N° 839 | Le 3 mai 2007 | Jacques Trémintin | Critiques de livres (accès libre)

Violences invisibles. Reconnaître les situations de maltraitance envers les personnes âgées

Robert Hugonot


éd. Dunod, 2007 (163 p. ; 19 €) | Commander ce livre

Thème : Personne âgée

Les nations industrialisées ne se rendent pas compte qu’elles sont assises sur une poudrière à combustion lente mais inexorable : la part âgée de nos populations ne va cesser de croître et avec elle la proportion des dépendants moteurs et intellectuels, des isolés, des personnes en précarité. Mais plutôt que d’intégrer cette dimension prévue de longue date, on se tétanise face à cet avenir vieillissant. On se réfugie dans l’âgisme, cette discrimination à tout ce qui a trait à la vieillesse en la réduisant à la décrépitude, la caducité, la décadence. Robert Hugonot nous propose ici un ouvrage qui, aux côtés des affres de la vieillesse, fait une large place à de magnifiques portraits de vieillards que la bienveillance ou la simple tolérance peuvent, selon qu’elles sont présentes ou non, faire basculer du côté de l’humanité ou au contraire dans le monde de l’étrangeté et de la monstruosité.

Effectivement, avec l’âge, vient la fuite accélérée du calcium des os et son non-remplacement : une manœuvre un peu vigoureuse peut provoquer une fracture. Un fémur peut se briser avec une facilité déconcertante : un entrechat, un retournement brusque ou même une glissade sur un sol mouillé suffisent parfois pour provoquer l’accident. Une peau de vieillard est d’une fragilité extrême. Elle est devenue mince comme du papier de soie et se déchire pour un rien. Il faut aussi tenir compte de cette hydrophobie assez courante chez des personnes qui perdent parfois le sens de la soif. Mais ce qui, au cours du vieillissement, s’effondre le plus, le plus vite, c’est l’adaptabilité : 30 % des entrants en maison de retraite meurent dans l’année qui suit du fait du stress inhérent au changement de leurs habitudes et de leurs repères. Et puis il y a ces confusions, ces démences, ces maladies psychiques si invalidantes.

De tels changements sont à même de transformer l’amour que l’on peut porter à son aïeul. La maltraitance est une maladie de la tolérance : il y a d’abord un épuisement face à une situation qui peut apparaître insupportable : « que cette personne que l’on a tant aimée soit désormais hors d’atteinte de notre affection, indifférente à toutes marques d’attention, hors du terrain de l’amitié et de l’amour » (p.13). Elle intervient tout autant dans les institutions spécialisées dans l’accueil des personnes âgées. Le monde hospitalier peut s’identifier, surtout s’il devient un lieu de vie de longue durée, à un univers concentrationnaire. Le malade institutionnalisé perd alors son identité. Humaniser la politique gériatrique ne se limite pas à la seule amélioration des programmes de santé, encore faut-il rétablir le dialogue, le respect et la chaleur des relations entre des partenaires condamnés à vieillir ensemble.


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