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13 décembre 2017

Refonte des diplômes : le dernier round ?

Le 15 décembre aura lieu la dernière réunion de la commission professionnelle consultative du travail social et de l’intervention sociale (CPC). Chargée en février 2016 de repenser les formations, ses travaux ont remué profondément le secteur. Le premier rapport d’étape en septembre 2016 préfigurait une refonte qui inquiète les professionnels.

Derniers travaux pour la CPC

Aujourd’hui, la dernière phase se penche sur l’élaboration d’un socle commun des compétences et connaissances nécessaires aux cinq métiers. Trois d’entre eux s’alarment, dans une tribune publiée sur notre site, d’un « manque de vision d’ensemble de la méthodologie utilisée » pour construire ce socle commun. « Dans ce processus, les représentants des salariés tentent de ramener à tâtons l’essentiel des métiers alors même qu’ils sont peu nombreux dans les groupes métier et encore moins représentés lors des comités de coordination », expliquent-ils.

Une lettre de L’IRE

L’Inter-REgionale des formatrices et formateurs en travail social lance à son tour une lettre ouverte aux directions des écoles de formation et à l’UNAFORIS pour tenter, une dernière fois, de se faire entendre avant la fin des travaux. « Nous craignons le retour du travailleur social unique, vu les taux de socle commun dans les formations qui sont discutés en sous-main », souligne Julien Parent, co-président de L’IRE. Leur lettre rappelle l’importance des stages long en contact direct avec les publics pour élaborer et transmettre les pratiques ; souligne les spécificités sur lesquelles se sont construits les métiers du travail social ; soutienne l’importance du travail en équipe et en institution pour forger le cadre des futurs professionnels. La réforme devra émerger des travaux de la CPC en janvier pour une mise en œuvre dès la rentrée 2018.


12 décembre 2017

Menace sur les conventions collectives

Les organisations syndicales ont alerté ensemble, en vain : le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS), définitivement adopté le 4 décembre, entérine l’article 70, qui prévoit une importante modification pour les salariés des établissements sociaux et médico-sociaux privés à but non lucratif. Les conventions collectives, notamment 66 et 51, ou accords agréés, ne seront plus opposables aux autorités de tarification (ARS et Conseil départemental) dans les établissements qui ont conclu un Contrat pluriannuel d’objectifs et de moyens (CPOM).

En clair, jusqu’ici ARS et départements devaient respecter les dispositions contenues dans les conventions collectives ou accords agréés à l’égard du personnel qui travaille notamment en IME, ITEP, MECS ou encore Foyer de l’enfance. À partir du 1er janvier 2018, il pourra faire fi de ce principe d’opposabilité si des CPOM sont signés, ce qui fait craindre aux syndicats – CGT action sociale, FO action sociale, Sud santé-sociaux, CFDT santé-sociaux, CFE-CGC action sociale – de multiples conséquences : dégradation de la qualité de service aux usagers, augmentation des licenciements, arrêt de la progression à l’ancienneté et de l’application de la grille des salaires, etc.

Dumping social et concurrence associative

« La fin de l’opposabilité, c’est l’entrée du dumping social, de la concurrence associative, c’est un verrou de plus qui saute face à l’austérité budgétaire », regrette Maya Vair-Piova, représentante UFAS-CGT. « C’est la porte ouverte pour réaliser à tout prix des économies de personnel par la suppression des garanties qui régissent le régime indemnitaire, les cadres horaires collectifs et interdisent l’utilisation d’un personnel non-qualifié », souligne le mouvement pour la psychiatrie Collectif des 39.

Un seul espoir pour les syndicats, qui avaient signé un texte commun le 20 novembre pour exiger le retrait de l’article 70 (article 50 lors de l’examen du texte) : saisir le Conseil constitutionnel pour faire retirer l’article. Mais pour cela, comme le veut la procédure, il faut désormais parvenir à mobiliser 60 députés.


11 décembre 2017

Hébergement : les associations refusent le tri des personnes migrantes

Aussitôt entrées, aussitôt parties : plusieurs associations du secteur social et médico-social ont claqué la porte du ministère de l’intérieur vendredi lors de la présentation d’une circulaire visant à envoyer dans les centres d’hébergement des « équipes mobiles ». Lesquelles auraient pour mission de contrôler la situation administrative des personnes hébergées, dans un contexte de saturation des centres, afin d’en sortir les personnes sous statut Dublin ou déboutées du droit d’asile. Ces contrôles seraient opérés par des agents de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) et des préfectures.

