N° 825 | du 25 janvier 2007 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 25 janvier 2007

« Une régie doit s’adapter à son quartier »

Didier Labertrandie

Rencontre avec Guy Lafréchoux président du comité national de liaison des régies de quartier également à la tête d’une régie de quartier à Poitiers

Guy Lafréchoux peut citer mille exemples d’actions impulsées ou du moins accompagnées par les régies, qui montrent combien ces structures savent utiliser le levier de l’insertion professionnelle afin de répondre de manière beaucoup plus large aux multiples attentes d’un quartier donné. Combattre l’isolement, lutter contre les exclusions, réhabiliter une cité, impulser des dynamiques portées par les habitants, tisser du lien social : autant d’objectifs qui se recoupent et que s’efforcent de poursuivre les régies en leur apportant des réponses concrètes. À Angers, La Rochelle, Châlon-sur-Saône ou Poitiers, les régies gèrent des jardins d’insertion selon les principes de l’économie solidaire. Parfois on y cultive des fleurs et des plantes aromatiques au pied même des immeubles, « et ces plantations sont respectées », précise Guy Lafréchoux. Ailleurs, une régie crée des emplois d’éducateurs canins qui proposent des leçons de dressage aux propriétaires de chiens, en favorisant leur docilité.

Alors qu’à Poitiers on lance un atelier socio-esthétique pour apprendre à mieux prendre soin de son corps et savoir comment se donner un visage plus avenant. « Désormais, des hommes eux aussi le fréquentent » En Moselle, un chantier d’insertion permet de transformer un ancien terrain vague en piste pour vélo tout-terrain sur lequel viennent jouer enfants et adolescents, y compris extérieurs au quartier. Et sous la responsabilité des régies fonctionnent un peu partout des ateliers de lavage et de repassage. « Il suffit que des gens amènent leur linge pour le laver au même endroit pour que cela puisse créer du lien », constate Guy Lafrechoux. À Angers, ce sont des petits déjeuners à thème qui sont organisés sous l’impulsion d’un groupe d’habitants.

À Lyon, une régie réinvente le transport collectif et à Poitiers, on projette, dans le cadre des portages de repas à domicile, de proposer aux bénéficiaires de se retrouver à trois ou quatre pour les partager plutôt que de consommer son plateau seul chez soi. « Les services aux personnes doivent permettre de créer des rencontres. On sent beaucoup de solitudes dans ces quartiers ». C’est aussi pour cela que des régies s’impliquent dans des groupes de parole ou des lieux voués à la pratique théâtrale, et plus largement entendent remplir une mission d’éducation populaire.

Parfois, leurs initiatives ne sont pas a priori perçues d’un bon oeil. Comme à Poitiers où a été mis en place un service d’aide pour lutter contre les expulsions : « Un intervenant de la régie est chargé de rendre visite aux personnes qui risquent d’être expulsées de leur logement pour les aider à dénouer le problème sur le plan administratif, juridique ou financier. Au début, l’office HLM s’est montré réticent, percevant cela comme une ingérence. Puis il s’est vite aperçu qu’il y était lui aussi gagnant puisque cet accompagnement pouvait à nouveau rendre solvable la famille sur le point d’être expulsée ».

Médiation pendant la crise des banlieues

Son prédécesseur à la présidence nationale du comité national de liaison des régies de quartier (CNLRQ), Bernard Réverdy, rappelait dans l’un de ses derniers éditoriaux la deuxième facette des régies, non l’outil en lui-même mis au service des habitants, mais ses capacités à tisser du lien social. Rappelant novembre 2005 et « la flambée de violences qu’ont connue certaines cités », qui « traduit une profonde souffrance de notre société toute entière », l’ancien président national soulignait combien « les régies de quartier ont participé, avec d’autres acteurs de terrain, au travail de dialogue, de médiation et d’apaisement ».

Il n’est pas étonnant dès lors que Belges, Allemands et Anglais regardent de telles expériences avec un vif intérêt et se rapprochent du comité national de liaison pour développer des structures équivalentes. Une association européenne des régies a été créée, mais les avancées se concrétisent davantage dans le cadre de partenariats croisés que sur un plan strictement institutionnel. D’ailleurs, déplore Guy Lafréchoux, « nous sommes en permanence à la recherche de financements ». Et de nombreuses actions peuvent voir le jour grâce à l’aide de fondations, à défaut d’un financement public conséquent.

Les collaborations entre régies peuvent même dépasser les frontières européennes pour traverser la Méditerranée, comme en Algérie où le comité de liaison aide actuellement les villes d’Alger, d’Oran et de Constantine à se doter de leurs propres régies, et ici des jumelages avec des villes françaises permettront néanmoins de faciliter les contacts.


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