N° 896 | du 11 septembre 2008 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 11 septembre 2008

Une rentrée scolaire paradoxale

Joël Plantet

La fin de la carte scolaire, les modalités de l’aide personnalisée et les suppressions massives de postes alimentent les inquiétudes. Aujourd’hui, 11 septembre, a lieu une journée nationale d’action sur ces questions

L’objectif est ambitieux et chiffré : réduire de moitié l’échec scolaire d’ici trois ans. Une logique individuelle basée sur une aide ciblée devrait pour cela remplacer celle des « zones » [1]. Si l’intention est louable, la réalité interroge. Ainsi, l’assouplissement de la carte scolaire va-t-elle accélérer une nouvelle dégradation de la mixité scolaire ? L’inspection générale de l’Éducation nationale (IGEN) avait elle-même tiré cette noire conclusion, dans un rapport resté dans un profond tiroir et révélé en juin dernier. Une logique de ghetto affaiblissant encore les plus démunis serait à l’œuvre : « C’est aux deux extrémités de la hiérarchie des établissements que la mixité sociale est mise le plus rudement à l’épreuve : dans les établissements les plus convoités, il y a peu d’élèves de condition modeste ; dans les collèges les plus évités, ce sont les catégories favorisées qui ont disparu », avertissaient les rapporteurs.

Certes, le ministre de l’Éducation, Xavier Darcos, rappelle que les établissements perdant des élèves verront leurs moyens maintenus pour « redresser une image dégradée », même si, la situation persistant, ils pourraient se voir fermés et leurs élèves répartis ailleurs, avec transport scolaire à l’appui… D’autres nouveautés sont là : le temps de classe annuel passe de 918 à 840 heures et la semaine de 26 à 24 heures, sauf pour 15 % d’élèves les plus en difficulté qui bénéficieront de deux heures d’aide personnalisée par semaine. Ainsi, les élèves de 4000 écoles primaires classées ZEP et les collégiens auront droit à un accompagnement éducatif (aide aux devoirs ou activité). Certains établissements auront l’obligation de proposer du soutien scolaire, mais le système s’appuiera en général sur le volontariat. Les élèves de CM1 et de CM2 en difficulté auront la possibilité d’un stage de remise à niveau pendant les vacances de Pâques ou d’été. Les modalités de l’aide personnalisée seront décidées selon les équipes : de fait, il s’agit souvent d’une demi-heure pendant la pause de midi ! Enfin, les programmes sont légèrement remaniés : davantage de français et de maths, de l’instruction civique, mais aussi morale.

Une logique de ghetto affaiblissant les plus démunis serait à l’œuvre

Mais, dans ce contexte de changement, les suppressions de postes sont en augmentation : 11 200 postes d’enseignant supprimés cette année, et 13 500 à la rentrée 2009. Même si le gouvernement promet aux enseignants une revalorisation de leur carrière. Autre préoccupation : sur douze millions d’élèves, de la maternelle à la terminale, 162 000, l’an dernier, souffraient d’un handicap. Malgré la nomination de 2000 auxiliaires de vie scolaires supplémentaires (AVS) – portant leur nombre à 18 300 –, qui pourrait permettre l’accueil de 10 000 élèves handicapés supplémentaires, un certain nombre de questions subsistent. Désormais constitués en association, les AVS demandent maintenant la professionnalisation de leur métier.

Les professionnels restent inquiets : la FSU craint une hausse des inégalités sociales et la mise en danger des IUFM par la formation des enseignants confiée aux universités. L’UNSA, comme l’UNEF, dénoncent une « vision gestionnaire du système éducatif ». L’appauvrissement des contenus, des horaires, des programmes et des postes est redouté. Une intersyndicale enseignante appelait à une mobilisation ce 11 septembre. Et « tous les citoyens concernés par l’école » sont appelés à manifester le 19 octobre pour la défense du service public.


[1Sortie le 24 septembre d’Entre les murs, Palme d’Or au festival de Cannes