N° 728 | du 4 novembre 2004 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 4 novembre 2004 | Jacques Trémintin

Accueillir les adolescents en grande difficulté

Claude Bynau
éd. érès, 2004 (320 p. ; 18 €)

Thèmes : Placement familial, Adolescence

Pour s’occuper d’adolescents en grande difficulté, il faut y croire. Ce dont ils ont besoin, ce n’est pas seulement d’une attention et d’un investissement affectif ou de la satisfaction de leurs besoins matériels. Ils sont aussi à la recherche d’adultes qui posent sur eux des rêves et des désirs. Ils peuvent ensuite s’y engouffrer ou au contraire s’y opposer farouchement. Mais au moins, ils ont de quoi se construire et sur quoi s’appuyer. Pourtant, la lassitude et le découragement sont souvent au rendez-vous, consécutifs du sentiment d’impuissance qu’induit le peu de résultats souvent constatés, malgré un investissement important. Ces jeunes qui oscillent perpétuellement entre fusion et provocation créent un sentiment tour à tour de séduction et de rejet. C’est pourquoi, face à eux, il ne faut jamais travailler seul. Le travail d’équipe est nécessaire et l’appel à un collègue ne relève pas alors d’un relais passé à quelqu’un de plus compétent, mais de plus distancié.
Ces propos qui rencontreront l’assentiment de toutes celles et tous ceux qui sont confrontés à cette population, sont tenus par un psychologue clinicien, initiateur du service d’accueil familial pour adolescents (SAFA) de Merville, près de Lille. Quelle drôle d’idée que de vouloir accueillir des jeunes dans un milieu familial à un âge qui les prépare plus à entrer dans l’autonomie ! C’est que pour réussir sa vie d’adulte, encore faut-il avoir pu créer des bases satisfaisantes. Et si l’internat présente moins de rivalité avec la famille d’origine et propose une plus grande diversité d’intervenants, la famille d’accueil, avec la taille humaine, la continuité et la permanence quotidiennes qu’elle propose convient parfois bien mieux à des adolescents en grande carence relationnelle qui supportent souvent mal la collectivité. Cela n’est pas simple à vivre pour personne. Le jeune peut attaquer fortement le lien d’attachement qui se crée, en confrontant l’assistante maternelle à la figure de la mère mythique qu’il s’est construite : elle sera trop frustrante, pas assez disponible, trop imparfaite. Il peut aussi utiliser l’éducateur référent contre la famille d’accueil ou le percevoir comme un intrus indésirable. Le SAFA ne se contente pas d’accueillir le jeune en respectant ses difficultés et ses limites et en ne se focalisant pas sur ses symptômes. Il donne aussi les moyens à ses professionnels (qu’ils soient familles d’accueil ou éducateurs) de résister aux inévitables attaques provoquées par les jeunes en grande souffrance. Mais il revendique surtout le travail de réseau permettant de passer du prêt à porter au sur-mesure, à l’image des unités polyvalentes d’actions éducatives spécialisées qui disposant de multiples ressources (internat, familles d’accueil spécialisées, service d’accueil de jour et service d’hébergement individualisé) peuvent les utiliser souplement, pour construire un itinéraire adapté à chaque jeune.


Dans le même numéro

Critiques de livres

Robert Neuburger

Les rituels familiaux