Les représentants associatifs, dans un « front commun » contre la politique gouvernementale, ont vivement réagi sur les réseaux sociaux, notamment Twitter. « Le principe d’accueil n’est pas négociable » a simplement rappelé Thierry Kuhn, président d’Emmaüs France. « La seule solution humaine et pragmatique à la saturation des centres d’hébergement est une démarche significative de régularisation des familles dublinées/déboutées vivant en France depuis plusieurs années » estime Bernard Thibaud, secrétaire général du Secours catholique.

Des brèches dans le droit d’asile

Plus offensive encore, l’association Médecins du monde s’adressait hier, à l’occasion de la journée internationale des droits de l’Homme, au président Emmanuel Macron. « Au-delà des postures, vous organisez le tri entre les sans-abri, vous harcelez les migrants à Calais et ailleurs, vous poursuivez les citoyens solidaires. Vous vous apprêtez à ouvrir des brèches dans le Droit d’asile. Difficile de célébrer ce jour ».

Le ministère de l’intérieur, lui, ne voit aucune entorse au principe d’inconditionnalité, en estimant que cette mesure vise à mettre à l’abri les personnes vulnérables, et que « ce droit à la mise à l’abri ne peut s’exercer que si l’État connait la situation individuelle et les besoins des personnes hébergées ». Il précise qu’il ne sera « pas demandé aux travailleurs sociaux ou aux associations qui gèrent les centres d’hébergement de faire le travail de l’État ». Mais un courrier du préfet de Haute-Savoie envoyé aux gestionnaires des dispositifs d’hébergement d’urgence, qui demande la liste nominative des personnes hébergées en vue d’assigner à résidence ceux qui n’ont plus le droit au séjour en France, prouve le contraire.

Vers plus de squats et de campements

Dans un communiqué commun, une vingtaine d’associations rappellent que « les services de police ne peuvent intervenir dans les centres d’hébergement en dehors de l’application d’une décision de justice ». Elles préviennent qu’un renforcement des contrôles va éloigner les personnes les plus précaires des centres et favoriser « la reconstitution de squats et campements indignes ».

Enfin, elles pointent la situation des personnes « dublinées » - pour qui la demande d’asile doit être étudiée dans le premier pays où les empreintes digitales ont été relevées - dont l’État souhaite renforcer le renvoi hors des frontières. Jeudi, une proposition de loi du député Les Constructifs Jean-Luc Warsmann, visant à les enfermer légalement en centre de rétention, a été adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale.

La Cimade s’est dite « scandalisée » car « jamais aucune régression de cette ampleur n’a été envisagée par le législateur. Depuis leur ouverture en 1984, les centres de rétention n’ont pas été pensés pour enfermer préventivement, mais pour permettre à l’administration d’exécuter une mesure d’éloignement du territoire. Le changement envisagé fait basculer le régime de la rétention dans un autre registre, dangereux et attentatoire aux libertés individuelles ».

Extraire les personnes « dublinées » des centres d’hébergement, les placer en centres de rétention, puis les renvoyer hors de France : la stratégie gouvernementale s’accélère, mais l’opposition associative s’amplifie.


9 décembre 2017

Groupes d’entraide mutuelle : peu visibles et pourtant si utiles

Une récente étude menée par l’ANCREAI (Fédération des Centres Régionaux d’Études, d’Actions et d’Informations en faveur des personnes en situation de vulnérabilité) montre l’effet bénéfique des Groupes d’entraide mutuelle (GEM) sur les personnes en situation de handicap psychique et victimes de traumatismes crâniens et cérébrolésés.

Créés par la loi du 11 février 2005, les GEM sont définis par le Code d’action sociale et des familles (CASF) comme « des structures de prévention et de compensation de la restriction de la participation à la vie en société ». Ils viennent en complémentarité de l’offre de soin et d’un accompagnement social proposé par les institutions, avec deux objectifs : rompre l’isolement et tisser du lien social.

