N° 1023 | du 23 juin 2011 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 23 juin 2011

Vouloir politiquement la parité

Joël Plantet

Certaines inégalités professionnelles entre hommes et femmes seraient avant tout nourries par un partage inégal du temps parental et des tâches domestiques. Un rapport donne quelques pistes pour un vrai changement.

Les chiffres sont répétés : les femmes salariées gagnent 27 % de moins que les hommes ; 40 % des femmes voient leur trajectoire de carrière modifiée après une naissance, contre seulement 6 % des hommes ; 80 % des tâches parentales et domestiques sont assurées par les femmes. Et sur 576 députés siégeant à l’Assemblée nationale, on trouve… 113 femmes.

L’affaire DSK a exhumé deux sujets plutôt tabous, le machisme en politique et le continuum des violences faites aux femmes. Selon l’observatoire des prisons et autres lieux d’enfermement (Opale), par exemple, plus de 10 000 faits de viols ont été constatés en 2010 pour la seule métropole (sans compter les agressions et les atteintes sexuelles), donnant lieu à seulement… 1 400 condamnations. Les réseaux féministes parlent, eux, de 75 000 femmes violées chaque année en France. Reçus le 27 mai par la ministre des Solidarités et de la Cohésion sociale, Roselyne Bachelot, ils ont réclamé des campagnes grand public contre les représentations sexistes, l’application effective des lois contre les violences faites aux femmes et le soutien aux actions de terrain « pour construire d’autres relations filles/garçons dès la petite enfance ».

L’IGAS propose un « droit individuel à la parentalité » de trois mois

Remis à la même ministre, un rapport de l’inspection générale des affaires sociales (IGAS) lance vingt-cinq propositions pour un meilleur partage entre les hommes et les femmes : « Les pères en couple consacrent 1h 20 par jour aux activités parentales quand ils ont un enfant de moins de trois ans contre trois heures pour les mères »… Concernant les congés maternité et paternité, de seize semaines pour la mère et de onze jours pour le père actuellement, il est préconisé un congé maternité de douze semaines pour la mère, enrichi d’un « congé d’accueil de l’enfant » de huit semaines à prendre immédiatement après ce congé maternité et à partager également entre les deux parents (non transmissible à l’autre parent, et avec un bonus d’une semaine si le père prend intégralement son quota), soit un mois chacun.

Selon la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), seuls deux tiers des pères concernés bénéficient aujourd’hui de leur congé paternité (institué en 2002). Toutefois, l’IGAS rejette l’idée d’un congé paternité obligatoire. Par ailleurs, le congé parental, ou complément de libre choix d’activité (CLCA) – utilisé, lui, par… 4 % des hommes – serait raccourci de trois ans à un an, et rémunéré à 60 % du salaire antérieur.

En outre, le rapport de l’IGAS propose un « droit individuel à la parentalité » de trois mois rémunéré, à utiliser pour venir en aide à un proche parent (âgé et dépendant, ou adolescent en crise…). D’autres propositions évoquent des autorisations d’absence pour les pères pour accompagner leur compagne aux examens médicaux dans le cadre d’une grossesse, la modification des dates des jours de repos en cas d’obligations familiales ou l’intégration de l’articulation entre la vie familiale et professionnelle dans les négociations sur l’égalité professionnelle dans l’entreprise. Enfin, l’IGAS recommande d’améliorer les passages du temps partiel, essentiellement féminin, au temps complet. Tout aussi riche, la fondation Terra Nova éditait, le 15 juin, 48 propositions pour faire progresser l’égalité hommes/femmes.

Dans quelques jours, le 28 juin, une conférence tripartite (État-syndicats-patronat) sur l’égalité professionnelle, à l’initiative de la ministre des Solidarités, se saisira des propositions de l’IGAS, également à l’ordre du jour des négociations avec les partenaires sociaux.