N° 955 | du 7 janvier 2010 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 7 janvier 2010

Violences aux femmes et discriminations

Joël Plantet

Malgré un arsenal juridique mis en place depuis quelques années, la violence contre les femmes perdure, voire s’aggrave. Décréter le phénomène « grande cause nationale » en 2010 va-t-il vraiment changer la donne ?

Àl’occasion d’actions de sensibilisation à l’égalité entre filles et garçons, des projections du récent documentaire de Patric Jean, La domination masculine, ont été organisées à Paris à destination des collégiens et lycéens parisiens. Pour le réalisateur, les discriminations envers les femmes sont « un fait culturel ancré dans la société, elles commencent avec le fer à repasser qu’on offre à Noël pour apprendre aux petites filles à être des boniches ». Le Centre national d’information sur le droit des femmes et des familles (CNIDFF) confirme qu’elles sont « le produit d’un système patriarcal de domination masculine qu’il s’agit de déconstruire ».

On connaît les chiffres, effarants : 300 000 femmes victimes de violences chaque année ; 156 femmes en sont mortes en 2008, soit un décès tous les deux jours et demi, ce qui représente 20 % des meurtres commis dans le pays… Le dispositif gouvernemental prévu pour cette année – labellisation du phénomène comme « grande cause nationale », campagnes de sensibilisation, renforcement de l’arsenal juridique – suffira-t-il à transformer cette effroyable réalité ? Sont prévues des mesures comme l’éviction du domicile du conjoint violent (avec extension aux concubins et aux pacsés), une aide matérielle pour les femmes concernées, des décisions sur l’autorité parentale, ou la prise en compte législative des violences psychologiques. Réunies en collectif, vingt-cinq associations de défense du droit des femmes organiseront cette année colloques, débats et campagnes de communication. Un spot audiovisuel va sensibiliser les victimes potentielles à propos des enfants, suggérant que ceux-ci « apprennent beaucoup de leurs parents, y compris les violences conjugales ».

Seuls 10 % des viols et agressions sexuelles feraient l’objet d’une plainte

Avant l’été prochain, deux mesures importantes seront introduites dans le droit français : un régime de référé protection en cas de danger immédiat, et un « délit de violence psychologique au sein du couple ». Par ailleurs, la lutte contre la récidive passera par le bracelet électronique contrôlant l’éloignement du conjoint, testé dès le début de cette année. Le téléphone d’urgence équipant certaines victimes sera développé. Une formation spécifique à ce phénomène devrait s’inscrire dans la formation initiale des professionnels de santé (et des policiers ?). Un guide « pour l’égalité entre les hommes et les femmes issus de l’immigration » sera distribué par l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) aux étrangers primo-arrivants, en vue de lutter contre les mutilations sexuelles et les mariages forcés. La collaboration avec les associations devrait se voir renforcée, notamment sur l’accueil et le suivi des auteurs de violences. Enfin, les entreprises seront sollicitées pour participer à l’effort de sensibilisation.

Le mouvement Ni putes ni soumises rappelle qu’une partie infime de l’iceberg est visible : seuls 10 % des viols et agressions sexuelles feraient l’objet d’une plainte. Les services administratifs ou de police ne sont pas exempts non plus de stéréotypes à dépasser d’urgence. Des revendications existent : réservation de logements sociaux pour les femmes victimes de violences, ouverture dans chaque département d’un commissariat de police référent…

Et l’inégalité salariale entre hommes et femmes ? Protéiformes, ces discriminations – en amont des violences – s’inscrivent dans un continuum passant par l’éducation, le travail, le couple. L’arsenal législatif, déjà bien fourni, est resté inefficace. Alors ?