« Une fenêtre ouverte sur l’extérieur »

L’étude, auprès de vingt GEM « handicap psychique » et cinq GEM « traumatismes crâniens et cérébrolésés », constate que lors de la première année de fréquentation, les personnes se resocialisent, prennent confiance en leurs capacités, améliorent leur estime d’elles-mêmes et reconstruisent une identité sociale mise à mal. Des activités sont proposées : sorties, repas ou de courts séjours.

Une solidarité peut s’instaurer également hors les murs : services rendus, soutien moral, relations amicales. Aucun adhérent ne se dit déçu de ce qu’il a découvert au GEM et constate nombre de bénéfices.

Des effets thérapeutiques

Décrit comme un espace d’apaisement, le GEM permet de se centrer sur une créativité et de mettre de côté les idées noires ; il apporte un soutien moral essentiel, « comme un phare dans la nuit ». Si le soin à proprement parler n’a pas sa place dans les GEM, les membres et personnels constatent des améliorations au niveau de la stabilisation de la maladie, de la fréquence des hospitalisations ou du suivi psychiatrique.

La libre adhésion au dispositif et le cadre souple sans enjeu de guérison ou d’insertion permet aux membres de se saisir différemment de cet espace par rapport à l’accompagnement proposé en institution.

Favoriser le pouvoir d’agir

Chaque GEM a sa spécificité et sa gouvernance propre : le plus souvent ils sont soutenus et gérés par l’association fondatrice, mais ils tendent à promouvoir l’empowerment de leurs adhérents et même à se développer de manière autogérée. Sur le financement, la gestion comptable, les ressources humaines, les membres des GEM souhaitent élargir leur gouvernance et s’approprier davantage leur pouvoir d’agir.

Le GEM permet d’expérimenter la prise de responsabilités au niveau d’un collectif et donc d’avoir un rôle social établi ; en raison de la charge psychique que cela implique, l’ANCREAI insiste sur l’accompagnement des adhérents dans leurs fonctions.

Question de visibilité

Autre enjeu : l’ouverture sur le milieu ordinaire et l’appropriation de l’espace public, en participant à des manifestations locales ou en organisant des évènements pour être visibles socialement.
L’existence de ces dispositifs reste toutefois non seulement méconnue de la population, mais aussi des professionnels qui souvent « tombent par hasard » sur les GEM.


7 décembre 2017

Encadrement des loyers annulés à Lille et Paris : les associations inquiètes

Après Lille, Paris. Mardi 28 novembre, le tribunal administratif de Paris a annulé les arrêtés permettant l’encadrement des loyers, un mois après la même décision du tribunal administratif de Lille.

Entrés en vigueur en août 2015 dans la capitale et en février 2017 dans le fief des Hauts-de-France, cet encadrement maintenait le coût des locations dans une fourchette ne pouvant pas dépasser 20% d’un prix de référence fixé par arrêté préfectoral, ni lui être inférieur de 30%.

Loyers abusifs et petites surfaces

Le premier ministre de l’époque, Manuel Valls avait décidé de limiter son application à Paris, et aux villes dont les maires en feraient la demande. Saisi à l’initiative de bailleurs privés, d’agents immobiliers et de gestionnaires d’immeubles, le tribunal a retoqué ce dispositif, estimant qu’il aurait dû s’appliquer aussi aux communes limitrophes de ces deux grandes villes.

« Nous regrettons cette décision qui va retarder la généralisation de l’encadrement des loyers, déplore Florent Gueguen, directeur général de la fédération des acteurs de la solidarité (FAS). À Paris, il a pourtant eu des effets positifs sur la régulation des loyers les plus abusifs, notamment sur les petites surfaces ».

Des avantages fiscaux et financiers

À l’origine de cette loi, le secteur associatif voulait un outil pour procéder à un étêtement des loyers faisant exploser les moyennes, et sur lesquels se basent les tarifs locatifs. Il a donc milité pour la mise en place d’observatoires afin d’établir un loyer moyen sur des bases solides.

« Le logement creuse les inégalités, or le monde de l’immobilier revendique une liberté totale sans intervention de l’État, tout en réclamant des avantages fiscaux et financiers, déplore Patrick Doutreligne, président de l’Uniopss. Cette mesure permettait d’intervenir sur le marché sans le déstabiliser ».

Le risque de gentrification

Le gouvernement annonce vouloir faire appel de cette décision du tribunal administratif. Les associations, elles, attendent une application de la loi dans toutes les agglomérations en tension.

