N° 1062 | du 10 mai 2012 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 10 mai 2012

Une police à refonder

Joël Plantet

Pour les prochaines élections législatives comme pour les présidentielles, une course folle s’est engagée derrière un FN à 17,9 %. Danse du ventre et drague ouverte, convergences et pré-alliances, tout y est.

Un président a été élu dimanche et déjà d’autres élections se profilent. Récupération politique : dans une campagne où le thème de la justice fut plutôt absent, la droite s’est une fois de plus appuyée sur un fait divers pour proposer dans la précipitation un ajustement de la loi. Le 26 avril, le président sortant justifiait son ralliement à la présomption de légitime défense pour les policiers, dans l’immédiate foulée d’une protestation policière après la condamnation de l’un d’entre eux pour « homicide volontaire », l’autopsie ayant prouvé que le jeune homme avait été abattu d’une balle dans le dos. Des policiers de Seine-Saint-Denis étaient venus dans quelques dizaines de véhicules, gyrophares allumés et sirènes hurlantes, manifester sur les Champs-Élysées. Justification pour le moins spécieuse : « Il doit y avoir une présomption de légitime défense car dans un Etat de droit, on ne peut pas mettre sur le même plan un policier dans l’exercice de ses fonctions et le délinquant. »

Une manifestation de soutien à leurs collègues de Paris avait été impulsée par les policiers de Lyon ; un collectif de policiers – hors syndicats – avait appelé à ne plus faire d’interpellations ni de contraventions. Qui plus est, les gendarmes sont autorisés à faire usage de leurs armes après sommations, ce qui n’est pas le cas des policiers, aggravant leur malaise… « Je me félicite de la victoire idéologique qui est la mienne », s’était évidemment réjouie la responsable du Front national. Mais le Syndicat de la magistrature, entre autres, s’était insurgé : «  Si on considère qu’à chaque fois qu’un policier fait feu, quelles que soient les circonstances, il a raison de le faire, ça revient à délivrer un permis de tuer. »

La gauche plaide globalement – depuis déjà un certain temps – pour un renforcement du service public : le président du conseil général du 93, Claude Bartolone, rappelle ainsi qu’il manque « plus de 400 policiers » au département, et insiste pour que les missions de proximité soient enfin assurées. François Hollande, alors candidat, s’était déclaré en faveur d’une « protection administrative » des policiers mis en examen, sans perte de salaire. Et l’écart existant entre la police – dont la notion d’intervention a bel et bien remplacé celle de proximité – et la population ne cesse de se creuser.

Même s’il s’était défendu d’envisager quelque accord que ce soit avec le FN pour les élections législatives (tout en ne répondant jamais sur le possible cas de figure d’un second tour FN-PS…), Nicolas Sarkozy s’était déjà largement servi dans le programme frontiste : la perpétuité réelle pour les crimes les plus graves, par exemple ; les tergiversations plutôt consentantes sur la préférence nationale ; le conditionnement de la pilule des mineures à l’accord parental ; les discours sur les civilisations qui ne se valent pas ; l’invocation d’une « culture de l’excuse » pour évoquer le devoir de mémoire ou une justice humaniste, etc.

La recomposition de la droite affaiblie autour d’une extrême-droite puissante reste malheureusement à l’ordre du jour. On sait par exemple que depuis 1988, le 1er mai est récupéré par la droite extrême ; depuis 2012, par la droite tout court, celle qui peu à peu remodèle le paysage politique, et d’une certaine manière efface l’héritage républicain du Conseil national de la Résistance et de ses acquis. La mobilisation sarkoziste du 1er mai dernier a bien montré la mise en place d’une stratégie des plus cyniques, haineuses, faisant émerger la notion de « vrai travail » et exacerbant l’opposition de Français entre eux.