N° 963 | du 4 mars 2010 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 4 mars 2010

Violences scolaires, pénurie de moyens

Joël Plantet

En période électorale, certains aimeraient que la délinquance des jeunes – à l’école ou non - revienne au-devant de la scène. La « sanctuarisation » promise des établissements scolaires a du mal à se mettre en place, faute de moyens

Le 18 février, le secrétaire d’État à la Justice, Jean-Marie Bockel présentait soixante propositions pour prévenir la délinquance des jeunes, dont l’acquisition d’« habiletés sociales » dès la maternelle. Le rapport réclame des états généraux de la prévention pour la fin de l’année 2010. Mais des états généraux ou des Grenelle, les pouvoirs publics savent en organiser pour « répondre » à l’urgence : qu’ils soient de l’enfance, de la justice pénale, de la psychiatrie ou de bien d’autres items, ils ne changent en général pas grand-chose. En l’occurrence, des états généraux sur la sécurité à l’école prévoient de réunir début avril les représentants des collectivités locales, les sociologues, l’Observatoire national de la délinquance, l’Observatoire de la violence à l’école. Et les travailleurs sociaux ? Tous azimuts, la rencontre est censée apporter des réponses au racket à l’école, aux jeux dangereux dans les cours de récréation, et aborder les sanctions…

De nouveau, après une série d’actes particulièrement violents commis dans certains établissements, plusieurs manifs de profs ont eu lieu à Paris pour dénoncer la dégradation des conditions d’exercice. Auparavant, ils avaient exercé leur droit de retrait, qui s’applique depuis 1995 à la fonction publique en cas de « danger grave et imminent pour la vie ou la santé ». Mais les annonces ministérielles semblent dérisoires en regard des 40 000 suppressions de poste entre 2008 et 2010 (d’enseignants, d’assistants sociaux, de surveillants…) et de l’abandon des établissements qui en ont le plus besoin. En effet, les inégalités sont territoriales : la Cour des comptes relevait, en fin d’année, que plus des deux tiers des collèges ambition réussite avaient perdu jusqu’à 10 % de leurs élèves du seul fait de la réforme de la carte scolaire. Par ailleurs, la moitié environ (57 sur 120) des collèges de Seine-Saint-Denis sont classés zones d’éducation prioritaire (ZEP)…

Les mesures n’ont cessé de s’empiler depuis quinze ans

L’efficacité de la sécurisation (vidéosurveillance, clôtures, filtrages à l’entrée…) n’a pas fait ses preuves. Des équipes mobiles de sécurité composées de personnels de l’Éducation nationale et de policiers doivent se mettre en place en ce mois de mars. Logiciel après logiciel – Sivis ayant remplacé Signa –, la comptabilité des actes violents est sujette à caution, l’outil actuel, par exemple, ne prenant pas en compte les micro violences minant certains établissements… Quoi qu’il en soit, selon les premières indications d’une étude de l’Observatoire des violences à l’école, qui sera rendue publique à l’automne prochain, le nombre d’actes violents resterait… stable (globalement, 50 % des incidents graves survient dans 10 % des collèges et lycées…).

Qu’elles concernent la fouille des cartables, le « policier référent » ou les portiques de sécurité, les mesures n’ont cessé depuis quinze ans de s’empiler. La Défenseure des enfants, Dominique Versini, estime indispensable que soient prises en compte dans ces futurs états généraux les propositions des collégiens et lycéens issues de sa consultation Parole aux jeunes : la première d’entre elles est d’augmenter les postes de surveillants et d’éducateurs dans les établissements… Le sujet sidère en tout cas politiques et médias : le 22 février, France Inter proposait une matinale spéciale sur « les jeunes et la violence ». En réaction, l’association nationale des conseils d’enfants et de jeunes (Anacej), un poil caustique, proposait à la station de lui « trouver les angles intéressants et les intervenants compétents » pour une même formule concernant « les jeunes et l’engagement solidaire ».