« Nous demandons son renforcement et son extension, explique Florent Gueguen. Cela nécessite un portage politique avec une volonté assumée d’encadrer les loyers. Or Emmanuel Macron est réticent sur le fond, puisqu’il croit à la loi du marché. Cette logique conduit à l’expulsion des classes moyennes des centres villes et à des difficultés croissantes pour les classes populaires pour se loger ».

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6 décembre 2017

Le sénateur et l’enfant : Silence on économise...

Le 8 novembre dernier, le Sénat adoptait un amendement pour supprimer le pécule versé aux enfants pris en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance. Un pécule constitué d’une épargne des allocations de rentrée scolaire, année après année, et gérée par la Caisse des dépôts et consignations.

Sa suppression avait pour but de renflouer les caisses des départements. L’amendement a été (heureusement) rejeté par l’Assemblée Nationale. La création de ce pécule, était inscrite depuis le 14 mars 2016 dans le texte de loi relatif à la protection de l’enfant porté par Laurence Rossignol, ministre des familles de l’époque et figurait parmi les mesures phares de sa réforme.

Controverse

Il s’agissait de bloquer sur un compte les sommes dédiées jusqu’à majorité des jeunes concernés, afin de faciliter leur passage dans la vie adulte. Cette mesure ne s’est pas faite sans controverses. D’abord parce qu’elle entérinait la problématique du manque de financements pour les contrats jeunes majeurs.

Mais aussi parce que de nombreuses institutions et familles se retrouvaient tout à coup sans ressources pour assurer les frais vestimentaires et scolaires des enfants concernés. Pour beaucoup, cette mesure constituait donc un recul sur la qualité d’accompagnement des mineurs mais, recul encore, recul toujours…

Adulte, m’entends-tu ?

La velléité de supprimer l’existence de ce pécule pose une question de taille : la visibilité des enfants et adolescents pris en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance dans l’espace public et politique. Si les mineurs en général sont très peu, voire pas du tout entendus (en tant que voix politiques) dans notre société, il semblerait que les plus dépourvus d’entre eux le soient encore moins. Certes du fait de leur condition de mineurs, mais aussi par l’absence d’instances représentatives qui rend la question de la protection de l’enfance complètement obscure pour le grand public.

Ce qui pose problème ici, au-delà des difficultés qu’auraient pu engendrer la suppression de ce pécule, c’est bel et bien le silence assourdissant qui l’entoure, faisant des enfants placés une manne financière, malgré quelques résistances éparses.


Célia Carpaye


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5 décembre 2017

Enfance, maternité, santé : trop d’inégalités, quelques ambitions

La ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, et le Délégué interministériel à la prévention et à la lutte contre la pauvreté des enfants et des jeunes, Olivier Noblecourt, ont annoncé hier le lancement d’une concertation sur la stratégie de prévention et de lutte contre la pauvreté des enfants et des jeunes. L’ambition affichée : « rompre le déterminisme de la pauvreté dans une logique de prévention et d’investissement social ».

Dix journées de concertation jusqu’à mars 2018, des groupes de travail thématiques, « la mobilisation d’experts » et quatre chantiers ont été annoncés, portant notamment sur le repérage et le recours à des dispositifs spécifiques d’accompagnement.

Faire appliquer la loi, tout simplement

Voici deux semaines, la pauvreté a été abordée en filigrane lors de la journée internationale des Droits de l’enfant du 20 novembre. Les deux problématiques sont indissociables, comme l’a montré le rapport du Défenseur des droits publié ce jour-là, qui porte sur la mise en œuvre effective des observations de l’ONU sur le respect de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant (CIDE) par la France.

La France a encore un long chemin à parcourir pour faire réellement appliquer les textes législatifs en matière de droits des enfants et des adolescents. Des progrès significatifs sont relevés, avec la mise en place du plan interministériel de lutte contre les violences faites aux enfants et la volonté du nouveau gouvernement de poursuivre ce travail de prévention.

Protection de l’enfance, premier motif de saisine

Mais des efforts restent à fournir concernant la Protection de l’enfance, premier motif de saisine du Défenseur des droits pour l’année 2016. Celui-ci pointe des manquements notables en matière d’éradication de la pauvreté chez les enfants, de prise en charge des mineurs non accompagnés et concernant la justice des mineurs. L’enjeu est enfin de rendre plus accessible au grand public la Convention Internationale des Droits de l’Enfant, souvent méconnue, et de faire la promotion de « l’intérêt supérieur de l’enfant » souvent mal comprise.

