, il y a la volonté de donner du sens au séjour ici : nous ne voulons pas que la jeune vive son admission négativement. Nous sommes là pour créer l’étayage de la relation mère-enfant, pour permettre à cet enfant et cette mère d’avoir de bonnes relations et d’aboutir à ce que l’une et l’autre puissent, à terme, partir ensemble.

Comment cette évolution a-t-elle été obtenue ?

Grâce à la formation de l’ensemble de notre personnel. Cette démarche est ici obligatoire. Que ce soit l’inscription à des stages (comme celui organisé par le conseil général sur la petite enfance), l’organisation de réunions à thème (nous avons fait venir des intervenants comme Jean-Marie Delassus ou Danielle Rappoport) et même une action en interne portant sur toute une semaine avec un psychanalyste Pierre Kammerer (il relate d’ailleurs son intervention chez nous dans un livre à paraître). Et puis, il y a eu l’encouragement à la lecture d’auteurs comme Catherine Eliacheff, Françoise Dolto, Elizabeth Badinter qui nous ont aidés à reconsidérer la place de la femme dans sa fonction sociale et la maternité. L’objectif de tout cela, c’est bien de définir un sens commun. Sur les 53 personnels qui composent l’établissement, nous avons 19 professions : éducateurs spécialisés, moniteurs éducateurs, éducateurs de jeunes enfants, auxiliaires de puériculture, puéricultrices, assistante sociale, ainsi que toutes les personnes de services généraux (secrétaires, cuisiniers, comptables…). Il ne s’agit pas que tout le monde se mette à penser la même chose et adopte le même langage, mais permettre à tout un chacun d’entendre les mêmes apports et ainsi de favoriser une action qui irait dans la même direction.

Vous avez favorisé, ces dernières années, une certaine médiatisation de votre établissement : pourquoi ?

Nous avons effectivement reçu beaucoup d’équipes de télévision. Nous sommes passés dans l’émission de FR3 « Des racines et des ailes », à France 2, chez Delarue, sur M6 dans « T’es toi ». Cette stratégie de communication n’est pas là par hasard. Notre objectif c’est de rendre visible un fait de société. La maternité adolescente doit pouvoir être présentée d’une manière non stigmatisante comme un événement qui peut arriver : ça existe et cela peut s’accompagner d’une façon tout à fait satisfaisante. Cela participe d’une évolution qui permet de tourner le dos au sentiment de culpabilité qui n’est finalement pas si ancien que cela. Pour les jeunes mères qui ont accepté de participer à de telles émissions, l’effet a été thérapeutique : elles pouvaient parler de leur cheminement avec dignité, en réussissant à dépasser leurs inquiétudes, sans honte. Et puis, cette médiatisation, c’est aussi une forme de reconnaissance du travail réalisé et de la prise en charge que nous assurons. Mais, cela ne se fait pas à n’importe quelle condition. Il m’est arrivé de refuser des propositions de journalistes, quand j’estimais que les conditions du respect minimum n’étaient pas réunies.

Propos recueillis par Jacques Trémintin

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