N° 852 | du 13 septembre 2007

Faits de société

Le 13 septembre 2007

Une rentrée scolaire sous le signe de la rigueur

Joël Plantet

Réduction des inégalités, accompagnement éducatif… Les intentions sont parfaites. Mais les mesures prises ne semblent pas des plus convaincantes, et des postes d’enseignants sont supprimés par milliers

Comment développer l’accompagnement éducatif pour les élèves en difficulté ? Annoncées le 29 août par Xavier Darcos, ministre de l’Éducation nationale, quelques nouveautés doivent se mettre en place : études dirigées dans 1 119 collèges de zones d’éducation prioritaire, davantage de sport et d’activités culturelles, plus large scolarisation des enfants handicapés…

Tout cela reste modeste : le principe de « l’école après les cours » devrait ainsi concerner 20 % des collégiens, avant de devenir « un droit pour l’élève qui le demande ». Concrètement, cet accompagnement éducatif sera intégré au projet d’établissement et défini par les équipes pédagogiques des collèges. Les activités seront conduites par des enseignants volontaires rémunérés en heures supplémentaires, avec l’aide d’assistants d’éducation, d’étudiants ou de partenaires issus de collectivités territoriales ou d’associations. Par ailleurs, au cours de l’année scolaire 2007-2008, le nombre de collèges « ambition réussite » ayant un partenariat avec une institution culturelle sera doublé, passant de 25 à 50. Enfin, le sport deviendrait « le 8ème pilier du socle des connaissances »… Mais la priorité reste à l’acquisition des « fondamentaux » : en vigueur depuis avril dernier pour l’école primaire, l’adaptation des programmes au « socle des connaissances et des compétences fondamentales » doit être poursuivie pour dans les collèges.

Dans l’enseignement primaire aussi, quelques mini changements sont apparus : apprentissage d’une langue vivante dès le CE1, heure supplémentaire de sport, programmes « rénovés » en langues vivantes et en sciences… Un groupe d’études sur l’école maternelle doit être lancé par le ministère. Le Haut conseil de l’éducation avait récemment tiré la sonnette d’alarme : « Les élèves qui sont en difficulté dès leur entrée au CP le sont toujours, dans leur quasi-totalité, par la suite. L’école élémentaire ne permet pas, en général, de réduire les difficultés »… École primaire, clé du succès pour la suite : les programmes personnalisés de réussite éducative (PPRE) seront généralisés pour aider les élèves en difficulté. Des « grilles de références » évaluant les acquis des élèves seront mises à disposition des enseignants à titre expérimental en CE1, CM2, puis en 6ème et en 3ème.

Les exercices d’assouplissement de la carte scolaire ont d’ores et déjà commencé (en priorité pour les élèves handicapés et les fratries à regrouper) : 13 500 demandes de dérogation cette année, avec 77 % de demandes satisfaites au collège et 67 % au lycée. Malgré l’engagement ministériel de maintenir la mixité sociale des établissements scolaires, il est à craindre que l’offre scolaire reste profondément inégalitaire selon les différentes classes sociales, d’autant plus que l’abandon du collège unique est à l’ordre du jour [1]

Six fédérations ont annoncé une campagne de sensibilisation de l’opinion

La rentrée 2008-2009 verra doubler le nombre d’élèves bénéficiant d’une dérogation. Avant d’arriver à la suppression totale de la carte scolaire à l’horizon 2010…

Quelques autres questions moins importantes restent en suspens : suppression du samedi à l’école primaire ? Épreuves du bac passées en université, voire en gymnase, afin de respecter le calendrier scolaire jusqu’en juillet ? En revanche, celle de la revalorisation du métier d’enseignant est de taille, aussi bien au plan de la fonction que du pouvoir d’achat : un comité ad hoc rendra ses propositions au printemps. Mais tout cela est-il suffisant, si l’on considère que 11 200 postes sont supprimés — dont 9400 postes d’enseignants — au budget 2008 ? Six fédérations — parents d’élèves, syndicats étudiants et lycéens — ont annoncé leur intention de mener sur ce sujet une campagne de sensibilisation de l’opinion. Hier 12 septembre, elles devaient se réunir pour décider des actions à mener. L’affaire est de taille : douze millions d’élèves accueillis dans un peu plus de 67 000 écoles, collèges et lycées (publics ou privés) par près de 879 000 enseignants, dont 25 000 nouveaux profs pour cette rentrée scolaire. Une échéance qui ne s’est pas faite sans ratés : dans les Yvelines, une vingtaine d’enfants de familles sans logis se sont vus privés de rentrée scolaire… Des occupations d’écoles par des parents et des élus ont eu lieu ici et là, s’opposant à des suppressions de classes ou réclamant l’ouverture d’une classe supplémentaire…

Présent sur ce front comme sur tous les autres, Sarkozy appelle à une « refondation » du projet éducatif articulé sur l’interdisciplinarité, la réforme du collège unique et « le retour à la culture générale ». Dans une Lettre aux éducateurs de 32 pages adressée aux enseignants le 5 septembre, il développe une conception plutôt libérale (au sens du marché) de l’éducation. Dans un flot de recommandations, il prêche vertueusement pour une large coopération : « il faut pour que nous réussissions que chacun d’entre vous se fasse un devoir de travailler avec les autres. Entre le père, la mère, le professeur, le juge, le policier, l’éducateur social, et tous ceux qui sont en contact avec l’enfant dans le milieu sportif, culturel, associatif, l’intérêt de l’enfant doit l’emporter sur toutes autres considérations ». Le discours a plutôt laissé sceptiques les partenaires concernés : disparités sociales et territoriales oubliées, pas un mot sur la formation des maîtres…


[1Marco Oberti, L’école dans la ville. Ségrégation - mixité - carte scolaire, éd. Presses de Sciences Po, juin 2007 - Commander ce livre