N°  | du 13 avril 2005 | Numéro épuisé

Critiques de vidéos

Le 13 avril 2005 | Un film réalisé par Anne Philippe

Yaani

Joël Plantet

(2002 - 30 mn)
La Cathode
119 rue Pierre Sémard
93000 Bobigny
Tél. 01 48 30 81 60

Thème : Humanitaire

Des éclairs de fin du monde, un orage annonciateur d’eau : « Les ancêtres disent qu’on est les bons étrangers parce qu’on a amené la pluie » se rassure une voix off. Nous sommes au Burkina-Faso. En mars pour une première prise de contact, puis en juillet 2001, de jeunes aveyronnais et des ados de Seine-Saint-Denis, représentant donc deux facettes fort différentes des régions françaises, sont allés à la rencontre de jeunes villageois, et aussi de leur culture, de leur médecine, de leur mode de vie traditionnel, encore préservé.

Korgnégane, ses baobabs, son sable, ses cases. Paysages d’Afrique. Dans une large feuille de bananier, un gamin tend à la caméra quelques petits poissons. Dans les champs alentour, on travaille dur, les femmes aussi, courbées vers le sol avec bébé arrimé sur le dos. Quelqu’un vient expliquer que chaque famille propose à tour de rôle une journée pour inviter les autres à venir l’aider. Quelques autocars passent sur les pistes, et tout le monde dit bonjour à tout le monde. Dans cette campagne burkinabée, des gamins font rouler des pneus de vélo dans la terre battue comme des cerceaux. Rieurs et curieux de la caméra, ils viennent voir ces alter ego si différents, si étrangers. Au final, une authentique rencontre s’opérera, les uns étant intéressés au plus haut point par les autres, et vice-versa.

Qu’ils soient franciliens ou originaires du Sud-Ouest, les jeunes français vont voir comment le pompage de l’eau se pratique, ou le pilage du mil — en rythme —, comment fonctionne le pressoir, comment on porte l’eau sur sa tête ou de quelle manière ici on prend soin des chèvres.

Le soir, les xylophones de bois invitent à des danses vivantes. Avec les visiteurs, un spectacle a été monté, fait de danse, de contes, de musique et de théâtre. On y trouvera aussi du diabolo et des métaphores (par exemple sur la maladie, bien trop présente dans ces régions). De même, quelques matches de foot sont organisés. Et un jour, on décide de projeter des films sur les t-shirts. Ambiance… « Les Parisiens vivent là ! Ça, c’est ma cité ! Et là, ce sont des paysans de l’Aveyron… ». Sur l’« écran » improvisé, on voit passer, en d’insolites séquences, des vaches, des fermes, des cités, la banlieue. La France est diverse. Parfois aussi, sur un grand drap tendu, d’autres projections de plein air — par exemple des dessins animés — sont organisées. Le jour de la fête des femmes, le 8 mars, une action avait également été concrétisée, sous forme d’une pièce de théâtre, dont nous verrons aussi quelques traces filmiques.

Quelques projets, plus ou moins réalistes, ont fini par émerger : pourquoi ne pas construire une maison collective, dans ce village, pour venir y séjourner régulièrement ? Des invitations seront faites pour que les jeunes Africain (e) s viennent voir des matches de foot au Stade de France de Saint-Denis, ou… faire des courses dans les magasins. Un jeune tient à leur montrer les codes des immeubles, les appartements des cités, les programmes de télé, etc. Ces liens ne seront pas éphémères, est-il promis des deux côtés et, dans un premier temps, « les lettres vont pleuvoir ».