Le Défenseur des droits donne l’alerte concernant les services de Protection maternelle et infantile (PMI) et la médecine scolaire, en péril par manque de moyens, pourtant indispensables pour les plus fragiles et dans les régions les plus touchées par la précarité. Parmi ces territoires, la Guyane et Mayotte, où les enfants rencontrent des difficultés administratives et financières empêchant les soins ou favorisant le renoncement.

Les failles de la politique de santé

Ces inégalités concernent également les enfants étrangers, vivants dans la rue, et les mineurs non accompagnés : le rapport demande à l’État de garantir l’affiliation à la Sécurité Sociale et de promouvoir des conditions de vie dignes. Enfants hospitalisés, handicapés, victimes de violences doivent être pris en charge selon leurs besoins spécifiques. Une recommandation propose par exemple de s’assurer de la prise en charge totale des soins pour les enfants handicapés.

Même si le droit à l’éducation à la sexualité n’est pas expressément formulé dans la CIDE, le Défenseur des droits encourage la France à conduire des actions en ce sens pour lutter contre les stéréotypes de sexe, d’identité, de genre et d’orientation sexuelle.
Le cadre réglementaire français est « suffisant » sur l’éducation à la sexualité mais son application reste à améliorer : l’approche est encore trop tournée sur des questions sanitaires et les outils utilisés ne sont pas adaptés. Associer les parents, former les acteurs et proposer un espace de libre parole aux jeunes restent des défis à relever.


1er décembre 2017

TRIBUNE : "Que vont nos métiers devenir ?"

Par Véronique Jacquet (FNEJE), Christine Sovrano (CGT), Gabrielle Garrigue (Avenir Éducs)

Les métiers du travail social sont en résistance. La dernière Commission paritaire consultative (CPC) chargée de la refonte des diplômes aura lieu le 15 décembre. Trois participantes à la réflexion – minoritaires – pensent que tout est à craindre.

La formation et la qualification représentent un levier pour les pouvoirs publics dans la course à la réduction du déficit public. Véritable cheval de Troie investi allègrement par les employeurs (publics et privés) de notre secteur : les métiers, aujourd’hui construits en compétences, sont ainsi révisés, uniformisés entre eux, créant un processus de déqualification et permettant les glissements et la polyvalence des tâches, participant alors à la perte de sens du travail vécus par les professionnels (1).
D’ailleurs, en 2007 le virage d’une certification validant des compétences, appauvrit la richesse et la réalité des métiers, redéfinit les fonctions, brouillant alors les spécificités des différents métiers de la relation, les passerelles entre ces derniers venant renforcer ce processus.

Restructuration, taylorisation

La transformation de ces métiers et la formation concomitante sont un formidable outil de restructuration du secteur. Les métiers de la santé et du secteur éducatif et social ont subi de nombreuses mutations sous des auspices de « reconnaissance » ou « d’adaptation » de notre champ d’intervention. Révisés pour intégrer les normes européennes, mais également au regard de l’évolution du marché du travail et des politiques publiques, ils sont découpés et mixés, passés à la moulinette de la « modernisation », semestrialisés (2) dans un but de « performance » « d’efficience, d’attractivité » d’après leurs instigateurs !
À l’heure où coopération rime avec mutualisation des moyens et où la modernisation sert à masquer la gestion de la pénurie, certains n’hésitant pas à parler de nécessaire taylorisation du travail social.

Florilège de fonctions

Concrètement passant d’une logique de métier à celle d’emploi, l’objectif des réformes vise à la flexibilisation des salariés, à leur interchangeabilité. Dans ce sens, la simplification des diplômes, l’ouverture du champ à d’autres professionnels, la définition d’un florilège de nouvelles fonctions correspondant à des postes de travail : chargés de mission, chefs de projet, coordinateurs…
Quelle ingéniosité de la part des pourfendeurs de nos métiers et de nos professions ! Inutile de préciser qu’il n’y a aucune reconnaissance dans les rémunérations ou les statuts, l’objectif de ces nouveaux diplômes, mentions complémentaires ou spécialisations et autres titres « ronflants » visant l’adaptation à l’emploi et la diminution du coût du travail.

Socle commun, culture commune ?

