N° 867 | du 10 janvier 2008 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 10 janvier 2008

Une longue bataille pour la prestation de compensation du handicap

Propos recueillis par Marianne Langlet

Témoignage d’Yves Mallet, représentant de coordination autonomie et handicap en Ille-et-Vilaine.

« Mon épouse est en fauteuil, elle a une sclérose en plaques avec des syndromes cérébelleux qui l’empêchent de se servir de ses mains. Elle a donc besoin d’une aide constante. Nous avons déposé un dossier pour demander la prestation de compensation du handicap (PCH) le 15 février 2006. Nous avons dû réclamer le dossier à plusieurs reprises parce que la MDPH, qui démarrait, n’en avait pas imprimé assez. J’ai fini par télécharger un exemplaire sur le site de la MDPH de l’Isère. J’ai rempli ce dossier complexe et détaillé sur une feuille libre le projet de vie. Je savais qu’il était possible de le faire mais en réalité il n’y avait aucune indication en ce sens dans le dossier.

Dans ce projet de vie, j’ai détaillé les besoins en aide humaine pour mon épouse, jour par jour, j’ai également décrit les éléments techniques qu’il fallait qu’elle ait. Enfin, j’y ai noté ses aspirations. Deux évaluations ont donné suite au dépôt du dossier. La première a été faite par un médecin qui est venu au mois de juin 2006. Cela s’est très mal passé. Le médecin s’est contenté de parler avec mon épouse et lui a pris sa tension. À aucun moment, il ne lui a demandé de faire un mouvement. Ensuite, à partir de ce seul contact oral, le médecin a dû rédiger un rapport où il précise si la personne peut se servir de sa main droite, de sa main gauche, si elle peut faire quelques pas, combien…

Plus tard, lorsque j’ai eu ce dossier en main, j’ai vu qu’elle y avait ajouté des éléments incompréhensibles, par exemple, que mon épouse pouvait monter les escaliers de notre maison seule par paliers, ce qui n’est évidemment pas le cas. Nous avons installé un ascenseur pour qu’elle puisse monter dans la chambre. Nous avons eu ensuite la visite d’un ergothérapeute qui a pour but d’évaluer le besoin en aide technique et l’aménagement du logement et du véhicule. Nous avons eu l’impression d’un « flicage » avec une question centrale : « Etes-vous bien certains d’avoir réellement besoin de ce que vous demandez ? » L’ergothérapeute nous a également demandé les devis du matériel que nous voulions acquérir. Pourtant, son rôle n’est en principe pas financier, il doit simplement juger ce qui est utile ou non.

Ensuite, nous avons reçu un premier plan de compensation en septembre 2006. Il nous proposait trois heures d’aide humaine par jour, ce qui ne nous convenait pas du tout puisque nous avions évalué nos besoins à douze heures par jour. Nous avons donc refusé ce plan. C’est alors que j’ai demandé à prendre connaissance de notre dossier médical, ce qui est prévu par la loi. Un mois plus tard, nous l’avons reçu et nous avons alors vu que cette évaluation ne tenait pas debout. Nous avons demandé à la refaire, ce qui nous a été accordé. Nous avons demandé au neurologue de mon épouse de le faire.

Avec cette nouvelle évaluation médicale, nous sommes repassés devant la commission qui, cette fois, nous a accordé six heures et demie d’aide humaine. J’ai à nouveau contesté cette décision devant le tribunal du contentieux, et nous avons finalement obtenu, en septembre dernier, huit heures et demi par jour. Il est évident qu’une personne moins informée de ses droits, moins apte à contester aussi, n’aurait pu mener cette lourde bataille. »


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