N° 993 | du 11 novembre 2010

Faits de société

Le 11 novembre 2010

Une jeunesse privée d’avenir ?

Joël Plantet

La jeunesse d’aujourd’hui est-elle une génération sacrifiée ? Sa marche vers l’emploi est de plus en plus longue et semée d’embûches. Le mouvement contre la réforme des retraites rappelle l’importance de l’enjeu.

Les indicateurs d’alerte se multiplient : la tranche d’âge des 16-25 ans compte le taux de pauvreté le plus élevé, plus de 20 % vivant au-dessous du seuil officiel (contre 13 % pour la population générale). En outre, les jeunes ont de plus en plus de mal à entrer dans la vie active et le taux de chômage des actifs de moins de 25 ans se montait, en mars 2010, à 23 %. Ouvert depuis le 1erseptembre aux moins de 25 ans ayant travaillé au moins deux ans, le RSA jeunes - faux espoir ? - concerne une toute petite minorité d’entre eux. Le 27 octobre, le collectif Génération précaire et le syndicat CFDT déposaient d’ailleurs un recours au Conseil d’État contre le décret instituant les critères d’accès au RSA jeunes, sur l’argument qu’« en imposant aux jeunes de moins de 25 ans des conditions d’accès plus strictes que pour les autres, le décret viole le principe d’égalité ».

Les inégalités viennent s’ajouter à ce déjà sombre tableau : d’après le Centre d’études et de recherches sur les qualifications (Céreq), le taux de chômage des sans diplôme (chaque année, 150 000 jeunes sortent sans qualification du système scolaire) est de 32 %, alors que pour ceux qui sortent d’une « grande école », il n’est que de 4 %. Idem pour les discriminations : entre autres exemples, les jeunes dont les deux parents sont nés en Afrique subsaharienne ou au Maghreb sont deux fois plus au chômage (30 %) que l’ensemble de leur génération (14 %).

« Cette jeunesse est plus respectueuse que les dirigeants actuels »

« Cette jeunesse aimerait pouvoir se lever tôt pour aller travailler […], elle est bien plus consciente et respectueuse que les dirigeants actuels », constate un étudiant dans une tribune de Libération du 1er novembre 2010. Mais rares sont les voix « reconnues » à s’élever contre le sort qui est fait à cette jeunesse. Ainsi, Julien Damon, prof à Sciences Po et éphémère président de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (ONPES), est l’un des seuls à prôner l’abaissement du droit de vote à 16 ans : ce serait « prendre acte du caractère de plus en plus précoce de l’autonomie […], envoyer un signal positif fort en direction de la jeunesse [et leur donner] la possibilité de voter, au moins aux scrutins infranationaux ». De même, le sociologue Michel Fize rappelait récemment le droit « inaliénable » de la jeunesse à manifester (Le Monde, 21 octobre 2010) : elle le fait, affirmait-il, « parce qu’elle a peur du présent, peur de l’avenir et, à regarder le chômage et la précarité qui la frappent ou l’attendent, elle a bien raison d’avoir peur ».

En amont, le paysage n’est pas plus rassurant : un rapport remis en septembre au ministère de l’Éducation nationale s’inquiétait de la banalisation des discriminations à l’école, qu’elles soient liées au handicap, à l’origine, au sexe ou à l’orientation sexuelle. Par ailleurs, le Haut Conseil de l’éducation déplorait encore le 1er octobre que l’« école du socle commun » n’existe toujours pas, un collégien sur cinq sachant à peine lire et compter.

Une génération sacrifiée ? Certains le craignent. Après enquête auprès de 4000 jeunes de niveau bac +4, une étude de l’association pour l’emploi des cadres (APEC) estimait il y a quelques semaines qu’un tiers des diplômés n’avaient pas encore trouvé leur place sur le marché du travail. Et ce n’est pas la timide politique d’accès de quelques jeunes de quartiers relégués aux filières d’excellence qui, pour l’heure, réduit les inégalités.
Une question reste essentielle, celle de l’avenir de la jeunesse de notre pays. Celle-ci peut faire changer les choses : à quel niveau s’abstiendra-t-elle aux élections présidentielles de 2012 ?