N° 992 | du 4 novembre 2010 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 4 novembre 2010 | Jacques Trémintin

Vaincre sa culpabilité

Martine Teillac


éd. Du Toucan, 2009 (239 p. ; 14,90 €) | Commander ce livre

Thème : Souffrance

La culpabilité est une morsure de l’âme qui nous habite de la naissance jusqu’à notre mort. Mais c’est le prix à payer pour la conscience de nous-mêmes, affirme Martine Teillac qui consacre tout le début de son ouvrage à présenter les différentes façons dont ce sentiment a été pensé au fil du temps. Cela commence par la philosophie platonicienne qui nous invite à devenir sage : en nous libérant de nos passions, nous éviterons le sentiment d’avoir commis une faute. Pour Saint- Augustin, l’homme naît de toute façon coupable, marqué au sceau du péché originel. Seule la piété peut l’en libérer.

Puis, la psychanalyse placera la culpabilité à l’interface entre le ça et le surmoi, avec comme premier objet le désir incestueux de l’enfant pour son parent. La philosophie contemporaine essaiera, avec Jankelevitch et Lévinas, de comprendre le désastre nazi : chacun endosse le mal que l’autre accomplit, du fait même de notre appartenance commune à la même humanité. Ne pas la combattre, c’est s’en rendre complice. D’où l’émergence d’une éthique qui se concrétise par la justice internationale, le droit d’ingérence, le devoir de mémoire ou la repentance. Mais même si la culpabilité va bien au-delà de la dynamique individuelle, elle s’impose à tous, dans une configuration personnelle laissant toutes les combinaisons possibles : culpabilité sans honte, honte sans culpabilité, voire honte de se sentir coupable.

L’auteur en convient : il est sain de vivre ce ressenti quand on a commis une faute. Cette implication peut faire l’objet d’un traitement légal, se concrétisant par une condamnation judiciaire. Mais, dans la plupart des cas, chacun se retrouve face à sa conscience. Pour autant, ce sentiment n’est pas toujours justifié et Martine Teillac passe en revue de multiples circonstances qui l’illustrent : au travail, au sein du couple, le parent face à la réussite de son enfant, l’enfant face au divorce de ses parents, etc. Certes, on n’échappe pas facilement à la culpabilité quand on éprouve le sentiment de n’avoir pas fait ce qu’on aurait dû. Mais chaque fois que nous nous ressentons comme coupable, c’est le plus souvent parce que nous sommes pris dans l’illusion de la toute-puissance et dans la certitude de pouvoir changer le cours des choses. Et quand nous n’y arrivons pas, pèse alors sur nous la responsabilité de l’échec. C’est là peut-être l’héritage de l’héliocentrisme de l’enfant persuadé que tout ce qui se vit autour de lui dépend de lui.

L’auteur rappelle que nous ne pouvons ni contrôler, ni toujours peser sur le déroulement des événements. Personne n’est responsable, à lui tout seul, du bonheur des autres. Admettre que l’impuissance et l’imperfection font partie de notre humanité, c’est aussi peut-être commencer à nous libérer d’une culpabilité malsaine.


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