N° 635 | du 26 septembre 2002 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 26 septembre 2002 | Jacques Trémintin

Vivre une relation d’aide

Clément Pichaud


éd. Chronique Sociale, 2001, (192 p. ; 16 €) | Commander ce livre

Thème : Bénévolat

La France compte 11 millions de bénévoles. Qui sont-ils ? Des militants, des bienfaiteurs paternalistes ou des professionnels de l’entraide ? Leur rôle et leur place sont devenus au cours des années incontournables. Or, certaines aides peuvent parfois faire plus de mal que de bien. D’où la nécessité de leur apporter une formation. C’est ce que propose ici Clément Pichaud.

Les thèmes abordés sont le plus souvent issus de l’expérience des associations caritatives. Ils sont très justes et d’une grande pertinence. Si un toit et de la nourriture semblent les premiers besoins à satisfaire, le fondateur des Petits frères des pauvres répliquait qu’il fallait apporter des fleurs avant le pain ! On aide souvent bien plus quelqu’un en lui demandant service qu’en lui rendant service, explique de son côté l’Abbé Pierre qui a appliqué ce principe avec les Compagnons d’Emmaüs. L’un des premiers critères de l’accueil, c’est l’écoute et la reconnaissance de l’autre. Inclure les personnes marginales, c’est accepter leur don et apprendre d’elles, comme l’a bien montré ATD quart monde.

Mais l’auteur sait aussi puiser dans les sciences humaines pour mieux armer les bénévoles. Ainsi, explique-t-il, que pour répondre aux besoins de l’être humain, il faut s’inspirer de la pyramide de Maslow qui évoque les exigences minimales à satisfaire : physiologiques, de sécurité, de relation sociale, d’autonomie et de réalisation de soi. Il faut aussi savoir faire face aux mécanismes de défense et de résistance au changement : déni, refus, fuite, colère, agressivité ou effondrement. Les attitudes types des bénévoles relèvent de six modèles différents : la décision (trouver une solution), le soutien (rassurer, apaiser, consoler), l’interprétation (mieux comprendre la difficulté qui se vit), l’évaluation (porter un jugement de valeur positif ou négatif), le questionnement (éclaircir ce qui se vit) et la compréhension (reformulation).

Chacune de ces réponses comporte ses avantages et ses inconvénients qu’il convient de comprendre pour savoir les utiliser au mieux. Elles doivent en tout cas respecter trois axes essentiels : se détourner de la prise en charge (et son lot de dépendance) pour privilégier l’accompagnement (qui favorise un rôle actif de part et d’autre), se centrer sur la personne et non sur ses problèmes et enfin intégrer la compassion (qui place l’aidant et l’aidé sur un plan horizontal) et non la pitié (approche condescendance). Des trois formes d’amour que sont l’éros (foncièrement égocentrique), le philia (basé sur la réciprocité) et l’agapè (amour gratuit et inconditionnel), c’est bien ce dernier que le bénévole met en jeu : « Je t’aime sans chercher à être aimé en retour ». Pour autant, la démarche du bénévole doit se comprendre autant comme une action pour soi que pour les autres : l’échange qui fonde la relation profite aussi à celui qui aide.


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