Dérégulation, déréglementation, foire à la compétence, le métier a fait long feu, mais n’est plus la référence des employeurs et des gestionnaires alors qu’il représente un sésame concernant la mobilité et la promotion professionnelle, pour les personnels (3).
Depuis l’automne 2016, la commission professionnelle consultative du travail social et de l’intervention sociale - CPC - révise actuellement les métiers du social qui passent au grade de licence (accolement au grade de licence) : assistant·e de service social, éducateur·trice spécialisé·e, éducateur·trice technique spécialisé·e, conseiller·ère en économie sociale et familiale, éducateur·trice de jeunes enfants.
Ce travail s’est mis en place dans un contexte de vifs débats où les premiers travaux de la CPC lancés en 2013 ont été dénoncés rapidement par des professionnels de terrain, des syndicats , des organisations professionnelles et des collectifs (tels Avenir Éducs et Aformeje). Après avoir revu les définitions métiers et les référentiels activités et compétences dans des groupes de travail par métier, la phase actuelle des travaux s’attaque à l’épineux sujet du socle commun de compétences et de connaissances des cinq métiers. Ce socle commun est censé créer une culture commune du travail social chez les futurs professionnels et favoriser les liens de coopération, comme si la transversalité n’avait jamais existé dans les formations.

Identité professionnelle indéfinie

Depuis le début du travail engagé, les représentants des professionnels ne cessent d’alerter sur le manque de vision d’ensemble de la méthodologie utilisée. Comment la mise en forme générale va être effectuée et comment va être articulé le travail des différentes instances : tout cela n’est pas expliqué. Dans ce processus, les représentants des salariés tentent de ramener à tâtons l’essentiel des métiers alors même qu’ils sont peu nombreux dans les groupes métier et encore moins représentés lors des comités de coordination. Les formateurs connaissant les métiers et la formation qui s’y réfère sont pratiquement absents de ce travail de réingénierie. Or construire un socle commun est un non-sens si l’identité professionnelle n’est pas clairement définie.

Et la clinique ?

Les représentants des salariés, dans tous les groupes, se sont depuis le début opposés à ce que ces métiers soient dévoyés de leur sens au profit d’un renforcement d’une technicisation centrée sur la gestion de l’organisation centrée sur la coordination d’équipe, ce qui a semblé être entendu par le ministère. Les professionnels ont tenté de ramener la clinique comme l’essence des métiers, mais ce terme n’a par contre jamais été retenu dans les documents produits, au motif de la « méconnaissance du grand public ».
Concernant la dernière phase de travail, dont la précipitation bride les débats, la répartition des compétences dans un « socle commun aux cinq métiers » ou leur maintien en spécifique, propre au métier de référence, s’est effectuée dans le cadre de deux réunions au regard de la controverse suscitée. Mais un défaut de méthode est à souligner ainsi qu’une méconnaissance de que ce qu’est une compétence et de la façon de l’acquérir.
 C’est bien dans la confrontation au réel, dans l’exercice d’une pratique, en alternance que commence à se construire une professionnalité chez les étudiants. L’absence d’une méthodologie tenant compte de ces éléments vient remettre en question tout le travail effectué dans les groupes métiers. Les compétences sont une déclinaison des fonctions activités des différents référentiels et des définitions métiers et donc il faut les référer à ces dernières obligatoirement avant d’établir une quelconque comparaison.

Moratoire

Affirmer que les compétences et leurs indicateurs formulés de façon identique - ou relativement proches - ou que certains savoirs semblables, idoines et plutôt généralistes, fondent le « socle commun des compétences » sans tenir compte de la construction d’une professionnalité (4) forcément articulée à un public et aux problématiques des personnes accompagnées, constitue un biais méthodologique. En effet, c’est prendre le plus petit dénominateur commun de bout de chaîne que représentent les indicateurs - par ailleurs non exhaustifs - ou une partie des connaissances en les extrayant d’une quelconque réalité.
La question des métiers du travail social qualifiés, au plus proche de l’autre, participant d’un projet de société qui repose sur des principes d’égalité et de solidarité, en se déployant dans un secteur à but non lucratif, semble être une vision périmée pour ceux qui emportent les décisions en CPC.
La CGT a demandé un moratoire d’un an lors de la dernière CPC plénière pour réellement appréhender l’ouvrage sur le canevas, avec une mise en œuvre en septembre 2019, notamment au regard du report des revalorisations prévues dans le cadre du dispositif parcours professionnel carrières et rémunérations - PPCR - de la fonction publique et s’est vu opposer un refus sans motivation explicite. Si rien ne vient perturber le processus à l’œuvre, la CPC plénière devrait sceller les choses le 15 décembre prochain, pour une mise en œuvre en septembre 2018, à suivre évidemment…
Alors quels enjeux et motifs inavoués à travers cette réforme et cette marche forcée portée par les pouvoirs publics actuels sinon ceux que nous dénonçons depuis le début du processus ?


