N° 671 | du 26 juin 2003 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 26 juin 2003

Visite à l’atelier de gravure

Katia Rouff

Vous voulez participer à l’œuvre collective ? Rendez-vous à l’atelier de gravure dans une petite rue tranquille de Saint-Jean-de-Maurienne. Patrick Le Berd, responsable de l’atelier gravure nous accueille, bleu de travail et air poétique. Il nous vend une pièce deux euros. Elle est recouverte d’un vernis protecteur, nous réalisons notre dessin avec un stylo bille qui raye le vernis, donnant la première trace. Notre pièce sera ensuite gravée à l’eau forte (acide plus eau) qui creusera le métal à l’endroit où le vernis a été rayé.

Comment se passe le travail à l’atelier ? « En douceur », répond Patrick Le Berd. « Nous recevons des personnes bénéficiaires du RMI, en fin de droits, sortant de prison, avec des difficultés de tous ordres et qui n’ont pas travaillé depuis longtemps ». L’atelier leur redonne un rythme, leur réapprend la ponctualité. Il leur réapprend aussi à utiliser leurs mains, à travailler proprement avec les mains sales, à avoir de la dextérité dans le mouvement. Pas toujours évident. « Au départ, les personnes peuvent manquer de patience, de concentration, de précision, de minutie, mais tout cela s’acquiert. Notre priorité n’est pas le rendement mais le travail bien fait. Il faut que ce soit nickel. Cela demande une attention constante. Avant de mettre les pièces en vente, il faut les poncer et les vernir. Pour bien le faire, il faut sentir le matériau, entrer dedans, un peu comme le sculpteur rentre dans son bout de bois ou dans son caillou. La pose du vernis est un geste rapide et doux en même temps. Il y a une technique à acquérir », explique-t-il.

Depuis le début de l’atelier, 30 personnes s’y sont succédé. « Certains ne veulent plus nous quitter », s’amuse Patrick Le Berd en désignant James Simon qui confirme. « J’ai signé trois contrats avec Solid’Art. Ici tout me convient, le rythme, le cadre, les gestes répétitifs… Je n’aime pas la nouveauté. Un des buts de l’association est de sortir les gens de leur isolement, de leur timidité. Pour moi, qui en société suis timide, renfermé, c’est bien. Je vois d’autres personnes, je suis obligé de dépasser mes blocages. Je suis par exemple parti cinq mois en formation de remise à niveau à Marseille. C’était dur, mais j’y suis arrivé. Un jour, lors d’une exposition, l’équipe de Solid’Art m’a dit : « On revient dans 5 minutes ». En fait, elle n’est jamais revenue et m’a laissé seul pour renseigner les gens. C’était un piège, finalement j’ai réussi ».

Puis nous passons à l’imprimerie. Sur fond de musique douce, Sylvie Prajoux, une salariée, colorise l’aura à l’aide d’un tampon pointu. Elle sera ensuite imprimée sur du papier vélin épais, ce qui donnera une belle estampe. Sur des étagères, 18 000 auras déjà gravées et numérotées attendent sagement d’être placées dans leur écrin montagnard. Elles sont toutes très différentes. « J’aime Camille, mais je n’aime pas les épinards » a gravé une enfant. D’autres sont très artistiques, parfois « aussi belles que de la dentelle », selon Sylvie Prajoux. « Je participe aussi à la création de l’œuvre en choisissant les couleurs. Certaines personnes me donnent des indications, mais c’est rare », complète la jeune femme. Sur l’établi, les encres noires, oranges, bleues, les pinceaux, les chiffons semblent la ravir. Les ateliers ont déjà accueilli 30 personnes en insertion.


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