N° 901 | du 16 octobre 2008 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 16 octobre 2008

Une parole politique pour le social

Joël Plantet

La mobilisation des travailleurs sociaux est plus que jamais à l’ordre du jour. Elle commence par l’appropriation d’une parole politique. Ce premier week-end d’octobre, à Paris, les bases d’un mouvement étaient lancées

Un mouvement pour une parole politique des professionnels du champ social (MP4) est en train d’émerger. Les 4 et 5 octobre, la conférence permanente des organisations professionnelles du social (CPO), le mouvement interdisciplinaire pour un humanisme laïc (MIHL) et 7, 8, 9 Radio sociale réunissaient à Paris environ cent vingt personnes – travailleurs sociaux, représentants de collectifs, d’organisations et de syndicats – pour le faire exister [1].

Déjà en octobre 2004, le mouvement 7, 8, 9 vers des États généraux du social avait listé, chapitre par chapitre, une liste précise de doléances. Dans un texte intitulé L’action sociale anesthésiée, les mêmes – professionnels du travail social, responsables d’association, hauts fonctionnaires, formateurs, chercheurs pour la plupart issus de 7, 8, 9 – avaient proposé en juillet de « reprendre collectivement l’initiative » devant cette « régression sociale ».

Un certain « vide de l’engagement » ne peut qu’interroger

Les échanges provoqués par MP4 ont montré une nouvelle fois à quel point le travail social souffrait : marchandisation du secteur (la multiplication des appels d’offres dans le secteur privé pour créer une institution, par exemple), nouveau pouvoir des agences régionales de santé (ARS), pénalisation de la précarité… Les questions de fichage (et leurs corollaires, tels certains systèmes informatiques de structures sociales) ont été abordées, de même que, en vrac, les problèmes d’accès aux soins dans certains quartiers, les difficultés de fonctionnement des maisons départementales pour les personnes handicapées (MDPH), l’usine à gaz du DALO, la paupérisation des travailleurs sociaux de base, les questions de développement urbain et de mixité sociale. Les fourches caudines des contrats pluriannuels d’objectifs et de moyens (CPOM) ont été pointées par plusieurs directeurs.

La « mise en péril » de la prévention spécialisée, la protection des jeunes majeurs abandonnée, la petite enfance inquiétée par le récent rapport Tabarot, furent évoquées. L’apparition des services sociaux d’intérêt général (SSIG) européens et la disparition des comités départementaux de liaison et de coordination des services sociaux (Clicoss) renvoient, de l’avis général, à l’urgence d’une définition du service social. En regard de cet inquiétant état des lieux (non exhaustif), un certain « vide de l’engagement » ne peut qu’interroger [2].

Les idées ont fusé. Si l’on admet que les institutions sociales ne sont pas des entreprises, il s’agit bien de militer contre certains flux tendus professionnels, de déconstruire en permanence une novlangue envahissante – un glossaire a été envisagé – et de faire valoir une vision du terrain. Et pourquoi pas un ouvrage à destination du grand public, genre « Le travail social raconté à mon voisin » ? Toutes les pistes sont à explorer, à inventer, pour un travail social qui ne soit plus invisible, ignoré, maltraité.

En séance plénière, des éclairages avaient été apportés sur l’horizon politico – administratif (LOLF, RGPP), le contrôle social et l’avenir des associations. Les débats des ateliers sectoriels (exclusion, handicap, justice, formation) et transversaux (responsabilités, place de l’État, perte des repères, « frénésie gestionnaire ») seront restitués en ligne, en images et en textes, dans les prochaines semaines sur le site Internet de MP4, actuellement en construction. Le 29 novembre prochain, une deuxième rencontre consolidera ces premières avancées.


[2À lire, L’indigent et le délinquant, Pénalisation de la pauvreté et privatisation de l’action sociale, M. Chauvière et all., Fondation Copernic, 2008. [[ Commander ce livre