(1) Le processus de Bologne inscrit les diplômes post baccalauréat dans le système du LMD : Licence, Master, Doctorat ; le niveau Licence correspond à 180 ECTS.
(2) Pour les diplômes supra baccalauréat
(3) la compétence étant constituée de savoirs, savoir-être, savoir-faire ou "savoirs en action"
(4) cf. lettre de cadrage du 10 février 2016 de la secrétaire d’État à la CPC, à l’époque Mme Neuville.


30 novembre 2017

Journée mondiale de lutte contre le sida : le combat continue

Avec 6 000 nouvelles contaminations chaque année, le nombre de découvertes de sérologie positive au VIH ne baisse plus en France depuis 10 ans. Dans son dernier point sur l’épidémie à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre le sida ce 1er décembre, l’Institut national de veille sanitaire s’inquiète d’une épidémie cachée importante. Environ 25 000 personnes séropositives n’auraient pas été dépistées, dont 70% seraient des hommes. Parmi eux, des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) (40%) et des personnes hétérosexuelles d’origine étrangère, notamment d’Afrique subsaharienne (40%), une constante dans les découvertes des infections à VIH depuis 2003.

Les nouvelles préventions ne suffisent pas

Pourtant, ces dernières années, la prévention et le dépistage de ce virus ont connu des révolutions : sortie du « tout préservatif », introduction du TasP (Treatment as Prevention) - sous traitement et avec une charge virale indétectable, la personne séropositive n’est plus contaminante – et de la prophylaxie pré-exposition (PreP) pour les personnes ayant des comportements sexuels à haut risque, arrivée des tests rapides d’orientation diagnostic (TROD) et des auto-tests. Si le nombre de découvertes de séropositivité baisse chez les hétérosexuels depuis le début des années 2000, il ne diminue pas chez les HSH qui représentent près de la moitié des nouvelles découvertes de séropositivité en 2016. L’INVS s’alarme en outre de l’importance des co-infections avec des infections sexuellement transmissibles (IST) que l’on pensait disparues, comme la syphilis, notamment chez les HSH.

Des discriminations tenaces

« Les discriminations et les stigmatisations dont sont victimes les gays, les travailleurs·ses du sexe, les usagers·es de drogue ou les migrants·es renforcent leur vulnérabilité face au virus » pense le président de Aides, Aurélien Beaucamp. À l’occasion du 1er décembre, l’association sort un rapport sur ces discriminations. Il montre que les personnes séropositives se heurtent à « des entraves tenaces dans l’accès à l’emprunt », un « détournement de procédure massif » fragilise le droit au séjour pour raisons médicales pour les étrangers gravement malades et les politiques répressives envers les travailleurs·ses du sexe dégradent les conditions d’exercice et fragilisent les pratiques préventives.

« Sida : c’est quand qu’on guérit ? » sera le mot d’ordre de la manifestation parisienne traditionnelle du 1er décembre. « Nous pourrions vous parler de nos réserves vis-à-vis de ceux qui parlent de la fin du sida, alors que les moyens alloués à la prévention sont absents, que l’accès aux soins et aux droits est inégal, que les discriminations sur lesquelles pousse le sida perdurent » souligne le texte d’appel.


29 novembre 2017

PJJ : délabrement dans le 93 et maigre budget national

Éducatrice en AEMO à Montreuil et représentante syndicale CGT PJJ, Sophie Benhaim a découvert cette année l’état de dégradation du foyer PJJ de Rosny-sous-Bois. Fuite d’eau dans les chambres, absence de chauffage, sanitaires bouchés, douches inutilisables obligeant les jeunes à se laver à la piscine, pas de lumière dans les toilettes, draps déchirés…

Depuis trois ans déjà, le délabrement du bâtiment impacte le fonctionnement de l’équipe éducative et des 12 jeunes âgés de 15 à 18 ans. Sur les 14 agents de l’unité éducative d’hébergement collectif (UEHC), 7 ont demandé leur mutation en 2016, puis 3 en 2017. Tous ont été remplacés par des vacataires.

