N° 1121 | du 10 octobre 2013

Critiques de livres

Le 10 octobre 2013 | Jacques Trémintin

Violences sexuelles chez les mineurs

Sous la direction d’André Ciavaldini


éd. In press Eds, 2012 (245 p. ; 22 €) | Commander ce livre

Thème : Abus sexuel

Même si les mineurs sont à l’origine d’un quart des violences sexuelles commises, on ne peut pas, pour autant, assimiler leurs actes à ceux posés par les adultes, nous expliquent les auteurs de ce livre collectif. D’abord, parce que si de telles transgressions surgissent le plus souvent d’un terreau traumatique remontant à la petite enfance, un mineur auteur ne reproduira pas forcément ce type d’agression une fois devenu majeur. Ensuite, parce que chaque époque concevant différemment les rites de passage à la puberté, le sens donné à la violence sexuelle des plus jeunes change avec le temps et le regard porté sur elle. Enfin, parce que l’adolescent est un être en devenir, dont la maturation en cours d’élaboration ne permet pas toujours d’accéder à la temporisation de la pulsion, ni à la canalisation de l’excitation, acquises théoriquement à l’âge adulte sous forme de figuration symbolique et fantasmatique.

La première démarche est bien de distinguer ce qui relève d’une sexualité infantile saine, de celle apparaissant plus problématique. Car, trop souvent, les parquets sont encombrés par des signalements portant sur des faits mineurs. La curiosité, les jeux d’exploration réciproque entre enfants de développement similaire, l’absence de violence, de chantage et de manipulation, la fréquence limitée des actes posés et la modification des comportements après l’intervention de l’adulte sont les signes d’une sexualité adaptée.

Ce qui est bien plus inquiétant, c’est lorsqu’il y a imitation des gestes des adultes de manière compulsive et persistante, recours à la manipulation, à l’intimidation et aux menaces physiques ou différence d’âge. Pour autant, de telles dérives se retrouvent surtout à la conjonction de toute une série de facteurs tels un contexte familial présentant de faibles représentations de l’interdit, des carences affectives, la confrontation à un réel violent faisant peu de place à l’imaginaire, une atmosphère ambiante fortement sexualisée ou incestueuse, sans oublier les agressions sexuelles subies ou les initiations dévoyées dès le plus jeune âge.

Se rajoute, en outre, une découverte de la sexualité via la pornographie, tout attachement ou investissement sur un mode amoureux étant alors totalement absent. Le discours des adolescents auteurs est fréquemment pauvre, opératoire et descriptif, le gouffre entre d’un côté la gravité des actes posés et leurs conséquences post-traumatiques pour la victime et de l’autre la conscience qu’ils peuvent en avoir, étant particulièrement profond. Seule l’articulation entre la sanction et l’éducatif pourra alors aider à restaurer le processus psychique permettant au jeune de progresser dans l’apprentissage de la sexualité et de la responsabilité.


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