Pour des conditions d’accueil décentes

Après l’été, le CHSCT réclame une suspension temporaire d’activité afin de « remettre l’UEHC aux normes dans le but d’offrir des conditions d’accueil décentes aux jeunes et aux professionnels, de laisser le temps et l’espace aux professionnels d’élaborer les bases de leur action éducative commune et de constituer un nouveau groupe de jeunes n’ayant pas connus ces multiples dysfonctionnements institutionnels ».

Faute de réponse de la Direction territoriale de la PJJ de Seine-Saint-Denis, et malgré un manque de mobilisation du personnel, la syndicaliste décide d’adresser une lettre ouverte au Préfet le 2 octobre. « Tous les éléments relatés ci-contre témoignent de nos observations de terrain ou du récit de jeunes placés dans cette structure, dont nous assurons le suivi éducatif en milieu ouvert » écrit-elle.

Lettre ouverte au préfet

Un appel au rassemblement devant la préfecture est lancé le 17 octobre auprès des éducateurs spécialisés et de la PJJ du 93. La Direction territoriale de la PJJ se déplace sur site pour constater les dégâts. Il s’en suit un gros nettoyage, un changement des toilettes, mais les problèmes de plomberie persistent et l’achat de mobilier neuf n’a pas résisté à l’ambiance dégradée de l’établissement.

Pour le gros œuvre, un budget de 26 000 euros a été débloqué sur 2017, rallongé de 25 000 euros en 2018. La majorité des jeunes ayant vécu les fortes dégradations de l’été a été placée ailleurs. « Les quelques collègues encore en poste attendent de voir avant de se remobiliser, nous avons rendez-vous en décembre » précise Sophie Benhaim.

Un budget insuffisant

Au-delà de ce cas particulier, la CGT PJJ envisage de lancer un mouvement sur la région parisienne, où la situation se dégrade partout. « Avec les réductions de moyens humains, nous mettons plus de temps à intervenir et constatons une augmentation des incarcérations de mineurs. »

Le projet de loi de finances (PLF) pour l’année 2018, avec un budget de 857,2 millions d’euros pour la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ), soit 3,4% d’augmentation par rapport à cette année, est donc insuffisant selon ces nombreux acteurs.

Lutte contre la radicalisation, à quel prix ?

La Fédération des associations de protection de l’enfant (CNAPE) et la Fédération nationale des services sociaux spécialisés (FN3S) montrent dans un rapport d’observation (Projet de loi de finances 2018, Budget de la PJJ, CNAPE et FN3S) que l’enveloppe concernant le secteur associatif n’augmentera que de 1,7 millions. Il permettra au mieux de maintenir l’activité des structures et de gérer les dépenses liées aux personnels. Or le rapport demande que soient évalués les budgets en fonction des besoins réels et non supposés des associations. La Cour des Comptes avait déjà souligné en 2014 « une régulation de l’offre essentiellement budgétaire et une absence de confrontation des capacités et des besoins ».

Les fortes augmentations de budget connues sur les années 2016 et 2017 étaient liées au plan d’action contre la radicalisation et le terrorisme. Les fédérations regrettent qu’elles n’aient pas permis d’investir dans de nouvelles mesures : réduction des délais d’attente auprès des magistrats, élaboration de réponses diversifiées ou renforcement du milieu ouvert, des besoins souvent sous-estimés.

Un état des lieux nécessaire

En 2018 par exemple, l’enveloppe dédiée à la diversification des hébergements - au côté des Centres éducatif renforcés et Centres éducatifs fermés - sera en baisse et ne donnera pas les moyens aux associations de proposer des alternatives innovantes et ajustées aux mineurs.

Repenser la Justice des mineurs et la doter de crédits supplémentaires pour qu’elle puisse remplir sa mission de réinsertion et de socialisation, voilà ce que revendiquent les fédérations. Elles demandent également qu’un état des lieux du dispositif pénal soit effectué ainsi qu’un diagnostic territorial sur les besoins rencontrés.